PAGODE DE BACH-MA
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Celle pagode, une des plus anciennes el des plus vénérées de Hanoi, est encastrée au milieu de maisons annamites et chinoises, dans la rue des Pavillons Noirs, non loin de la pagode des Cantonnais. -
Elle a été primitivement élevée au culte du général chinois Cao- Bien, qui devint gouverneur, puis roi de l’Annam, et que les Annamites ont placé au rang des Génies protecteurs du royaume.
Plus tard, les Chinois étant devenus très nombreux dans ce quartier de Hanoi, ils accaparèrent la pagode de Cao-Bien et, à l’occasion de certaines restaurations qu’il firent subir à l’édifice et à la statue, ils substituèrent au culte de Cao-bien, celui de Ma-vien (ou Phuc-ba). Or, ce Ma-vien, qui fit la guerre aux Annamites, réduisit le pays en servitude et fut cause de la défaite . et de la mort des deux sœurs Trung (voir page 34) ''est. aussi abhorré au Tonkin, que Coa-bien est aimé et honoré.
Cependant les choses restèrent en cet état pendant plus de cinq cents ans, jusqu’au règne de l’empereur chinois Khang-hi (XVIIIe siècle); à cette époque, quelques lettrés entreprirent des recherches à l’effet de réunir des preuves suffisantes de cette substitution de divinité, et ils réussirent à faire restituer le temple au culte primitif de Cao-bien.
A cette occasion, un des lettrés écrivit un mémoire qui fut imprimé aux frais de quelques fervents dont les noms ont été gravés sur une table de pierre dans l’intérieur de la pagode.
Ce livre est une très précieuse étude archéologique sur la ville de Hanoi, et la traduction mériterait d’être publiée en entier; nous y avons puisé de nombreux renseignements du plus grand intérêt pour l’histoire locale , nous en donnons ci-aprés quelques extraits en commençant par la préface de l’auteur.
« Dans le livre de Tàn-ngu composé par Khoat et So’n, on « lit ce qui suit :
« Dans la capitale de l’Annam se trouve une pagode dédiée « au très puissant génie Phuc-ba
« L’entrée de cette pagode est interdite aux Chinois, car les « Annamites craignant que leurs calomnies et leurs pratiques de « magie n’influencent le génie et ne l’indisposent, ont posté deux « hommes qui les empêchent d’entrer.
« Construite d’abord en paillotles, elle resta miraculeusement « intacte au milieu d’un incendie. Elle était alors au milieu du
« village de Long-do, mais lorsque les habitants de ce village <.< durent l’évacuer pour faire place à la citadelle, on transporta « la pagode à l’endroit qu’elle occupe aujourd’hui.
« Comme tout le monde, j’ai cru jusqu’alors que cette pagode « avait bien été primitivement élevée en l’honneur de Phuc-ba, « mais le livre Thân-tu’-khao-chinh m’a révélé certains faits qui « m’ont fait douter, et je n’ai pas tardé à être convaincu que le « culte primitif avait été détourné de son objet.
« Lu’u-thuè, dans le livre Cô-van, dit aux habitants du royaume « de Sô qu’il faut adorer Bao-lu’ et non pas Tu’-tu’.
« À son exemple, Trinh-tu’ aura enseigné aux Annamites qu’il « faut adorer Bach-ma dans ce temple et non plus Phuc-ba.
« Comment les Annamites pourraient-ils adorer Phuc-ba? « N’a-t-il pas vaincu les armées de Trung-trac, la libératrice, la « reine de l’Annam, et causé sa mort?
« Que les habitants des deux Quang (Quang-long et Quang-si) « soient reconnaissants envers Phuc-ba, que les Chinois de la « province de Lang-so’n, venus pour faire le commerce à la suite « de ses armées, lui aient bâti une pagode pour lui témoigner « leur gratitude, ceci n’autorise aucunement les Annamites à « les imiter.
« Malgré mon ignorance, j’ai pris la liberté d’écrire la préface « de ce livre.
« A llué, bureau de Ngac-lâu, le 16e jour de la première lune «. de la 58e année du règne de l’empereur Kang-ki.
« Trân-chi-kinh, né au pays de Bao-yen. »
Introduction au Livre
« Dans une des rues de la capitale se trouve une pagode « dédiée à Phuc-ba, surnommé Ma-vien, général de la dynastie « Ilan.
« La première fois que je vins en Annam, je visitai cette « pagode et lus dans l’intérieur une inscription disant que le <( génie Phuc-ba avait droit à la reconnaissance du peuple pour « les services qu’il avait rendus à l’Etat. Cette inscription ne « donnait ni la date ni les circonstances de la construction du « temple, mais seulement la date à laquelle cette inscription a « été gravée sur la pierre, qui est l’année Dinh-mao, la huitième « du roi Chinh-hoa.
« Cette pagode avait été précédemment réparée par des mar- (i chands chinois.
« C’est au cours de cette réparation qu’est survenue la confu- « sion qui a changé l’objet du culte.
« Phuc-ba était de la dynastie Mà, voilà pourquoi les ignorants «. chinois ont cru que Bac-mâ signifiait Phuc-ba, cette erreur « s’est perpétuée jusqu’au printemps de l’année Giap-ngo.
« Dans le livre U-linh-tap, il est question de sacrifices pério- « diques dans un temple élevé à un célébré génie nommé Quang- « lo’i-vuong, ce Génie qui était adoré au marché de Câu-dông, « était Gao-bien, de la dynastie Duong.
« Chaque année, au printemps, jusqu’au règne du roi Thai-tôn, « de la dynastie Ly, on avait coutume d’y sacrifier pour demander « le maintien de la paix du royaume.
« Les anciens, qui ont conservé dans leurs traditions le sou- « venir des bienfaits dont il a doté le royaume, disent que pendant « que Cao-bien faisait exécuter la digue autour de la ville, un « cheval blanc étant apparu, on avait donné à Cao-bien le suret nom de Bach-mû (cheval blanc).
« Les Chinois ont donc confondu Bach-mâ Dai-vu’o’ng, avec « Phuc-ba de la dynastie Han, surnommé Ma-vien, l’ennemi de « l’Annam.
« L’erreur a pu provenir encore de la mauvaise interprétation « des titres inscrits dans les pagodes de ces deux personnages ; « nous les avons minutieusement comparés et nous les avons « trouvés à peu près semblables, si ce n’est dans le titre Quang- « lo’i ou le caractère primitif Loi a, suivant Fusage, été changé « en Lo’i parce qu’il faisait partie du nom propre du roi. Cette « modification de caractère suffirait à expliquer la confusion.
« Il en est de même pour la statue; les Chinois, pensant qu’elle « représentait Phuc-ba, lui ont fait confectionner des vêtements «. et des accessoires chinois, mais il est prouvé que c’est réelle- « ment celle de Quang-lo’i-vu’o’ng.
« Dans ce livre, j’ai réuni tout ce que j’ai pu rencontrer de « renseignements concernant Vu’o’ng-khi-quân, et Quang-lo’i- « vu’o’ng ditBach-ma, je tiens à séparer complètement ces deux « personnages afin que les siècles futurs ne tombent plus dans « cette erreur regrettable. »
Les hauts faits de Quang-lo’ i-vuo’ng .
« Le livre U-Linh-tap, dit que Quang-lo’i-vu’o’ng, est fils de « Long-dô-vu’o’ng.
« Lorsque, sous la dynastie Du’o’ng, Cao-bien élevait la digue <r de protection de Hanoi, il se promenait dans la campagne « lorsque tout à coup s’éleva un grand vent et un nuage de cinq « couleurs sortit de terre. Bien qu’il fit grand jour, les étoiles « apparurent au ciel et on vit au milieu d’elles un esprit lumi- <j neux, vêtu d’habits magnifiques, assis sur un dragon d’or.
« Cet esprit, qui tenait un livre à la main, descendit sur le « nuage, plana un instant, remonta et redescendit trois fois, « puis disparut.
« Cao-vu’o’ng, terrifié, pensa voir le diable, il commanda des « sacrifices ; mais la nuit suivante, cet esprit lui apparut au « songe et lui dit: « Pourquoi me craignez-vous, je suis Long- « dô, l’esprit de la ville du dragon. Vous l’embellissez et vous « la protégez contre les attaques du fleuve, je veux que vous « en soyiez le roi. »
cc En effet Cao-bien, devint roi de l’Annam et résida à Long-dô.
« Plus tard, Oao-biên disait: « Je suis bien malheureux, le « Génie ne me connaît plus. »
« Ses ministres lui dirent: Peut-être êtes vous desservi par de « mauvais esprits; il convient de les conjurer Commandez de « fondre en cuivre et en fer, une statue du Génie, lourde de mille « livres. »
« Cao-bièn suivit ce conseil, mais quand la statue fut fondue, « une tempête réduisit en poussière le cuivre et le fer. Cao-biên, « terrifié, s’écria: « Ceci est le présage de mamort! ». En effet, il «■ mourut quelque temps après.
« Après sa mort, les peuples oublièrent les saines doctrines et « sacrifièrent aux diables comme les sauvages.
« Lorsque, sous le règne de Ly-thai-tôn, on reconstruisit la « capitale, les mandarins, les marchands et le peuple se réunirent « pour fonder le marché de Câu-dông. Au milieu du marché, ils « bâtirent une longue maison qu’ils divisèrent en deux parties « dont l’une fut consacrée comme temple au Génie.
« Le génie, depuis longtemps délaissé, voulut manifester sa « puissance, il déchaîna un ouragan terrible qui détruisit la maison « ne laissant que la partie affectée à son culte.
« Thai-tôn, fort surpris, voulut connaître mieux ce Génie, il « interrogea les savants, lut beaucoup de livres, apprit tout ce qui « le concernait et dit : « C’est le génie tutélaire de notre capitale, « il convient de lui assurer un culte perpétuel. »
« Le jour du sacrifice fut fixé au premier jour du printemps, « et on lui donna à cette occasion le titre de Quang-lo’i-vu’o’ng.
« Le marché de Câu-dông fut trois fois détruit par un incendie; « chaque fois, la pagode du Génie fut retrouvée intacte au milieu « des décombres.
« Afin d’éviter une nouvelle profanation du temple cher aux « habitants de Hanoi, on rechercha la stèle d’érection de la « première pagode qui était, comme on l’a vu plus haut, au « village de Long-do, sur l’emplacement actuel de la Citadelle, « près des mares du grand banian, et quand on l’eul retrouvée,
« on compléta l’inscription et on l’érigea clans la pagode de « Bach-ma.
« Voici la traduction de cette inscription.
(.( Cette pagode est située au village de Ha-khau, huyen de Tho- « xu’o’ng, phu de Hoai-du’c, province de Hanoi ; elle a été « construite en l’honneur de Quang-lo’i-bach-ma-dai-vu’o’ng, qui « fut le plus grand bienfaiteur de Thang-long.
« Le territoire de Thang-long, sous la dynastie des Hong- « bang (l), s’appelait Nung-so’n. Sous les Du’o’ng, il appartenait « à la Chine et formait une des provinces coloniales du sud de ce l’Empire. Sous le règne des Ly et des Tran, Thang-long fut la « capitale du royaume ; sous la dynastie Lê, on F appela phu « Phung-thiên; Gia-long changea ce nom en celui de phu Iloai- « duc, on le nomme aujourd’hui Thang-long.
« Le huyen de Tho-xu’o’ng s’appelait autrefois Vinh-xu’o’ng « et l’ancien nom du village de Ha-khâu était Giang-khâu.
« La 7 e année du règne de Y-tôn, de la dynastie chinoise «. Du’o’ng (8G7 de notre ère), Cao-bien voulut défendre contre les « inondations la vieille capitale entourée à l’est et au nord par le « fleuve Nhi-ha, et au sud et sud-ouest par la rivière To-lich, laisse sant au centre de ce vaste circuit la montagne Nung-so’n dont « l’influence bienfaisante, jointe à celle du fleuve, fait de cette « partie du royaume l’endroit le plus sain en même temps que « le plus renommé.
« Un jour, Cao-bien se trouvant près la porte de la ville,' — , « aperçut au loin, près de l’embouchure du To-lich, au nord du « Nhi-ha, un nuage au-dessus duquel planait un Génie riche- « ment vêtu, coiffé d’un bonnet, assis sur un dragon et tenant « à la main un cai hot d’ivoire.
« L’apparition s’éleva dans les airs et s’abaissa vers le sol « à plusieurs reprises, après quoi elle disparut.
« Cao-bien, effrayé, voulut conjurer le retour de cette « apparition par ses pratiques de magie, mais la nuit suivante i( le Génie lui apparut en songe et lui dit :
« Pourquoi me craignez-vous ? je suis le Génie de Long-dô, le « protecteur de ce territoire, je me suis manifesté à vous pour « vous remercier de ce que vous faites pour ma ville. »
« A son réveil, Cao-bien, que ce songe avait épuisé, croyant « encore avoir eu affaire au diable, voulut de nouveau se débar- « rasser de cette obsession ; il confectionna une amulette com- « posée de trois métaux or, fer et argent, mais soudain un coup « de tonnerre retentit et l’amulette fut réduite en poussière.
[1] Cette dynastie commença à donner des rois vers le 20' siècle avant notre cre,
« Cao-bien ne douta plus qu’il avait réellement été en préc( sence d’un Génie supérieur et lui fit construire une pagode au « lieu même où il lui était apparu.
« On l’appela d’abord Lang-do, puis on altéra ce nom et on « prononça Long-do, à cause de la similitude de ces deux « caractères.
« Le roi Thai-tôn, de la dynastie Lv, la première année de « son règne, revenant de la caverne de Hoa-lu’, visita les ruines « du palais de Cao-bien, il nomma la capitale Tbang-long parce « qu’avant d’aborder, il avait vu un dragon soulever sa barque « sur son dos.
«. Pendant la nuit, l’esprit de Cao-bien apparut au roi, se «. prosterna devant lui et souhaita dix-mille années de règne à « sa dynastie; à son réveil, le roi fit porter des présents à la « pagode et commanda des cérémonies sacrificatoires.
« Réfléchissant ensuite que la capitale était redevable de ses « digues et de son mur d’enceinte à Cao-bien, et se souvenant, a de l’épisode du cheval miraculeux qui avait inopinément « surgi de terre, alors que l’on désespérait de venir à bout « des travaux, et dont la course à travers champs avait déter- «. miné le tracé de la digue, il nomma officiellement Cao-bien « le Génie protecteur de Thang-long.
« Chaque année, au printemps, on dresse devant sa pagode « un autel provisoire et on y transporte un buffle en terre ;
« cette cérémonie a pour objet de lui faire présider la fête « de l’ouverture du printemps, en l’honneur du Génie Gâu-mang.
« Les annales du royaume disent que, parmi les temples '< qui sont à gauche de la ville, celui de Bach-ma est le premier « en puissance et ceJLui de Qui-ninii le second. »
« Sous le règne de Thai-lon, un ouragan détruisit toutes les « maisons de la ville, seules les pagodes restèrent intactes.
« Thai-lon fit agrandir et embellir la pagode de Cao-bien, ej « conféra au Génie le titre honorifique de Quang-lo'i-vu’o’ng.
« Au commencement de chaque année, les hauts fonction- « naires s’y réunissent pour délibérer sur les affaires publiques;
« trois Génies assistent à la réunion et suggèrent aux assistants « de sages résolutions: ce sont les génies de la pagode Linli- « lang, de la montagne Dông-co et de la rivière To-lich.
« Le génie de la montagne Dông-co a aidé le roi Thai-tôn, de « la dynastie Ly, à délivrer les trois provinces de l’ennemi.
« La première année de la dynastie Tran (1226) le grand mar- « ché de Câu-dong' fut détruit trois fois par l’incendie, la pagode « du Génie seule resta intacte au milieu des flammes. C’est à cet « évènement miraculeux qu’il faut rapporter les compositions « qui décorent l’intérieur du temple.
« Le son du tambour de cette pagode a la propriété d’éteindre « le feu, aussi ne manque-t-on jamais de le battre lorsque un « incendie éclate dans les environs.
« A l’avènement de la dynastie Lê, ou changea le mot Quang- « loi, qui est le litre du Génie, en celui de Quang-lo’i, le mot « Loi faisant partie du nom du roi (1). »
La pagode est ornée d’une grande quantité d’inscriptions sur laque, elle renferme de plus un certain nombre de brevets royaux renfermés dans de riches coffrets, ce sont des dignités et des titres honorifiques que les rois de l’Annam ont solennellement conférés au Génie, d’après le droit divin qu’ils en ont, en récompense de l’aide que le Génie leur a soi disant accordé dans les affaires difficiles de l’État.
Nous avons très soigneusement relevé et traduit tous ces titres avec l’indication des évènements qui les ont motivés et des dates auxquelles ils ont été conférés ; ces documents sont au nombre de trente-cinq, ce sont des pages entières de l’histoire du Tonkin, pages d’autant plus précieuses qu’elles sont appuyées par des chartes et des diplômes originaux. Ces documents sont trop nombreux et trop étendus pour que nous puissions les donner ici.
(1) Lê-loi, l'usage annamite exige que les mots de la langue et les noms propres dont les caractères entrent dans la composition du nom du roi soient modifiés.
VAN MIÊU
(le temple royal confucéen de hanoï)
Ce monument est connu des Européens sous le nom de pagode des Corbeaux, à cause des innombrables corbeaux qui se retirent dans les manguiers archi-séculaires qui entourent et ombragent l’édifice. 11 fut construit pendant la 19e année du règne de Tbanh-tông, de la dynastie des Lv, c’est-à-dire l’an 1074 de notre ère. Réparé à plusieurs époques et soigneusement entretenu, il témoigne encore aujourd’hui de la dévotion des fidèles lettrés au culte des philosophes, ou plutôt, car ce culte n’a rien de personnel, à celui de la philosophie et des belles-lettres.
L’ensemble du temple forme un vaste et long parallélogramme entouré de murs et comprenant cinq grandes divisions séparées les unes des autres par des murs percés de portes et de portiques; l’accès principal du temple donne sur la roule de Cho’du’a.
Au-dessus de la porte, une inscription en lettres d’or sur fond rouge indique que l’on est en face de la « porte du temple littéraire». De chaque côté et en avant du mur d’enceinte, deux stèles de pierre abritées sous de petites coupoles invitent les cavaliers à mettre pied à terre : « ha-ma » descendez de cheval.
Quand on a franchi la porte, on se trouve dans un premier enclos rectangulaire ou l’on aperçoit sur la gauche un petit temple élevé au Génie du sol (Tho-dia-long-than).
Un second portique donne accès dans un second enclos d’environ cent mètres de côté ; ces deux vastes rectangles aujourd’hui dénudés et envahis par l’herbe, étaient autrefois couverts de cases d’étudiants; c’était là le quartier latin de Hanoi où des centaines, peut être des milliers de jeunes lettrés, méditaient les enseignements de leurs maîtres, sous l’inspiration directe des philosophes classiques, les Génies tutélaires du lieu.
Une voie, large de deux mètres et pavée de cubes de terre cuite, traverse ces deux enclos dans l’axe de l’ensemble des constructions, qui sont d’une symétrie absolument chinoise.
Un grand portique, surmonté d’un pavillon de charpentes ajourées, aux ouvertures circulaires, ouvre sur la troisième cour.
Celle-ci est presque entièrement occupée par un vaste bassin rectangulaire creusé dans le soi, muré et entouré d’une balustrade de briques disposées en losange. A droite et à gauche de ce bassin, et de chaque côté d’un édicule abritant un autel de maçonnerie sur lequel fument des bâtonnets odorants, s’alignent, sur deux rangées, quarante et une stèles chargées d’inscriptions,
érigées chacune sur une colossale tortue de pierre; leur nombre total est de quatre-vingt deux. •
Ces stèles sont les monuments commémoratifs des examens littéraires qui ont eu lieu dans la capitale du Tonkin depuis l’ avènement de la dynastie des Lè jusqu’à la révolte des Tày-so’n.
Chacune d’elles retrace les circonstances de l’examen, exalte la gloire du prince régnant, et donne les noms des docteurs reçus au cours de la session.
La plus ancienne a été érigée par le roi Lè Thanh-tông, l’an 1 47 G de notre ère, à la gloire des docteurs reçus sous le règne de son père, le roi Lè Thai-tô.
En voici la traduction :
« Le premier soin du roi Thai-tô, après qu’il eut pacifié ses « états, fut de relever le niveau des études; il s’assura le concours « des plus savants et des plus sages lettrés, commanda d’ouvrir « des écoles sur tous les points du territoire, et réunit dans son « palais môme, où il leur donna des professeurs, les enfants des « officiers et des grands dignitaires de la cour.
« Il fit rédiger une grande quantité de livres, qu’il distribua « à profusion dans les provinces; de tous côtés, les étudiants « affluèrent, mais il ne lui fut pas donné de voir les effets de ces « sages mesures, il mourut avant d’avoir pu assurer aux meil- « leurs des étudiants, la consécration du doctorat.
« Son fils, le roi Thai-tôn, hérita des précieuses qualités de « de son illustre père et, comme lui, plaça l’enseignement au « premier rang des choses importantes du royaume; il propagea << le goût des études philosophiques, ouvrit des concours, et « désigna les plus savants pour les emplois publics, s’entourant « ainsi de conseillers précieux et donnant à son peuple les meil- « leures garanties de sage administration.
(( Le premier examen eut lieu pendant l’année Nhân-tuât, 450 « candidats se présentèrent dont 33 seulement parvinrent à la « 4e épreuve.
« Les noms de ces lettrés furent alors présentés au roi qui « les fit proclamer dans tout le royaume et désigna le jour pro- « pice pour les faire concourir entre eux dans une épreuve cléfi- « nitive qui aurait lieu en sa présence.
« Le 2e jour du 2e mois, le roi prit connaissance des composi- « tions des candidats et les classa lui-même d’après leurs mérites.
« Nguyen-tru’c fut proclamé le premier : Nguyen-nhu’-dô le « second et Lu’o’ng-nhu’-oc le troisième.
« Tran-van-uy et six autres vinrent ensuite et reçurent le « titre de docteur.
« Ngo-si-Lien et 23 autres furent nommés lienciés de 5e classe « d’après les ordonnances de Thai-tô.
« Le 3e jour du 3e mois, on afficha so lennellement, les noms « des lauréats, puis le roi les réunit dans son palais, leur « remit le bonnet et la robe de leur grade et, après un somp- « tueux festin donné en leur honneur, les fit reconduire à che- « val chacun à son domicile.
« Le peuple, témoin des honneurs dont le roi comblait les « savants, s’enthousiasma pour les études; le goût de tout ce qui « pouvait développer la sagesse et la vertu se propagea rapide- « ment.
« Aujourd’hui, le roi Hong-du’c, (1) religieux conservateur des « usages de son glorieux père, résolut de conserver et de per- « pétuer le souvenir des grandes assises littéraires et philosoft phiques par l’érection de stèles de marbre sur lesquelles se- « raient retracées en caractères impérissables les noms des lau- « réats et les circonstances du concours.
« Il chargea Quât-nhi, ministre des rites, d’ériger ces monu- « menls en commémoration des examens et à la gloire des « premiers docteurs.
« Le ministre me confia le soin de rédiger l’inscription, et « c’est avec joie et fierté que je m’associe à cette haute manifes- « tation en faveur des lettrés.
« Les sages et les savants sont les racines, de l’État; quand ces « racines sont nombreuses et puissantes, l’État est inébranlable. « Le devoir du prince est donc d’assurer le concours des lettrés « et de ne confier les fonctions publiques qu’à des gens dont la « science et la sagesse ont été éprouvées.
« Cette pierre impérissable, consacrant les premiers succès des « lettrés, sera érigée dans le Temple de la Littérature.
« Les étudiants y verront une exhortation constante à persé- « vérerdans leurs travaux afin de devenir à leur tour des sa- « vants, c’est-à-dire des hommes utiles à l’État.
« Que les humbles étudiants des campagnes sachent qu’il n’est « pauvreté ni roture qui ne soient anoblies par l’étude, et que les « titres obtenus au concours illustrent les familles des lauréats.
« Qu’ils voient aussi dans ce monument un gage de la « magnanimité du roi et de son amour pour son peuple.
« Tran-nho’n-trung, grand tuteur du royaume, membre de « l’Académie, ancien secrétaire particulier du roi.
« Obéissant à l’ordre supérieur.
« A composé cette inscription le 15e jour du 8e mois de la « 15° année de Hông-du’c.
(1) Un des titres dynastiques du roi Lê-thânh-dong\
Ainsi qu’on le voit par la lecture de ce texte, les études étaient en grand honneur sous la dynastie des Lê. C’est de celle époque que date la renaissance des lettres chez le peuple annamite, et connue conséquence de ces préoccupations pacifiques, l’extension des travaux agricoles et des opérations commerciales.
L’édit impérial instituant les examens de lettrés prescrivait qu’ils auraient lieu à la capitale tous les trois ans; certains événements politiques empêchèrent, dans le cours des règnes, les examens de se succéder avec régularité, c’est pourquoi nous ne trouvons que quatre-vingt-deux stèles pour une période de trois siècles et demi.
11 nous a paru intéressant pour l’histoire littéraire du pays, de relever sommairement sur place la date d’érection des stèles, et l’indication du nombre de docteurs reçus à chaque examen, nous les donnons dans le tableau ci-après :