‹ Les palafittes: ou Constructions lacustres du lac de Neuchâtel (volume 2)Chapitre 10 sur 29 · Rammelsberg, Miaeralchemiej p · texte numérisé non relu

Rammelsberg, Miaeralchemiej p

Acide silicique. Alumine. Magnésie. Calcaire. Fer oxyd. Mangan. oxyd. Bau.

M. de Fellenberg pense qu'en présence de cette concordance remarquable, et pour autant que la composition chimique peut servir à l'ethnographie, on est en droit d'admettre que les haches de Meilen et de Concise sont de la vraie néphrite, tandis que celle de Moosseedorf serait du jade vert oriental.

« On pourrait à la vérité, ajouté M, de Fellenberg, se demander si les néphrites de nos stations lacustres ne sont pas d'origine alpine, comme les haches serpentineuses qui les accompagnent, puisqu'on retrouve dans les Grisons et en Valais les mêmes massifs de schistes serpentineux, talqueux et chlorités, qui accoYnpagnent dans la Nouvelle-Zélande les véritables néphrites, et dont ces dernières ne sont que des émanations (par ségrégation). Mais jusqu'ici les faits n'ont pas encore confirmé cette hypothèse, en sorte que, jusqu'à preuve du contraire, l'hypothèse de Torigine orientale de la néphrite nous paraît Ja plus juste et la plus vraisemblable. »

Nous ne saurions avoir la prétention de combattre des déductions tirées de travaux aussi précis et aussi consciencieux que ceux de M. de Fellenberg. Cependant nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer que si l'origine asiatique de la néphrite offre déjà des diflTicultés, en attribuant aux peuplades de l'âge de la pierre des relations .commerciales avec l'Inde, la Perse ou l'Arabie, ces difficultés nous paraissent encore bien plus grandes, sinon insurmontables, du moment

qu'il s'agit d'aller chercher la néphrite en Chine, à la Nouvelle-Zélande ou à la Nouvelle-Calédonie *.

Quant aux fragments de corail blanc qu'on a découverts à Concise, ils pourraient bien, comme le fragment d'ambre de Meilen, appartenir à l'âge du bronze^ dont il existe quelques vestiges dans chacune de ces deux stations. .

Cependant les peuplades de l'âge de la pierre n'en étaient pas réduites au seul souci de. pourvoir à leur existence. Quelque chétifs que fussent leurs armes et leurs ustensiles, le besoin de se parer ne leur était pas complètement étranger, comme l'attestent quelques ornements faits de pierre ou d'os. Ces objets ne pouvaient être de leur nature que très-simples. C'étaient des dents de carnassiers percées d'un trou, et qu'on portait sans doute en guise de collier, mêlées avec des disques ou grains d'os et de bois de cerfs également percés.

On trouve aussi des épingles à cheveux qui ne manquaient pas d'une certaine élégance et qui ne diffèrent pas sensiblement de celles qu'on porte de nos jours, témoin celle que nous avons représentée plus

1. C'est de la Nouvelle-Calédonie que proviennent les magnifiques néphrites translucides et d'un vert tendre, qui font l'ornement du Musée de Montpellier.

Au moment de mettre sous presse, les Comptes-rendus de V Académie des sciences de Paris (séances du t\ et 28 août 1865), nous apportent sur cette question si vivement controversée, un remarquable travail de M. Damour, intitulé « Sur la Composition des hachés en pierre trouvées dans les monuments celtiques et chez les tribus sauvages. » Comples-renduSj t. LXI. Nous ne pouvons que le recommander à l'attention de nos lecteurs.

32 LES PALAFIÏTES.

permet de les reconnaître facilenjent, iTialgi'é leur plus grande profondeur. Comme ils sont simplement enfoncés dans là vase, on parvient parfois à les arracher, lorsque le bois n'est pas trop altéré. Leur nombre est considérable. 11 est des stations où on les compte par milliers, tantôt groupés par six, dix, vingt, tantôt sur plusieurs rangs qui semblent tendre vers le rivage, nous fournissant ainsi la preuve qu'il s'agit bien réellement de constructions sur pilotis élevées au-dessus de l'eau et communiquant avec le rivage par des avenues ou passerelles, et non plus d'îles artificielles, comme pouvaient être les ténevières ou steinberg de l'âge de la pierre.

C'est dans les intervalles des pieux que se trouvent les ustensiles, armes et parures de toute sorte qui caractérisent cette époque, ainsi que les vases en terre, dont il existait jadis de grands amas dans certaines stations, entre autres à Auvernier^.

Cette poterie, bien que préparée de la même manière que celle de l'âge précédent, et sans l'aide du tour, se distingue par une bien plus grande variété de forme et de contours. Si la pâte des grands vases est eiMîore grossière et caractérisée par le même mélange de petits cailloux siliceux , il n'en est pas de même de celle des petits vases, qui est fine, très-homogène, et souvent enduite d'un vernis de graphite. On est frappé en même

4 . Un riverain du lac, ancien pécheur, nous a raconté qu'étant enfant, « il s'était quelquefois amusé à enfoncer ces vieilles casseroles avec une longue perche; qu'il y en avait de grands amas, de véritables mo7ilagnes. »

temps de l'élégance des formes et des belles proportions de ces vases {fig. 22, 23). Il n'est pas rare d'y trou-

ver des rudiments de dessins, gravés' à. la pointe, qui représentent soit des chevrons, soit de petits triangles, quelquefois de simples rangées de points alignés au-

tour du col ou entourant l'anse {fig. 24, 25 et 30J. La plupart des vases sont coniques à la base, en sorte

; 'l-'^K)')''.' w l' imementà- Us ini sim'enr le cui en-

touré, d'une sorte de cordon tordu qui a dû être appliqué k la main, car on y reconnaît fréquemment la trace des doigts (fig. 27) *.

'■ Fig. «. 1^3 da gr.

On trouve aussi des écuelles (/tg. 28 et 29), des plats, des vases percés de petits trous, évidemment des-

tinés à égoutter des matières liquides, et ayant peutêtre servi à la fabrication du fromage (fig. 31).

Les pesons de fuseaux sont très-nombreux et souvent artistement façonnés avec un trou au milieu. Ils ne sont plus en pierre comme dans l'époque précédente, mais en terre cuite (fig. 32 et 33).

1 . Sous le rapport des dessins, ces vases rappellent à bien des égards ceux qu'on trouve dans )es chambres tumuiaires des dolmens

Il n'est pas dilTicile, avec un peu d'exercice, de distinguer la poterie de l'âge du bronze de celle de l'âge de la pierre, qui est toujours plus informe. C'est ainsi que, lors de nos premières pèches lacustres au lac du Bour-

get, en 1861, nous n'avons pas hésité k rapporter cette station à. l'époque du bronze , bien qu'on ne possédât encore aucun objet de ce métal.

11 n'est pas rare de trouver des vases renfermant encore les provisions qu'ils étaient sans doute destinés à conserver. Nous avons retiré de l'un de ces vases des pommes, des cerises, des prunes sauvages et une quantité de noisettes. A Auvemier, ces vases ne font pas partie du grand las, mais se trouvent sur d'autres points de la station. Mentionnons ici aussi, comme propres à l'âge du bronze, les croissants lacustres en terre cuite, dont il sera question plus loin.

de la Bretagne, et qui ont été décrits et figurés par M. le D' Closmadeuc dans la Revue archéologique, 1S64. Cependant on ne rencoalre pas dans les dolmens ces formes coniques si caractéristiques de l'âge du bronze, non plus que les anneaux ou torches destinés à les supporter.

USTENSILES EN MÉTAF..

Les ustensiles en bronze se font remarquer par leur bel état de conservation dans toutes nos palafittes. Les haches sont nombreuses, mesurant de 12 à 20 centimètres, et pesant de 300 à. 750 grammes. Le plus souvent elles sont parfaitement intactes, sans aucune trace d'usure, ccrnime si elles n'avaient jamais été en usage. Il y en a de plusieurs types. Les unes ont les oreillettes recourbées de chaque côté, de manière à représenter une sorte de double douille destinée k recevoir un manche fourchu qui était probablement coudé. Ce sont les plus fréqentes ; elles sont souvent pourvues

d'une petite anse qui servait sans doute h les suspendre à la ceinture {fig. 3â). Quelquefois les deux pointes de

i'exlrémité supérieure sont recourbées de manière h. se toucher et à former une lunule destinée sans doute à recevoir un rivet qui traversait le manche. 1! n'y a que les haches de grande dimension qui présentent cette particularité {fig. 35).

Un second type n'a que des rudiments d'oreillettes, mais le tranchant est sensiblement élargi. Ce sont plutôt des tranchels que des haches qui se maniaient probablement k la main , comme les tranchets de nos cor-

royeurs. Peut-être n'avaient-ils pas même de manche. M. Morlot qualifie cette forme de couteaux-haches; elle est assez rare chez nous. Notre lac, en particulier, n'en a encore fourni que quelques exemplaires, dont l'un est ici représenté {fig. 36 et 37). M. Forel en a recueilli

ig. 36. Fig. »;. Fig. 38. I/Ï

plusieurs au lac de Genève, dans une station particulière près de Morges. On en a trouvé d'autres de forme un peu différente dans les champs et forêts de nos environs. L'exemplaire de. la fig. 38 est emprunté à l'ouvrage de M. Troyon, et représente l'é-

> LE5 ÏALiFilIEf-

•?ijir.C' icj tr.'-i^ T.:i:if '.s fk-rre ii N"::'^. t^ïs le milieu

D'aon^e? ok:-:^ >r,t iz»e à:--^ \? parii;:e. tantôt cârcujùire. Uirt'M cijré«. ar^c use asse de snspensioo ",Sj. 59^ - Celle îi-TTrte . iKs-a-rj^^L-^ae ea Fnoce el à laipe^e oa spj'ipe l'.is spécla^rmeiiî Je nosu de erll, esl rare dia? iïjs pa3àil"e=. L>\en:p;jJre figuré pro- TÎent du lac de Gerj^ve.

Enlin il existe au musée de Neuchâtel uq quatrième type, représenté par un exemplaire unique. 11 a les oreillettes larges et recourbées , mais disposées dans le plan du tranchant, au lieu de lui être perpendiculaires comnfie dans les véritables celts {fig. 40* hO^). Cette

forme très-rare n'avait été signalée jusqu'ici qu'en Irlande et en Allemagne*.

Les couteaux sont nombreux, en général petits,

i . Kembic, Horae ferales, Tab. 9, — Lindenschmidt, AUerlh&mer unserer heidnischen Vorzeil. Heft i, Tab. IV, /ig. 49. ■

H. G. de MorCillet vient de' la signaler au muséo de Vannes, provenant sahs doute d'un dolmen. -

En présence «te cette variété de formes, toutes bien caractérisées, (l'un même oulîl, il y aurait peut-être lieu de faire ici l'application de la méthode usitée en minéralogie, et de désigner chacun des types de haches sous un nom propre. Si notre opinion était appuyée, nous proposerions les noms suivants :

Hache Keller, pour celle de fig. 34. ■

Hache Schwab, pour celle de fig. 35.

Hache Morlot, pour celle de fig, 36.

Hacbe Troyon, pour celle de fig. 40,

Hache Bertrand, pour celle de Dg. 31.

Hache L'Haridon pour la même à douille carrée.

Hache Mortillet, pour la petite hache à douille, qui est très-commune en Franco, mais qui n'a pas encore été trouvée dans les palafitles. On pourrait appliquer avec avantage la même méthode aux difrérents types d'épingles, de vases, d'épées, etc.

■ — ■ nt foi!-

. nfaii> nii .i;--.ii -r:-. ^'i > s> 'U :'i -• >~i»r ,"/- tl-

d'autres enfin sont munis d'une douille {fig. ftft).

On distingue deux types dans les lames de couteau :

les unes qui s'épaississent insensiblement du tranchant

au dos {fig. 42) , comme nos couteaux ordinaires, les

Fig. 43. 1/2 gr.

Fig. 44. 1/2 gr.

autres qui ont le dos fortement renflé {fig. 41) . Ces derniers servaient sans doute à un usage spécial. Les unes et les autres sont fréquemment ornées de dessins sur les côtés et au dos.

Les faucilles ont été trouvées en assez grand nombre dans plusieurs stations de notre lac, spécialement à Auvernîer et à Cortaillod; elles sont petites, les plus grandes n'excédant pas 15 centimètres, mesurées dans le sens de la courbe. Mais elles sont habilement travaillées, ordinairement consolidées par une ou plusieurs côtes concentriques. La tige est à peine plus étroite que la lame, et disposée de manière à s'adapter à un manche en bois ou en corne. Quelques-unes sont même artistement façonnées et ornées de renflements au milieu de la

courbure, témoin l'échanlillon représenté ci-joint, que nous avons recueilli à Chevroux {/ig. 45) .

Pig. 45. l/î gr.

On trouve aussi de véritables ciseaux, destinés sans doute au même usage que nos ciseaux de menuisier, mais avec cette différence qu'au lieu d'une soie ils sont munis d'une douille, comme les haches du troisième

; Mg. 46. I/Î gr.

type. (Voir page ÙÔ.) Nous en possédons un fort complet, provenant de la station d'Auvemier, qui mesure 10 centimètres (fig. 46).

AGE DU BRONZE. iS

Il exisie aussi dans la collection de M. Schwab, à Bienne, une espèce de marleau à. sU faces, d'une longueur de 6 cenlimètres sur un diamètre de 4 centimètres. Cet instrument est également à douille (fig. 47).

Enfin il nous reste h, mentionner les hameçons en bronze qui se retrouvent dans plusieurs de nos stations. Ils sont ordinairement petits, comme ceux qu'on emploie aujourd'hui pour pêcher & la ligne. Mais il y en a aussi de très-grands et très-forts pour la pêche des gros poissons. Tous sont h. barbe.

Les armes de l'époque sont des épées, des poignards, des lances et des flèches.

Les épées ne sont pas nombreuses dans notre lac. La plus remarquable que l'on possède fut découverte, il y a près de quarante ans, au milieu des pilotis de la station de Concise, par M. le capitaine Pillichody ; elle

ii5 ?iUtJ:rrE^.

ï arri^-i .'izr-ictim ie artrcf^n carieux, ziiissi^is 7r;T:<ii3^ niw&iiS; i? ayjvriîes îr.i»sr!za^i 'zs. iar-^iU i:fc :*i ^zat heureuse ln'-i-..' Il î- SI' hz': i;:n':o;ëï eS v^cje a^'-j- —e* 'ji iLrJrt^i^ -7:1 ::':'iï z'iî'fe an;;':ard"ïi-ji, L rc^ -^ ri'^sii'-'c a'-«t jsis *fcs l'.is graa- 'ies : <i'S-i ^riesir» 59 ^i?c-i=ïé-::rîs ij. iS; ; Li Lizue. i fe^e rrcr4i:> ïa-des&>aâ de la f-::îTi'êe*. est rfE:^^* ia tnijea et munie de frii:re raii.:rvs à pea près pvalîèles. La p:iînêe. îermli'ée en 'i■:'I^■> To'jle. est cihdfy=4^ d'oa rtënl [vis rr-tige qoe la lame et p!-j5 tes'i-ç. Miis ce q*i: est surtout signffîcat;f. c'est [a petheirse de la p.>ignée qui ne mesure que 7 centinïèlres. ce qui suppose une maÏD beaucoup p!us petite que la main ordinaire. C'est à peine si TtHi trouve dans les sabres de l'Inde des poignées de dimensions pareilles.

Les poignards sont peu nombreux. On en a trouvé un au lac de Bienne. dont nous empruntons la figure à l'omTage de M. Relier (fîg. A9) . La lame s'adaptait à la poignée au moyen de clous rivés. Ces armes paraissent avoir été plus abondantes dans les stations des lacs d'Italie, et pourraient bien avoir appartenu au premier âge du fer.

4. Dans d'autres échantillons, ce réUxcissement csl très-sensible.

Les pointes de lances sont habilement travaillées [fig. 50); elles mesurent de 10 à 17 centimètres; les

ailes ne sont pas très-larges, mais le milieu est renflé en une côte arrondie qui donne à l'arme une grande solidit(?, La douille est grande, de façon k recevoir un manciie robuste. Les bords de la douille sont ordinairement ornés de quelques lignes parallèles.

Les flèches (fig. 51) , peu nombreuses jusqu'ici, sont petites, ne mesurant guère que 3 à 4 centimètres, triangulaires, fréquemment munies de barbes plus ou moins écartées. La plupart se iixaient au bois par une tige, absolument comme les flèches de l'âge de la pierre. Il n'y a de changé que le métal, la forme étant restée la même. Ce n'est qu'exceptionnellement qu'on trouve

•'^»;:--.:rt:'^

ffl>i4ps

■ 'bi.

Uq

stoii,

*«co

<^eo^

rencontré deux qui fussent exactement semblables» de manière à pouvoir être rapportées au même moule. La plupart sont ornées de dessins plus ou moins compliqués. Il n'en est qu'un petit nombre qui soient complètement dépourvues d'ornements.

On peut distinguer dans le nombre plusieurs types qui se caractérisent par la forme de la tête. On en jugera par la comparaison des dessins ci-joints.

Il y a les épingles à tête ronde {fig, 52 et 53), qui ont quelquefois des dimensions considérables. Nous en possédons une de 34 centimètres de long. M. Troyon en signale de 49 et même de 57 centimètres.

La tête est ordinairement percée à jour de trous circulaires dans lesquels s'adaptaient des boutons de niétal en saillie, peut-être aussi des plaquettes d'un autre métal. Dans ce cas, la tige traverse la tête et souvent s'en détache. D'autres fois la tête est massive et sans orneents, il est évident que c'est le modèle des épingles en os de l'âge de la pierre (voir p. 18) appliqué au bronze. Les épingles à Fig. 52. bouton plat ne sont pas moins

abondantes. Le bouton est tantôt très-petit {fig. 54),

Fig. 58.

LZS ?AL-kFî

Le boaioa simrie. eorin. aesç to m

■w,i\\ miï .m\

de !a

Pig. M. Prg. 55. PSj. 5K. Fig- 57.

tige (/î^. 56); il est quelquefois multiple, de manière

qu*0D a des épingles à deux et trois boutons {fig. 57) • Nous ne pensons pas qu'on doive confondre avec, les épingles à cheveux certains stylets très-simples dont TeXtrémité aplatie est simplement enroulée {fig. 58) *• 11

Fig. 58.

est probable que ces objets servaient à un usage spécial. Ce qui nous le fait croire, c'est que nous les avons trouvés ^ plusieurs reprises combinés avec de petits anneaux de bronze semblables à ceux dont il sera question plus loin, et que nous avons quelque raison d'envisager comme la monnaie de l'époque.

Les bracelets témoignent d'un goût cultivé. Il y en a de tous les modèles, depuis le bracelet simple, com-

^Fig. 59.

posé d'une tige de bronze avec un bouton semi- cylindrique à chaque bout {fig. 59) , jusqu'au large bracelet

1. Pour mieux faire ressortir Télégance des formes et la beauté du métal, nous avons fait polir un certain nombre d'épingles à cheveux provenant des différentes . stations du lac de Neuchâtel ; elles ont figuré à l'exposition horlogère de la Chaux-de-Fonds, lors du tir

LES PALAflTTES.

couvert d'éléganls dessins {p.g. 60). Ces deraierssont moins nombreux. Les plus beaax ont été trouvés dans une urne que l'on a retirée du milieu des pilotis de la

station de Cortaillod. Ils étaient au nombre de six, tous intacts, et les dessins aussi nets que s'ils sortaient de ■ l'atelier du graveur.

D'autres sont composés de plusieurs fils de bronze tordus, artistement reliés {fig. 61). D'autres encore

sont de gros cylindres massifs , recourbés , se touchant par leurs extrémités et ornés également de dessins assez

fédéral de 1863, sous la rubrique de Bijouterie lacuttre. Ceux que ces objets inléressent ODt pu, en comparant la variél des modèles et le fini des dessins, se (aire une idée des soioa que les dames de cette époque apportaient à leur toilette.

simples (fîg. 62). C'étaient probablement des anneaux de jambes '.

Bon nombre de bracelets sont tellement petits, qu'à moins de supposer qu'ils aient été à l'usage des enfants, on ne comprend pas comment on a pu les passer par dessus un poignet adulte, quelque petit qu'on se le représente. Ceci encore semble confirmer l'idée que la race de l'époque du bronze était petite.

Les bmtcles d'oreiWes sont diversement façonnées. Il

y en a en forme de lame rétrécîe vers la suspension {/ig. 63) ; d'autres sont de simples fils de bronze.

1. On en voi^t de semblables autour des os de la jambe d'un squelette de femme, déposé au musée de Wiesbaden, et provenant des environs de HoechsU

si LES PALAFITTES.

Nous en avons recueilli qui sont entourés d'une sorte d'émail dont la composition mériterait d'être analysée. Les amulettes, ou ce que nous envisageons comme tel , sont de petites plaques triangulaires, munies d'une ouverture au somunet, probablement pour être suspendues au cou. La plupart sont ornées de dessins. Ordinairement parallèles aux côtés du triangle el quel-

quefois en zigzag (fig. 64). D'autres sont composées de

plusieurs branches (fig. 65). D'autres encore sont des croissants portés sur une tige (fig. 66).

Les dessins qui ornent ces dilîérents objets de

AGE DU BKONZE.

parure, ainsi que les couteaux et autres ustensiles, sont en général Irëd-rrusies, ce qui permet de supposer qu'ils ne sont que la reproduction des dessins du moule, qui eux-mêmes auraient été gravés sur le modèle primi-

Fig. er i/î BT.

tif. Mais il y en a d'autres qui sont trop nets pour n'être qu'une simple reproduction par le moulage. Ceux-là ont probablement été retouchés à la main, au moyen de burins en bronze dont on a recueilli un certain nombre.

La composition chimique est aujourd'hui un élément important de l'étude des bronzes lacustres. Il résulte des analyses nombreuses qu'en a faites M. de Fellenberg, que la proportion du cuivre et de l'étain n'est pas aussi fixe qu'on le croyait dans l'origine, lorsqu'on assignait k tout bronze lacustre 10 pour cent d'étain et 90 pour cent de cuivre. La proportion de l'étain peut , au

Cet i.'^r» '^.- '1==^ î-r T-ûi^-T-^LT f"ai»t inaL^tî:?? i»'îib nv

*'.^T ic^^ Ij'-î .aCf e: rir u. x: z-ar s& unaar* se rî^p- ^^'X *c t^ ; -'* 'j^ ^ -*-' L'«r-r:H: ^ t"'.&:y. es: en m^«iL«iie

Ce *:;>- e^t p.-.* ^^Iriii-ut-f. ces: J'abseDse dmsks

O'j fer '^J Ôj L.'kel. c'€st en «T^aiiû-.és msignifiantes, oriiTije \:u'/jTf:*A^ di nagerai dt- rjivre. M. de Feileot^rg eu conclut qje. du iD:»rDent qu'un bronze qud- ^'//u^l^Mi r^uf^nne du plorjib ou du zânc dans une prc^M>rti'/fi tarit li/^it peu corisidérabJe, il ne saurait provenir de ) à;çe du bronze, mais date d'une époque plus récente*. A'ymUmh encore qu'il résulte des recherches récentes 4(i M* le LK F. Wibel^ sur la composition des andens tirorr/>^ , qiie les forgerons aotébistoriques ont du connaîlre Tart de recuire le bronze. En effet, le bronze, pour Mréi malléable à froid, ne doit pas contenir plus de 5 ^foar Cfiui dV^tain; chauffé, il s'étale encore sous le

1 , SoU' \*\\)\H*n(\ïce â la fin d(> ce chapitre. t, ÎÏM Cullur (Jer Bronzezeit. Kiei, 4865, p. 24.

marteau lorsqu'il contient 15 pour cent d'étaîn. Pour travaiUer les bronzes qui renferment une proportion plus grande d'étain, on est obligé de les soumettre au procédé de d'Arcet, en les refroidissant subitement. Oii leur donne de cette manière une malléabilité qu'ils n'ont pas naturellement et qu'ils ne prennent pas non plus lorsqu'on les fait refroidir lentement. Or comme, parmi les bronzes des palafîttes , il s'en trouve de martelés qui ont dû nécessairement être travaillés à froid, il s'en suit que l'art de recuire le bronze' doit être à peu près aussi ancien chez nous que l'art de le préparer. Il est surprenant que, connaissant cette influence du refroidissement sur les métaux, les peuples de l'âge du fer n'aient pas été conduits à la découverte de l'acier, qui n'est qu'un procédé inverse.

Enfin il nous reste h mentionner, à côté des moulins ou pierres à broyer le blé , qui sont communs aux doux âges, certaines pierres discoïdes de dix à douze centimètres de diamètre, munies d'une rainure plus ou moins profonde sur leur pourtour, et sur la signification desquelles on est loin d'être d'accord. On s'est demandé si ce n'étaient pas des poulies, d'autant plus que leurs deux faces présentent fréquemment de légères cavités, ce qui expliquerait pourquoi elles sont toujours en pierre dure (quartzite, granité ou diorite) et jamais en calcaire ou en molasse. Mais, s'il en était ainsi, la rainure ne devrait jamais faire défaut; or, ce n'est pas le cas. D'autres ont pensé qu'elles avaient dû servir de poids pour soutenir la cliaîne dans les métiers à tisser. -Mais alors on ne concevrait pas la nécessité de choisir des

contraire, varier de h pour cent à 20 pour cent, suivant que les fondeurs de l'époque trouvaient plus ou moins de facilité k se procurer ce métal.

Ces proportions se trahissent d~une manière plus on moins sensible par la nuance du métal. Le bronze dans lequel il entre un dixième d'étain (comme dans le mélat de canon) a la plus belle couleur; c'est le plus commun dans nos lacs et celui qui par sa nuance se rapproche le plus de l'or. Lorsque l'étain est en moindre proportion, le métal est plus rouge et plus tendre ; il prend en revanche une teinte claire et devient trèsdur, lorsque la proportion de l'étain dépasse sensiblement le dixième.

Ce qui est plus significatif, c'est l'absence dans les objets de l'âge du bronze de tout autre métal dans une proportion notable. S'il s'y trouve quelquefois du plomb, du fer ou du nickel , c'est en quantités insignifiantes , comme impuretés du minerai de cuivre. M. de Fellenberg en conclut que. du moment qu'un bronze quelconque renferme du i>loiiib ou cki zinc dans nne proportion tant soit peu considérable, il ne saurait provenir de l'âge du bronze, mais date d'une époque plus récente*.

Ajoutons encore qu'il résulte des recherclies récentes de M. le D' F. Wibel- sur la composition des anciens bronzes, que les forgerons anléhîstoriques ont dû connaître l'art de recuire le bronze. En effet- le bronï^. pour être malléable à froid, ne doit pf pour cent d'étain; chaulfé. il f

1 , Voir l'ApiK-ndici' à la fin iV ce t. Die Cultur der Bronïe/.ril. Ki<

marteau lorsqu'il contient 15 pour cent d'étain. Pour travailier les bronzes qui renferment une proportion plus grande d'étain, on est obligé de les soumettre au procédé de d'Ârcet, en les refroidissant subitement. On leur donne de cette manière une malléabilité qu'ils n'ont pas naturellement et qu'ils ne prennent pas non plus lorsqu'on les fait refroidir lentement. Or comme, parmi les bronzes des palafittes , il s'en trouve de martelés qui ont dû nécessairement être travaillés h. froid, il s'en suit que l'art de recuire le bronze doit être à peu près aussi ancien chez nous que l'art de le préparer. Il est surprenant que, connaissant cette influence du refroidissement sur les métaux, les peuples de l'âge du fer n'aient pas été conduits à la découverte de l'acier, qui n'est qu'un procédé inverse.

Enfin il nous reste à mentionner, à côté des moulins ou pierres à broyer le blé, qui sont communs aux deux âges, certaines pierres discoïdes de dix h, douze centinaèlres de diamètre, munies d'une rainure plus ou moins profonde sur leur pourtour, et sur la signification desquelles on est loin d'être d'accord. On s'est demandé si ce n étaient pas des poulies, d'autant plus que leurs deux *ces présentent fréquemment de légères cavités, ce qui P'queraïf pourqyQi dieg goiil toujours en pierre dure g *'''zi(e, g,-anhAàou dJorile) cl jamais en calcaire ou

'^'^^Se, jU^^^^'il en ela.it ainsi. la rainure ne i^ttlaf^^^^Bàctuui ; or, ce n'est pas le ca».

^ ùjf l'ilics avaient dû servir de poids

"'■ ^►^ 'ui^ les métiers k ti.*ser.- Mais

^ la néresMté de cUoialr des

pierres dures; des cailloux en xjalcaire et en molasse auraient rendu le même service. M. Troyon*, de son côté, pense que ces pierres discoïdes ont été employées pour des jeux, se fondant sur ce fait que, dans le recueil de Pinelli (Roma, 1816, fol. 15), on voit un personnage qui tient entre ses mains un disque pareil, sur le pourtour duquel* est enroulée une corde destinée à lancer la pierre. On expliquerait de cette manière l'utilité d'employer des roches dures, mais on ne comprendrait guère l'absence de la rainure. Jusqu'à présent ces pierres paraissent être spécialement propres aux palafittes de l'âge du bronze. On ne les retrouve pas dans les anciens tombeaux, non plus que dans les dolmens.

SQUELETTES DE l'AGE DU BRONZE.

Pendant longtemps, nous n'avons possédé qu'un seul crâne authentique de l'époque du bronze, provenant de la station d'Auvernicr. Quoique incomplet, — car il lui manque les os de la face, -^ il est cependant assez caractérisé pour jeter quelque jour sur la conformation de la race à laquelle il a appartenu. Il est à la fois petit, mince, allongé et remarquablement étroit, surtout dans la région moyenne, qui se rétrécit' déjà à partir du milieu des os pariétaux. Ceux-ci présentent en outre une courbure des plus bizarres, étant comme coudés au milieu. L'occiput, en revanche, est extraordinairement développé. Ce n'est pas, on le voit, une

Page 1