INTRODUCTION
grand marais, qui aujourd'hui sont recou vertes par la tourbe.
Nous sommes loin de vouloir nier que certains lacs de la Suisse n'aient subi des variations. Peut-être le lac de Neuchâtel est-il de ce nombre. Mais il ne faut pas perdre de vue qu'il s'agit ici d'un phénomène général , et comme il existe des pilotis dans presque tous les lacs, il faudrait que tous aient été obstrués à leur débouché. Or cela n'étant pas, on est forcé d'admettre que les pilotis ont du être enfoncés et consolidés sous l'eau, et par conséquent que les constructions qu'ils supportaient étaient réellement lacustres. Le. diamètre des pieux e^ en général trop petit pour qu'ils aient pu soutenir des constructions tant soit peu massives. Il ne peut en tout cas être question que de cabanes assez frêles *.
Au premier abord, on trouve étrange, sinon absurde, l'idée que des hommes se soient établis sur l'eau, au lieu de dresser leUrs tentes ou de bâtir leurs cabanes sur la terre ferme ; cependant, en y réfléchissant de plus près, on comprend jusqu'à un certain point qu'à l'origine de la période lacustrcj à une époque ou le sol de la Suisse était couvert de forêts et les bords des lacs entourés probablement de marais, ces cabanes lacustres aient offert à leurs habitants un asile plus sûr contre les embûches des ennemis et contre les attaques des bêtes féroces. Plus tard, à l'époque du bronze, ce n'était probablement, comme nous le verrons plus
4 . Nous renvoyons pour la forme et l'aspect de ces constructions aux descriptions et figures qu'en ont publiées M. Keîler, M. Troyon et M. Lvell.
loin, que de simples magasins ou des lieux de réunion*. L'idée de comparer les antiquités de nos lacs avec celles qu'on trouve en. si grand nombre dans les îles du Danemark , devait se présenter naturellement à l'esprit de nos antiquaires. Du moment qu'on eut reconnu qu'il existait, sous le rapport des ustensiles, des différences notables entre les stations, les unes ne renfermant que des armes et objets. en pierre et en os, les autres conte-
nant des ustensiles et des armes en métal, spécialement en bronze, quelques-unes aussi des armes en fer, ces stations ne pouvaient être contemporaines. Elles devaient correspondre à des périodes successives de développement, ayant chacune leur caractère distinctif. On distingua ainsi, comme dans le Nord, trois époques : l'âge de la pierre^ l'âge du bronze et l'âge du fer.
Le lac de Neuchâtel a le privilège, entre tous les lacs de la Suisse, de réunir des stations des trois âges, en sorte qu'on peut y suivre, sur un espace restreint, le développement de l'humanité durant les époques reculées qui ont précédé les t«mps historiques.
1 . Du reste, les anciens occupants de notre sol ne sont pas les seuls qui aient préféré les demeures aquatiques. Il est plusieurs populations des îles de l'Océan pacifique chez lesquelles cet usage existe de nos jours. Les indiens de Venezuela construisent leurs cabanes de préférence sur l'eau, pour se mettre à l'abri des mouches; et nous savons par les récits d'Hérodote que les anciennes populations de la Thrace avaient la même coutume. « Les Péoniens du lac Prasias, » dit le père de l'histoire, « ne purent être subjugués par Mégabyse. Leurs demeures sont construites de la manière suivante : ils fixent sur des pieux: élevés enfoncés dans le lac un échafaudage qui communique avec la rive par un seul pont étroit. Chacun a sa cabane avec une trappe qui donne sur. le lac, et dans la crainte que leurs enfants ne tombent à l'eau par cette trappe, ils les attachent par les pieds avec une corde. »
Les stations de l'âgç de la pierre, sans être aussi nombreuses que dans la Suisse orientale, ne font cependant pas défaut dans le lac de Neuchâtel. A la station de Concise, qui a fourni dès 1859 une quantité considérable d'ustensiles en pierre et en os, sont venues s'ajouter plusieurs autres stations,, spécialement celles de Neuchâtel, Hauterive, Cortaillod, Auvernier, Bevaix, Chez-le-Bart, Corcelles, Estavayer, Chevroux, Cudrefin, et au lac de Morat, Greng.
Ces stations ont chez nous un cachet particulier qui permet de les reconnaître facilement. Elles sont en général moins étendues que celles de l'âge du bronze^, moins éloignées du rivage et moins profondes, n'excédant pas deux mètres de profondeur au-dessous des eaux moyennes. Mais ce qui les distingue surtout, c'est la qualité des pieux, qui sont beaucoup plus gros que
i. La ténevière d'Auvernier mesure 80 mètres de diamètre; celle de Hauterive est plus grande et à pourtour mpins régulier.
ceux des stations du bronze : ce sont fréquen>ment des troncs entiers mesurant jusqu'à 25 et 30 centimètres de diamètre. Au lieu de faire saillie dans l'eau, ils sont à fleur du fond, en sorte que, malgré leur grosseur, il faut quelque expérience pour les discerner au niilieu des pierres qui les entourent. Ces pierres elles-mêmes constituent un caractère important de l'époque; il est évident, rien qu'à les voir, qu'elles ont été entassées par la main de l'homme. C'est ce qu'attestent d'ailleurs, d'une part leur distribution qui est toujours nettement circonscrite, tandis que tout à l'entdur règne le sable ou la vase, d'autre part leur variété de forme et d'aspect, les unes étant arrondies, les autres anguleuses.
Le pt'océdé qu'on employait était probablement des plus simples. On recueillait les pierres sur le rivage et on les transportait à l'endroit désigné pour la station, au moyen de pirogues ou arbres creusés ^. Là on les entassait autour de gros pieux qu'on plaçait debout et qui se trouvaient ainsi fixés par le fait seul de l'empierrement. Cet entassement avait pour résultat d'exhausser le sol, et c'est pourquoi toutes les stçitions de pierre de notre lac forment des renflements ou de petits monticules que l'on désigne, sur la rive méridionale de notre lac, sous le nom de ténevières^, à Cortaillod sous celui
4 . 11 existe plusieurs de ces pirogues dans le lac de Bienne. L'une d'elles, près de nie Saint-Pierre, est même encore chargée de cailloux, ce qui fait supposer qu'elle a sombré avec son chargement. Une autre a été rétirée récemment du lac et fait partie de la collection de Neuchâtel.
2. Dans l'idiome des pécheurs d'Ëstavayer,. ce mot signifie un monticule inondé, un emplacement où Teau est peu profonde.
de pervous^y tandis qu'au lac de Bienne, ils portent le nom de « steinberg » c'est-à-dire montagne de pierre.
Ge mode de construction était le seul praticable partout où le sol est rocheux, comn^e c'est le cas sur nombre de points de la rive septentrionale de notre lac, .àMonruz, Hauterive, Neuchâtel, où les bancs de calcaire urgonien sont très-rapprochés de la surface, de manière qu'il est impossible d'y piloter 2. Ailleurs, ià où le fond est vaseux, spécialement dans les lacs de la Suisse orientale, on a pu se contenter d'enfoncer les pieux dans le blanc fond, sans avoir recours à des empierrements. Dans ce cas, il n'y a pas de colline sousaquatique; ce ne sont pas deè steinberg dans l'acception propre du nom, mais les stations ne s'en font pas moins remarquer par leur peu de profondeur et leur proximité da rivage, ce qui fait que, par les basses eaux, elles sont quelquefois à sec, comme ce fut le cas en 1863 au lac de Constance (à Markelfingen) •
Ici on ne manquera pas de nous faire une objection. Si les ténevières remontent à l'âge de la pierre, alors
1 . On donne aussi ce nom aux amas de pierres sur terre ferme, lorsqu'ils, ont de grandes dimensions. Les plus petits sont des morgiers.
2. Plusieurs de ces steinbergs ont continué à être habités ou utilisés pendant les âges suivants, entre autres le steinberg de Nidau , oii l'on trouve à la fois des débris de l'âge de la pierre, du bronze et du fer. Ces résultats sont corroborés par les recherches toutes récentes que nous venons de faire dans les lacs de la Bavière. L'île des Roses, au lac de Starnberg, paraît n'être autre chose qu'une île artificieHe de ces époques reculées, qui n'a cessé d'être habitée pendant toutes les périodes successi^ves et qui est encore aujourd'hui le siège d'une habitation rovale.
rivage, atteint jusqu'à près de 2 mètres de profondeui',
tandis que le sommet de la ténevière n'a guère que O™50 par les eaux moyennes.
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J^^/ fi-^r^^rr^::!'.-'., I<^ \;ïc kixx p- is tas <ie ::a:e la dîs-
t *^K'-iirÀ\^ft d'eri'iifOQ deux mètres. Des recherches MÎt^rietjre» noo* apprendroat peat-étre a l'idée d'un 'dXfAW^MïhiA de^ eaux dans ces limites peut se justifier au fioîrit d^jT vue g»:o logique.
De pareille,^ iles auraient en effet offert un abri eOir^v;/; c/fulra toutes sortes de dangers. Peut-être s'y MijriiHMait-on ausî^i pour certaines fêtes ou repas, ce qui rf)(()lir|uerait la quantité prodigieuse d'ossements qui s'y lrouv(înt enta.s»f^%s, tandis qu'ils sont plus rares dans les ^lationH du bronze*
La Heulc Htation de Concise a fourni plus d'ossements (ranifnaux que toutes les stations de bronze réunies. On a rruîonnu jusrju'à présent, dans les différentes stations (In y^^^^\ do la pierre en Suisse, l'ours, le blaireau, la fouitio, la niarlo, le putois, l'hermine, la loutre, le loup, In rniiftnl, In chioi), le chat, le hérisson, le castor, l'écurtMill, In rhnvuK In porc, le sanglier, l'élan, le cerf, le
), Tord. KfOlor, !)rujpùhne rapport sur les conslrucUons lacus^ In^i ihuH lt»n Mînhi*ilungfn der antiquarischm Gesellschaft.
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chevreuil, le daim, le mouton, le bison, l'aurochs, la chèvre, le bouquetin et une quantité de débris du bœuf domestique. On le voit, ce sont déjà en grande partie les mêmes animaux qui habitent encore les forêts d'Europe, là où la chasse ne les a pas détruits. Parmi les vaches, M. Rûtimeyer dislingue deux variétés, une trèsgrande et une petite, qui serait la souche de la vache domestique. Le même auteur distingue, outre le cochon domestique et le sanglier, une troisième espèce de porc, le cochon des marais {Sm palustris), dont les débris se trouvent surtout en grande abondance dans les palafittes de Tâge de la pierre de la Suisse orientale. Cette espèce, qui était plus petite que les deux précédentes, aurait eu le sort de Taurochs (qu'il ne faut pas confondre avec le bison de Lithuaniej, c'est-à-dire qu'elle se serait perdue dans le cours des âges. Il n'est pas probable que cet animal ait été domestique, ni par conséquent qu'il soit la souche de notre porc; ce dernier descend plutôt du sanglier.
Les stations de pierre de notre lac n'ont pas encore fourni de squelette humain. On ne possède, en Suisse, qu'un seul crâne de cette époque, provenant de la station de Meilen, au lac de Zurich. Malheureusement il n'est pas complet. Cependant, il résulte des recherches de MM. Rûlimeyer et His^, qu'il tient en quelque sorte le milieu entre les têtes longues et les têtes courtes (le rapport de la largeur à la longueur étant comme 83 à 100), se rapprochant sous ce rapport du type le plus
i. Crania Helvetica, p. 35.
commun en Suisse. Il ne diffère pas non plus sensiblement des crânes de la station de bronze d'Auvernier.
dont il sera question plus loin. C'est, comme l'un de ces derniers, un crâne d'enfant, ce qui permet de sup-
poser que les traits caractéristiques de la race n'avaient pas encore acquis leur expression définitive.
11 est difficile de se faire une idée de l'état de culture des peuplades de l'âge de la pierre. A ne les juger que par leurs armes et leurs ustensiles, elles n'auraient guère été plus avancées que les sauvages des îles de la Sonde ou de la mer Pacifique. Ces armes, en effet, ne sont que des flèches et des lances en silex. Ces dernières sont façonnées avec un. soin extraordinaire, qui témoigne en même temps d'une grande dextérité dans l'art de tailler la pierre à feu; toutes présentent d'un côté une surface unie, qui est la cassure naturelle, el de l'autre une carène longitudinale, quelquefois complétée par l'usure {^g. 2); quelques-unes ont comme une espèce de soie ou de manche {^g. 3).
Les flèches sont triangulaires {fiij. h), assez fréquemment munies de barbes, ce qui les rendait plus redoutables [fig. 5 et 6). On rencontre quelquefois det traces du ciment qui les unissait k la lige. M existai
LRS PALAFITTES.
aussi des pointes de flèches en os, mais elles sont beaucoup plus rares. Le musée de Neuchâtei en possède une de Concise {fîg. 7).
l/i gr. épingle an
Les os longs de certains animaux (de la vache, du porc), sont aussi souvent taillés en forme de poinçons [pg. 8 et 9) qui ont pu servir de poignards, de lances ou de piques; d'autres sont en forme de ciseau {fîg. 10), on en faisait aussi des épingles à cheveux [fig. 11).
Les éclats du silex étaient employés en guise de couteau ou de scie. On possède dans plusieurs collections de ces silex qui sont enchâssés dans un fragment de corne, et dont on se servait probablement pour
AGE Dlî LA PEERfli;.
abattre des arbres et couper des branches [fig. i2}. Nos lacs ne nous ont pas encore fourni de ces poi-
gnards artistement travaillés comme il en existe dans les collections du nord de l'Europe, ni de ces couteaux en silex aux formes élégantes, qui rappellent les plus belles formes de couteaux de l'âge de bronze*. Ce que nous possédons de plus élégant, ce sont les marteaux en pierre. Us sont d'ordinaire en serpentine, percés d'un trou conique, et il n'est pas rare de rencontrer le noyau ou boudin qui s'adapte à la cavité. L'une des extrémités du marteau est arrondie ou à face plane, et l'autre comprimée et plus ou moins tranchante. Quelquefois ce dernier côté est aussi en pointe. On est étonné de la patience, de la persévérance et de l'habileté qu'a dû exiger le percement d'une pièce pareille, surtout s'il devait s'exécuter sans l'aide du métal. Peut-être y parvenait-on au moyen de lames ou d'éclats très-minces de silex, attachés autour d'une tige que l'on faisait tourner de manière à ménager un noyau qui tombait quand la pierre était percée^. On avait toujours soin de
r "Vionaae, NordiskeOldsitfjer,l»h. \^.
2. Il serait plus simple de supposer que le pprcflment se fiiis.iit ail
refl:l-?r le marteau à rewln^it q'ii de*-ail recevoir le trou d>ai!naDrbijr?. Malgré cHa. il arriv'ul souvent des accident^, car le? fras:mênl? de marteaux cassés pendant le perce:iient, 5onl bien plus nombreux que les entiers. Pe'jt-«Mre au»i les lames qui perçaient élaienl-elles lixes. et c'était le marteau que Ton faisait tourner comme dans nos burins lises.
Les figures 13 et 14 représentent un échantillon de notre collection. Comme d'autres du même type, il est
moyen (l'un rylinilre ou lul>e t^raux. Mmi celui-ci aurait dû être île mi^lul, ec ijui mporUtniil na* marhtaui danà l'âge de bronze. Or ju$i|ii'i<'j. lin ne Ii-j connall (|iie de Và^p <\e h pierre.
AGE DE LA PIERBË, i\
parfaitement intact, ce qui a fait supposer que c'était plutôt un insigne de commandement qu'une arme.
Les haches ne sont pas rares non plus. Nous en possédons plusieurs douzaines. On choisissait une pierre dure, de préférence un galet erratique de diorite, de serpentine ou de quartzite que l'on usait de manière k lui donner un tranchant (fig. 15) . Ce caillou était ensuite
introduit dans une emmanchure faite de bois de cerf, qui elle-même était taillée de manière à s'adapter à un manche en, bois {(ig. 16). Ces emmanchures se rencontrent assez fréquemment dans certaines localités, entre autres à Concise, mais il est rare de retrouver les deux (la hache dans son emmanchure), et plus rare encore de posséder l'instrument complet, c'est-à-dire la hache, l'emmanchure et le manche. M. le' docteur Clé- . ment en possède un exemplaire provenant de Concise {fig. 17), l'un des plus complets qui existent.
D'autres fois la hache s'insinuait à l'extrémifé d'un
t.E-f Pvr. VFITTE.-i.
^cçviir '1.1 T..iîicix. ta ^ai:
■r.Lit peiT-; d" 'iii trou poor e venait «'appuyer coatre
:-i>î q li empêchait !e b'/~ ii'4uliter. L'tBâtmmeut i la fjîs de hache et de mirteau (fig. 18).
A côti; (]e,-i haches se trouvent d'aulres pierres tîiill(;i;s plii.s pctîles, entimanchces dans de simples frag-
AGB DE LA PllsR«H.
menta d'andouillers; c'était plutôt des ciseaux ou des tranchais que des haches proprement dites. Celui qui est ici représenté {fîg. 19) est en néphrite transpa-
Fig. IB. — Cgncisï, l/i grandeur.
rent d'une belle teinte vert-poireau; il fait partie de la collection de M. le D' Clénienl, à Saint-Aubin. La plupart de ces pierres mystérieuses sont emmanclices de cette manière.
Ce qui caractérise nos haches de l'âge de la picire et les distingue de celles des Ages antérieurs, c'est qu'elles sont toujours usées et aiguisées sur la meule, de manière k présenter un tranchant très-régulier, ce qui n'est jamais le cas des haches d'Abbeville, ni de celles des cavernes, ni de celles des Kjoekkenmœdings du Danemark qui sont simplement taillées au choc.
A paît ces ustensiles, qui sont communs k presque tous les peuples sauvages, nous rencontrons chez nos
il Ll£=: P.VLAfITTEâ.
liiiMistitîs (le l'ii-p" lIo la pierre, un commencement d'in- (luslriti ()ui atteste l'aurore d'une civilisation. Ils fabri- (HiaieiU Je la poterie, informe et grossière à la vérité, mais qui n'en est pas moins digne d'intérêt par sa l'umposiliuii, autant que par sa forme et ses dimensions, Ce sont pour la plupart de grands vases pansus, fiu.oiinés à la m;iin . le ti>ur du potier n'étant pas connu. La pâle en est peu homogène, grise ou noire, jamais rouge, toujom-s mélangée de petits cailloux sJli, ceux destinés sans doute à parer aux inconvénients d'une cuisson inéj;;ile et imparfaite. Il n'existe guère (|ue des rudiments d'ornements.
Les vases de moindi-e dimension sont d'une pâte moins gi-ossiéiv, rétrécis par le bas. mais sans être arrondis ou coniques à la base, comme ceux de l'âge du bronze. Ils sont h, fond plat, eu sorte qu'il n'est pas besoin de support pour les faire tenir debout {/ig, 20) .
Aussi les anneaux en terre, si coiiiinims à l'époque du
bronze, font-ils complètement défaut dans lesténevières.
Ce (|ui ii'rst pas moins significatif, c'est l'emploi
([lin l'on faisait de ces vases pour la conservation des
AGE DE LA PIEARE. . î5
denrées, telles que fruits et céréales, qui constituaient probablement les provisions de l'hiver. M. Gilliéron a recueilli dans la couche archéologique du pont de Thielle, de fort beaux grains de froment qui sont carbonisés comme la tourbe qui les environne. La station de l'île Saint-Pierre lui a fourni, en outre, de l'orge, de l'avoine, des pois, des lentilles, des glands*. On y cultivait donc la terre et l'on se livrait à Téducation des bestiaux. C'est dire qu'on n'était plus à 1-état sauvage.
Les meules en pierre à broyer (communément appelées moulins) qu'on trouve en assez grand nombre dans plusieurs de nos ténevières, et dont plusieurs atteignent jusqu'à 60 centimètres de diamètre, indiquent que l'on triturait le blé, probablement à la main, au moyen de pilons arrondis. Ces pilons, ainsi que les meules, sont en granit ou en grès, jamais en calcaire.
Il est vraisemblable aussi qu'il se faisait quelque trafic avec les contrées voisines, spécialement avec les pays situés au bord du Jura, d'où l'on tirait sans doute, le silex; mais nous ne saurions partager l'opinion qui
i. Les stations de la Suisse orientale, entre autres celles de Robenhausen sur le lac de Pfœffikon , ont en outre fourni d'amples collections de fruits de toute espèce, des pommes, des cerises, des faînes, des graines de fraises, de framboises, et des échantillons assez nombreux de la châtaigne d'eaiu (Ti^apa tiatans)^ qui doit avoir été commune dans les lacs, tandis que, de nos jours, elle ne se trouve plus que sur deux jjoints au nord des Alpes, près de Langenthal et près d'Elgg. On y trouve de plus des lambeaux de tissus et même du pain qui s'est conservé à la faveur de la carbonisation. Le grain n'est qu'imparfaitement broyé, comme dans le pumpernickel de Westphalié, en sorte qu'il est possible de reconnaître l'espèce de céréale dont il se compose. Le pain de Robenhausen est du pain de froment. Les tissus sont de lin. On n'en a pas encore trouvé en laine.
26 LES PALAFIÏTES.
attribue des relations commerciales étendues aux peuplades de l'âge de la pierre.
On cite à Tappui de cette opinion, les haches de néphrite dont on a trouvé un certain nombre à Concise et dans d'autres stations de l'âge de la pierre, et comme cette pierre nous arrive aujourd'hui de l'Orient, on en a conclu que les peuples de cette époque reculée trafiquaient avec l'Asie. Mais il est à remarquer que la plupart des haches qu'on fait passer pour être de néphrite, pourraient bien n'être que des variétés de roches indigènes provenant de veines siliceuses dans la serpentine et dotit le gisenient se trouverait, d'après M. G. de Mortillet, dans la Haute Maurienne*. 11 nous paraît, en effet, bien difficile d'admettre qu'un commerce aussi lointain se fut borné à l'échange de quelques pierres qui, après tout, ne sont pas fort supérieures au silex ordinaire, tandis que l'Orient pouvait fournir des objets d'une plus grande utilité, en particulier des piétaux.
Nous devons cependant mentionner ici une communication toute récente de M. R. de Fellenberg à la Société des sciences naturelles de Berne (séance du 24 juin 1865 *), dans laquelle ce savant chimiste rend compte d'une série d'analyses qu'il vient de faire sur
4. Matériaux pour V histoire positive ^l philosophique de rhomme, janvier 1865, p. 231. — M. Naumann [Èlénvents de Minéralogie, p. 305], signale aussi de la néphrite parmi les blocs erraliques de la Saxe (Schwemsal près Diiben) qui, comme l'on sait , proviennent de la Scandinavie.
2. Miitheilwngen der Bernischen naturforschenden Gesellscfmfi , 1865, p. 112-125.
cinq fragments de néphrite provenant des lacs de la Suisse, dont, trois (les n°' 1, 2 et 3) de Meilen sur le lac de Zurich, un de Moosseedorf dans le canton de Berne, et un de Concise sur le lac de Neuchâtel. Voici les résultats de ces analyses :
Acide silicique. . , 57, 10
Alumine —
Magnéiie 20,60
Calcaire 12,76
Fer oxvdulé 6,30
Manganèse oxydulë. 0,65
Oxvde de zinc. . . —
Soude —
Potasse —
Eau 3,25
Il résulte de ces analyses que quatre de ces fragments, les n**' 1, 2, 3 et 5, ont à peu près la même composition, tandis que le cinquième, le n® 1 de Moosseedorf, correspondrait au jade vert ou jadéïte de M. Damour. Il représenterait un nouveau bi-silicate dans le groupe des feldspath, ou silicate d'alumine alcalin, voisin à bien des égards de l'oligoclas.
En revanche, les quatre fragments identiques concordent d'une manière frappante avec l^s analyses que M. Scheerer * a faites de la véritable néphrite orientale, et spécialement avec son analyse n* 7, qui lui a donné :