Les Palafittes, ou Constructions lacustres du lac de Neuchatel
Cet essai n’a pas la prétention de résumer l’ensemble de nos connaissances sur les constructions lacustres, encore moins d’offrir un tableau de la civilisation de l’Europe centrale pendant les trois Ages de la pierre, du bronze et du 1er, qui se trouvent représentés dans notre lac. Nous n’avons ni l'autorité, ni les ressources nécessaires pour embrasser un sujet aussi vaste. Ce que nous nous proposons n’est qu'une simple excursion dans un domaine qui , pour n’étre pas le nûtre , ne lui est cependant pas étranger.
Lorsqu’il y a douze ans, les découvertes d’antiquités préhistoriques au fond du lac de Zurich , vinrent solliciter l'intérêt et la curiosité de tous les amis de la science en Suisse , nous eûmes la tentation , A l’exemple de MM. Schwab , Troyon ,
PRÉFACE
Morlot, Rochal, de rechercher ce que les lacs du pied du Jura pouvaient contenir. Nous ne tardâmes pas â nous assurer que ces lacs, et spécialement celui de Neuchâtel, étaient richement dotés. Nous eûmes alors l'idée d’appliquer aux recherches lacustres les méthodes usitées en géologie, espérant qu’en tenant compte de certaines circonstances accessoires, auxquelles les archéologues n’accordent pas toujours l’importance qu’elles méritent, telles que la distribution des objets, leur fréquence, leur association, leur état de conservation dans les différentes stations, nous obtiendrions peut-être un tableau, sinon plus complet, du moins plus exact des conditions d’existence de nos populations primitives.
Partant de ce point de vue. nous nous sommes surtout attaché aux stations qui présentent un cachet déterminé et qui, à l’instar des gisements caractéristiques en paléontologie, peuvent être envisagées comme authentiques pour l’âge de la pierre, l’âge du bronze ou l’âge du fer. En revanche, nous n’avons attaché qu’une importance secondaire aux stations qui renferment des débris de plusieurs âges, alors même qu’elles sont très-riches, comme la station de Nidau au lac de Bienne et celle de Font au lac de Neuchâtel. Les antiquités que ces stations recèlent seront toujours d'un intérêt réel.
comme objets de curiosité ou pour servir de complément à des données recueillies ailleurs ; mais on doit se garder de leur accorder une valeur concluante, lorsqu'il s’agit de lixer les caractères d’une époque.
Nos premières recherches ont été consignées dans un article de l’d/manacA de la Société d’utilité publique de Neuchâtel en 1859; une seconde édition, considérablement augmentée, parut dans la Bibliothèque universelle de 1862. En attendant, les découvertes se multipliaient de jour en jour; l’âge du 1er en particulier nous fournit un contingent considérable d’objets rares et nouveaux , ce qui nous engagea à publier une S 1, édition, qui parut dans le Musée neuchdlelois de 186/i, accompagnée de plusieurs planches.
A l’heure qu’il est. la mine est loin d’être épuisée. De nouveaux trésors sont venus s’ajouter à ceux que l’on possédait déjà. D'uu autre côté, l'intérêt du public scientifique n’ayant cessé de nous encourager, nous n’avons pas cru devoir résister à la tentation de donner à cet essai une plus grande publicité, en acceptant l’offre de notre ancien ami. M.Reiinvald. libraire à Paris, d’en faire l’objet d’une publication plus étendue, accompagnée cette fois de nombreuses gravures qui permettront une comparaison plus approfondie avec les anliqui-
PiK- A.
PRÊT ACE
lés d'autres focal i t«*s recueillies sur la terre ferme, dans les loinbeaux , les liy posées. b*s dolmens. etc.
Comme les constructions lacustres auxquelles se rattachent les antiquités de nos lacs sont aujourd'hui un type déterminé, il nous a paru qu'il y avait lieu à les désigner sous un nom spécial, à l’instar d’autres monuments. tels que les dolmens, les pyramides, etc. Le nom allemand de Pfahlbaulen (constructions sur pilotis), proposé par M. Ferd.
Keller et aujourd'hui très-populaire en Allemagne et en Suisse, a été adopté par les archéologues italiens sous la forme de /Mlafilla.
C’est celte appellation de palalitte que nous proposons d’introduire dans notre langue.
Du moment que nous préconisons les méthodes géologiques et paléontologiques pour l'étude de nos antiquités lacustres, on comprendra que nous ayons drt
nous imposer la plus grande réserve quant à la détermination de l'âge de nos différentes palafittes. Il ne peut guère être question de dates que pour l'époque du fer. Quant aux âges de la pierre et du bronze, nous nous estimerons heureux si eel essai peut fournir quelques termes de comparaison à ceux qui s’occupent de l’origine et des affinités des anciennes races qui ont peuplé l’Europe.
Comme les antiquités de l'âge de la pierre sont très-répandues, et bien mieux connues que celles des âges subséquents, nous nous sommes dispensé d’entrer dans tous les détails que comporte cette phase de l’époque antéhistorique. En revanche, nous avons accordé d’autant plus d’attention aux palafittes de l’âge du fer qui sont une spécialité de notre lac. en même temps qu’elles servent de trait d’union entre l’histoire et les temps préhistoriques.
Les principaux engins employés pour la pêche des antiquités dans nos lacs sont une houe à main (fig. A) et une pince ( fig . B) munie d’un lil de
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rappel, au moyen duquel on ramasse des objets d'assez petite dimènsion, le|s que rouleaux et épingles, dans une profondeur de quatre et cinq mètres. Le dessin ci -joint représente notre pécheur B. Kopp dans son bateau, péchant à la pince au milieu d'une palafitte (fit/. C).
Fig C.
Nous devons au crayon habile de notre confrère, M. le professeur A. Favre-Guillarmod , tous les dessins qui ornent cet ouvrage. Nous avons autant que possible choisi nos types dans notre propre collection, afin de faciliter la tâche de ceux qui auront quelque intérêt â comparer les originaux.
PRÉFACE
On trouvera dans l'Explication des fiyures cicontre l’indication de la provenance de tous les objets figurés dans cet ouvrage, ainsi que de la collection qui les renferme.
Neuchâtel, le 1" octobre 1805.
EXPLICATION LES FIGURES'
Fig. A. — Drague à la tuait) destinée à la pèche des petits objets, page vin.
B. — Pince dont on se sert pour la pêche des objets lacustres, p. tx.
Frontispice et lig. C. — Notre pêcheur péchant à la pince dans une palalittc, p. x.
objets DS l'Ace de la imeiiiik.
Fig. 1. — Coupe de la ténevière d’Hauterive, p. 13.
2. — Pointe de lance en silex, de la station de Concise. Demi-grandeur. Notre collection, p. 16.
3. — Pointe de lance en silex, de la station de Concise, avec la soie, tandis que la pointe manque. Demi-grandeur. Notre collection, p. 16.
t. U plupart des station' ( palaültes et ténevière»; qui sont citées comme gisements d'antiquités appartiennent au lac de Neuchâtel. Lorsqu un objet est d'une autre provenance, on a eu soin de 1 indiquer.
EXPLICATION DES FIGURES
Fig. li el 5. — Pointes de flèche en silex avec barbes. Grandeur naturelle. De Greng (lac de Moratj. Notre collection, p. 17.
<i. — Pointe de flèche en silex sans barbes. De Greng. Grandeur nalurelle. Notre collection, p. 17.
7. — Pointe de flèche en os, de Concise. Grandeur naturelle. Musée de Neuchâtel, p. 18.
8 et 9. — Poinçons en os, de Concise. Demi -grandeur. Notre colleclion, p. 18.
10. — Ciseau en os, de Concise. Denii-grandeur. Notre collection, p. 18.
11. — Épingle en os, de Concise. Demi-grandeur. Musée de Neuchâtel, p. 18.
12. — Scie en silex fixée dans un morceau de corne au moyen d’un mastic d'asphalte. Demi - grandeur. D'après l’ouvrage de M. F. keller. De Meilen, au lac de Zurich. Musée de Zurich, p. 19.
13 et H. — Marteau en pierre dure (roche amphibolique) taillée et usée avec beaucoup de soin, n'ayant probablement jamais servi. Demi-grandeur. De la ténevière de Chevroux. Notre collection, p. 20.
15. — Hache en serpentine, de Concise. Demi-grandeur. Notre collection, p. 21.
16. — Hache en pierre dans son emmanchure en bois de cerf, taillée pour s'adapter dans un manche en bois. Demi-grandeur. De Concise. Notre collection, p. 21.
17. — Hache complète avec l’emmanchure en bois de cerf et le manche en bois, de Concise. Un tiers de la grandeur. Collection de M. le docteur Clément, à Saint- Aubin (Canton de Neuchâtel), p. 22.
EXPLICATION DES FIGURES
Fig. 18. — Hache-marteau emmanchée dans une douille verticale, servant à la fois pour tailler et pour frapper. Les lignes pointées indiquent les contours des cavités intérieures pour la hache et pour le manche. Demi-grandeur. De Concise. Collection de M. le docteur Clément, p. 22.
19. — Ciseau ou tranchet en néphrite orientale, emmanché dans un andouiller de cerf. Demi-grandeur. Collection de M. le docteur Clément, p. 23.
20. — Vase en terre de petite dimension à pâte ordinaire. Un quart de la grandeur. De Meilen, sur le lac de Zurich, d’après M. Relier. Musée archéologique de Zurich, p. 24.
21. — Pesons de fuseau en calcaire. Demi-grandeur. De la ténevière d’Auvernier. Notre collection, p. 30.
OBJETS DE l’ace DP JIKONZE.
22. — Vase conique à pâte line avec vernis noir en graphite. De la palafltle de Cortaillod. lin tiers de la grandeur. Notre collection , p. 33.
23. — Vase conique à col resserré, lin tiers de la grandeur, p. 33.
24. — Fragment d'un vase avec ornements en saillie entourés de points. De la palalitte d'Auvernier. Notre collection, p. 33.
25. — Fragment d'un vase pansu avec ornements en chevrons. lin tiers de la grandeur. De la palafitte d'Auvernier. Notre collection, p. 33.
26. — Vase conique reposant sur sa torche en terre grossière. Un tiers de la grandeur, p. 34.
K X I* LI CATION l> K S !•' I (i l> H K S.
Kig. 27. — Fragment d'un grand vase à pâle grossière, pour montrer les ornements primitifs du bord. Un tiers de la grandeur. Notre collection, p. 3â.
28. — Jatte évasée et sans ornements avec anse. Un tiers de la grandeur. De la palatine d’Auvemier. Notre collection, p. 35.
2‘J. — Ecuelle avec anse et rebord. Un tiers de la grandeur. De la palatine d'Auvernier. Notre collection, p. 35.
30. — Écuelle sans anse avec |*tils ornements autour du col. Un tiers de la grandeur. De la palalilte de Gletlerens, au lac de Moral. Notre collection, p. 35.
31. — Vase pansu, percé de trois trous de chaque coté de l’anse, sans doute pour égoutter quelque substance alimentaire, peut-être du fromage. Le vase est trèsmince. lin tiers de la grandeur. De la palatine d'Auvernier. Notre collection, p. 35.
32. — Peson de fuseau conique en terre cuite avec dessins. Demi-grandeur. Delà palatitte d’Auvernier. Notre collection, p. 36.
33. — l’eson de fuseau déprimé eu terre cuite, sans ornements. Demi-grandeur. De la palalittc de Cortaillod. Notre collection, p. 36.
3!|. — Hache Relier ou Paalftab; c’est lu forme la plus commune dans les palatines. Demi-grandeur. De la palatine de Cartaillod. Notre collection, p. 37.
35. — Hache Schwab ou grande hache, moins fréquente que la précédente. Demi-grandeur. De la palatitte de Bevaix. Notre collection, p. 38.
36 et 37. — Hache Morlot ou couteau-hache, raie dans les palalittes. Demi-grandeur. De la palatine d’Auvernier. Notre collection, p. 39.
EXPLICATION DES FIGURES
Fig. 38. — Hache Morlot ou couteau- hache , variété unie, rare dans les palafittes, fréquente sur terre ferme. D’après Troyon. Demi-grandeur. De la pierre à Niton, au lac de Genève. Musée de Genève, page 39.
39. — Hache Bertrand ou celt à douille circulaire, d’après Troyon. Très-rare dans les palafittes, mais assez fréquente dans les anciennes collections d’antiquités. Demigrandeur. Du lac de Genève. Musée de Genève, p. f»0.
40. — Hache Troyon ou celt avec oreillettes dans le plan du tranchant; très-rare. Demi-grandeur. De la palafitte de Concise. Musée de Neuchâtel, p. 41.
4 1. — Couteau à dos renflé avec quelques dessins sur la lame. Demi-grandeur. De la palafitte d’Auvernier. Notre collection, p. 42.
42. — Couteau à dos non renflé, représentant l’un des plus beaux échantillons qui existent. La lame et le dos sont couverts de dessins. La lame devait entrer dans un manche en bois ou en corne; à cet elTet on remarque sur la soie des entailles destinées à l'empêcher de vaciller. Demi-grandeur. De la palafitte d’Auvernier. Notre collection, p. 42.
43. — Couteau avec manche en métal. C’est une forme très-rare. Le manche est d’un métal plus rouge que la lame et par conséquent plus tendre, contenant probablement une moindre proportion d’étain. Demi-grandeur. De la palafitte de Cortaillod. Notre collection, p. 43.
44. — Couteau .4 dos renflé et à douille, d’après Troyon. Forme rare. Demi-grandeur. Du lac de Genève. Collection de M. Forel, p. 43.
IMPLICATION DES FIGURES
Fig. I|5. — Faucille de petite dimension, mais travaillée avec soin. Demi-grandeur. De la palafitte de Chevroux. Notre collection, p. 55-
56. — Ciseau à douille ayant conservé son tranchant. Demi-grandeur. De la palafitte d’Auvernier. Notre collection, p.’55-
57. — Marteau à douille à six pans, comme l’indique la coupe au-dessous de la figure. Demi-grandeur. De la palafitte de Nidau. Collection de M. Schwab, p. 5 5.
/i8. — Représente la belle épée en bronze du musée de Neuchâtel, trouvée dans le lac de Neuchâtel, près de Concise. Un tiers de la grandeur, p. 5 6.
5 9. — Poignard en bronze du lac de Bienne, d’après F. Relier. Demi-grandeur. Collection de M. Schwab. Comme nous l'avons fait remarquer dans le texte, il se pourrait que cette arme datât d’une époque un peu plus récente, p. fi 7.
50. — Pointe de lance avec renflement médian très -prononcé. Demi-grandeur. De la palafitte d'Auvernier. Notre collection, p. â7.
51. — Deux pointes de flèche en bronze, très-minces, mais avec carène médiane. Grandeur naturelle. De la station de Font. Notre collection, p. 58.
.52. — F^pingle avec tête massive. Demi-grandeur. De la palafitte de Cortaillod. Notre collection, p. 59.
53. — Épingle à tête creuse, percée de trous circulaires dans lesquels étaient enchâssés des boutons de métal. Demi-grandeur. De la palafitte de Bevaix. Notre collection, p. 59.
EXPLICATION DES FIGURES
'ig. 54. — Épingle à petit bouton plat avec ornement en torsade. Forme assez commune. Demi-grandeur. Delà palatine d’Auvernier. Notre collection, p. 50.
55. — Épingle à large tête, mais qui ne fait pas corps avec la tige. Demi-grandeur. De la tourbière du Landeroi. Notre collection, p. 50.
56. — Petite épingle avec un simple renflement de la tige en guise de bouton. C’estla forme la plus modeste. Demigrandeur. De la palafitte d’Auvernier. Notre collection, p. 50.
57. — Épingle à triple renflement orné. Grandeur naturelle. De la palafitte d’Auvernier. Notre collection, p. 50.
• 58. — Stylet avec anneau, dont l'usage est inconnu. Pas très-rare. Demi-grandeur. De la palafitte d’Auvernier. Notre collection, p. 51.
59. — Bracelet simple et massif, avec un bouton à chaque bout. Grandeur naturelle. De la station de Cortaillod. Notre collection, p. 51.
60. — Bracelet large et mince, orné de dessins très-gracieux. Demi-grandeur. De la palafitte de Cortaillod. D'après Troyon, p. 32.
61. — Bracelet très-élégant, à triple cordon, dont les deux extérieurs sont tordus, tandis que celui du milieu est lisse. Grandeur naturelle. De la palafitte d'Auvernier. Notre collection, p. 52.
62. — Bracelet composé d’une simple tige cylindrique de bronze avec quelques lignes en travers, en guise d’ornements. Demi-grandeur. -De la station de Bevaix. Notre collection, p. 53.
EXPLICATION DES FIGURES
Fig. 63. — Boucle d'oreille composée d’une plaque mince de bronze. Grandeur naturelle. De la palafitte d’Auvernier. Notre collection, p. 53.
64. -p- Amulette avec quelques petitsdessius sur les bords et d’un côté seulement. Demi -grandeur. De la palafitte d’Auvernier. Notre collection, p. 54.
65. — Amulette à trois branches réunies. Demi-grandeur. De la palafitte de Cortaillod. Notre collection, p. 54.
66. — Amulette en forme de croissant avec une lige percée en anneau. 1,’objet est sans ornements, assez mince, mais cependant trop peu tranchant pour avoir servi en guise de ciseaux, comme on l'a supposé. Grandeur naturelle. De la palafitte d'Auvernier. Notre collection, qui en compte plusieurs échantillons, p. 55.
67. — Croissant lacustre en grès, avec dessins. De l’Ebersberg dans le canton de Zurich ; d'après F. Keller. Demigrandeur. Ceux en terre cuite sont en général moins semi-lunaires et plus grands. La base aussi est plus large, p. 66.
68 et 69. — Deux anneaux de bronze de calibre un peu dilTérent, qui pourraient bien représenter la monnaie de l’époque. Grandeur naturelle. De la palafitte d’Auvernier, p. 67.
OBJETS DE L’AGE DU FF.n.
70. — Fer de lance à bords sinueux avec carène médiane des deux côtés. Un tiers de la grandeur. De la Tène. Notre collection, p. 80.
71. — Fer de lance très-large, à bords sinueux, avec une vacuole au milieu de la lame. Un tiers de la grandeur. De la Tène. Notre collection, p. 80.
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EXPLICATION DES FIGURES
72. — Épée gauloise qui a été retirée du fourreau figuré à côté. l : n septième de la grandeur. De la Tène. Notre collection, p. 82.
73. — Fourneau en fer battu, vu par le revers, soit par le côté qui s’appliquait contre le corps, au moyen de l’anneau de suspension. Un septième de la grandeur. Notre collection, p. 82.
76. — Fragment d'épée, de grandeur naturelle, avec une empreinte qui représente probablement la marque de fabrique. On distingue sur le milieu de la lame des lignes ondulées qui indiquent probablement les rubans de fer dont on composait ces lames. Les bords seuls sont parfaitement lisses. De la Tène. Notre collection, p. 83,
75. — Haut du fourreau vu par lecôté extérieur; la plaque de suspension est ornée de trois figures animales en reliefs (chevaux ou bouquetins) qui rappellent celles que l’on voit sur les monnaies, sauf qu'elles sont ici au repoussoir. Le fourreau lui-méme, au-dessous de la plaque, montre une ornementation bizarre, semblable à du chagrin, qui semble avoir été obtenue par un procédé mécanique. Trois quarts de la grandeur. De la Tène. Notre collection, p. 85.
70. — Javeline ou petit javelot en fer, avec douille. Le clou qui fixait le fer à la hampe est fréquemment conservé. Demi-grandeur. De la Tène. Notre collection, p. 86 .
77. — Manière de lancer la javeline au moyen de Yamenlum, p. 87.
78. — Fer de gaffe à pointe carrée. Demi-grandeur. De la Tène. Ces débris y sont abondants. Notre collection,
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EXPLICATION DES FIGURES
Fig. 79. — Faucille. In quart de lu grandeur. De la Tène. Notre collection, p. 90.
80. — Faux avec la soie recourbée et la virole d’emmanchement. Un quart de la grandeur. De la Tène. Notre collection, p. 90.
81. — Hache en fer avec simple douille, formée d’ailerons imparfaitement rapprochés. Demi-grandeur. De la Tène. Notre collection, p. 91.
82. — Espèce de pointe en fera large douille, peut-être un soc de charrue ou un fer de galle gigantesque. Demigrandeur. l)e la Tène. Notre collection, p. 92.
83. — Fibule en fer avec ressort à boudin et une coulisse pour recevoir l'ardillon. Le ressort n’est composé que de deux tours. Demi-grandeur. De la Tène. Notre collection, p. 94.
84. — Fibule avec ressort à tige artistement ouvragée; le ressort à tours multiples. Demi-grandeur. De la Tène. Notre collection, p. 94.
85. — Boucle de ceinture en fer ouvragé. Le côté non orne est aplati. Deux tiers de la grandeur. De la Tène. Notre collection, p. 95.
86. — Autre boucle de ceinture ornée, la partie lisse ayant servi 5 l’attache. Deux tiers de la grandeur. De la Tène. Notre collection, p. 95.
87. — Anneau en fer cylindrique avec incisions à peu près équidistantes. Grandeur naturelle. Delà Tène. Notre collection, p. 95.
88. — Pincettes en forme de brucelles, en fer, ayant conservé tonte leur élasticité. Deux tiers de la grandeur. De la Tène. Notre collection, p. 96.
EXPLICATION DES FIGURES
Fig 89. — Rasoir très-mince. La figure 89" représente le profil ou l’épaisseur de la lame. Demi-grandeur. De la Tènc. Notre collection, p. 97.
90. — Monnaie en bronze représentant d’un côté, sur l'avers, l’efligie d’un homme au profil européen, affublé d’une bizarre coiffure; de l’autre, sur le revers, un animal fantastique (cheval cornu) qui est assez commun sur les monnaies gauloises. Grandeur naturelle. De la Tène. Notre collection, p. 98.
9t. — Crâne helvélien ou gaulois vu de profil et de face. De la Tène. Notre collection, p. 102.
92. — Mâchoire de la même tête, montrant la manière dont les dents sont usées. Notre collection, p. 103.
OU
INTRODUCTION
Il y a bien longtemps que les riverains des lacs suisses ont connaissance d’anciens pieux qui existent dans bon nombre de lacs, s’élevant à 30 ou 60 centimètres au-dessus du fond, sans jamais atteindre la surface. Au lac de Neuchâtel, ils étaient surtout connus des pêcheurs qui les redoutaient comme une cause d’avarie pour leurs filets. Sans doute que plus d’une fois aussi les bateliers, en traversant la baie d’Auvernier ou en longeant la rive méridionale par un temps calme, se sont arrêtés momentanément au-dessus de ces piquets, se demandant qui pouvait avoir eu la singulière idée d’enfoncer des pieux à une pareille profondeur, et comme personne au village, pas même les plus vieux pêcheurs, n’avait rien à raconter sur leur origine, on se bornait h en conclure que « tout cela devait être bien ancien. »
LES PA.LAF ITTES.
Plus d’une fois aussi on avait retiré de la vase des lacs, par les eaux basses, de grands bois de cerfs et des ustensiles étranges, dont l'origine était inconnue, entre autres au lac de Zurich, en 1829. Mais tout cela était resté une lettre morte. On y avait vu quelque chose de bizarre et rien de plus. Il a suffi d’une idée pour rendre en quelque sorte la vie à ces vieux débris et leur faire raconter des choses merveilleuses. Un homme de vraie science vient à passer près des travaux qui pendant les basses eaux de l’hiver de 1 853 à 1 854 s’exécutaient à Meilen sur le lac de Zurich. On lui montre les piquets à demi décomposés qu’on retire d’un limon noir sur la plage que le lac vient de quitter momentanément, et par-ci par-là quelques fragments de vieille poterie. Cette poterie très-grossière est évidemment ancienne, mais elle n’est pas romaine, car elle est noire, imparfaitement cuite, et façonnée à la main, sans l’aide du tour à potier.
Les ustensiles, les armes, les pieux qui l’accompagnent ont un air encore plus primitif; ils rappellent des objets analogues recueillis dans les tourbières de la Scandinavie et doivent, par conséquent, être d’une trèshaute antiquité. Ce qui n’avait pas été entrevu, c’est le rapport de ces objets entre eux, et spécialement avec les pieux enfoncés dans la vase. En effet , les armes et la poterie ne sont pas disséminées au hasard, elles sont limitées à une couche particulière , d’une épaisseur de deux pieds, qui a reçu le nom de « couche archéologique » Cultur-Schicht. De plus, elles sont concentrées autour des pieux, où on les trouve en quantité, tandis
INTRODUCTION
qu’elles diminuent et disparaissent à mesure qu'on s’en éloigne. Il y avait donc une liaison entre les pieux et les objets antiques.
C’est cette liaison que notre ami M. Ferdinand Keller, guidé par son coup d’œil expérimenté, a su entrevoir et qui, une fois entrevue, est devenue le flambeau qui nous a conduits à la découverte de tout un monde ignoré.
En effet, une pareille association d’armes et d’ustensiles indiquait indubitablement la trace de l’homme. Les pieux debout au milieu de ces objets y avaient été placés à dessein, évidemment pour supporter quelque construction. Mais comme le fond qui les recèle se trouve audessous des eaux moyennes , ils avaient nécessairement dù être plantés dans l’eau. Il avait donc existé des habitations ou des magasins bâtis intentionnellement sur l’eau, à l’endroit indiqué parles pieux. Le nombre des ustensiles épars, d’accord avec l’épaisseur de la couche qui les renferme, témoignait à son tour en faveur d’un séjour prolongé. Par conséquent il y avait eu une époque pendant laquelle les habitants de nos pays se construisaient des abris sur l’eau, si même ils n’y vivaient. C’est la période des cojistructions lacustres.
L’histoire des sciences offre peu d’exemples d’une conquête aussi brillante de l’esprit humain ; elle nous rappelle celle que, dans un autre domaine, nous devons au génie de Cuvier. Bien avant ce grand naturaliste, on avait recueilli des ossements de mammifères dans les plâtrières de Montmartre. Mais ce qui avait passé inaperçu , c’était la relation de ces ossements entre eux
et avec le milieu qui les recèle. On les envisageait comme des débris du déluge. Cuvier arrive, étudie ces vieux squelettes pétrifiés, et reconnaît dans leur association et dans leur gisement les vestiges de toute une création antérieure à l’homme. Il avait suffi au naturaliste français de quelques ossements fossiles pour reconstruire une phase de l’histoire de la terre : il a suffi à notre savant antiquaire de quelques débris de poterie, enfouis sous les graviers du lac de Zurich, pour nous révéler une période ignorée de l'humanité par delà les limites de l’histoire.
L’éveil une fois donné par la première publication de M. Relier *, dans les Mémoires de la Société archéologique de Zurich, on pouvait compter sur le zèle et l’activité de nos antiquaires suisses, pour exploiter ce filon nouveau, qui ne tarda pas en effet à fournir des trésors scientifiques.
On commença par s’enquérir des pieux dans les autres lacs de la Suisse. Presque partout les pêcheurs surent en signaler. Ces pieux devinrent à leur tour des guides précieux qui conduisirent à des découvertes inattendues. A Meilen, on n’avait signalé, à l’exception d'un seul objet en métal, que des ustensiles en os et en pierre. Ailleurs, et plus particulièrement dans les lacs de la Suisse occidentale, on découvrit, à côté de stations rappelant celles du lac de Zurich, d’autres stations qui, au lieu d’objets en silex ou en os, recelaient tout un ensemble d’ustensiles en bronze. Ces objets témoi-
4 . Die kellischen PfaJilOauten in lien Schweizeneen. — Milltieilungcri der anliquarischen Gcsellschfrft. Zurich, 18S4.
INTRODUCTION
gnaient d’une civilisation beaucoup plus avancée. Donc la période lacustre renfermait plusieurs phases distinctes. Problème intéressant à résoudre, que de rechercher et de fixer, si c’était possible , le caractère propre de ces différentes phases ou époques de la période lacustre. De toutes parts on se mit à l’œuvre. Les découvertes se multiplièrent rapidement et donnèrent lieu à de nombreuses publications consacrées à la description des nouvelles stations cl des antiquités qu’elles renfermaient. Le besoin de coordonner les * faits acquis ne tarda pas non plus à se faire sentir, si bien qu’aujourd’hui nous possédons déjà plusieurs ouvrages systématiques sur les constructions lacustres, qui, tout en témoignant de la science et delà sagacité de leurs auteurs, ont puissamment contribué à répandre le goût et à populariser l’étude de ce vieux monde à peine ressuscité de son tombeau séculaire. Au nombre des ouvrages qui ont obtenu un succès justement mérité, nous citerons en première ligne celui de M. Troyon 1 et celui de M. Morlot 2 , auxquels nous pouvons aujourd’hui en ajouter un troisième, celui de M. Schaub, destiné surtout à populariser l’étude des constructions lacustres dans nos campagnes 3 .
Le lac de Neuchâtel . grâce à l’intérêt que ses riverains portent à l’histoire de leur pays, ne pouvait man-
I. Habitation* lacustres îles temps anciens et modernes. Lausanne, 1860.
ï. Études gëologico-archéologigues en Danemark et en Suisse. Bulletins do la Société vaudoise des Se. nat., t860.
3. Schaub, Die Pfahlbiutleii in don Schtceizerscen , Zurich, 1 864.
quer de provoquer des découvertes intéressantes. On y connaissait des pilotis dans bon nombre de localités, au Bied, k Cortaillod, Auvernier, Concise, Corcelettes, Estavayer, Chevroux, Port-Alban . qui devinrent autant de champs fertiles, où l’on ne tarda pas à faire d’abondantes récoltes.
Les eaux basses des hivers de 1858 et 1859 ayant facilité l’exploration de ces différentes stations, on vit se former peu à peu des collections sur différents points du littoral ; il suffit de mentionner celles du Musée de Neuchâtel, de M. Troyon, de M. de Pourtalès-Sandoz à la Lance, de M. le D r Clément à Saint-Aubin, de M. Rochat à Yverdon, de MM. Rey et de Vevey à Estavayer (aujourd’hui au Musée de Fribourg), sans compter la notre et la plus complète de toutes, celle de M. le colonel Schwab à Bienne.
Mais comment concevoir des habitations dans des lieux qui aujourd’hui sont recouverts de 2 et 3 mètres d’eau? D’ordinaire on commence par se demander si peut-être les eaux de nos lacs n’étaient pas à cette époque plus basses que de nos jours. Partant de cette idée, on a recherché s’il n’existait pas à l’issue de nos lacs des obstacles qui . en obstruant les rivières , auraient pu faire hausser le niveau des eaux. On a même signalé des éboulements au débouché de la Thielle 1 , que l’on a cherché à mettre en rapport avec d’anciens abordages à Nidau et avec les restes de routes romaines, dans le
1. Voyez sur le barrage du Pfeidwald près Nidau, l'article de .M. Culmann dans la Schweiseritche polylechnische Zcilsclirilfl . III. p. 9 el 10. <808.
INTRODUCTION
grand marais, qui aujourd’hui sont recouvertes par la tourbe.
Nous sommes loin de vouloir nier que certains lacs de la Suisse n’aient subi des variations. Peut-être le lac de Neuchâtel est-il de ce nombre. Mais il ne faut pas perdre de vue qu’il s’agit ici d’un phénomène général , et comme il existe des pilotis dans presque tous les lacs, il faudrait que tous aient été obstrués à leur débouché. Or cela n’étant pas, on est forcé d’admettre que les pilotis ont dù être enfoncés et consolidés sous l’eau, et par conséquent que les constructions qu’ils supportaient étaient réellement lacustres. Le diamètre des pieux est en général trop petit pour qu’ils aient pu soutenir des constructions tant soit peu massives. 11 ne peut en tout cas être question que de cabanes assez frêles *.
Au premier abord, on trouve étrange, sinon absurde, l’idée que des hommes se soient établis sur l’eau, au lieu de dresser leurs tentes ou de bâtir leurs cabanes sur la terre ferme; cependant, en y réfléchissant de plus près, on comprend jusqu’à un certain point qu’à l’origine de la période lacustre, à une époque où le sol de la Suisse était couvert de forêts et les bords des lacs entourés probablement de marais, ces cabanes lacustres aient offert à leurs habitants un asile plus sur contre les embûches des ennemis et contre les attaques des bêtes féroces. Plus tard, à l’époque du bronze, ce n’était probablement , comme nous le verrons plus
1 . Nous renvoyons pour la forme et l'aspect de ce* constructions aux descriptions et figures ciu'en ont publiées M. Relier, M. Trovon et M. Lyell.