LES PA LA FI T T ES
Fig. 4S. I.TI.
fut déposée au musée de Neuchâtel , où elle a attiré l’attention de nombreux curieux, mais sans provoquer cependant de nouvelles investigations, jusqu’au jour où une heureuse intuition du savant zurichois est venue allumer le flambeau qui nous guide aujourd’hui.
L’épée en question n’est pas des plus grandes : elle mesure 59 centimètres (fig. 48) ; la lame, à peine rétrécie au-dessous de la poignée 1 , est renflée au milieu et munie de quatre rainures à peu près parallèles. La poignée, terminée en double volute, est composée d’un métal plus rouge que la lame et plus tendre. Mais ce qui est surtout significatif, c’est la petitesse de la poignée qui ne mesure que 7 centimètres, ce qui suppose une main beaucoup plus petite que la main ordinaire. C’est à peine si l'on trouve dans les sabres de l’Inde des poignées de dimensions pareilles.
Les poignards sont peu nombreux. On en a trouvé un au lac de Bienne, dont nousempruntons la figure à l’ouvrage de M. Relier ( fig . 49). La lame s’adaptait à la poignée au moyen de clous rives. Ces armes paraissent avoir été plus abondantes dans les stations des lacs d’Italie, et pourraient bien avoir appartenu au premier âge du fer.
1. Dans d'autres échantillons, ce rétrécissement est très-sensible.
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Les pointes de lances sont habilement travaillées (fig. 50); elles mesurent de 10 à 17 centimètres; les
Fis. 49. Fis. 1 /*.
ailes ne sont pas très-larges, mais le milieu est renflé en une côte arrondie qui donne à. l’arme une grande solidité. La douille est grande, de façon à recevoir un manche robuste. Les bords de la douille sont ordinairement ornés de quelques lignes parallèles.
Les flèches (fi g. 51), peu nombreuses jusqu'ici, sont petites, ne mesurant guère que 3 à k centimètres, triangulaires, fréquemment munies de barbes plus ou moins écartées. La plupart se fixaient au bois par une tige, absolument comme les flèches de l’àge de la pierre. Il n’y a de changé que le métal, la forme étant restée la mémo. Ce n’est qu’exceptionnellement qu’on trouve
LES l'ALAEITTKS.
des flèclies à douille. Ou n’en cite qu'un seul exemplaire trouvé dans notre lac. à Eslavaycr. Celles à soie
Mb-. .11.
proviennent soit de la station de Font, soit de celle de Nidau.
OBJETS DK l’Ail LUE.
Les objets de luxe et de parure sont au moins aussi nombreux que les ustensiles et les armes, ce qui prouve que les peuples de l’àge du bronze étaient arrivés à un certain degré d’aisance et de prospérité. Les objels les plus en vue dans les collections sont les épingles à cheveux, les bracelets, les pendants d’oreilles et quelques plaques gravées servant probablement d’amulettes. Les fibules, en revanche, qui sont si abondantes dans les époques subséquentes, sont jusqu’ici inconnues à nos stations du bronze.
Les épingles à cheveux sont très- nombreuses. Le lac de Neuchâtel à lui seul en a fourni plusieurs centaines, et sur ce nombre nous n’en avons pas encore
AO K DU BKON/.i:.
rencontré deux qui fussent exactement semblables, de manière à pouvoir être rapportées au même moule. La plupart sont ornées de dessins plus ou moins compliqués. Il n’en est qu’un petit nombre qui soient complètement dépourvues d’ornements.
On peut distinguer dans le nombre plusieurs types qui sc caractérisent par la forme de la tète. On en jugera par la comparaison des dessins ci-joints.
11 y a les épingles à tète ronde (fig. 52 et 53), qui ont quelquefois des dimensions considérables. Nous en possédons une de 34 centimètres de long. M. Troyon en signale de 49 et même de 57 centi-
mètres.
La tête est ordinairement percée à jour de trous circulaires dans lesquels s’adaptaient des boutons de métal en saillie, peut-être aussi des pla- .
quelles d'un autre métal. Dans ce cas, la tige traverse la tète et souvent s’en détache. D’autres fois la tète est massive et sans orneenls, il est évident que c’est le modèle des épingles en os de l’âge de la pierre (voir p. 18) appliqué au bronze. Les épingles h Fig. sa. bouton plat ne sont pas moins
abondantes. Le bouton est tantôt très-petit ( fig
LES PALAKITTES.
et tantôt prend des dimensions considérables ( fig . 55). Le bouton simple . enfin . n’est qu’un renflement de la
Fig. 54. Fig. 55. Fig. 56. Fig. 57.
tige (flg. 5G) ; il est quelquefois multiple, de manière
AGE DU BRONZE
SI
qu’on a des épingles à deux et trois boutons ( fig . 57).
Nous ne pensons pas qu’on doive confondre avec les épingles à cheveux certains stylets très-simples dont l’extrémité aplatie est simplement enroulée (fig. 58) *. Il
Fig. 58.
est probable que ces objets servaient à un usage spécial. Ce qui nous le fait croire, c’est que nous les avons trouvés à plusieurs reprises combinés avec de petits anneaux de bronze semblables à ceux dont il sera question plus loin, et que nous avons quelque raison d’envisager comme la monnaie de l’époque.
Les bracelets témoignent d’un goût cultivé. Il y en a de tous les modèles, depuis le bracelet simple, com-
Fig. 39.
posé d’une tige de bronze avec un bouton semi-cylindrique à chaque bout (fig. 59), jusqu'au large bracelet
I. Pour mieux faire ressortir l’élégance des formes et ta Beauté du métal, nous avons fait polir un certain nombre d’épingles à cheveux provenant des dilférentes stations du lac de Neuchâtel ; elles ont figuré à l’exposition liorlogère de la Chaux-de-Eonds. lors du tir
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LES l'ALAFITTES.
couvert d’élégants dessins (fiy. 60). Ces derniers sont moins nombreux. Les plus beaux ont été trouvés dans une urne que l’on a retirée du milieu des pilotis de la
Fig. 80. 1/8 gr.
station de Cortaillod. Ils étaient au nombre de six, tous intacts, et les dessins aussi nets que s’ils sortaient de l’atelier du graveur.
D’autres sont composés de plusieurs fils de bronze tordus, artistement reliés (fig. Gi). D’autres encore
Fig. 81.
sont de gros cylindres massifs, recourbés, se touchant par leurs extrémités et ornés également de dessins assez
fédéral do 1 863, sous la rubrique de Bijouterie lacustre. Ceux que ces objets intéressent ont pu, en comparant la variété des modèles et lo fini des dessins, se faire une idée des soins que les dames de cette époque apportaient à leur toilette.
AGE I)U BRONZE
simples (/?</ . 02) . C’étaient probablement des anneaux de jambes 1 .
Bon nombre de bracelets sont tellement petits, qu’à, moins de supposer qu’ils aient été à l’usage des enfants, on ne comprend pas comment on a pu les passer par dessus. un poignet adulte, quelque petit qu’on se le représente. Ceci encore semble confirmer l’idée que la race de l’époque du bronze était petite.
Les boucles d'oreilles sont diversement façonnées. Il
Fig. 63.
y en a en forme de lame rétrécie vers la suspension ( fi<j . 63) ; d’autres sont de simples fils de bronze.
I . On on voit de semblables autour des os de la jambe d'un squelette de femme, déposé au musée de Wiesbaden, et -provenant des environs de lloeelist.
LES l> A LAFITTE S.
Nous en avons recueilli qui sont entourés d’une sorte d’émail dont la composition mériterait d’èlrc analysée.
Les amulettes, ou ce que nous envisageons comme tel, sont de petites plaques triangulaires, munies d’une ouverture au sommet, probablement pour être suspendues au cou. La plupart sont ornées de dessins, ordinairement parallèles au\ côtés du triangle et quel-
Fig. tU. 1/2 gr.
quefois en zigzag (fig. 64). D'autres sont composées de
Fig- <K>. 1/3 gr.
plusieurs branches (fig. 65). D’aulres encore sont des croissants portés sur une tige (fig. 66).
Les dessins qui ornent ces différents objets de
AGE Dl 11 KO N Z K.
SK
parure, ainsi que les couteaux et autres ustensiles, sont en général très-frustes, ce qui permet de supposer qu’ils ne sont que la reproduction des dessins du moule, qui eux -mêmes auraient été gravés sur le modèle primi-
tif. Mais il y en a d’autres qui sont trop nets pour n’être qu’une simple reproduction par le moulage. Ceux-là ont probablement été retouchés à la main, au moyen de burins en bronze dont on a recueilli un certain nombre.
La composition chimique est aujourd’hui un élément important de l’élude des bronzes lacustres. Il résulte des analyses nombreuses qu’en a faites M. de Fellenberg, que la proportion du cuivre et de l’étain n’est pas aussi fixe qu’on le croyait dans l’origine, lorsqu’on assignait à tout bronze lacustre 10 pour cent d'étain et 90 pour cent de cuivre. La proportion de l’étain |>eut , au
LES PALAFI TTES.
contraire, varier de l\ pour cent à 20 pour cent, suivant que les fondeurs de l'époque trouvaient plus ou moins de facilité à se procurer ce métal.
Ces proportions se trahissent d'une manière plus ou moins sensible par la nuance du métal. Le bronze dans lequel il entre un dixième d’étain (comme dans le métal de canon) a la plus belle couleur; c'est le plus commun dans nos lacs et celui qui par sa nuance se rapproche le plus de l’or. Lorsque l’étain est en moindre proportion, le métal est plus rouge et plus tendre; il prend en revanche une teinte claire et devient trèsdur, lorsque la proportion de l’étain dépasse sensiblement le dixième.
Ce qui est plus significatif, c’est l’absence dans les objets de l’âge du bronze de tout autre métal dans une proportion notable. S’il s’y trouve quelquefois du plomb, du fer ou du nickel, c’est en quantités insignifiantes, comme impuretés du minerai de cuivre. M. de Fellenberg en conclut que, du moment qu’un bronze quelconque renferme du plomb ou du zinc dans une proportion tant soit peu considérable, il 11 e saurait provenir de l'âge du bronze, mais date d'une époque plus récente 1 .
Ajoutons encore qu’il résulte des recherches récentes de M. le D r F. Wibel 2 sur la composition des anciens bronzes, que les forgerons antéhistoriques ont dû connaître l’art de recuire le bronze. En effet, le bronze, pour être malléable à froid, ne doit pas contenir plus de 5 pour cent d’étain; chauffé, il s'étale encore sous le