LES PA LA F ITT ES
de civilisation assez avancé. De l’àge de la pierre à l’âge du bronze, il y a progrès manifeste. Ce progrès est dû avant tout à l’introduction du métal qui, en dotant les colons lacustres de meilleures armes et de meilleurs outils, avait eu pour résultat nécessaire d'augmenter leur sécurité et leur bien-être, line fois en possession d’armes en bronze, on devait chercher à s’approprier complètement ce nouvel élément en le préparant soi-même. On ne tarda pas à fabriquer le bronze chez soi. comme l’attestent les matrices de haches qu’on a recueillies au lac de Genève et qui se trouvent dans la collection de M. Forel, à Morges. Ce fut le commencement de l’industrie. On n’eut sans doute pas plutôt pourvu au nécessaire que le luxe apparut , et les ornements et parures qui nous ont été conservés prouvent que les artistes de l’époque ne manquaient ni de goût ni d’habileté 1 . Ce goût se retrouve jhsque dans les objets usuels, témoins les formes élégantes des vases en terre et des outils, et le soin que l’on mettait à décorer jusqu’aux couteaux et aux faucilles, il est vrai, au moyen de dessins fort simples et monotones. Chose étrange! ces gens n’eurent pas, comme les aborigènes des cavernes du Périgord, l’idée d'imiter la nature dans leurs ornements, mais se renfermèrent plutôt dans quelques lignes arbitraires et traditionnelles, comme font encore de nos jours les Kabyles. S’il était permis de les comparer à quelque peuple moderne, nous di-
1 . Nous avons \ u au bras d une darne de nos connaissances un bracelet lire d'une de nos |>alafitles, qui ne ferait pas honte à nos joailliers.
A G F. DU UltONZK.
lit
rions que leur manière stéréotypée nous rappelle un peu celle des Chinois.
DESTINATION DES l'ALAFITTES.
La distribution et l’état de conservation des antiquités, au milieu des palafittes, ne sont pas sans importance. Il est évident, rien qu’à voir les objets recueillis dans n’imporle quelle station, que ce ne sont pas des rebuis qui se seraient perdus, sans qu’on s’en souciât. Ils ne sont pas tombés à I’eàu par hasard, non plus que cette quantité de vases qui sont accumulés sur certains points, ni les jattes à provisions qu’on retire intactes. On nous dit qu’ils ont été entassés au fond de l’eau par une cause violente, une défaite - par exemple, dans laquelle les habitants auraient été ensevelis avec leurs objets les plus précieux, leurs armes et leurs provisions, sous les ruines embrasées de leurs cabanes. Mais dans ce cas, on devrait retrouver leurs squelettes à côté des ossements de leurs animaux. En présence de cette difficulté et de plusieurs autres encore que soulève l’idée d’ habitation, nous nous demandons s’il ne s’agit pas peut-être de simples magasins destinés aux ustensiles et aux provisions, et qui auraient été détruits par l’incendie, comme semble l’indiquer la trace du feu que montrent fréquemment les poutres aussi bien que les vases en terre. On expliquerait ainsi comment il se fait que les objets en bronze sont presque tous neufs, que les vases sont entiers et réunis sur un seul point. Cette hypothèse semble corroborée par l’opinion de plusieurs
LKS PA LAFITTES.
de nos chercheurs d’antiquités les plus expérimentés, qui prétendent que l’on n’a chance de faire de bonnes trouvailles que là où les poutres sont brûlées, tandis que l’on perd son temps à fouiller les palafittes où le bois n’est pas charbonné.
Il VBITATIOAS TERRESTRES DE L’AGE DE BRONZE EN SEISSE.
11 y a tout lieu de croire qu’il existait simultanément des habitations sur terre ferme. Cette supposition, basée sur le nombre assez considérable de celts et autres objets en bronze, qu’on trouve non-seulement dans les bois et les champs de nos environs, mais dans bon nombre d’autres localités de la Suisse et de l'étranger, est aujourd’hui confirmée par la découverte de véritables habitations renfermant les mêmes ustensiles que nos stations lacustres, entre autres à l’Ebersberg, dans le canton de Zurich *.
M. le D r Clément ayant fouillé l’année dernière, aux environs de Gorgier. canton de Neuchâtel , plusieurs tertres composés de cailloux erratiques avec traces de feu , trouva dans l’un d’eux , pêle-mêle avec des charbons, divers objets en bronze, entre autres un bracelet et des faucilles, voisines, par leur forme, de celles de Cortnillod et d’Auvcrnier, mais qui en diffèrent par la présence d’un talon assez prononcé à la naissance
t. MiUhcilungcn der anliquarischen Gesellschafl , Vol. VII, Liv. 7.
de la lame. La composition chimique du bronze est la même que celle des faucilles du lac.
M. le D r Schild vient de découvrir tout récemment sur le plateau de Granges , dans le canton de Soleure. une série de ces mêmes faucilles à talon, accompagnées de quatre magnifiques tranchets et d’un fragment d’épée, le tout avec des cailloux et de la terre calcinés, ce qui lui a fait supposer qu’il s’agissait d’une ancienne fabrique ou fonderie , d’autant plus que les tranchets sont neufs, sans aucune trace d’usure. Un échantillon non moins caractéristique de couteau-hache vient d’être recueilli près de Neuchâtel, dans les gorges du Seyon. En général, cette forme semble plus fréquente sur la terre ferme que dans les stations lacustres. 11 paraît en être de même des faucilles à talon , qu’on n’a pas encore trouvées dans les palafittes, mais qui se trouvent à Hallstadt. On est ainsi conduit à se demander s’il s’agit de la même époque.
M. Suess 1 a publié récemment un aperçu de découvertes fort importantes qu’il vient de faire dans la Basse Autriche, où des antiquités analogues à celles de nos lacs se trouvent entassées au sommet des collines, spécialement dans le Vitur-Berg, non loin de la petite ville d’Eggenburg. On y trouve, à côté d’une quantité prodigieuse d’éclats de silex qui semblent indiquer des manufactures de l’époque de la pierre, des objets en bronze, tels que fibules et poignards, quelques objets en fer, mais surtout des ustensiles en pierre et une quan-