‹ Les Palafittes, ou Constructions lacustres du lac de NeuchatelChapitre 36 sur 36 · LES PA LA FI T T ES · texte numérisé non relu

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détails, l’amour du luxe, mais rien qui annonce la vigueur, l’action soutenue, le progrès. On a ainsi été naturellement conduit à penser qu’il s’agissait de deux races différentes : l’une, grande et vigoureuse; l’autre, petite et chétive, ce qui semble, en outre, corroboré par la différence de taille que trahissent les armes et les squelettes des deux âges. Les peuples de l’âge du fer seraient arrivés en conquérants, apportant avec eux des éléments nouveaux de la plus haute importance, au nombre desquels le fer, le bronze k bon marché et les monnaies.

Mais s’il y a contraste chez nous entre les antiquités de l’âge du bronze et celles de l’âge du fer, il n’en est pas de même ailleurs. C’est ainsi que les tombeaux de Hallstadt, en Autriche, semblent indiquer une époque de transition entre l’âge du bronze et celui du fer. Plusieurs ustensiles qui, chez nous, sont caractéristiques de l’âge du bronze, se trouvent ici remplacés par le fer, entre autres les celts ou haches à quatre ailerons. D’autres objets sont pourvus de dessins qui rappellent ceux qu’on trouve dans les nécropoles étrusques. Les tombeaux de Hallstadt formeraient ainsi une sorte de transition entre l'âge du fer et l’âge du bronze.

On est ainsi conduit k admettre que le fer s’est probablement introduit d’Italie sur le versant nord des Alpes par le Tyrol. Ce ne serait que plus tard, après s’être familiarisé complètement avec son usage, que les Helvétiens, venant d’Allemagne, l’auraient apporté en Suisse. Il n’est pas nécessaire que cette invasion ait entraîné à sa suite l'anéantissement des peuplades de

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l'âge du bronze. Il est possible, probable même, que celles-ci ont continue A subsister à côté des conquérants, car, comme le fait observer M. Troyon, on trouve encore dans l’âge du fer bien des bracelets trop peu ouverts pour y avoir passé de larges mains, ou trop massifs pour qu’on ait pu les fermer sur le bras.

Rien n’indique que les llclvétiens aient franchi les Alpes. Mais les relations qui avaient existé dès l'âge du bronze et peut-être de la pierre, entre les deux versants de la chaîne, ne cessèrent pas pour cela. On trouve en Suisse, aussi bien qu’en France, en Allemagne et jusque dans le nord de l’Europe, associés à des armes en fer, des objets en bronze d’un travail exquis, bien supérieur à tout ce que nous ont fourni les palafittes de l’âge du bronze. Les ornements ne sont plus de simples lignes arbitraires et stéréotypées; ce sont des imitations de la nature, des figures d’animaux artistemeul sculptées. Tel est, entre autres, le bronze de Graechwyl, décrit par M. Jalm *, et conservé au musée d’antiquités de Berne. On ne saurait y méconnaître le type oriental (assyrien ou étrusque), qui est corroboré par l’analyse chimique qu’en a faite M. R. de Fcllenberg, et qui indique une proportion notable de plomb. Or, ce métal , comme nous l’avons vu plus haut, est étranger îi l’àgo du bronze des palafittes.

Les Helvétiens ne paraissent pas avoir été partisans des constructions lacustres. Nous savons au contraire

I . lUruskisdte Alterthiimer gefatulen in der Scliuiei:, dans les Miltheilungen (1er anliquarischen Gesellschafl, Zuricb, t. VIII. — Voy. aussi Morlot. Éludes giologico-archéologigues, p. 314.

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par le témoignage de César, qu’ils vivaient dans des bourgades, qu’ils brûlèrent lorsqu’ils émigrèrent dans les Gaules. Si ces bourgades avaient été construites sur l’eau, il est à croire que les Romains n’auraient pas passé cette particularité sous silence. La palafitte de la Tène, près Marin, n’en est que plus intéressante comme exception à la règle. C’est comme un dernier écho d’un ordre de choses qui n’avait plus de raison d’être. Nous ne saurions admettre avec M. Troyon que c’était un refuge des populations de l’âge du bronze. Les objets qui s’y trouvent accumulés portent à un trop haut degré le cachet gaulois ou helvétique. Nous serions plutôt disposé à y voir un bazar ou un arsenal érigé par les Helvétiens, peut-être après leur retour dans la patrie, à la suite de la défaite de Bibracte. Ils auraient choisi ce coin perdu au milieu des marais, en utilisant ou en restaurant d’anciens pilotis, pour y continuer les anciens usages. Cet établissement aurait pris un grand développement 1 et acquis assez d’importance pour y attirer les Romains qui y auraient introduit plusieurs de leurs industries, spécialement la fabrication de la brique et de la tuile.

4. Nous publierons prochainemcnl un travail sur la topographie de la station de la Tène.

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RKSUM E.

Après avoir essayé de déterminer la population des palafittes de l’âge du fer de nos lacs, en la rapportant à la grande souche gauloise, dont les Helvéliens n’étaient qu’un rameau, on est naturellement porté à s’enquérir aussi de l’origine des peuples qui construisirent les palafittes bien plus nombreuses des deux âges précédents. Qui sont-ils? D’où viennent-ils et quel lien existe-t-il entre eux et les peuples de l’âge du fer. Ici cependant les données positives font à peu près complètement défaut. Le champ des hypothèses est illimité, et ceux que cela intéresse peuvent s’y donner libre carrière. Habitué à d’autres méthodes, nous n’essayerons pas de suivre nos confrères dans ce domaine qui n’a que trop d’attraits pour beaucoup d’archéologues. .Nous pourrions, à la vérité, donner à nos lecteurs un semblant de satisfaction à la faveur de quelques noms, en désignant, par exemple, les peuples de l’âge du bronze sous le nom de Celtes *, et ceux de l’âge de la pierre sous celui d’Ibères, mais ce serait sans profit pour la science , sans compter que nous courrions le risque de propager des données très-incertaines et peut-être erronées.

t. Le lecteur remarquera que nous avons soigneusement évité re nom dans le cours de cet ouviage.

'Fout ce qu’il est permis de conclure de l’état actuel de nos connaissances, c’est :

1° Que les habitants de nos palafittes de bronze étaient probablement d’une race différente de celle de l'âge du fer et plus petite;

2" Qu'ils avaient des relations commerciales avec des peuples navigateurs qui leur apportaient au moins une partie des éléments du bronze (l'étain), ainsi que l’ambre et la verroterie;

3° Que ces navigateurs n’étaient vraisemblablement ni les Phéniciens, ni les Étrusques, car on peut supposer que ceux-ci n’auraient pas manqué de leur apporter aussi les armes et les ustensiles en fer avec lesquels ils étaient familiers, et qui, une fois tombés au fond du lac avec les autres objets de l’époque, s’y seraient indubitablement conservés, comme ceux de la palafitte de la Tène.

L’incertitude est nécessairement encore bien plus grande à l’égard des peuples de l’àge de la pierre qui vivaient plus ou moins isolés sur les bords de nos lacs, et dont le commerce avec l’étranger est au moins trèsproblématique, bien qu’ils fussent déjà cultivateurs et éleveurs de bétail.

N’ayant aucune théorie à proposer sur leur origine, nous nous bornerons à les envisager, pour le moment, comme les premiers habitants de notre sol, nous réservant de revenir sur cette question, si jamais l’on trouve en Suisse des traces de l’homme contemporain du renne ou du mammouth.

Guidés par l’instinct commun à tous les hommes.

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les habitants de nos ténevjères se seraient fabriqué des ustensiles et des armes avec les seuls objets qu’ils avaient sous la main, la pierre et l'os. Dans le cours des siècles, ils auraient appris à cultiver la terre, à élever du bétail, et plus tard, grâce â leurs communications avec l'Italie, auraient été initiés à l’art de fabriquer le bronze. De cette manière, la connaissance des métaux aurait pu s’introduire graduellement, sans qu’il fût besoin d'avoir recours à. une invasion violente. Elle aurait mis un peu plus de temps à pénétrer dans la Suisse orientale et en Allemagne, mais y serait parvenue néanmoins, comme l’attestent les quelques objets en bronze trouvés h Meilen et ceux des lacs de Bavière. Grâce aux moyens de défense plus énergiques qu’offraient les armes nouvelles, les demeures sur l’eau n’auraient plus été aussi indispensables. La population se serait peu ii peu établie sur la terre ferme, en ne conservant les constructions lacustres que pour magasins ou lieux de réunion.

Dans cette hypothèse, le passage de l’époque de la pierre à l’époque du bronze se serait opéré sans bouleversements ni secousses violentes; il serait l’expression d’un progrès lent et graduel, tel que l’humanité est naturellement portée h le réaliser, lorsqife des circonstances fâcheuses ne viennent pas l’entraver. Cette manière de voir est surtout corroborée par les nouvelles découvertes faites en Italie, où nous trouvons les deux âges intimement liés, spécialement dans les sépultures de l’Emilie. On peut aussi invoquer en sa faveur la similarité de forme de certains objets usuels, malgré la différence fondamentale de la matière. Ainsi les ffè-

clies de l’âge du bronze sont restées les mêmes que celles de l’âge de la pierre; les épingles, à grosse tête de l’âge du bronze sont évidemment une imitation de celles de l’âge de la pierre ; la poterie n’a pas changé, pas plus que la manière de conserver les fruits et les provisions; enfin les constructions lacustres ont continué, quoique avec quelques modifications, comme nous l'avons montré plus haut. Ce serait par conséquent le même peuple qui aurait habité notre sol pendant les âges de la pierre et du bronze, jusqu’à l’invasion des llelvétiens.

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