‹ Les palimpsestes des prisonsChapitre 125 sur 131 · LE TATOUAGE CHEZ LES PROSTITUÉES DANOISES · texte numérisé non relu

LE TATOUAGE CHEZ LES PROSTITUÉES DANOISES

Chez les filles publiques de Copenhague le tatouage n’était pas d’un usage très étendu. Je me rappelle clairement d'avoir vu il ya 30-35 années aux bras de quelques filles des noms; mais seulement chez deux très âgées. Aux dernières années, il paraît que le tatouage est devenu de nouveau à la mode, parce qu'un jeune homme, auparavant marin, ayant quelque talent en dessin et pour cet art spécial, s'occupe à présent d'exploiter la légèrelé de ces femmes. Chez 804 filles publiques dans les dernières cinq années, j'ai trouvé 80 tatouées, dont 49 le furent par cet individu. Les autres ont été tatouées par leurs « amies » dans les maisons de correction ou dans Îles stations de police, quelques-unes par leurs souteneurs. Chez 34 le tatouage est en lettres, chez 10 autres il est en noms, mais généralement ensemble avec des lettres. Chez 22 on a vu des lettres et figures, chez 11 des noms et des figures; chez 8 filles seulement on a observé des figures seules. La plupart de tous ces tatouages étaient en rouge et noir.

Chez 73 (des 80) on proclamait élernel l'amour par un E annexé au nom des amants; 23 de ces femmes y ont appliqué, en outre, leur propre nom, soit en partie ou entier; plus rarement (5) on trouve ensemble la date et l’année. Chez 26 on voit les noms de deux, chez 3 de trois, chez 4 de quatre, chez 2 de cinq ou six amants; le nombre des amants des femmes publiques à Paris ne fut jamais supérieur. Chez 5 sujets on avait sacrifié le souvenir d’une inclination antérieure en tatouant au-dessus de l’ancien tatouage un nom nouveau, ou en y mettant la croix de la tombe (1).

Deux portaient seulement le nom de leur amante féminine, à côté de celui de l'amant mâle. Chez # on trouva seulement leur nom propre, chez 1 le nom d'un frère, chez une autre celui d'un enfant. Chez 35 on trouva plusieurs figures,

(1) Cf, Lacassagne. art. Tatouage.

Il n’y a pas grande variation pourtant; les mêmes échantillons se répèlent trop souvent. Naturellement on voit très souvent des spécimens de figures symboliques, qui sont également en usage en France et en Italie. On observa chez 15 filles une espèce de nœud formé de deux feuilles allant en différentes directions, chez T autres filles une rose avec des feuilles, chez 6 un cœur avec deux mains se serrant à travers, ou avec deux lettres ou une flèche au centre. Chez 5 sujets on a observé le portrait de profil d'un jeune homme, chez 4 filles une paire de mains se serrant, chez 9 l'emblème banal de l'amour. Chez 3 femmes on a noté une espèce de ruban à travers, chez 2 une branche avec des feuilles et chez 2 une seule feuille; chez 8 autres un bracelet, une croix funéraire, un rosier, un anneau, une étoile {1), un navire avec plus voiles et une décoration de pavillon avec des canons. Chez 9 on trouva deu, chez 2 quatre et chez 1 cinq de tels dessins : chez la plupart il y avait encore des leltres. Deux femmes avaient 9, une 11 et une 15 tatouages sur son corps.

Tous ces lalouages avaient généralement leur siège sur les extrémités supérieures, rarement aux jambes et à la poitrine; on ne les a jamais vus sur les autres parties du corps; 8 fois à l'articulation de la main.

Chez 3 femmes on trouva les dessins d’un anneau au pouce gauche, aux second et troisième doigts gauches. Chez 3 on nota des figures au-dessus du genou gauche, 1 au-dessus du genou droit et chez 3 au-dessus des deux genoux. Chez une fille seulement on trouva un dessin sur la poitrine : c'était le nom d'un amant; chez une autre on trouva plus bas, entre les mamelles, un dessin.

Les talouages, comme on les a observés chez les filles de Copenhague, ressemblent à ceux qu'on a observés chez les femmes parisiennes de cette classe. Ici comme à Paris ce sont essentiellement les jeunes filles appartenant aux classes les plus basses, qui se font marquer de cette manière ; ici comme là on n'a jamais trouvé de dessins obscènes. Ici comme là les tatouages ont généralement rapport aux relalions d'amour, principalement avec des hommes.

(1) CF. Lombroso. Supra.

Les tatouages sont observés en général aux mêmes endroits et aux mêmes couleurs, et ici comme là on cherche quelquefois à supprimer les souvenirs des anciennes relations avec une nouvelle empreinte. La différence serait qu’à Paris plusieurs de ces femmes donnent les noms de leurs maîtresses (1).

Pendant que les tatouages chezles filles publiques se montrent assez souvent, on les trouve rarement chez les autres femmes el presque jamais chez celles qui appartiennent à la prostitution clandestine. Des 1502 femmes, presque toujours jeunes, qui de 1886-1890 (inclusivement) ont été traitées dans la seconde division (réservée aux prostituées secrètes) du Vestre Hôpital à Copenhague, 31 seulement avaient des tatouages et dans le nombre 15 étaient toutes jeunes, des filles spécialement dépravées, fréquentant les tavernes les plus basses.

Ces dernières étaient toutes tatouées par l'artiste déjà nommé, les autres généralement par des amies féminines ou en prison, quelques-unes par leurs amants.

Les tatouages étaient les mômes que ceux trouvés chez les filles publiques.

Copenaghen.

Prof. Dott.. BekGn,

(4) Suivant Parent-Duchatelet (1. e., 4857, p. 159-169) à peu près un quart des filles publiques de Paris étaient des « tribades », ce qui ne parait exagéré ni pour Copenhague ni pour Paris {Cf. R. Bencu, Vestre Hôpital en 4888-89, p. 13).

Au lecteur .

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