ANTITHÈSE AVEC LE LIVRE
Dans le Livre de lecture et de prières pour les prisonniers, d'un
prêtre Piémontais : — « J'attendrai plutôt tout de la gräce de (1) À rapprocher du paragraphe précédent qui ferait croire aux avantages
bientôt controuvés des livres de piété.
Dieu que de faire encore ce quir'a précipité dans cette douloureuse condition ; je veux élre modéré, juste, pieux et vivre en paix avec les amis. » — Chers compagnons, je vous dirais qu’on m'a condamné à mort pour deux homicides; mais j'attends ma grâce el si Je sors un jour, Je veux encore en assommer une douzaine (1).
« Je serai aimable dans mes manières, doux dans mon parler, 6 Seigneur ». — Celui qui m'a fait arrêter est un vil ivrogne qui aime sa panse par dessus tout, sa panse qui tient plus de dix brocs de vin : je me divertirais à y faire un beau trou. Sopetti (1).
« Bien qu'il m'eutcausé de graves dommages et outrages je ne devais pas me faire justice moi-même, mais recourir à l'autorité. » — Taiarin, boulanger, depuis quatre mois je ne sais rien, pauvre disgracié; tout cela pour un qui m'a trahi, mais bon Dieu ! vengeance ! et si je sors encore du milieu de tous ces coquins, je jure la mort de Canavero le trailre (1).
« Fais le peu de bien que tu peux pour le salut de tes concitoyens. » — Et en conséquence ils t’enferment ici pour que tute branles. Adieu Déo, prends courage, car le courage vainc le mal. (La suite érotique est d’un détenu condamné pour vol).
« Ne pas nommer en vain le nom de Dieu. — Faux Dieu de merde);
« Amour du prochain.» — Le prochain ?... Où est-il ce prochain? je ne le vois pas; je n'en ai pas trouvé parmi les autres hommes. En lisant ce livre la fumée me montait la tête ; le prochain est celui que tu as en poche (1).
« Je pardonnerai donc de tout cœur à ceux qui m'ont offensé ; je ne nourrirai plus de sentiments hostiles contre ceux qui n'ont fait enfermer ici. » (1) Piciassa, mort enragé, je suis mort le 22 décembre 1885 de faim et rage de ne pouvoir me venger de ceux qui m'ont vendu. Je suis Piciassa, mort enragé (1).
(1) L'antithèse sanguinaire avec les paroles de pardon du livre qu'un détenu lisait.
PALIMPSESTÉS DES PRISONS 89