‹ Les palimpsestes des prisonsChapitre 66 sur 131 · LA FIN DE L'AN · texte numérisé non relu

LA FIN DE L'AN

— L'an passe et une rose sur ma tête, une rose séchée. — Qui est-ce qui me redonne l’orgueilleux printemps de mes jours ?

— L’an passe et la jeunesse s'en va.

— Qui est-ce qui me redonne la fraîcheur qui un jour sur mon visage se dévoila ?

— L'an passe et une espérance. — De mon cœur il emporte

— Qui est-ce que me redonne la beauté qui brilla sur mon visage ?

— Oh! vertu, toi seulement tu retiens intactes les fleurs pour tous les âges.

— Ainsi s’écoulent mes plus beaux Jours et mes heures, — assoupi au bien de la sorte — au printemps de la vie encore, je suis terrassé par ma fureur.

— Amour malicieux toujours plus s'enfonce dans le cœur mauvais et dans l’âme infidèle.

L'oisiveré

Etendu sur les bords d’un grand fleuve gît — Un homme déchiré, fâché, énervé et pansu — Qui entre les bals et les diners, au son du luth passa sa vie. — Or il est là dans la fange grâce à l'habitude qu'il avait de dire : Qui travaille est une brute. Il nageait dans l'or et à présent dans le bitume. A grand peine il se meut et déjà il semble perdu.

Et pourtant, tu le vois, il est sans pain. Et il ne travaille pas, car il lui semble étrange d° travailler. Et il préfère -plutôt de mourir. comme un chien. Ainsi se meurt la paresse de ma main, car tous les moyens furent vains pour extirper ce mal du cœur humain.

LE LézaRD

Il glissa, et tout-à-coup, d'un trait rapide comme un éclair ert et luisant. Un lézard passa — Adèle qui a ses pieds — lisser le voit : Le serpent, le serpent! Criant s’exclama. La ète discrète s'arrèta un moment : N’aie pas peur, restes-là ‘anquille. Je te parle d'ici.

— Je glisse, mais dans la bouche je n'ai de venin. — Il ne

ut pas croire ainsi à l'apparence des gens.

Ualari.

Remorps

Oh! toi, qui lis, apprends donc — Que c'est nous-mêmes qui ous faisons la vie amère—Corriges-loi alors, deviens meilleur. — Te confiant à l'éternel haut seigneur |

— À lui souvent ta pensée envoie. En disant : Seigneur Dieu,

non malheur adoucis donc — Secours-moi dans le cruel exil auve-moi du pénible danger — Et fais donc que je puisse imer ma mère, au sein l'étreindre, et après — Quelque chose

u’il en advient — Je ne ferais aucun gémissement, mon Dieu - Ettoi seulement je bénirais plus fort, dans les angoisses usqu à la mort. A.F. M.

Ta pensée pardonne. La vie est un rien. La joie te séduit lonc ? Mais — Qu'est-ce que c’est que la joie ? Mon âme l'ignore L si à régner — Quelquefois elle réussit, elle fut noyée — Dans es pleurs après, combien de larmes, mon pauvre cœur tout léchiré !

Tu veux encore te battre, mais la — fleur de la jeunesse ujourd’hui est éteinte — La mort te reste, mort charmante que ‘ai désirée. Viens donc, étreins-moi dans ton baiser virginal — lonne-moi le lymbe et la douleur est éteinte et la joie aussi. Ma pensée pardonne. J. L.

Ferri eut de l'Allemagne des vers d'un certain voleur nommé Bambula, douze fois récidiviste, el surpris dans un vol nocturne. Celui-ci aussi, comme ses compagnons, versifia lonquement. Voici quelques lignes :

« Dans le procès on me parlera de mes habitudes (car je récidivai au moins dix fois). Pourtant je ne me laisserai pas marcher sur les pieds, et au besoin la folie me sauvera. »

Ce n’est pas vivre, c’est végéter cela... Pour l’entraînement d’une minute {et tous les hommes pêchent allez). Oh ! combien d'années perdues !...

Du Compte-rendu du Conseil d'État de la République et Canton du Tessin du 1884 (Bellinzona 1885) Ferri me découvrit ces vers qu'un détenu écrivit pour un enfant endormi dans son berceau et qui sont d'une grande beauté :

De la lampe nocturne un rayon incertain Tombe; en son pur sommeil il dort, le chérubin. Sa bouche est entrouverte, on dirait une fraise, Une fraise qui vous demande qu'on la baise.

Les perles de ses dents, son visage mignon, Son petit corps tout rose et blanc et son bras rond Et son amour de main que troue une fossette Son haleine embaumée en font une fleurette.

Et je songe qu'un jour, pur, innocent aussi,

Un jour, qui n'est pas loin de moi, je fus ainsi. J'aimais ma mère, Dieu, mon père, ma poupée ; Je rêévais paradis et la folle équipée

Des anges y montant sur des chevaux de bois.

Mon front, pâle à présent, et sombre, je le vois, Pareil à celui-ci, tout limpide et tout rose. Dors, chérubin, va ! Dors ! Le tourbillon morose Des tenaces soucis et des chagrins cuisants Assez vite viendra désenchanter tes ans;

Tes jouets préférés auront les yeux mobiles;

Tu seras prisonnier des foules imbéciles,

Ou leur idole ; il te faudra, pour ton plaisir,

De l'or, où la science afin de découvrir

Les secrets insondés de la vie ; ou la gloire Hantera ton cerveau d’une fièvre illusoire, Décevante le soir, souriante au matin.

Dors, cher petit enfant, l'éclat pur de ton teint, Disparaïtra, flétri par le sphinx de la vie;

Que ta mignonne bouche. ignorante, sourie, Souris à ton jouet, paré de cent vertus,

Souris à l’ange, auquel je ne sourirai plus ;

Des hommes, du savoir, tu verras la misère,

Et quand tu seras chauve, ainsi que l’est ton père, Tu sauras, parmi tant, d'indices décevants,

Qu'en somme, il n’en est qu'un, appris à nos dépens : Que nos jours sont tissés de joie et de souffrance, Que l'une et l’autre sont de même provenance : L'amour ; et sage ou fou, notre sort incertain

Est tout entre les mains de l’aveugle destin.

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