‹ Les pamphlets contre Victor HugoChapitre 7 sur 15 · ET DES BOIS · texte numérisé non relu

ET DES BOIS

Les Occidentales. — Les Recontemplations. — Bons, Ruades et Chute du Cheval-Prodige monté par le grand poète des Chansons des Rues et des Bois. — La Quintessence des chansons de M. Vertigo. — Une Chan.sonnette des Rues et des Bois. — Almanach des Rues et des Bois à l'usage des poètes pour 1867.

Les Orientales parurent au mois de janvier 1829, avec un succès considérable et les éditions se succédèrent rapidement. « A peine avait-on mis au jour Les Orientales de I\I. Victor Hugo, lisons-nous dans U Annuaire historique de Lesur pour 1829, qu'il a fallu les tirer trois fois en quelques mois, à plusieur milliers d'exemplaires. » Ce triomphe réveilla la verve des pamphlétaires. L'un des libelles les plus curieux et les plus divertissants composés à l'occasion des Orientales^ fut celui de Chètelatj

LIS P\Wf>HtET» COWTRE YICTOR MUGO 135

intitule : Les Occidentales eu lettres critiqiMs sur les Orientales (i).

L'aateor se montre absolument persuadé de rimportance de sa mis^on. Il s'agit, pour lui, de maintenir la ^oire littéraire de la France. Qr, on livre comme les Orientales « Tient de la Barbarie », il nous Faffirme, et ne peat qu'altérer la pureté de notre littératore. Protester est un devoir. « Si le» gardes aTancées donnent Féveil^ déclare Chètelat, ce n'est pas nne raison ponr empêclier chaque citoyen de courir de son côté aux armes, a Quelle arme choisir contre un pareil ennemi i^on le ridicule? Chètelat prendra donc le ridicule et Tengera le bon sens et le bon goût, la nature et Racine des outrages qu'ils ont subis. Veillons, les barbares nous euTahissent : Deknda est Carthago,

Mais ne croyez f^s qae Chètelat se soit volontiers décidé à considérer les choses gaiement. « y m éprouvé, dit-il, tour à tour cette indignation qui faisait autrefois les vers de Juvéaal, et cette gsité moqueuse qui fut si sonvent la muse inspiratrice de Voltaire. » Nourri des chefs-d'œuvre de la Grèce et de l'Italie, admirateur respectueîix ^e notre XVII® siècle, il s'est demandé en lisant Les Orientales avec une surprise désolée, pourqtior la lyre composée des mêmes cordes, ne rend passons toos les doigts une ^aleharmonie? C'est, hélas l que l'homme manque à son propre génie en manquant à l'imita^ tion fidèle de la nature. De là ces affectations de

l'esprit aux dépens de la vérité, ces imaginations tantôt monstrueuses, tantôt grotesques, qui ont la prétention d'être merveilleuses tandis qu'elles ne sont qu'insensées, d'être naturelles tandis qu'elles ne sont que triviales; de là « l'apparition de cette poésie nouvelle, dont la véritable poésie s'épouvante et se rit tout ensemble ». De là, évidemment, Les Orientales. L'œuvre de Victor Hugo parut tellement extraordinaire à Ghètelat qu'il douta un instant si la date de l'ouvrage n'était pas une erreur d'imprimerie. Il la lut, la relut encore. Enfin, il lui fallut se rendre. A la surprise succéda l'indignation et à l'indignation une irrésistible hilarité. Jadis ]\l. Victor donnait de meilleures promesses. En 1825, il semblait que l'on fût en droit de compter sur lui. Depuis, quel lamentable changement !

Les premières critiques du pamphlétaire sont dirigées contre la préface des Orientales. Hugo déclarait : « L'auteur de ce recueil n'est pas de ceux qui reconnaissent à la critique le droit de questionner le poète sur sa fantaisie.» En vérité, M. Victor manque de modestie. Restreindre à ce point les droits de la critique suppose, chez l'auteur, la perfection. Victor Hugo est -il parfait? Certes, il le croit. Ni ses contemporains, ni la postérité ne ratifieront cette opinion, mais enfin il la juge excellente et nous devons nous borner à lui demander la seule chose qu'il permette : « L'ouvrage est-il bon ou est-il mauvais?» Ghètelat devient solennel. Écoutez-le : « M. Victor, je poursuis d'office vos

Orientales devant les assises du goût et de la raison, sous la double prévention d'outrage à la morale littéraire, et de provocation à la révolte contre les autorités légitimes du sens commun en France; et moi, chef des jurés nommés par l'opinion publique pour juger votre volume, je me lève et je dis : Sur mon honneur et ma conscience, oui, l'ouvrage intitulé Les Orientales^ dont M. Victor se reconnaît l'auteur, est mauvais. » Une autre phrase de la préface excite l'indignation du critique. « L'art, dit Victor Hugo, n'a que faire des lisières, des menottes, des bâillons ; il vous dit : Va ! et vous lâche dans ce grand jardin de poésie, où il n'y a pas de fruit défendu. » Quelle erreur grossière ! Toute la valeur de l'art se réduit à conseiller le génie. En supprimant l'art, les romantiques sont tombés dans l'anarchie. Lâchés dans le grand jardin de la poésie, ils ont pillé, ravagé et gaspillé; ils se sont conduits comme des enfants pervers auxquels on abandonne les fleurs et les fruits d'un magnifique enclos.

Pourquoi avoir écrit Les Orientales? Le poète répond « qu'il n'en sait rien, que c'est une idée qui lui a pris, et qui lui a pris d'une façon assez ridicule, l'été passé, en allant voir coucher le soleil». Une idée assez ridicule, fort bien. Cette fois, Chètelat ne contredit pas. Il observe seulement que les ténèbres succèdent au coucher du soleil et regrette, avec Hugo, « que le livre ne soit paj meilleur». L'aveu est touchant, mais l'autour des Orientales afïirme plus loin : « Les couleurs orientales sont

venues d'elles-mêmes empreindre toutes ses pensées, toutes ses rêveries; et ces rêveries et ces pensées se sont trouvées tour à tour, et presque sans l'avoir voulu, hébraïques, turques, grecques, persanes, arabes, espagnoles... «C'est-à-dire prosaïques, brusques, grotesques, barbares, proteste Chètelat indigné, et cette indignation ne connaît plus de bornes quand Victor Hugo écrit : « Lui s'est laissé faire à cette poésie qui lui venait. Bonne ou mauvaise, il l'a acceptée et en a été heureux.» A ce compte, un législateur chargé d'importantes réformes pourrait accepter, sans contrôle ni discernement, tous les éléments d'organisation qui lui viendraient du Maroc, de Pékin ou de la Cochinchine, et il lui suffirait de répondre : bon ou mauvais, j'ai tout pris; je me suis laissé faire à cela; étrange excuse; bizarre justification. Hugo termine sa préface en déclarant que tous les regards sont tournés vers l'Orient avec l'inquiétude de l'avenir. « Tout le continent penche à l'Orient, affirme-t-il, nous verrons de grandes choses. » Et Chètelat de répondre : « Ce ne seront pas assurément Les Orientales qui auront satisfait ces regards inquiets du monde; car le monde se serait alors inquiété de bien peu de chose. »

Arrivons maintenant aux attaques inspirées par l'œuvre. Le Feu du Ciel est analysé en premier lieu. Hugo n'a pr.s consulté la Bible. H ne sait rien de la langue hébraïque. Notre auteur risque une aimable plaisanterie : « H n'y a que dans le sens du proverbe que je puis déclarer franchement que cette

pièce de vers est de l'hébreu pour moi. « Hugo n'a pas atteint le caractère de la poésie étrangère qu'il prétend reproduire. L'aurait-il atteint, que l'on serait encore en droit de lui reprocher l'introduction d'idiotismes étrangers dans notre langue qui les repousse, néfaste habitude chère aux romantiques. Le poète écrit :

La voyez-vous passer, la nuée au flanc noir, Tantôt pâle, et tantôt rouge et splendide à voir?

Comment, se demande Chètelat, cette nuée est-elle noire, si elle est tantôt pâle et tantôt rouge?

On croit voir à la fois, sur le vent de la nuit, Fuir toute la fumée ardente et tout le bruit De l'embrasement d'une ville.

L'alliance des deux idées est ici monstrueuse. Qu'est-ce que signifie i>oir fuir le bruit de V embrasement d'une i>ille?

Suivons la nuée, le critique nous y invite. Elle entend « des chants joyeux dans l'air» ce qui n'est pas harmonieux en poésie.

Elle voit :

La tribu qui chasse et pêche, Qui vit Hbre, et dont la flèche Jouterait avec l'éclair.

Des flèches qui jouteraient avec les éclairs^ ceci est fort récréatif,

Nous arrivons en Egypte

L'Egypte ! — Elle étalait toute blonde d'épis, Ses champs, bariolés comme un riche tapis,

Plaines que des plaines prolongent; L'eau vaste et froide au nord, au sud le sable ardent Se disputent l'Egypte : elle rit cependant

Entre ces deux mers qui la rongent.

Chètelat nous dit :

Je no disputerai pc s sur le froid des eaux du nord do l'Egypte, mais je no puis m'empêeher de rire cependant, quand je vois rire l'Egypte entre ces deux mers qui la rongent. Cela marque de sa part, un bon naturel, et j'espère que l'auteur des Orientales rirait d'aussi bon cœur que l'Egypte, si un sage ami rongeait devant lui chaque pensée froide ou ridicule de son ouvrage.

Puisque nous sommes en Egypte, nous n'échapperons pas aux Pyramides :

Trois monts bâtis par l'homme au loin perçaient les cieux D'un triple angle de marbre, et dérobaient aux yeux

Leurs bases de cendres inondées; ^

Et de leur faîte aigu jusqu'aux sables dorés. Allaient s'élargissant leurs monstrueux degrés.

Faits pour des pas de six coudées.

Percer les cieux est un peu téméraire. La cendre ne peut pas inonder la base des monts. Mieux valait dire que les degrés allaient s'élargissant au lieu de allaient s^ élargissant les degrés. Les degrés sont monstrueux comme les vers de Victor Hugo.

Les pas de six coudées sont bien dangereux. Ghètelat laisse Alexandrie « prendre tranquillement son bain de pieds » et, à la fin de la description de l'Egypte, s'étonne et regrette « de n'avoir pas trouvé un pauvre petit bout de vers sur les hiéroglyphes». Il est vrai que la pièce en est un d'un bout à l'autre et des plus indéchiffrables.

Cherche ! dit une voix dont trembla le Thabor.

Ghètelat s'imagina, un instant, que l'on s'adressait à lui. Mais non, Victor Hugo ne s'est nullement inquiété de parler à son intelligence.

A l'Egypte succède l'Arabie. Les descriptions du poète sont un « pot-pourri de la nature et de la poésie tout ensemble ». Voici Sodome et Gomorrhe. Ces deux villes sont de construction purement romantique. Il n'y a dans l'énumération fastidieuse de Victor Hugo ni ordre, ni gradation. Les aqueducs, les escaliers, les chapiteaux, les éléphants de granit, les jardins suspendus, les arcades, les temples sont entassés pêle-mêle. La flamme

S'ouvre comme un gouffre, Tombe en flots de soufre, Aux palais croulants...

La flamme tombe aux palais, français bizarre.

Ce peuple s'éveille Qui dormait la veille Sans penser à Dieu.

Ce peuple s'éveille, donc il dormait; il dormait la.

veille, donc il ne dormait pas pour le moment.

Se peut-il qu'on fuie Sous l'horrible pluie?

Tout périt, hélas !

Ordinairement la tournure exclamative, se ■peut-il? peint l'étonnement qu'on éprouve en voyant se faire une chose qu'on jugeait impossible; ici le poète l'applique au contraire à cette fuite qui n'a pu se réaliser, puisque tout périt. Il n'est ni prudent ni intelligible de changer les idiotismes d'une langue. Déplorons aussi la manie des antithèses. Hugo montre le feu qui « ploie comme un arbre le géant de marbre qu'ils nommaient Nabo ». Nabo était un dieu assyrien, mais un nabot est un pygmée. Il y a là presque un calembour. Ailleurs, le poète parle d'une pierre qui, sous l'action du feu, « fond et s'efïace comme un glaçon froid». Un glaçon est-il jamais chaud? La foule de Sodome et de Gomorrhe veut, avant de brûler, faire au moins une antithèse, « dernière consolation des malheureux», et « croit voir l'enfer dans les cieux». Tout périt. On entend un grand bruit,

Si profond qu'il troubla, dans leur morne cité, Jusqu'à ces peuples sourds qui vivent sous la terre.

Hugo veut parler des ombres des morts, et les morts qui vivent font encore une antithèse. Le Feu du Ciel se termine par ces vers :

Ces villes ne sont plus; et miroir du passé, Sur leurs débris éteints s'étend un lac glacé, Qui fume comme une fournaise !

^ LES PAMPHLETS COi\TRE VICTOR HUGO 143

Le lac glacé fumant comme une fournaise réjouit Ghètelat. La conclusion est digne du poème.

Canaris ne vaut pas mieux que le Feu du Ciel. C'est une revue de tous les pavillons du monde et on y retrouve quelque chose de la conf jsion de Babel. « Nous partons, dit Ghètelat, par un vent qui souffle si longuement, que c'est à perdre haleine. » En effet, la première phrase du poème a trente-six vers. M. Victor dépeint l'agonie du vaisseau prisonnier, et il écrit :

Lorsqu'un vaisseau vaincu dérive en pleine mer...

■ Qu'on n'y voit que des morts, tombés de toutes parts, Ancres, agrès, voilures, Grands mâts rompus traînant leurs cordages épars Gomme des chevelures.

Pour l'exactitude du langage, il aurait fallu dire : on n'y voit que des morts, des ancres, des agrès, à moins qu'on n'ait voulu laisser penser que ces morts tombés sont les agrès, les voilures et les mâts. Heureusement, l'exactitude du langage est une routine dont on se corrigera avec le temps et les Orientales.

Tous les blasons légitimes ou indépendants du monde passent sous nos yeux, ceux de Malte, de Venise, de Naples, de l'Espagne, et quantité d'autres. Ils passent sans aucun ordre. Gomment y aurait-il de l'ordre sur les flots agités et dans les vers romantiques?

Mais voulez-vous, demande le critique, entendre

l'harmonie du détail? Ecoutez : Le pavillon de Naples est éclatant dans l'air : Naples est éclatant dans, entendez-vous? Ecoutez encore : Espagne peint aux plis des drapeaux : peint aux plis, entendez-vous? Ecoutez encore : Rome a les clefs: Milan, V enfant qui hurle encor dans les dents de la gaivre: les clefs : Milan, l'en... qui hurle... dans les dents. Entendez-vous? entendezvous? Quelle harmonie! Et Stamboul la Turque, et trois blanches queues, et l'aigle étrange, et Tautre qui des czars suit la loi et en tient un dans sa serre. Quelle douceur dans ces dentales et gutturales ! Quel nombre dans ces monosyllabes? Quel atticisme ! Quel euphémisme ! Quel romantisme ! Quel bai^barisme !

Enfin on arrive à Canaris, terme du voyage. Chètelat fuit avec empressement à la vue de ce « bon Canaris» et fait force de voiles et de rames pour rentrer au port.

Les Têtes du Sérail ne plaisent pas davantage au pamphlétaire. Victor Hugo écrit :

Le dôme obscur des nuits, semé d'astres sans nombre, Se mirait dans la mer resplendissante et sombre.

Il faudrait s'entendre. Il fait jour ou il fait nuit; la nuit est obscure ou elle est étoilée; la mer est resplendissante ou elle est sombre. Hugo s'inspira probablement des deux vers célèbres :

Un jour qu'il faisait nuit, le tonnerre en silence Par des éclairs obscurs annonçait sa présence.

Mais poursuivons :

La riante Stamboul, le front d'ombres voilé, Semblait, couchée au bord du golfe qui l'inonde,

Entre les feux du ciel et les reflets de l'onde, Dormir dans un globe étoile.

Même contraste. Le front voilé d'ombres veut dire dans l'obscurité. Entre les feux du ciel et les reflets de Fonde signifie dans la clarté. Et puis une ville ou une terre inondée est un peu plus qu'au bord de l'eau; et puis Stamboul rit et dort à la fois. Bientôt nous voyons :

Ses dômes bleus, pareils au ciel qui les colore, Et leur mille croissants, que semblaient faire éclore Les rayons du croissant des nuits.

Ghètelat prétend comprendre difficilement les deux derniers vers :

Les petits croissants symboliques des mosquées turques semblent faire éclore le croissant de la lune céleste; c'est-à-dire que la luno... je me trompe; c'est-à-dire que les croissants des mosquées... non pas; c'est-à-dire que, de même que les poules font éclore... Tenez, cher ami, parlons sans métaphore; c'est-à-dire que je ne sais pas trop bien ce que cela veut dire; mais enfin j'ai toujours compris, cela me suffit. Arrangez-vous, vous autres, comme vous pourrez.

Tout à coup, nous apercevons les six mille têtes couronnant les créneaux des murs. Le poète a le mouvement d'indignation que nous attendons de lui. Il s'émeut, et trois des têtes expriment sa colère. Ceci est-il adroit? Sans doute, il n'est pas nouveau à la poésie et à l'éloquence de donner la parole aux

morts et d'évoquer les ombres de Jézabel ou de Fabricius. Mais il importe que dans ces créations du génie la fiction n'ôte rien à la vraisemblance. Quand Hector apparaît à Enée dans un songe, on le voit tout entier; il montre en parlant ce bras qui n'a pu défendre Pergame. Quand Eurydice n'est plus qu'une ombre qui échappe à Orphée, elle lui tend encore ses mains impuissantes; enfin, l'ombre de Jézabel paraît se baisser sur le lit de sa fille. Dans ces images diverses, le corps entier du personnage n'est pas indifférent pour l'effet de ses paroles. Ici comment concilier l'immobilité de ces têtes clouées avec le langage tout d'action que le poète met dans leur bouche? Le repos des têtes donne un démenti continuel à l'énergie de la parole. Justement, pour une fois, son sujet inspirait l'auteur des Orientales. Il montrait, dans ses trois discours, de l'enthousiasme, de la vertu, de la grandeur. Il fallait, avec de telles paroles, peindre une tête animée, les yeux ardents, les cheveux épars, le front menaçant, et non pas des têtes mortes et froides.

Passons à l'examen de Navarin. Ghètelat eut d'abord l'idée d'envoyer son étude au grand Turc. « Il aurait ri de bon cœur d'une victoire si tristement chantée. » Heureusement la voix du poète « ne sera pas l'unique écho du canon de Navarin dans la postérité ». A propos du titre de poète qu'il accorde à Victor Hugo, Ghètelat remarque :

Que M. Victor me pardonne une fois pour toutes ce

titre que je lui donne si souvent; c'est encore un souvenir du vieil homme que je vénère en lui; mais je ne désespère pas que, dans la riche fécondité de son néologisme poétique, il ne me fournisse un jour des noms moins classiques et moins prosaïques que ceux de poète et de poésie.

Le poète, — puisque poète il y a, — commence par exprimer le regret que Canaris ne se soit pas trouvé à cette bataille, « regret mortel qu'il énonce en six strophes plus mortelles encore » :

Canaris 1 Canaris ! pleure 1 Cent vingt vaisseaux ! Pleure! Une flotte entière!... Où donc, démon des eaux, Où donc était ta main hardie I

Avant Victor Hugo, on tâchait de finir une phrase ; routine ! Les strophes suivantes ne sont pas meilleures. « Poésie lamentable, s'attriste Ghètelat, lamentable dans la conception, lamentable dans le style » :

Jusqu'ici, quand brûlaient au sein des flots fumants Les capitans-pachas avec leurs armements,

Leur flotte dans l'ombre engourdie, On te reconnaissait à ce terrible jeu; Ton brûlot exphquait tous ces vaisseaux en feu;

Ta torche éclairait l'incendie.

Les capitans-pachas avec leurs armements font aussi triste figure en mer que cette phrase en poésie, et quiconque expliquera clairement à Chètelat le brûlot qui explique des çaisseaux^ la torche qui

éclaire un incendie^ obtiendra de lui une honnête récompense. Mais c'est assez plaisanter :

Frégates, jetez la mort, Et qu'au souffle de vos bouches Fondent ces vaisseaux farouches Broyés aux rochers du port 1

Si l'on veut fondre les vaisseaux, il né faut pas les broyer; si l'on veut les broyer, il ne faut pas attendre qu'ils soient fondus.

La bataille en feu s'allume.

Si elle est déjà en feu, elle ne s'allume pas; si elle s'allume, il n'est pas étonnant que ce soit en feu.

La mêlée a dans sa roue Rameurs courbés sur leurs bancs, Fantassins pleurant la terre, L'épée et le cimeterre, Les casques et les turbans !

Ainsi les fantassins pleurent des casques et des turbans dans la roue de la mêlée ! Étrange !

La torche insulte à la hache.

Quel dommage de ne pas entendre quelquesunes de leurs invectives ! Assurément la torche y met beaucoup de feu et la hache lui répond sur un ton bien tranchant.

Champs de bataille flottants, Qui, battus de cent volées...

Voyez-vous ces champs de bataille battus?

L'incendie, attaquant la frégate amirale, Déroule autour des mâts son ardente spirale, Prend les marins hurlants dans ses brûlants réseaux, Couronne de ses jets la poupe inabordable, Triomphe, et jette au loin un reflet formidable, Qui tremble élargissant ses cercles sur les eaux.

Ceci est mieux, mais rappelle trop la description de l'incendie d'un autre vaisseau amiral. Elle est de Casimir Delavigne. La voici :

L'incendie a glissé sous la carène ardente, Il se dresse à la poupe, il siffle autour des flancs, De cordage en cordage il s'élance, il serpente, Enveloppe les mâts de ses rephs brûlants; De sa langue de feu qui s'allonge à leur cîme Saisit les pavillons consumés dans les airs. Et pour la dévorer embrassant la victime. Avec ses mâts rompus, ses ponts, ses flancs ouverts, Ses foudres, ses nochers engloutis par les mers, S'enfonce en grondant dans l'abîme.

Que préférer? Chapelain ou Boileau? Victor ou Casimir?

Où sont, enfants du Caire, Ces flottes qui naguère.

Emportaient à la guerre.

Leurs mille matelots?...

Ces vers et tous ceux qui suivent forment l'inventaire, après décès, de la flotte ottomane. Ils sont la description de sa destruction ou, pour mieux dire.

la destruction de la description. Entre la Navarin de M. Victor et celle des trois amiraux, un seul point de ressemblance existe : c'est qu'il y a de part et d'autre beaucoup de bruit et surtout de fumée, c'est que ses vers, pareils aux caraques turques, « troublent Chypre et Délos de leurs cris barbares. » Le Voile est jugé presque avec la m.ême rigueur. « Une jeune Turque, raconte Chètelat, s'aperçut un soir que ses quatre frères la regardaient de travers et les mains sur leurs poignards. Ces quatre regards et ces quatre poignards valaient bien une petite explication fraternelle ». La jeune fille demande :

Qu'avez-vous? qu'avez-vous, mes frères?

Vous baissez des fronts soucieux !

Comme des lampes funéraires,

Vos regards brillent dans vos yeux !

Vos ceintures sont déchirées;

Déjà trois fois hors de l'étui,

Sous vos doigts à demi tirées

Les lames des poignards ont lui I

Le qu'avez-^ous^ qu^açez-ç^ous est une répétition très peu harmonieuse. « Vous baissez des fronts soucieux . )) C'est plutôt le signe de la honte ou de la crainte que celui de l'indignation préméditant une vengeance. « Comme des lampes funéraires. » Cette expression excède Chètelat. « Toujours du funéraire, dit-il, toujours des lampes, toujours des fantômes ! Ne serait-ce pas par hasard que le romantisme a la conscience de ce qu'il est, et que, plein de lui-même, c'est-à-dire de ses ténèbres, il

répand sans cesse sur ses œuvres la surabondance de sa propre nature? » « Vos regards brillent dans vos yeux. )) Ces regards, par le plus singulier des hasards, se trouvent dans les yeUx. Ajoutons qu'un poignard n'est pas placé dans un étui. M. Victor fera bien de renvoyer cet étui chez la mercière et de passer xîhez l'armurier pour lui demander un fourreau.

Le premier frère répond :

N'avez-vous pas levé votre voile aujourd'hui?

Et la jeune fille :

Je revenais du bain, mes frères; Seigneurs, du bain je revenais :

Cachée aux regards téméraires Des Gïaours et des Albanais.

En passant près de la mosquée, Dans mon palanquin recouvert, L'air du midi m'a suffoquée; Mon voile un instant s'est ouvert.

« Je revenais du bain, du bain je revenais. » Gomme la seconde idée vient ajouter de la force et de l'éclat à la première ! Elle revenait du bain, mais ce n'est pas tout, elle faisait plus : da bain elle revenait. Elle appelle ses frères seigneurs. Pourquoi? « L'air du midi m'a suffoquée. » L'air n'étouffe pas; on étouffe par manque d'air.

Le second frère réplique :

Un homme alors passait? Un homme en caftan vert?...

Cela n'est peut-être pas très poétique, mais, avouons-le, la personne, le temps, l'action, le costume, tout est mentionné. Quelle était la personne? Un homme, on nous le répète deux fois. Que faisaitil? Il passait. C'était donc un passant. Quand passait-il? Alors précise les choses. Comment étaitil? En caftan vert. On se souvient de l'habit de bouracan de M. Denis.

La demoiselle turque reprend :

Oui... peut-être... mais son audace N'a pas vu mes traits dévoilés.

Mais vous vous parlez à voix basse !

A voix basse vous vous parlez !...

Vous faut-il du sang?.,, sur votre âme. Mes frères, il n'a pu me voir !

Grâce ! Tuerez-vous une femme Faible et nue en votre pouvoir?

Les deux premiers vers sont assez bons. Ceux qui suivent « semblent, comme des pauvres honteux, tendre la main... à la férule. » Vous i>ous parlez à çoix basse! A voix basse vous vous -parlez! « J'ignore, annonce Chètelat, ce que les quatre frères peuvent se dire, mais je préfère leur silence à l'éloquente surprise de la sœur. » Sans la répétition on eût peut-être frémi. Avec la répétition on est plutôt tenté de rire, ce qui est fort mal dans un aussi triste sujet. Mais à qui la faute et pourquoi l'auteur fait-il d'un sujet triste un triste sujet? En votre pouvoir n'ajoutant rien au sens est inutile. L'idée de la malheureuse femme nue en leur pouvoir

n'attendrit pas les bourreaux. Ils n'en font pas plus de cas que l'avenir n'en fera des Orientales, Le troisième frère déclare :

Le soleil était rouge à son coucher ce soir I

Ce soir n'ajoute rien à l'idée du coucher du soleil qui le renferme.

La sœur s'écrie :

Grâce ! Qu'ai- je fait? Grâce î Grâce 1

Dieux ! Quatre poignards dans mon flanc I...

Ah ! par vos genoux que j'embrasse !...

O mon voile 1 ô mon voile blanc !...

Ne fuyez pas mes mains qui saignent !

Mes frères, soutenez mes pas !

Car sur mes regards qui s'éteignent

S'étend un voile de trépas !

Ghètelat proteste : « Non, monsieur le poète, je ne vous ferai pas grâce, malgré toutes vos grâces. » Quatre poignards, le compte est juste, mais la douleur est-elle si scrupuleuse en fait de calcul? César ne disait pas à Brutus : « Et toi, Brutus, le vingt-et-unième. » Que vient faire le voile blanc? La jeune fille est-elle contrariée de voir ce voile blanc rougi par le sang de sa blessure? L'hypothèse est plausible à cause de la prédilection du poète pour les contrastes. A-t-il parlé du voile blanc pour amener l'antithèse du voile du trépas, qui est sans doute noir? L'intention serait bien voilée. Non, croyons plutôt, pour l'honneur de Victor Hugo, que « s'identifiant avec son héroïne^

il est dans le délire de l'agonie, balbutie quelques paroles mourantes sans ordre et sans bat, et ne se comprend pas beaucoup plus lui-même qu'il ne se fait comprendre des autres.» Pour les derniers vers de la strophe, Chètelat propose l'explication suivante :

Blessé de mille traits par une satire acharnée, quoique juste, le romantique demande grâce aux poètes de bon goût, qu'il ose appeler ses frères, et leur crie : Ne fuyez pas mes vers, que vos critiques ont déchirés, ces vers toujours pleins d'idées saignantes et funéraires. Soutenez, sinon par votre admiration, du moins par votre silence, la marche bizarre de ma poésie poignardée; j'en ai besoin, car je suis aveugle, mais non pas comme Homère; je suis aveugle par ma faute, je ne me plais que dans les ténèbres ; voilà mes regards qui s'éteignent, mes pensées sont toutes couvertes d'un voile épais, ma poésie meurt dans l'ombre, et c'est vous, mes frères, qui me donnez le trépas. Mais un des frères lui répond : Reste sous ton voile ténébreux ; tu es condamné à une éternelle obscurité.

Gomme le dit le quatrième frère du Voile : C'en est un que du moins tu ne lèveras pas.

Que pense Chètelat d'' Enthousiasme? Ce poème le met en joie. Hugo s'écrie :

En Grèce 1 en Grèce I Adieu, vous tous ! Il faut partir I

Adieu, cous tous! C'est-à-dire qu'il part tout seul; et, tout à l'heure, il dira : En Grèce, ô mes

amis!... allons. G'est-à-dire qu'ils partent tous. Son enthousiasme trouble le poète.

Ce turban sur mon front, ce sabre à mon côté ! Allons I ce cheval, qu'on le selle 1

Pourquoi un turban? Les turbans sont aux Turcs. Que Victor Hugo mette un casque ou un bonnet à poil. « Ce cheval, qu'on le selle ! » N'estce pas ainsi que parlerait M. le marquis si son cocher le faisait trop attendre. Enthousiasme du marquis rendu d'après nature.

Et nous verrons soudain ces tigres ottomans Fuir avec des pieds de gazelles.

Gomment? des tigres qui ont des pieds de gazelles ! Encore de l'enthousiasme !

En lisant La Marche Turque^ notre critique a une nouvelle explosion de gaieté. Hugo veut faire le portrait du vrai croyant et il le reconnaît à ces traits principaux :

Il baise avec respect la barbe de son père; Il voue à son vieux sabre un amour filial.

Il est à craindre que la barbe ne soit jalouse du vieux sabre puisque l'amour se partage entre ces deux objets. Qu'ils s'arrangent entre eux !

Tel est comparadjis, spahis, timariots... Quel vers l II est épouvantablement turc.

Le vrai croyant se moque du lâche, en disant qu'il marche

En murmurant tout bas quelque vieille formule Comme un prêtre qui va prier.

Un prêtre qui récite une formule quelconque ne va pas prier; il prie déjà.

Nous arrivons à Sara la Baigneuse. Cette Sara « baigneuse de profession » et « belle d'indolence » ne dit rien qui vaille à Chètelat.

... Avec la baigneuse blanche

Qui se penche, Qui se penche pour se voir.

Il est imprudent de se pencher deux fois de suite.

Continuant sa lecture, Chètelat vit qu'on vantait le beau pied de Sara. A la ligne suivante, il lut : elle bat d'un pied timide, et à deux lignes de là: du beau pied rougit V albâtre. Hélas ! tous ces pieds ne font pas mieux marcher le style.

Sara nous confie : Si j'étais Sultane^

Je prendrais des bains ambrés Dans un bain de marbre jaune...

Puis, je pourrais

Laisser avec mes habits Traîner sur les larges dalles Mes sandales...

Victor Hugo ose ajouter : « Ainsi se parle en princesse la jeune fille ». Mais, s'indigne Chètelat

très sérieusement, une princesse bien élevée ne songerait pas à laisser traîner ses sandales. On concevrait ce langage dans la bouche d'une princesse de la place Maubert. Et puis, prendre des bains dans un bain, n'est pas une expression heureuse. Après Sara, Lazzara.

Comme elle court ! Voyez ! par les poudreux sentiers, Par les gazons tout pleins de touffes d'églantiers,

Par les blés où le pavot brille.

Par les chemins perdus, par les chemins frayés, Par les bois, par les monts, par les plaines; voyez.

Comme elle court la jeune fille 1

Cette jeune fille, selon Chètelat, est une jeune folle, et, en relisant ces six lignes qui renferment huit fois le mot par, il eut la tentation d'imiter le style admirable de Victor Hugo. Supposant qu'il eut à peindre une muse bizarre, celle du romantisme, par exemple, il improvisa, « après mûre délibération », la strophe suivante :

Comme elle va I Voyez : par les tours les plus durs. Par l'emploi lourd et lent des mots les plus obscurs,

Par la plus ténébreuse école, Par les absurdités, par les contrastes plats. Par le bruit, par le vent, par le galimatias,

Comme elle va la jeune folle !

Lazzara

Est jeune et rieuse, et chante sa chanson.

Il n'y a pas de mal à cela; il est naturel de chanter une chanson, d'autant plus qu'une chanson se

chante assez ordinairement. Mais le tableau se gâte. Lazzara

Lève sa robe et passe les ruisseaux.

Ce n'est pas du tout convenable.

Nous apprenons ensuite, en cinq strophes, tout ce qu'Omer-Pacha eût donné pour avoir Lazzara. L'énumération est prodigieuse : un trousseau complet, des juifs, des citadelles, des pistolets, des chiens, des sultanes, des chevaux, un rabbin, une ville, une peau de tigre... Jamais un Français n'aurait de telles générosités; il faut être turc pour cela. Du reste, ce mobiher ne tente pas la vertueuse Lazzara. Elle s'est donnée à un Klephte. Ghètelat trouve le pacha de Nègrepont ridicule. Pour lui, il n'offrirait pas cinq centimes à l'aimable Lazzara.

Enchanté de sa plaisanterie, il analyse maintenant Les Adieux de Vhôtesse arabe. Écoutons-la :

Puisque rien ne t'arrête en cet heureux pays,

Ni l'ombre du palmier, ni le jaune maïs...,

Ni de voir à ta voix battre le jeune sein

De nos sœurs, dont, les soirs, le tournoyant essaim

Couronne un coteau de sa danse, Adieu, voyageur blanc !...

Ghètelat n'approuve pas.

Je ne connais pas, dit-il, les idiotismes de la langue aral)e; il se peut que ce style soit arabe, essentiellement arabe; mais, puisqu'il est ici traduit dans notre langue, il me semble qu'il devrait être un peu plus français. Que dirait de moi M. Victor si je lui disais :

Rien ne me plaît dans vos Orientales, ni la poésie, ni le style, ni de vous lire? ou bien encore : je déteste vos vers dont les nuits, le pitoyable souvenir trouble l'esprit de son délire? Adieu, Racine ! adieu, voyageur blanc !

L'hôtesse continue :

...Oh I que n'es-tu de ceux Qui donnent pour limite à leurs pieds paresseux Leur toit de branches ou de toiles !

Cela signifie sans doute que ces hommes ne marchent que sur leur toit en évitant d'aller trop au bord.

Ghètelat espère que Les Tronçons du serpent vont le dédommager. Abbaydè est morte :

Je veille, et nuit et jour mon front rêve enflammé, Ma joue en pleurs ruisselle.

On n'a jamais entendu le regret s'exprimer en termes aussi dignes de regret. Mais pourquoi tant de larmes et de rêves?

Car elle avait quinze ans...

Nous ne nous étonnons plus des regrets, mais nous nous étonnons de ce car^ car il n'est pas ordinaire en poésie. Gomment les tronçons du serpent seront-ils introduits parmi ces regrets? L'amant désolé voit « un serpent jaune et vert, jaspé de taches noires » ce qui prouve que le style du poète ne manque pas de couleur. Alors

La tête aux mille dents rouvrit son œil de feu, Et me dit : 0 poète I

Ghètelat s'égaie : « Vous ne vous attendiez pas à celle-là, j'en suis sûr. Vous avez bien entendu parler les têtes du sérail, mais c'étaient au moins des têtes d'hommes; ici, c'est bien pis, c'est une tête de serpent qui ouvre son œil pour mieux parler. »

Les Djinns surprennent extraordinairement le critique. Connaissez-vous les Djinns? demande-t-il, et il ajoute : « Oui, les Djinns? Un d, un j, un i, deux NN et un s. — Est-ce une espèce de fruits? — Non; pas tout à fait. — Est-ce un quadrupède? — Cherchez. — Diable ! C'est donc un arbre? — Pas du tout. — Diable! C'est un peuple? — Si vous voulez, mais ce n'est pas cela. — Diable ! Diable! qu'est-ce que c'est donc? — Et parbleu, voila une heure que vous le dites, avec tous vos diables. Ce sont des diables. — Je ne m'en serais pas douté. — Ni moi non plus... voilà le désagrément des mots nouveaux. » Chètelat affirme que, pour bien comprendre les Djinns, il faut savoir le dessin et la musique vocale, chanter la gamme et dessiner une pyramide montante et descendante. En effet, les Djinns se composent de quinze strophes. Les vers de la première sont de deux syllabes et les vers de la huitième de dix syllabes. La huitième strophe est donc la base de la pyramide ou Vut supérieur de la gamme. A partir de la neuvième strophe, les vers décroissent en proportion inverse et le dernier, comme le premier, n'a que deux syllabes. C'est Vut inférieur et la pointe pyramidale.

Victor Hugo sera-t-il plus heureux en chantant

Grenade? Ghètelat nous répond : « Vous avez ici, dans sept strophes, tous les noms des principales villes de l'Espagne, avec un abrégé des principales beautés qu'elles renferment ; c'est le véritable indicateur des rues de Paris que dans mon dernier voyage j'entendais encore crier sur le Pont-neuf. « Le pamphlétaire termine son livre avec la critique du Danube en colère. En lisant ce poème il découvre que la muse de Victor Hugo est allée loger dans les environs de la halle ou de la place Maubert, Son langage est vulgaire. On croirait entendre parler les nobles dames qui distribuent aux parisiens le beurre et les légumes ou ces orateurs des jours de carnaval débitant du haut d'un cabriolet de plates bouffonneries aux passants.

Belgrade et Semlin sont en guerre.

Dans son lit, paisible naguère, Le vieillard Danube, leur père, S'éveille au bruit de leur canon.

Il doute s'il rêve; il tressaille, Puis entend gronder la bataille.

Et frappe dans ses mains d'écaillé Et les appelle par leur nom.

Comme le Danube, nous doutons si nous rêvons. Et que penser du costume d'écaillère qu'a revêtu le fleuve? Ghètelat s'amuse de la familiarité du discours du Danube et travestit les vers à plaisir.

Trêve ! Taisez-vous, les deux villes I Je m'ennuie aux guerres civiles...

Ici, le Danube se trouble dans son langage :

(( Je m^ennuie aux guerres peut se dire aux rives du Danube, mais est au moins bizarre aux rives de la Seine. »

De mon temps, point de ces tumultes 1 Si la pierre des catapultes Battait les cités jour et nuit, C'était sans fumée et sans bruit.

Heureux temps où les batailles se passaient sans tamulte. Les pierres des catapultes donnaient de grands coups contre les murailles des villes, mais sans aucun bruit. « Aujourd'hui, on n'allume pas de feu sans que cela ne fume, c'est une infamie; autrefois, on faisait tomber une ville le plus silencieusement du monde; nous ne voyons plus de ces choses-là. »

Que dirait l'Etna si Messine Faisait tout ce bruit à ses pieds?

Oh ! l'Etna jeterait feu et flamme, et la pauvre Messine n'y verrait que du feu.

Chètelat nous prodigue quantité de plaisanteries et se demande comment le Danube se justifiera de parler de la sorte. Il cite les derniers vers du poème :

Certes, on peut parler de la sorte Quand c'est au canon qu'on répond; Quand des rois on baigne la porte, Lorsqu'on est Danube

Lorsqu'on ronge cent ponts de pierres, Qu'on traverse les huit Bavières, Qu'on reçoit soixante rivières Et qu'on les dévore en fuyant; Qu'on a, comme une mer, sa houle; Quand sur le globe on se déroule Comme un serpent, et quand on coule De l'Occident à l'Orient.

La justification ne vaut rien, annonce Ghètelat. Elle est plate et ridicule. Il ajoute :

Certes, on peut parler de la sorte, quand c'est à Racine qu'on en veut, quand on va écouter à la porte des marchés le langage qui s'y tient, lorsqu'on est romantique, lorsqu'on est capable de digérer ce qu'il y a de plus dur dans la langue française, et de dévorer, en les fuyant, les sources de Castalie et de THippocrène; que, comme TOcéan, on n'a que du vent et des brouillards; quand on étale des vers, aussi affreux que des reptiles, sur le journal qu'on appelle Le Globe, et quand, sorti de l'Occident, c'est-à-dire de la grande école du goût, de la nature et de la poésie, on va se perdre dans les mers Orientales, avec le fatras le plus grotesque et le plus baroque galimatias.

Ghètelat n'a critiqué que seize poèmes, mais dans toutes les Orientales se retrouvent « la même misère de poésie, le même oubli de la nature, le même outrage au bon sens et au bon goût. » Afm de le bien prouver, il a rédigé un tableau complet de ce que les autres vers contiennent de défectueux. Nous n'aurons pas le plaisir de le suivre. L'analyse que nous venons de faire suffit, il me

164 LES PAMPHLETS COiMRE VICTOR HUGO

semble, à donner une idée suffisante de son pamphlet interminable.

Si Les Orientales furent malmenées, que dire des Contemplations? A en croire les détracteurs du poète, le recueil n'avait aucune valeur et Victor Hugo y donnait une preuve définitive de son impuissance. Louis Veuillot affirmait : « En dépit d'une forme supérieure, la poésie de M. Hugo reproduit fidèlement toutes les misères de sa pensée, comme sa pensée elle-même porte l'empreinte profonde des misères de l'âme éloignée de Dieu. » C'est à propos des Contemplations que Veuillot prononçait encore son mot célèbre : « Jocrisse à Pathmos», d'où M. Jules Lemaître tira : « C'est Homais à Pathmos. » Barbey d'Aurevilly renchérissait : « Il faut se hâter, disait-il, de parler des Contemplations, car c'est un de ces livres qai doivent descendre vite dans l'oubli des hommes. H va s'y enfoncer sous le poids de ses douze mille vers. C'est là, en effet, un livre accablant pour la mémoire de M. V. Hugo, et c'est à dessein que nous écrivons « la mémoire)). A dater des Contemplations, M. Hugo n'existe plus. » Edmond Duranty, analysant Les Contemplations de Victor Hugo, ou le gouffre béant des sombres abîmes romantiques, écrivait : « Les femmes, il ne les aime pas; les enfants, il ne les comprend pas; la nature, il ne la sent pas. H traîne des linceuls au milieu des tombeaux, et Young, l'ennuyeux Young, est plus profond, plus simple, plus intéressant que lui. )> Gustave Planche et Edme Caro trouvaient Les

Contemplations grotesques et stupides. Il est inutile d'ajouter que les pamphlétaires et les parodistes découvrirent, dans le nouveau recueil, d'abondants prétextes à de nouvelles attaques et à de nouvelles railleries.

Les Recontemplations (1) ne sont pas signées. L'auteur a jugé bon d'éviter les vengeances et les railleries des romantiques et il emprunte le pseunodyme de : L. Joseph Van II. Nous savons fort bien qui était L. Joseph Van II. C'était Louis- Joseph Alvin, conservateur en chef de la Bibliothèque Royale et membre de l'Académie Royale de Belgique. Joseph Alvin avait fait jouer, en 1834, une tragédie intitulée Sardanapale qui tomba honteusement. On y trouva néanmoins, un vers remarquable. Le héros disait :

Le sceptre dans ma main n'est pas un petit poids.

Malgré son insuccès, Joseph Alvin écrivit encore des comédies et des études d'art. Je crois que son meilleur titre pour passer à la postérité, reste Les Recontemplations, La couverture porte cette mention spirituelle : « Moins de douze mille vers » et de même que Victor Hugo avait divisé son recueil en deux parties, Autrefois (1830-1843) et Aujourd'hui (1843-1855), Joseph Van II sépare le sien en Ludus (1856) et Séria (18...) Nous li-

(1) Bruxelles, Bruylant-Christophe et O^. Paris, E. Dantu, au Palais Royal, 1856. '

sons d'abord en épigraphe ces vers de La Fontaine :

Quand l'absurde est outré, l'on lui fait trop d'honneur De vouloir par raison combattre son erreur : Enchérir est plus court, sans s'échauffer la bile.

Fort de cette conviction, Joseph Van II adopte le ton ironique, et, dans un dialogue entre un auteur et un critique, qui sert de préface, il attaque de son mieux Victor Hugo. Les innovations des romantiques sont-elles vraiment des innovations? Hugo a créé des mots composés. Or, du Bartas et Ronsard en avaient fait usage avant lui. Ronsard, il est vrai, les employa très rarement. Quant au seigneur de Salluste, il ne se servit pas de substantifs jumeaux, comme l'entend Hugo, du moins. S'il opère des unions analogues, il a soin de réunir les substantifs par un verbe. Qu'on lise en effet les deux premières Journées de La Semaine et on trouvera : Le ciel-porte-flambeau, l'aquilon-chasse-nue, la chèvre-porte-barbe, Dieu-darde-tonnerre, le jour-traîne-besogne, le soc-brise-guérets, etc. Hugo, lui, ne s'embarrasse pas de ces difficultés, et il écrit sans aucune hésitation : cheval-aurore, coq matin, combat ignorance, bouche tombeau, étoile mort. Et Joseph Van H qui, pour confondre ses ennemis, feint d'adopter leurs réformes, ajoute malicieusement : « Si le procédé de messire Salluste est plus clair, le nôtre est, à coup sûr, plus profond. )> Après cette critique, l'auteur cherche de nouvelles chicanes à Victor Hugo. Selon lui, il y a une

effrayante immoralité dans le petit poème : Vers'^1820 :

Denise, ton mari, notre vieux pédagogue,

Se promène; il s'en va troubler la fraîche églogue

Du bel adolescent avril dans la forêt;

Tout tremble, et tout devient pédant, dès qu'il paraît.

L'âne bougonne un thème au bœuf son camarade;

Le vent fait sa tartine et l'arbre sa tirade;

L'églantier verdissant, doux garçon qui grandit,

Déclame le récit de Théramène, et dit :

« Son front large est armé de cornes menaçantes. »

Victor Hugo n'est pas moins répréhensible d'écrire une épître où l'on parle à une dame qui avait pris l'habitude de vous dire :

A haute voix : «bonjour, Monsieur», et bas, «je t'aime».

Enfin, n'est-il pas très choquant de s'écrier à propos des dévots et des pédants :

Grimaux hideux qui n'ont, tant leur tête est vidée, Jamais eu de maîtresse, et jamais une idée.

Joseph Van II va jusqu'à reprocher à Hugo la tristesse et la gravité de ses Contemplations. On se souvient de la préface qui ouvre le recueil : « L'auteur, disait Hugo, a laissé, pour ainsi dire, ce livre se faire en lui. La vie, en filtrant goutté à goutte, à travers les événements et les souffrances, l'a déposé dans son cœur. Ceux qui s'y pencheront retrouveront leur propre image dans cette eau profonde et

triste, qui s'est lentement amassée là, au fond d'une âme.» Le pamphlétaire n'a que des sarcasmes à l'égard de ces paroles, et il raille presque le poète de manquer de gaîté. « Est-ce qu'on pleure, demande-t-il, est-ce qu'on est triste, est-ce qu'on se lamente? Avons-nous le temps d'entendre vos lamentations, vos méditations, vos contemplations? Passez votre chemin... et revenez quand vous serez moins triste. » Ce que Joseph Van II ne pardonne à aucun prix, c'est le défaut d'admiration des romantiques envers Corneille, Racine et Molière, et la liberté avec laquelle ils se sont affranchis de la règle des trois unités. Les novateurs détestent Boileau et ils ont d'excellentes raisons de le haïr. Que deviendraient leurs ouvrages si on écoutait encore les règles du sévère critique qui écrivait :

C'est peu qu'en un ouvrage, où les fautes fourmillent,

Des traits d'esprit semés de temps en temps pétillent.

Il faut que chaque chose y soit mise en son lieu;

Que le début, la fin, répondent au miheu;

Que d'un art délicat les pièces assorties

N'y forment qu'un seul tout des diverses parties...

Les romantiques méprisent ces conseils. Leurs livres sont mal composés et remplis d'absurdités. Eux qui ont la prétention de substituer un art vrai à un art conventionnel et de donner une interprétation sincère de la nature au lieu de s'en tenir aux bergeries et aux bosquets noblement taillés de jadis, ils abondent en invraisemblances.

Hugo n'est-il pas ridicule et faux lorsqu'il dit :

... La fauvette met de travers son bonnet;

Le moineau d'un coup d'aile, ainsi qu'un fort esprit,

Vient taquiner le flot monstrueux qui sourit.

Est-il permis de raconter d'un bouvreuil qu'il « fait le feuilleton des bois» et d'un laboureur traçant ses sillons qu'il « règle la page où s'écrit le poème des blés»? Il y a mieux :

La violette La plus pudique fait devant nous sa toilette.

Les pâquerettes ne se gênent pas pour laisser « chiffonner leurs collerettes ».

Les bourdons galonnés font aux roses coquettes Des propositions tout bas.

Et les vieux arbres, que font-ils?

Les vieux arbres pensifs, dont rit le geai moqueur, Clignent leurs gros sourcils et font la bouche en cœur.

Pour peu que la brise souffle,

Les monts, les champs, les lacs, et les chênes mouvants Répètent les quatrains faits par les quatre vents.

Tout ceci n'est pas moins artificiel que la poésie passée, et Joseph Van II qui, ne l'oublions pas, semble se ranger parmi ses adversaires pour les besoins de sa cause, dit au critique :

Je tiens surtout à vous prouver que nous observons

la vérité et la convenance des caractères et que si nous sommes les prêtres de Tidéal, nous sommes aussi les apôtres du réel. Le roc murmure un psaume', c'est son droit. Plus jeunes et plus fringantes :

Les branches...

Se jettent les oiseaux du bout de leurs raquettes.

A côté de ces choses riantes nous plaçons d'habiles I repoussoirs :

La mer donne un baiser de complice A l'âpre bouche de l'écueil.

A ce spectacle affligeant :

Le vieux antre attendri pleure comme un visage.

Il en est de même des rochers aux çagues yeux.

En présence de ces exemples concluants, qui oserait contester la sincérité de notre devise :

Nous ne cherchons dans ce monde Que la seule réalité.

Supposez que vous êtes égaré dans un bois, ne seriezvous pas enchanté d'y faire la rencontre d'un arbre, — sapin, frêne, érable, n'importe, — qui, de sa branche,

Où brille une goutte, Semble se faire un doigt pour vous montrer la route?

Le critique répond à l'auteur que, pour le coup, il trouve cette poésie vraiment nouvelle et que le seul Granville a fait preuve d'une imagination aussi

merveilleuse dans ses Animaux peints par euxmêmes.

Examinons, maintenant, quelques parodies des Contemplations. L'on se rappelle le poème qui débute par ces vers :

Elle était déchaussée, elle était décoiffée, Assise, les pieds nus, parmi les joncs penchants; Moi qui passais par là, je crus voir une fée, Et je lui dis : Veux-tu t'en venir dans les champs?

Sous ce titre, Nuda Veritas^ le satirique écrit :

Elle était débraillée, elle était mal peignée; Faute de bas, la boue estompait son talon; Sa jupe paraissait de toile d'araignée; Et, qui sait? Avait-elle une chemise, ou non?

Sa gorge palpitait à l'aise en son corsage. Comme deux oiseaux blancs dans le nid du ramier; Quelques lambeaux fripés, aux bras livrant passage. Lui taillaient une manche en feuilles de palmier.

Ainsi vêtue, encore elle était trop vêtue; On fondait sous le plomb des nuages pesants; Puisque l'on ne met pas de robe à la statue. S'en devrait-on couvrir, en juillet, à seize ans?

Eh! que sert, en effet, sur l'âme virginale Jeter le voile obscur du morne vêtement? Ombre, écorce jalouse, à la forme idéale Disputant les clartés blanches du firmament !

Victor Hugo avait écrit :

J'aime l'araignée et j'aime l'ortie Parce qu'on les hait.

Joseph Van II s'empresse de célébrer, sur un mode burlesque, quantité d'animaux, dans un poème qu'il intitule : Le Beau est la splendeur du Vrai :

J'aime la tortue, en sa carapace

Retirant son cou; J'aime le butor, la buse rapace

Et le kangourou.

Le chabot me va; car il est difforme

Et tout contrefait, Sa petite queue et sa tête énorme,

Oh I voilà mon fait !

J'aime le crapaud, l'anguille visqueuse

Et le gros rouget, La puce attaquant le dos d'une gueuse

De son plus grand jet,

Ou mordant le chien, qui, mal à son aise

Se gratte le cou; Je ne te hais point, lentille punaise.

Et toi, poinçon pou.

Ailleurs, l'auteur des Recontemplations se souvient du poème intitulé Les Oiseaux. Victor Hugo y parle des moineaux gais et jaseurs qui remplissent les cimetières, et dit :

Ils confessent les ifs devenus babillards;

Ils jasent de la vie avec les corbillards;

D^ hnceuls trop pompeux ils décrochent l'agraphe;

Ils se moquent du marbre; ils savent l'orthographe...

Des oiseaux sachant l'orthographe, la curieuse

chose ! Et Joseph Van II, écoutant des étourneaux qui chantent posés sur un fil télégraphique, s'empresse de les interroger :

— Où donc avez-vous lu ce chant qu'au télégraphe Vous transcrivez si bien, mes pauvres étourneaux?

— Demandez aux oiseaux qui savent l'orthographe,

A nos confrères les moineaux.

Nous lisons dans Les Contemplations :

Amour, tu fais le vieillard lumineux !

Joseph Van II s'empare de l'idée :

Par pitié, d'un rayon réjouissez mon ombre, Oh ! laissez-le tomber de votre œil triomphant : Regardez la ruine, et le morne décombre Va vous sourire ainsi que sourit un enfant.

Voyez-vous, sous ce front que blanchit la pensée, Palpite un univers prêt à naître pour vous, Et le rayonnement de cette âme froissée Vous fait une auréole à rendre un dieu jaloux.

Nous constations, il y a un instant, que Joseph Van II n'aimait pas les mots composés. Il a la patience de relever un très grand nombre de ceux que Victor Hugo employa et s'efforce de les placer dans un long poème dédié Au plus grand poète du XI X^ siècle. Voici un échantillon de ce travail de marqueterie :

Devant ton docte verbe, a fui l'ombre Ignorance, Il tend sur l'univers le blanc réseau Clarté, C'est toi qui fais surgir le spectre Providence De la caverne Vérité.

Tu verses, à pleins bords, le parfum Poésie, Tu sais tous les secrets du sphinx Esprit humain, Tu nourris nos loisirs de la strophe ambroisie Qui tombe en manne de ta main.

Plaignant l'éclosion de la larve Misère, Que poursuit de son bec crochu l'aigle Trépas, Tu lui voudrais livrer les trésors de la sphère Que ne mesure nul compas.

Ta voix, hennissement du blanc cheval Aurore, Chant aimé, chant béni du joyeux coq Matin, Chassant avec la nuit le damné météore, Réjouit la branche Destin.

Franchissant l'infini, ta subtile mouche âme, A travers l'objectif de la lanterne esprit. Poursuit, loin de nos pas, la blanche forme Femme Dont le type au ciel est écrit.

Sans redouter l'écueil qui, sur l'océan Nombre, Entr'ouvre incessamment une bouche tombeau, Tu plonges ton œil d'aigle au plus profond de l'ombre, Y jetant la sonde flambeau.

Riant des vanités de notre grelot monde, Du grain de sable Roi, du brin d'herbe Empereur, Tu livres à broyer le pavé Frédégonde A l'émeute, vent laboureur.

Je regrette de ne pouvoir citer en entier le poème qui est vraiment drôle. Les dernières strophes donneront une idée de l'ensemble et permettront de constater que tous les 'mots composés dont s'est servi Joseph Van II n'appartiennent pas à Vie-

tor Hugo. Ce dernier avait écrit, dans les Contemplations^ un poème intitulé : Réponse à un acte d'accusation. Je transcris le début :

Oui, je suis ce Danton I je suis ce Robespierre I

J'ai, contre le mot noble à la longue rapière,

Insurgé le vocable ignoble, son valet,

Et j'ai, sur Dangeau mort, égorgé Richelet...

J'ai de la périphrase écrasé les spirales.

... Je montai sur la borne Aristote

Et déclarai les mots égaux, libres, majeurs...

Joseph Van II se souvient de ces vers en terminant son éloge ironique au plus grand poète du xix^ siècle :

Au Drame, emprisonné par la borne Aristote,

Tu vins donner la clef des champs.

Racine nous servait de fade matelote,

Tu sus mieux épicer tes chants.

J'aime ton sel attique, alors qu'il nous ramène

Aux jours de Gromwell, de Ruy Blas; Houspillant Athalie et ce long Théramène

Dont les écohers sont si las.

Tes Burgraves barbus, luttant contre l'Empire,

S'offraient à nos regards béants, Dressés sur le Taunus, entre Cologne et Spire (1),

C'étaient là des héros géants i

(1) Le pamphlétaire note : « Taunus. Chaîne de montagnes sur la rive droite du Rhin, suivant la géographie; mais nous qui avons vérifié les lieux, nous la plaçons entre Cologne et Spire. Ne pas confondre avec le mont Tonnerre.

Il est sur le Taunus, entre Cologne et Spire ♦.

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