‹ Les pamphlets de MaratChapitre 30 sur 86 · V. les no* iOl et 102 de VAmi du peuple · texte numérisé non relu

V. les no* iOl et 102 de VAmi du peuple

sentant comme incendiaire ; plusieurs lettres d'injures leur furent adressées sous mon nom. Instruit de ces lâches manœuvres par un membre du district, je me hâtai de les détromper en leur faisant connaître mon cœur; ils ouvrirent les yeux, me rendirent justice, et repoussèrent avec indignation mes détracteurs'.

C'est le sort du peuple d'être pris dans les pièges mêmes les plus grossiers; et l'un des plus familiers aux ennemis publics est de rendre suspects les vrais patriotes, en leur donnant leurs propres noms. Les suppôts du despotisme ministériel, les valets de l'administration municipale, les déprédateurs^ de l'État, en un mot tous ceux qui sont intéressés aux désordres publics, accouraient dans les cafés, répandre le bruit que j'étais un perturbateur du repos public, aux gages des proscrits; ils couraient de boutique en boutique, pour ameuter contre moi la garde nationale, dont plusieurs chefs se concertèrent; et telle était leur ivresse que l'un d'eux eut l'imprudence de parier que sous peu je serais au réverbère^ Cependant dix mille calomniateurs répandus de tous côtés répétaient que le district des Cordeliers, ligué avec l'aristocratie, avait formé un parti formidable pour opérer une contre-révolution, que l'Ami du Peuple devait se mettre à la tête, qu'on avait fait chez lui des amas d'armes, et que sa cour était garnie de canons. Quand les têtes furent échauffées, on prit jour pour la scène tragique. La veille on distribua des cartes dans les halles aux personnes de bonne volonté, pour les inviter à se rendre rue Montmartre n° 22, à un bureau

1, A propos de cette affaire de fausses lettres et des tentatives faites pour exciter contre Marat les faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marcel, voir les deux lettres de Marat au district de Sainte- Marguerite, dans la Corref^pondance de Marat^ pp. 122-127.

2, Il y a dans le texte déprédations.

3, Son nom est conservé dans le registre du corps de garde du bataillon des Cordeliers, avec la déposition du témoin qui constate le fait. [Note de Marat)

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désigné, où on leur donnerait de l'argent, en leur disant ce qu'on exigeait d'elles dans la soirée. Le bureau fut ouvert; un citoyen du district de Sainte-Opportune en informa le comité de police; deux commiss^iires, accompagnés de fusiliers, s'y rendirent, ils écoutèrent à la porte :une femme, qui exigeait vingt-cinq louis, finit par en accepter un; une autre, qui demandait un louis, se contenta de douze livres.; elles s'engagèrent à demander V Ami du Peuple lorsqu'il serait à la ville, pour le traîner au réoerbère. Donneurs et receveurs d'argent furent conduits au comité; ceux-ci déclarèrent tout; on leur demanda s'ils auraient tenu parole? Oh bien oui! répondirent-ils, rious avons pris leur argent^ et nous le boirons à la santé de V Ami du Peuple. Leur déposition reçue, on les conduisit au comité municipal des recherches; or, je réponds bien que ce beau tribunal, qui s'est signalé jusqu'ici en recherchant les bons patriotes qui ont puni les traîtres de la garde du roi, ne rompra jamais le silence sur ces petites manœuvres des municipaux.

Le lendemain matin, 22 janvier, le Châtelet renouvela la force du décret officiel. On craignait que le peuple, qui ne s'était pas laissé corrompre, ne s'opposât à mon enlèvement; on craignait d'éprouver de la résistance de la part du district des Cordeliers. Le commandant-général eut ordre d'appuyer le Châtelet avec des forces suffisantes; douze mille hommes furent commandés, trois mille tant fantassins que cavaliers, entremêlés à cinq mille espions, investirent le territoire du district; finfanterie occupait les principales rues de l'arrondissement, depuis le carrefour de Bussy jusqu'au Théâtre Français; la cavalerie occupait la place de la Comédie; un gros de cavalerie, placé au bas du Pont-Neuf, et un corps de garde soldé, posté devant le péristyle du Louvre, étaient prêts en cas de besoin, tandis que six mille hommes, postés à l'entrée des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marcel, devaient empêcher les habitants d'accourir.

Plusieurs districts avaient refusé de se prêter à cette

glorieuse expédition. Pour faire ma capture, on choisit ceux qui avaient fait preuve de bonne volonté ; tels furent ceux de Saint-Roch, de Saint-Honoré, des Barnabites, etc., dont presque tous les officiers sont des marchands et ouvriers de luxe, c'est-à-dire des hommes désespérés de la révolution, des hommes qui regrettent le règne des courtisans dissipateurs et des prélats prodigues, des hommes qui ne connaissent d'autre bonheur dans la vie que d'écorcher les opulents du siècle. A la tête de cette brave troupe figurait le sieur Caries, naguère orfèvre, bijoutier, agioteur, aujourd'hui faiseur d'affaires et commandant de bataillon. Ainsi le 22 septembre ' les gardes parisiens eurent l'honneur de servir de souteneurs d'huissiers au Châtelet; tandis que deux aides-de-camp du général, leur servant de galopins, couronnaient le cortège.

Sur les neuf heures les huissiers se présentèrent au corps-de-garde du battiillon des Cordeliers, l'indigne décret à la main"" : il était daté du 8 octobre. Les commissaires gardiens de la liberté l'ayant trouvé contraire aux nouvelles lois, sanctionnées, ils en suspendirent l'effet durant huit heures, se référant à la décision de l'assemblée nationale. Les huissiers crurent ne pouvoir passer outre, sans avoir pris les ordres du Châtelet.

Le sieur Caries, requis de proléger leur retraite, manifesta un mécontentement extrême, et déclara que si les huissiers s'en allaient, il ne s'en irait pas, lui; puis il les apostropha en ces mots : Je suis bien fâché qu'on vous ait chargé des décrets^ il fallait ne pas s'en charger; vous

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