Il faut certainement lire admiration
sans caractère, citoyen sans vertus, sans énergie, sans vues, sans principes, mauvais patriote^ : un seul acte d'ostentation stoïque l'a porté sur Tautel, d'où cent traits de faiblesse, cent preuves de faux zèle, d'hypocrisie, de trahison, cent attentats n'ont pu encore le faire descendre : petit, ambitieux, vain, timide et rampant, il a renoncé à l'honneur pour la fortune, il immole les devoirs à la faveur, il serait prêt à se couvrir d'infamie si quelque dignité pouvait en être le prix : naguère alliant la sensibilité d'un dévot à la dureté d'un despote, il versa des pleurs en prêtant serment de loyauté dans un acte de perfidie*.
Aurez-vous plus de confiance dans le commandantgénéral, ce rusé courtisan, si poli, si doucereux, si souple; ce petit paladin dont quelques campagnes sans péril ont fait un héros imaginaire, ce philosophe désintéressé, qui s'occupa sans cesse de projets de fortune; ce prétendu patriote dont l'effusion du plus pur civisme est toujours sur les lèvres? Il sacrifia la gloire à l'ambition; appelé à la tête de la milice parisienne, il cacha soigneusement ses desseins; il affecta de n'avoir point de volonté, crainte de déplaire : mais bientôt, suivant ses projets en silence, il s'appliqua à gagner les soldats par sa douceur et ses fausses démonstrations de patriotisme : longtemps il les amusa par des processions, par des bénédictions de drapeaux, des jeux d'enfants. Il les promena de fête en fête. Pour s'étayer de toutes leurs forces, il avait commencé par les tenir unis^; pour s'en rendre maître, il travailla à semer entre
1. Le 11 juillet, M. Bailly a signé le premier la protestation des Etats-Généraux contre le Gouvernement. {Note de Marai)
2. On sait que M. le {sic) Bailly a pleuré comme un enfant le 14 février, jour où le ministre favori a cru devoir réenchaîner toutes les classes de citoyen par un nouveau serment. Etait-ce attendrissements? Etait-ce remords? {Note de Marat)
3. La garde bourgeoise demandait d'abord d'être distinguée par quelque signe de la garde soldée, il s'y opposa de toutes ses forces, en faisant craindre que celle-ci ne devînt une garde prétorienne. {Note de Marat)
eux la division : il avait supposé une conspiration contre l'État, et la défection d'une compagnie entière de grenadiers de la garde soldée, il afficha le danger de les laisser seuls monter chez le roi : il insista sur la nécessité de leur opposer un plus grand nombre de citoyens sous le même costume, et il forma parmi les jeunes gens inconsidérés plusieurs compagnies de grenadiers, et, travaillant à leur inspirer un esprit de corps, il se les attacha par serment particulier, et les chargea de l'exécution de tous ses ordres dans les expéditions d'éclat. Ces innovations ayant alarmé les patriotes clairvoyants, il prétendit les rassurer en créant des compagnies de chasseurs, pour contrebalancer celles des grenadiers, remède qui n'avait que l'inconvénient de doubler le mal! Jaloux de purger la garde soldée des sujets qui étaient peu dévoués à ses ordres, et qui tenaient conseil pour se faire rendre justice, il fit accuser ces soldats d'avoir trempé dans une conspiration chimérique, il les enveloppa, leur fit rendre les armes, les jeta dans les dépôts de Saint-Denis, où il les traita en apparence en criminels d'État; et telle est la faveur dont il jouit auprès de Taveugle multitude, qu'il pourrait tout* tenter impunément. Groira-t-on que cet homme si dangereux à la tête des troupes nationales a été nommé le libérateur de la France? Comment imaginer qu'un courtisan rongé d'ambition puisse être patriote? Comment imaginer qu'il ne se prêterait pas à toutes les vues du cabinet, et qu'il ne sacrifierait pas à son avancement particulier les intérêts de la nation, le bonheur public, le salut de la patrie? Souvenezvous de ma prédiction. Un jour, vous le verrez, ce zélé citoyen, bariolé de cordons, et avec le bâton de maréchal,' une fois suppôt du monarc[ue. devenu plus puissant que
1. On peut voir qu'il n'a pas négligé de profiter de cette funeste sécurité des Parisiens, puisqu'il a entrepris de former un parc d'artillerie, dans la vue seule d'enlever aux districts tous leurs canons. Si nous donnons dans ce piège perfide, nous serons de jolis messieurs. {Note de Marat)
jamais, peut-être renouvellera-t-on pour lui la charge dangereuse de connétable.
Mettrez-vous votre espoir dans le ministre des finances, cet intrigant consommé, qui ne peut respirer que dans l'atmosphère du cabinet, qui renoncerait plutôt à la vie qu'au timon des affaires, et qui est rongé de l'ambition de dominer la France sous le nom de régent? Pour se rendre maître de la nation, il afficha la bienfaisance, puis il chercha à relever le peuple qu'il n'aime point, et à humilier les grands qui le méprisent; mais dupe, et de ses hauteurs simulées, et de sa fausse popularité, il ne tarda pas à flatter les courtisans qui pouvaient le maintenir en place, à trahir le peuple qui avait fait sa réputation, et à lui faire perdre les droits qu'il semblait travailler à lui rendre. Sacrifiant à sa gloriole le bonheur de la nation, il entreprit de* remettre au monarque le souverain pouvoir; et pour la forcer à reprendre ses fers, il l'épuisa de misère, la livra aux horreurs de la disette, à la crainte de la famine, et devint l'âme d'horribles conspirations qui devaient réduire la capitale par le fer et le feu. Vous attendez de lui votre bonheur, il consommera votre ruine; quel autre aurait assez d'astuce et de ténacité pour aller à son but, en poursuivant sans relâche les mêmes manœuvres qui auraient dû le perdre? Pour reprendre l'empire, il a levé sur les peuples une contribution patriotique, qu'il a employée à payer l'armée, à subjuguer les comités de l'assemblée nationale, l'administration municipale, et les chefs de districts; il continue ses opérations désastreuses sur les grains; il accapare le numéraire par des billets de caisse dont il inonde le public, et qu'il force de recevoir, et aux barrières, et à la ville; il thésaurise pour subvenir aux frais d'une campagne prochaine, et s'il ne peut
1. C'est lui qui engagea le roi à tenir le lit de justice de juillet.
{Note de Marat) -.
enchaîner la nation par les mains de la milice nationale, vous le verrez appeler contre le peuple les troupes réglées, et renouveler avec plus d'adresse les préparatifs menaçants du premier juillet.
Je le dis en frémissant; tant que cet homme sera au timon des affaires, tant qu'il sera l'àme du cabinet, tant qu'il pourra se procurer de l'argent, il n'y aura point de terme à nos maux, point de terme aux conspirations; de nouveaux pièges pour opprimer le peuple se succéderont sans cesse; sans cesse se succéderont de nouveaux projets pour épuiser le peuple, remplir le trésor, tenir sur pied une armée formidable; corrompre le législateur, les administrateurs municipaux, les chefs des districts; soudoyer les légions innombrables des courtisans, des pensionnaires royaux, des satellites du gouvernement, des suppôts de l'autorité ; faire face aux événements, reculer la catastrophe, et rester en place.
La censure publique, un tribunal d'État, et un tribun du peuple, un dictateur momentané, pouvaient seuls terminer nos malheurs, nous délivrer des ennemis de la patrie^ établir la liberté et cimenter la félicité publique; au défaut de ces institutions salutaires, les milices nationales semblaient nous offrir un rempart assuré contre l'oppression; mais, hélas! à en juger par la garde parisienne ^ qu'avons-nous à espérer? Les forces de l'État sont tournées contre ses enfants. Je l'ai déjà observé, l'uniforme et l'organisation de la garde nationale ont étouffé la liberté dans son berceau; elle triomphait pour toujours, si, après le 14 juillet, on avait armé indistinctement tous les citoyens domiciliés, si on les avait disciplinés, s'ils avaient pris la cocarde pour seule marque distinctive. Dans les jours de péril, on voyait les riches confondus avec les pauvres, courir aux armes pour leur commune défense; la peur étouffait dans leur âme tout autre sentiment; mais aussitôt qu'ils commencèrent à respirer, les petites passions se firent entendre, la sotte vanité fut seule écoutée, l'opulence
dédaigna la médiocrité, et Thomme couvert d'un bon habit ne voulut pas marcher à côté de l'homme couvert de haillons.
Pour tenir sous le joug la multitude des infortunés, on commença par les écarter du service militaire, dont ils avaient seuls supporté presque toutes les fatigues, en donnant à la milice un habit qui supposait quelque aisance dans ceux qui pouvaient y entrer; et l'armée ne se trouva plus composée que des soldats dont le soin de leur fortune les rendait ennemis de toute révolution. Seuls ils eurent les armes à la main, et bientôt on les porta à un nombre assez considérable pour faire face au reste des citoyens. A peine eurent-ils endossé l'habit national, qu'ils s'admirèrent dans ce nouvel accoutrement; le plus mmce artisan affublé d'un uniforme regardait avec dédain son confrère en habit bourgeois. Bientôt un bonnet de grenadier et un pantalon de chasseur divisèrent en trois corps la milice parisienne elle-même et l'empêchèrent de se réunir pour le salut commun. Le serment particulier, imposé aux chasseurs et aux grenadiers, les lia à leur général; et tel est leur aveugle dévouement à ses ordres, qu'ils seraient prêts à marcher contre la patrie. Groira-t-on que des citoyens qui se regardent comme les défenseurs de l'État, sont assez bornés, assez imprudents, assez inconsidérés pour se prêter à enchaîner leurs frères? Se peut-il qu'ils aient oublié l'honneur au point de servir de cortège à des huissiers, à des satellites, à des espions? Le bel emploi pour des gardes nationaux, que de marcher à la suite de vils records! le beau triomphe que de livrer des citoyens qui se sont immolés pour eux!
0 Parisiens, vous n'êtes que des enfants, vous fermez les yeux sur les malheurs qui vous attendent, l'irréflexion vous tient dans la sécurité, la vanité vous console de tous vos maux. Mais pourquoi vous accabler de reproches inutiles ? vous ne voulez être libres que pour vous vendre, vendezvous; vous êtes contents de vos fers, gardez-les; vous repoussez la main qui veut vous tirer de l'abîme, restez-y.
Les intrigants qui vous trompent, les fripons qui vous dépouillent, les scélérats qui vous asservissent, sont les hommes qu'il vous faut. Continuez d'adorer le divin Necker, l'héroïque La Fayette, l'immortel Bailly; prosternez-vous devant ces modèles de civisme, de désintéressement, de vertu; courez dans les cafés, bavardezsur les papiers-nouvelles, rangez-vous autour d'un poêle ou d'une table, racontez vos exploits, et portez vos chaînes. L'ami du peuple, désolé de votre aveuglement, de votre sécurité, de votre dépravation, n'aura donc vu luire l'aurore de la liberté que pour en déplorer la perte ; renfermant au fond de son cœur ses alarmes, ses regrets, son désespoir, il gémira le reste de sa vie sur votre sort, comme un père tendre gémit sur le sort d'un fils dénaturé.
Grâce à l'enchaînement des circonstances, vous respirez encore; mais le jour s'avance où le dur joug qu'on vous prépare s'appesantira sur vos têtes, et vous serez livrés à vos oppresseurs. A la vue des scènes sanglantes de la tyrannie, rendus à vous-mêmes par la terreur, vous regretterez les avantages de la liberté que nous avons perdue, vous frémirez de l'avoir foulée aux pieds, vous maudirez votre aveuglement. Mais, hélas! quel sentiment de tristesse vient déchirer mon âme? Ah 1 s'il reste encore quelque espoir aux amis de la patrie, c'est que la liberté, bannie de nos murs par vos vices, plus encore que par votre ignorance, trouvera un asile dans les provinces, et c'est pour elles surtout que je désire ne pas éprouver le sort de Cassandre.
J'ai fait connaître les chefs des ennemis de la révolution, les principaux artisans de nos malheurs, la source de nos maux, et les moyens de la tarir. Je crois avoir quelques titres à la confiance publique : pardonnera-t-on à mes alarmes, pour le salut de la patrie, de rappeler les principaux?
Qu'on suive mes dénonciations, même celles qui d'abord furent regardées comme des rêveries, et l'on verra que je
n'ai malheureusement que trop bien rencontré. A l'ouïe des motions provoquées le 4 août par le vicomte de Noailles*, j'ai réclamé contre les acclamations de l'aveugle multitude, pour dénoncer une faction de conjurés qui dominait les États-Généraux, faction perfide qui n'est que trop redoutée aujourd'hui.
En voyant augmenter la disette du pain après une riche récolte, je n'ai pas craint de dénoncer le ministre des finances comme l'auteur des accaparements : j'ai été traité de visionnaire : dès lors les preuves ont été acquises, aujourd'hui elles sont irrésistibles.
J'avais senti que les accaparements ne pouvaient se faire sans le concours de municipalités qui s'étaient saisies des forces nationales : voyant l'inaction de la municipalité parisienne au milieu de la détresse du peuple pour avoir du pain, et les faux bruits qu'elle faisait circuler dans le public sur les causes delà disette, je l'ai inculpée de conniveravec ie gouvernement; dès lors une foule de preuves juridiques a justifié l'inculpation.
En voyant le Ghàteiet constitué tribunal d'État, j'ai pressenti que des juges ennemis de la révolution par principes, autant que par intérêt, mettaient tous leurs soins à sauver les malversateurs, les conspirateurs, les traîtres à la patrie, et à sacrifier ses trop zélés défenseurs; et j'ai annoncé ces craintes, qu'une triste expérience n'a que trop justifiées.
En voyant proposer le décret de la loi martiale, 'j'ai prédit qu'elle ruinerait la liberté, en liant les bras aux classes du peuple qui ont amené la révolution : prédiction que l'événement n'a que trop justifiée.
1. Les propositions faites par le vicomte de Noailles dans la nuit du 4 août se résumaient ainsi : 1» l'impôt sera payé par tous les individus du royaume, dans la proportion de leurs revenus ; 2° toutes les charges publiques seront supportées également par tous ; 3° tous les droits féodaux seront rachetables par les communes ; 4° les corvées seigneuriales, les mains-mortes et autres servitudes personnelles seront détruites sans rachat.
En voyant Torganisation de la milice nationale, l'énormité des appointements prodigués à Tétat-major soldé, Tindigne choix de l'état-major non soldé, j'ai prédit que Luniforme perdrait la liberté, et que Ton se servirait, pour enchaîner la nation, des mêmes mains qui avaient rompu ses fers : prédiction qui n'a encore été que trop bien justifiée.
En voyant le commandant-général de la troupe parisienne si soumis au pouvoir municipal, j*ai pensé que ce citoyen équivoque profiterait des sots préjugés du public en sa faveur, pour lier sa patrie, jusqu'à ce que le moment fijt venu de lever le masque : souvenez-vous du 22 janvier.
Puisse le passé nous servir de leçon : puisse la voix de VAmi du Peuple réveiller de leur léthargie ses compatriotes : puisse-t-elle leur faire ouvrir les yeux, puisse-t-elle prévenir la ruine dont ils sont menacés.
Je n'ai porté mes réclamations au tribunal de la nation, que parce qu'elles sont liées à la cause publique; il importe au triomphe de la liberté que l'un de ses plus zélés défenseurs ne soit pas immolé par les agents du pouvoir.
On lui fait quelques reproches. Peut-être a-t-il passé les bornes de la modération en attaquant les ennemis du bien public : il ne s'en défend pas, il sait qu'il porte jusqu'au délire Tamour de la justice, de la liberté et de l'humanité; mais au milieu des écarts que les gens froids et tranquilles lui imputent, son cœur fut toujours pur, et jamais il ne songea qu'au bien du peuple, jamais il n'eut en vue que le salut de la patrie.
C'est pour travailler à rendre la nation libre et heureuse, qu'il mène depuis treize mois un genre de vie qu'aucun homme au monde ne voudrait mener pour se racheter d'un supplice cruel : c'est pour elle qu'il est descendu dans l'arène; c'est pour elle qu'il a si souvent abandonné le soin de ses jours.
De rigides censeurs qui veulent absolument retrouver
l'homme dans le patriote, ont cherché à ternir la pureté de son zèle; il avoue que son cœur n'est pas insensible à la gloire : faiblesse dont il ne rougit pas, et dont l'austère vertu ne peut lui faire un crime. Tel est l'ami du peuple. Lorsque le songe de la vie sera prêt à finir pour lui, il ne se plaindra point de sa douloureuse existence, s'il a contribué au bonheur de l'humanité, s'il laisse un nom respecté des méchants, et chéri des gens de bien.
Signée Marat.
NOUVE1.LE DÉNONCIATION CONTRE NEGKER
Après V Appel à la Nation, Marat, toujours réfugié en Angleterre, publiait sa Lettre sur l'ordre judiciaire \ bientôt suivie de la Nouvelle dénonciation contre Necker. Cette nouvelle brochure n'était que la suite et le complément de la première. Marat y insiste particulièrement sur la question des moulins de Gorbeil et de l'accaparement des grains, et il accumule contre le ministre tous les arguments qui lui paraissent de nature à mettre en lumière sa culpabilité. C'est un véritable historique de cette irritante question, mais un historique passionné, que Marat livre au public. Il parut, vraisemblablement en avril 1790, en une brochure in^8° de 40 pages, sous ce titre : Nouvelle Dénonciation de M. Marat, Vami du Peuple, contre M. Necker, premier ministre des finances, ou Supplément à la dénonciation d'un citoyen contre un agent de Vautorité ^.
1. Lettre de M. Marat, l'ami du peuple, contenant quelques réflexions sur l'ordre judiciaire; in-8o de 8 pages, s. d. ; de l'Imprimerie de Caillot, rue Saint-André-des-Arcs, n" 115.
2. A Londres, et se trouve à Paris, chez les marchands de nouveautés; 1790. — Comme les deux brochures précédentes, celle-ci porte en épigraphe la devise de J.-J. Rousseau : Vitam impendere vero.
Notice de l'Auteur
Cet écrit aurait suivi de très près ma Dénonciation de M. Necker, pour l'expédition militaire^ faite contre moi le 52 janvier 1790. Quel que soit l'intervalle écoulé, il ne viendra point trop tard, tant que l'homme dont il est destiné à éclairer l'administration sera au timon des affaires.
Il contient des preuves juridiques des inculpations du ministre des finances : preuves superflues pour le lecteur qui sait lire, et indispensables pour le lecteur qui n'aperçoit que les objets qu'il a sous les yeux.
Je ne doute nullement que des citoyens sans civisme ne taxent d'acharnement mon zèle à poursuivre M. Necker; et je me piquerais moi-même moins de constance, si je connaissais moins son caractère; je conviens qu'il ne serait pas aisé de le remplacer du côté des lumières : rarement trouverait-on un administrateur aussi instruit, aussi appliqué, aussi versé dans les affaires : mais, dans les circonstances actuelles, c'est précisément sa capacité qui m'alarme ; ce sont les ressources de l'esprit, la finesse, la subtilité, l'audace, la ténacité, qui rendent un premier ministre redoutable, quand il n'est pas animé de l'amour du bien public.
Assurément on n'enchaînera plus le peuple par la force : mais, après tout ce qu'il a fait pour recouvrer sa liberté, après les dangers auxquels il s'est exposé tant de fois, les fatigues incroyables qu'il a essuyées, la disette qu'il a souf-
1. Tout le monde sait que la municipalité, ou plutôt le ministre des finances, mit sous les armes douze mille hommes pour me faire enlever : par celte belle équipée, on peut sentir à quel point il redoutait le peuple, dont je ne cessais de défendre les droits.
(Note de Marat)
ferte si longtemps, il serait affreux qu'il vînt à perdre le fruit de tant de sacrifices, par l'astuce des hommes qui tiennent les rênes de TÉtat. Ils ne cessent de redemander le pouvoir exécutif, pour resserrer les liens de l'autorité, comme si c'était quelques mois de plus de relâchement, de souffrances, de misères, qui doivent empêcher la nation d'aller, avec sagesse, à son hut. Le plus grand malheur qui puisse lui arriver, est de voir réduire en fumée les préparatifs de la régénération de l'empire, de voir les anciens ressorts du gouvernement se remonter. Et s'il est vrai qu'il y a de la folie à prétendre que le cabinet soit composé d'amis de la patrie, qui joignent les vertus aux talents; ce qui peut lui arriver de plus heureux jusqu'à ce que la liberté publique soit assurée, c'est d'avoir à la tête du ministère des hommes sans fermeté, sans tenue, sans vues, sans capacité, des hommes incapables d'empêcher la machine politique de s'organiser de la manière la plus propre à faire triompher la justice, à ramener Labondance^ et à cimenter le bonheur commun.
1. On parle de remplacer M. Necker par M. Clavière, autre agioteur genevois, dont quelques charlatans intéressés ne cessent de prôner les talents, mais qu'il importe souverainement d'écarter du timoo des affaires ; ii commencerait par nous fasciner de quelque nouveau projet, et finirait par épuiser nos dernières ressources. Je le répète, ce n'est qu'en tranchant dans le vif, en réduisaat l'armée de moitié, en supprimant toutes les pensions accordées aux hommes qui ont de la fortune, en réformant toutes dépenses superflues dans chaque département de l'administration, et en simplifiant la gestion des deniers publics, que l'État peut revenir au-dessus de ses aflaires. On dit que les sources de l'abondance sont taries : je n'en crois rien; faites voir au peuple que vous voulez sincèrement son bien et il s'empressera de venir à votre secours. {Note de Marat)
NOUVELLE DENONCIATION DE M. MaRAÏ, l'ami du PEUPLE,
CONTRE M. NeCKER PREMIER MINISTRE DES FINANCES
Lorsque j'ai accusé M. Necker' d'avoir amené sur la France les fléaux de la disette et de la contagion ^ en réduisant ses malheureux habitants à la cruelle nécessité de se nourrir d'un aliment gâté, dont ils ne peuvent pas même apaiser leur faim; lorsque j'ai accusé la municipalité parisienne d'avoir connivé avec le ministre des finances, et de lui prêter l'appui de la force publique, pour consom- . mer ces forfaits odieux, je n'avais en preuve de ses malversations que des faits indirects, mais notoires, et des inductions ^ irrésistibles, tirées de la marche des affaires comparée aux événements : inductions toujours sûres pour
1. Voyez les numéros 12, 15, 22, 25 et 26 de VAmi du Peujjle. {Note de Marat)
2. Dans le nombre, il en est une qui équivaut aux preuves directes les plus palpables; c'est que la disette et la mauvaise qualité du paio, qui n'avaient pour prétexte que la rareté du blé, durent encore malgré la dernière récolte, récolte si abondante qu'elle suffirait seule à l'approvisionnement du royaume pendant deux années. {Note de Marat)
3. Depuis cinq mois on a proposé à l'Assemblée nationale d'ordonner à M. Necker de représenter tous les traités que le gouvernement a faits avec des compagnies au sujet des subsistances. Soit que l'Assemblée ait négligé de faire cette demande, soit que le ministre l'ait éludée, on est encore à avoir là-dessus le moindre renseignement,
La présentation de ces pièces est indispensable, de même que l'examen scrupuleux de toutes les opérations de ce genre. Mais il importe ciue cet examen ne soit pas fait par les membres du comité des finances, au nombre desquels ceux qui font le travail avec le ministre ne sont ni les plus instruits ni les plus désintéressés. {Note de Marat)
l'observateur qui connaît les ressorts de la politique, le jeu des passions humaines, les rubriques des agents de l'autorité.
Dès lors, des zélés citoyens m'ont fourni des preuves juridiques, à l'appui de mes inculpations. Ces preuves sont développées dans différentes lettres authentiques, qui se trouvent sous les scellés de mon appartement : ellessont de nature à désiller enfin les yeux d'un peuple abusé. Je sens tout le poids qu'elles donneraient à cet écrit : mais le temps presse ; et si je me détermine à le mettre au jour, c'est que plusieurs faits notoires peuvent les suppléer, c'est que nos maux sont à leur comble, c'est qu'on ne peut trop se hâter d'y apporter remède en proscrivant leur auteur.
De tout temps parmi nous, des ministres, de grands seigneurs, des chefs de la magistrature, des employés et d'adroits fripons, ont exercé d'affreux monopoles : brigandages publics, aux(|uels se trouvent presque toujours intéressés des valets et des catins de la cour.
Dans le nombre des manuscrits trouvés à la Bastille, il en est un qui rapporte certain pacte de famine générale, dénoncé au Roi par le nommé Prévost, que le sieur de Sartine fit renfermer après lui en avoir arraché les copies. Voici les principales clauses de ce pacte exécrable : « Le « 12 juillet 1765, M., de Laverdy, donnant à bail pour <(. douze années consécutives le royaume de France à trois « publicains, qui prenant la qualité d'intéressés dans les (( affaires du Roi, les autorise d'en enlever tous les grains « qu'ils pourront amasser, et de les faire exporter où il « leur conviendra. La caisse générale rendra ses- comptes « chaque année, au mois de novembre, et pour que le ciel « verse ses bénédictions sur l'entreprise les intéressés u offrent à Dieu vingt-cinq louis, qui seront donnés aux « pauvres'. »
1. On trouvera le texte complet du fameux jmcte de famine^ et
Nos trois piibiicains sont les sieurs Rey de Chaumont, Malisset et Goujet, prête-noms d'une multitude de seigneurs, de magistrats et d'hommes en place, bailleurs de fonds, parmi lesquels on comptait les sieurs Laverdy, Bertin et de Sartine,
A cette compagnie a succédé celle des Leleu pour l'entreprise des moulins de Gorbeil \ dans laquelle se trouvaient intéressés les sieurs Le Noir, Montanni, Berthier, de Montaran, de Bussy, etc.
Deux mémoires du chevalier Rutledge en faveur des boulangers de Paris, contre les sieurs Leleu, avaient mis sous les yeux du public des faits importants très propres à dévoiler les liaisons étroites qui existaient entre le ministre des finances et la compagnie de Gorbeil. Nous en rappellerons ici quelques-uns, qui ne doivent échapper à personne.
On sait que peu après son rappel, en 1788, M. Necker s'empressa de jeter l'alarme dans le public sur les dangers d'une disette prochaine, qu'il provoqua lui-même en. annonçant la cherté du pain pendant une année entière. Pour que l'augure sinistre ne fût pas démenti, il s'agissait d'empêcher les boulangers et les marchands de blé de s'approvisionner eux-mêmes, puis d'accaparer tous les grains
des renseignements sur toutes les circonstances qui Font entouré, dans le Moniteur du 15 septembre 1789 (Réimpression, tome 1, pp. 465 et suiv.)-
1. Sur les Leleu et sur les attaques dont ils furent Tobjet, voir notanament : Compte rendu au public par les sieurs Eloi-Louis et Dominique-César Leleu, négocians, sur rétablissement des moulins de Corheil (Paris, 1789 ; in-4o de 27 et 16 pp.) ; Réplique aux deux Mémoires des sieurs Leleu, insignes meuniers de Gorbeil, en ■présence de M. Necker, par Canaille Desmouiins (Paris, an P^ de la liberté ; in-8'' de 45 pp.) ; Dénonciation sommaire faite au Comité des recherches de l'Assemblée nationale contre M. Necker, ses complices, fauteurs et adhérens, par James Rutledge (Paris, mars 1790; in-8o de 64 pp.); v. aussi le Moniteur du 16 septembre 1789 (Réimp., I, p. 475).
du royaume : ce qui fut fait. A la manière dont s'y est pris le ministre adoré, on va voir s'il manque d'adresse.
D'abord il obligea les boulangers à se morfondre en allées et venues inutiles. Venaient-ils demander un ordre qui les autorisât à faire leurs provisions, il les renvoyait à l'intendant, l'intendant les requérait d'indiquer les marchés où ils voulaient se rendre ; s'ils refusaient, ils n'avaient point d'ordre ; s'ils consentaient, à leur arrivée, ils ne trouvaient plus de grains.
Quant aux marchands, l'artifice était encore plus recherché, mais non moins infaillible. Avant de partir pour les bléries^ ils sont dans l'usage de convertir en rescriptions des fermes l'argent destiné à leurs achats, ils se rendent ensuite sur les lieux avec ces rescriptions, certains qu'elles seront acquittées à vue. Que fait le contrôleurgénéral pour assurer à ses agents le trafic exclusif des grains, et la liberté d'y mettre de prix? Il prend le temps où les marchands ont coutume de faire leurs achats, donne ordre de suspendre pendant six semaines le payement des rescriptions, et les force ainsi de s'en retourner les mains vides.
Le chevalier Rutledge venait de soulever le voile. Les Leleu démasqués se mirent à clabauder, et leurs clameurs provoquèrent un arrêt du conseil; arrêt sans date, sans signature, sans affiche, sans publication, qui supprime néanmoins, comme injurieux et diffamatoires, les mémoires des boulangers. En couvrant ainsi de sa protection ces ouvriers d'iniquité, M. Necker s'associait à leurs forfaits ; il fit plus, il chercha à les consoler du mépris public, par le témoignage de son estime particulière; et il ne craignit pas de faire voir que ces accapareurs exerçaient leurs brigandages, et affamaient le peuple sous les auspices de l'administrateur des finances. C'est ici le lieu de dire un
1. Ils Dominent ainsi les marchés où ils vont faire leurs provsions. [Note de Marat)
172 LES PAMPH[.ETS DE MAUA.T
mot d'un petit trait de sa politique jésuitique, qui fera sentir toute la profondeur de l'astuce de cet homme de bien. Dès le 13 juillet, la municipalité parisienne s'était mise en possession de l'approvisionnement de la capitale. Son comité des subsistances, où tant d'intrigants mal famés' parvinrent à s'introduire, et dont les Leleu étaient l'âme, n'était pas fait pour inspirer la confiance : la manière indigne dont il fit le service souleva le public contre lui; bientôt il fallut le destituer, et il fut renvoyé le 20 septembre. On le soupçonnait violemment de malversations : on lui demanda ses comptes, il refusa de les rendre, et ce qui paraîtra incroyable, c'est que dès lors il a été impossible de l'y amener. Cependant le ministre des finances, dans une lettre^ adressée aux sieairs Leleu (lettre
1. Dans le nombre étaient le sieur Gallet, qui vient d'être condamné aux galères pour friponneries dans sa gestion, et le sieur de Leutre, joueur de profession, fameux par sa complaisance, et l'adresse avec laquelle il a fait fortune, en ruinant le comte de Balbi, le marquis de la Salle et d'autres dupes de qualité. {Note de Marat)
2. Copie d'une lettre de M. Necker, en date du 26 septembre 1789, à MM. Leleu et compagnie, entrepreneurs des subsistances, — « J'ai vu, Messieurs, avec une véritable peine, que vous avez été « exposés à des inquiétudes et à des chagrins, dont votre service et « votre conduite auraient dû vous garantir : et s'il convenait au « comité des subsistances de Paris de vous conserver la direction « des établissements oii vous avez donné des preuves de votre « zèle, je crois que vous ne pouviez lui refuser vos soins, soyez « persuadés qu'en toute occasion vous me trouverez prêt à vous « donner des preuves d'estime et d'intérêt. Signé, Necker. »
Se serait-on douté que ces hommes intéressants pour lesquels le ministre déploie une si vive sensibilité, sont des intrigants qui, en quelques années, ont fait une fortune presque aussi scandaleuse que la sienne, en pillant l'Etat, et en afî'amant le peuple? Des richesses immenses acquises par des voies criminelles ne sont pas le seul titre à l'estime de l'administration des finances : l'analogie de caractère est un autre lien de rapprochement : analogie si frappante, que le mémoire justificatif des frères Leleu paraît être sorti de la boutique de l'agioteur genevois ; partout même protestation de dévouement au public qu'ils immolent, partout même
qu'ils ont produite comme pièce justificative), cherche à donner le change au public, en faisant accroire qu'ils s'étaient retirés d'eux-mêmes, et il va jusqu'à les prêcher de sacrifier leur ressentiment, si le comité des subsistances se déterminait à les rappeler. Mais une plume patriotique vient de les livrer à l'opprobre, en dévoilant, dans un mémoire très bien fait S le noir complot dont ils étaient la cheville ouvrière.
On voit dans ce mémoire le marché usuraire conclu par les Leleu avec le Roi, pour l'entreprise des moulins de Gorbeil. On y voit ces faiseurs d'affaires s'engager de fournir annuellement à la halle, pendant six mois consécutifs, 25.000 sacs de bonne farine, du poids de 325 livres chacun, et d'avoir toujours en magasin 6.000 sacs prêts à être livrés à la première demande du lieutenant de police, sans toutefois dégarnir les marchés voisins.
On y voit le chevalier de Bussy, qui tenait en société les magasins de Beaulieu et ceux de l'Enfant-Jésus, courant les provinces pour faire, sous le nom de M. Necker, i'ap-
profession de désintéressement au public qu'ils dépouillent, partout même désir d'assurer l'abondance au public qu'ils affament, partout même charlatanisme. Citons-en quelques passages. — « Les « moulins et magasins de Gorbeil n'offraient pour tout appât au « spéculateur que l'intérêt de ses fonds : mais à côté d'un aussi « médiocre bénéfice se trouvait la noble ambition d'être utile à sa « patrie, d'assurer l'abondance dans la capitale, de combattre « faccaparement ; et les calcnls de l'esprit s'évanouissent devant « ceux da cœur. Nous cédâmes donc aux élans d'une effervescence « patriotique; et mon frère et moi souscrivîmes un traité avec le « Roi. » — Ne croirait-on pas entendre M. Necker lui-même, donnant sa profession de foi ? Les généreux patriotes que ces frères Leleu ! Mais pour se targuer de désintéressement, du moins faut-il avoir les mains pures, et ne pas afficher une fortune de dix millions. Au demeurant, c'est le comble de l'impudence, lorsque les fripons prétendent lever boutique pour empêcher le public d'être trompé. {Noie de Marat)
1. Réplique de M. Desmoulins aux deux mémoires des sieurs Leleu. {Note de Marat)
provisionnement de Paris, enlevant tous les grains du Soissonnais, en mai et juin 1789, et les faisant passer à Rouen, où ils sont devenus invisibles. On y voit ce même accapareur, qui s'était rendu de nouveau dans le Soissonnais, avec une mission non signée de M. Necker, prendre la fuite crainte d'être accroché.
On y voit les Leleu exporter en tonneaux une immense quantité de blés, user d'artifice pour détourner les meuniers Grassin et Galle de faire leurs provisions à Provins, et prendre le temps où ils les amusaient, pour faire vider les halles de cette ville.
On y voit la compagnie Leleu, au mépris de ses engagements, n'avoir, en septembre 1788, pas un grain de blé dans ses magasins, en accaparer en trois mois 32.000 sacs, qu'elle avait enlevés de tous côtés au nom du Roi \ et faire hausser considérablement le prix du pain.
On y voit les Leleu d'Amiens, les Jourdain, les de la Loge, et les autres correspondants de la compagnie de Gorbeil, retenir en rade dans la Manche, trois ou quatre mois, plusieurs navires chargés de blés^; quoique la province en manquât elle-même, et que le pain s'y vendît 6 à 7 s. la livre.
Enfin on y voit les Leleu accusant eux-mêmes M. Necker d'être le grand accapareur, l'unique auteur de la disette.
L'indiscrétion avait laissé échapper ce fatal aveu, et bientôt il fut confirmé par mille preuves invincibles; je me borne à celles que j'ai maintenant sous la main.
Depuis la révolution, les accapareurs ministériels, qui parcouraient les provinces, avaient besoin de l'appui des municipalités. Presque toutes composées de leurs anciens
1. C'est précisément l'époque où les marchands de grains ne purent faire leurs achats, par la suspension du paiement des rescriptions. {Note de Marat)
2. Ce sont vraisemblablement les blés exportés par la compagnie elle-même, qu'elle trouvait moyen, par ce petit manège, de veudre comme blés étrangers. '{Note de Marat)
membres, elles ont concouru aux vues de l'administrateur des finances, avec le zèle aveugle des valets de la cour; et partout cette coupable connivence a excité de vives réclamations. Qu'en est-il résulté? — Toujours faites à la municipalité parisienne ou à TAssemblée nationale, elles ont presque toujours été étouffées à l'instant même.
Dans le nombre des réclamations qui ont fixé Tattention publique, est celle des habitants de Yernon. Qui n'a point entendu parler de l'accapareur Plantère*? Mais les efforts redoublés des municipaux parisiens pour le soustraire au châtiment; mais les mensonges qu'ils se sont permis pour dénaturer l'affaire; mais les impostures qu'ils ont forgées pour voiler ce mystère d'iniquité; mais les ressorts honteux qu'ils ont fait jouer pour tromper le public, ne sont connus que de quelques observateurs.
En voici un exposé succinct. Dès l'instant que l'administration de l'hôtel-de-ville apprit que le sieur Plantère était arrêté par les citoyens de Yernon, alarmée des suites qu'aurait l'indiscrétion du détenu, et ne songeant plus qu'à l'arracher de leurs mains, elle fit partir à la hâte un détachement de trois cents gardes-nationaux, sous les ordres du sieur d'Hières% commandant de bataillon du district des Petits-Augustins, auxquels se joignirent les grenadiers du régiment de Flandre, et deux compagnies de dragons de Montmorency. Arrivé sur les lieux, cet indigne commandant, d'après les ordres qu'il avait reçus du général', fit
\. Planter était chargé de veiller, à Vernon, sur les approvisionnements destinés à Paris. Au cours des troubles qui éclatèrent à Vernon dans les derniers mois de l'année 1789, Planter fut pendu deux fois, et chaque fois il fut délivré avant la fin de son supplice. Sur ces incidents de Vernor!, sur la personnalité de Planter, sur les violences dont il fut l'objet, et sur la répercussion qu'eurent ces événements à la Commune de Paris, voir Sigismond Lacroix, Actes de la Commune de Paris, 11, pp. 506-509, 529-530, 563, 575, III, pp. 441-442, 459-461.