Comte de Saint-Priest
3. Lire : instruits Vun et Vautre, d'après une correction autographe de Marat.
tion de la perfidie du ministère, et peut-être de leur propre perfidie.
Pour vous empêcher de réfléchir aux dangers qui vous menacent, ils ne cessent* de vous étourdir par des fêtes, et de vous tenir^ dans l'ivresse pour vous empêcher de voir les malheurs prêts à fondre sur vous. L'auriez-vous cru, votre général, qui n'a négligé aucun moyen de séduction, vient de former, contre le vœu de tous les districts, un parc d'artillerie destiné à vous foudroyer; l'état-major de votre garde n'est composé que de vos ennemis, aux gages du prince; vos chefs de bataillon sont presque tous gagnés; et, pour comble d'horreur, la milice parisienne n'est presque plus composée que d'hommes vains ou aveugles qui ont oublié la patrie pour les cajoleries du général.
Citoyens de tout âge et de tout rang, les mesures prises par l'Assemblée nationale ne sauraient vous empêcher de périr : c'en est fait de vous pour toujours, si vous ne courez aux armes, si vous ne retrouvez cette valeur héroïque qui, le 14 juillet et le 5 octobre, sauvèrent deux fois la France. Volez à Saint-Cloud, s'il en est encore temps, ramenez le Roi et le Dauphin dans vos murs, tenez-les sous bonne garde, et qu'ils vous répondent des événements; renfermez l'Autrichienne et son beau-frère, qu'ils ne puissent plus conspirer ; saisissez-vous de tous les ministres et de leurs commis ; mettez-les aux fers\ assurez-vous du chef de la municipalité et des lieutenants de maire ; gardez à vue le général ; arrêtez l'état-major, enlevez le parc d'artillerie de la rue Verte, emparez-vous de tous les magasins et moulins à poudre; que les canons soient répartis entre tous les districts, que tous les districts se rétablissent et restent à
1. Correction autographe de Murât : n'onl cessé, au lieu de ne cessent.
2. Correction autographe de Marat : ils vous ont tenu, au lieu de et de vous tenir.
3. Correction autographe de Marat : abattez leurs têtes, au lieu de et de leurs commis; mettez-les aux fers.
jamais permanents, qu'ils fassent révoquer les funestes décrets. Courez, courez, s'il en est encore temps*, ou bientôt de nombreuses légions ennemies fondront sur vous : bientôt vous verrez les ordres privilégiés se relever,^ le despotisme, l'affreux despotisme, reparaîtra plus formidable que jamais.
Cinq à six cents têtes abattues vous auraient assuré repos, liberté et bonheur ; une fausse humanité a retenu vos bras, et suspendu vos coups : elle va coûter la vie à des millions de vos frères' : que vos ennemis triomphent un instant, et le sang coulera à grands flots ; ils vous égorgeront sans pitié, ils éventreront vos femmes, et pour éteindre à jamais parmi vous l'amour de la liberté, leurs mains sanguinaires chercheront"^ le cœur dans les^ entrailles de vos enfants**.
Marat, VAmi du Peuple.
1. D'après une correction autographe de Marat, il faut supprimer ces mots : s'il en est encore temps.
2. Intercaler ici el, d'après une correction autographe de Marat.
3. Les soldats de la garde nationale n'échapperont pas plus que les autres : les ci-devant gardes-françaises et toute la garde soldée qui a quitté les drapeaux du roi pour s^ ranger sous ceux de la patrie, seront les premiers sacrifiés, en dépit des serments d'assurance que pourrait leur faire le général. [Note de Marat)
4. Correction autographe de Marat : arracheront, au lieu de cherchero7it.
5. Correction autographe de Marat : des, au lieu de dans les.
6. Des milliers d'espions seront bientôt mis en campagne pour enlever tous les exemplaires de cette feuille; je supplie tous les écrivains patriotiques de la conserver dans leurs écrits, les patriotes aisés de la remettre sous presse et de la faire circuler dans les provinces par des mains sûres. [Sole de Marat)
DllNONGIATION CONTRE MALOXJET
{-Aoiît 1790)
L'émotion soulevée par la publication de C'en est fait de nous fut énorme. Camille Desmoulins lui-même s'éleva avec force contre ce pamphlet, parce que Garran de Coulon s'y trouvait personnellement attaqué*. Dans la séance de l'Assemblée nationale du samedi soir 31 juillet, Malouet dénonça simultanément C'en est'fait de nous et le numéro 35 des Révolutions de France et de Brabant-. Après discussion, l'Assemblée décréta (c que, séance tenante, le procureur du roi au Ghâtelet sera mandé, et qu'il lui sera donné ordre de poursuivre, comme criminels de lèse-nation, les auteurs, imprimeurs, colporteurs d'écrits excitant le peuple à l'insurrection contre les lois, à l'effusion du sang et au renversement de la constitution^ ». Dans la séance du 2 août au soir, l'Assemblée modifia son décret et déclara qu'il n'aurait aucun effet rétroactif, sauf en ce qui concernait l'écrit intitulé : C'en est fait de nous. Camille Desmoulins se trouvait ainsi hors de cause, et Marat était seul poursuivi.
C'est pour répondre à la dénonciation de Malouet, que