Séance du 7 août. Cf. Moniteur, RéimiD., V, p
point qui doit vous occuper? Le prince n'étant qu'un serviteur de la nation, l'attentat contre sa vie ne peut jamais être qu'un ' délit particulier, tel que l'attentat contre les jours d'un autre mandataire du peuple : délit beaucoup moins grave que l'attentat contre ceux du président de l'Assemblée nationale; abandonnez-le donc au cours ordinaire de la justice. Maintenant votre grande, votre unique affaire doit être de poursuivre le châtiment des conspirateurs contre la patrie : demandez à grands cris que Guignard soit dans les fers; exigez que Savardin, Gouvelot, Riolles. traduits à Paris, aient double garde, qu'ils ne puissent être transférés d'un lieu dans un autre que sous l'escorte d'un commandant de bataillon, que leur procès leur soit fait sans délai, à la face des cieux et de la terre, et qu'ils expient par un supplice capital leurs noirs forfaits. Lorsque vous en aurez obtenu justice, alors, alors seulement, vous examinerez si les dénonciateurs du prétendu complot ne se sont pas moqués de vous, et vous aviserez au châtiment que vous devrez leur infliger.
Par Marat, VAmi du Peuple.
1. Où ne me reprochera pas. sans doute, d'établir ici une doctrioe nouvelle. J'ai démontré, dans mon Plan de législation criminelle, que le régicide n'est qu'un délit particulier; et les raisons que j'en ai données sont si décisives, que Joseph II a promulgué une loi expresse pour consacrer cette vérité. Or. dans ses Etats, le meurtrier de l'Empereur ne devait plus être puni que comme simple assassin.
Ce n'est pas que dans les conjonctures actuelles la mort de Louis XYI ne fût un vrai malheur pour la nation; non comme l'entendent ses vils esclaves ; mais parce qu'il est précisément l'homme qu'il nous faut : sans projets, sans artifice, sans astuce, sans finesse, peu redoutable à la liberté publique, il serait un bon prince, s'il avait assez de tact pour avoir des ministres sages : mais hélas! ses ministres atroces rendent son règne aussi affreux que celui des tyrans. {Note de Marat)
(26 août 1790)
Cette brochure, publiée dans le- format ordinaire de VAmi du Peuple, fut écrite par Marat à l'occasion de la séance de l'Assemblée nationale du 25 août, dont Marat donne d'ailleurs une analyse *.
A l'ouverture de la séance du 25, le sieur de Noailles, ci-devant prince de Poix et gouverneur du château et parc de Versailles, a écrit une lettre à l'Assemblée, dont l'un des secrétaires a donné lecture; en voici l'objet.
Dans la séance de la veille, une députation du département de Seine-et-Oise, admise à la barre, s'est plaint de ce que les propriétés étaient violées, qu'on garottait et emprisonnait les habitants des municipalités situées dans i'enceinte du grand parc de Versailles, qu'on tirait à balles sur eux, et que les hommes étaient traités comme les bêtes fauves. Le sieur de Noailles désavoue les faits, et offre la preuve du contraire. La lettre a été renvoyée au comité des domaines. On sent bien que le gouverneur du parc de
1. Cest un beau [rêve, garre au réveil, par M. Marat, VAmi du Peuple; in-S» de 8 p.; s. d., avec cette mention, à la p. 8 : « De l'imprimerie de Marat. »
Versailles ne peut que nier ces faits; il faudrait qu'il fût bien téméraire ou bien imbécile pour les avouer. Mais sa négation n'empêche pas qu'ils ne soient constants. Il offre la preuve du contraire ; ce doit être un singulier genre de preuve, que celui qui fait qu'une chose qui a été n'ait pas été.
A la séance du mardi soir, le sieur Régnier, député de Lorraine, a annoncé que la garnison de Nancy, et spécialement le régiment du roi, étaient totalement rentrés dans le devoir; que ce régiment avait reporté la caisse militaire; en un mot, qu'il ne restait aucun vestige de l'insubordination des soldats.
A la séance du lendemain, le sieur Malouet a annoncé que les ouvriers de l'arsenal de Toulon, inculpés d'avoir eu part à l'assassinat de M. de Castelet, étant informés de la dénonciation faite contre eux, se sont assemblés pour demander que les assassins soient punis, et renouveler le serment d'être tidèles à la. nation, à la loi et au roi. Il a été décidé qu'il serait fait mention honorable de cette adresse dans le procès-verbal.
On a lu ensuite une lettre du sieur La Tour-du-Pin, annonçant l'insubordination du régiment de la Reine, cavalerie; les excès auxquels il s'est porté à l'égard de son lieutenant-colonel, qu'il a obligé de signer un effet de 30.000 livres.
A la séance du 26, le sieur de Broglio a donné lecture d'une déclaration du régiment du roi, par laquelle il reconnaît son erreur, et supplie l'assemblée, le roi et ses chefs de l'oublier.
Nouvelle lettre du sieur de La Tour-du-Pin, informant l'assemblée que le régiment de Foretz, qui avait été le premier à se faire remettre la caisse par ses officiers, a été le premier à reconnaître ses torts; que les trois régiments de la garnison de Nancy montrent du repentir, et sentent que rien ne peut les justifier des excès auxquels ils se sont portés; que la garde n'a pas peu contribué à les ramener
à leur devoir ; qu'à Metz la fermentation diminue aussi, et qu'il y a lieu d'espérer que l'ordre se rétablira dans tous les régiments.
Obsei^vations.
Toutes ces nouvelles sont autant d'impostures, fabriquées par les ministériels pour aller à leurs fins.
Celle qu'a débitée le sieur Régnier est de toute fausseté : le régiment du roi n'a point reporté la caisse, par la raison toute simple qu'il ne l'a point enlevée.
Celles qu'ont débitées Malouet, de Broglio et La Tour-du- Pin sont de puants mensonges, de fausses déclarations, revêtues de la signature surprise ou achetée de quelques faux frères, et baptisées au nom de déclarations du corps entier, pour être lues à l'assemblée, comme actes de soumission à ses décrets, puis jetées dans le public, pour en imposer.
Qui l'aurait cru? Le plan d'opérations de tous ces charlatans, qui sont à la tête des affaires, se réduit à deux points uniques : répandre l'alarme sur l'insurrection et les désordres supposés des soldats ou des citoyens qu'ils veulent mettre sous le joug, jusqu'à ce qu'ils aient obtenu de la complaisante assemblée quelque funeste décret, puis publier la cessation des désordres et le retour du calme, pour' présenter à l'assemblée vaniteuse de faux actes de soumission.
Ce charlatanisme saute aux yeux dans toutes les séances : comment a-t-il pu en imposer un instant.
On a fait lecture d'une lettre de Riquetti le cadet, écrite d'Aix-la-Chapelle, dans laquelle il donne sa démission à l'assemblée. Le premier acte qu'ait fait à sa sortie du royaume ce traître à la patrie, est de se démettre de sa