V. plus loin, p
liNTRODUCTIOiX ix
pour dire : « Je crois être le premier écrivain politique, et peut-être le seul en France depuis la révolution, qui ait proposé un dictateur, un tribun militaire, des triumvirs, comme le seul moyen d'écraser les traîtres et les conspirateurs... Mes opinions sur le triumvirat et le tribunat sont consignées dans des écrits signés de moi, imprimés et colportés publiquement depuis près de trois ans... S) Est-ce à dire que, de 1774 à 1792, et même simplement de 1789 à 1792, il soit impos&ible de discerner, dans les écrits deMarat, des variations impoitfintes? Evidemment non. Si l'auteur des Chaînes de ï Esclavage ^'è\ resté fidèle à certains principes, il n'en a pas moins modifié assez sensiblement quelques-unes de ses vues. Or, c'est précisément ici, beaucoup plus que dans F Ami du Peuple^ qu'il faut suivre cette évolution, parce qu'elle est plus explicite, plus claire, plus motivée. A vrai dire, ces transformations atteignent moins les idées que les hommes. Ce qui change, chez Marat, ce sont ses amitiés et ses haines, plutôt que ses conceptions. La marche des événements et les conditions dans lesquelles se développe Ja Révolution lui permettent de juger les hommes sous un nouveau jour, parce qu'ils sont aux prises avec des- circonstances nouvelles. De là des revirements subits, des opinions successives et en apparence contiadictoires, des attaques violentes contre
1. Discours publié dans le Journal de la République française du 29 septembre 1792.
X INÏHODUCTION
les idoles de la veille, et autant d'acharnement dans riiostilité qu'auparavant dans la louange. C'est ainsi que les premières brochures de cette période, notamment V Offrande àlaPatrie et \q Supplément de ï Offrande à la Patrie^ contiennent les éloges les plus vibrants de Louis XVI et de Necker. Pour Marat, en 1789, les véritables ennemis de l'État, ce sont les ordres privilégiés, et non le Roi et le premier ministre. (( Béni soit le meilleur des Rois! » dit-il dans V Offrande à la Patrie^ ^ après avoir fait des intentions de Louis XVI le tableau le plus séduisant. Et, si la publication des lettres de convocation des Etats- Généraux le frappe d'une première désillusion, les espérances qu'il a mises en iNecker, pour être « un peu moins vives », n'en sont pas encore sensiblement ébranlées: « Il s'en faut de beaucoup, dit-il% qu'il soit le maître d'arranger les choses au gré de ses désirs, en butte, comme il l'est, à l'horrible conjuration du Clergé, de la Noblesse, des Parlements et de la Finance. D'ailleurs on lui doit beaucoup de reconnaissance pour la manière dont il remplit tous les devoirs de sa place, et, sans sa vigilance extrême, peut-être la famine aurait-elle désolé la capitale. » Mais, dès la fin de 1789, le charme s'est évanoui tout à fait. Necker ne représente plus à ses yeux qu'un conspirateur, un ouvrier de la misère publique, qu'il convient d'attaquer sans ménagement ni pitié.