Voir plus loin, p
2. Dans le Supplément de VOffrande à la Patrie. V. plus loio, p. 53, note.
INTRODUCTION xi
Dans cette évolution à la fois si rapide et si complète, on ne saurait du moins reprocher à Marat de manquer de sincérité, car il ne refuse à son lecteur aucune explication, aucune clarté. Il expose avec abondance les raisons de ses doutes, de ses mécontentements et de ses haines; eL, si l'on veut se rendre compte des motifs qui déterminent son attitude, il suffit de faire appel à son témoignage. Le ton calme et grave qu'il garde dans VOffronde à la Patrie s'aigrit peu à peu, et s'exaspère au contact des événements et au souffle de l'enthousiasme révolutionnaire. Gela suffit pour que les hommes s'effacent à ses yeux, pour que, dans la grande oscillation qui secoue le monde, toutes les amitiés de la veille s'effritent et s'écroulent. C'est ainsi que le jour où Brissot refuse de le suivre dans sa campagne contre Necker et contre la municipalité de Paris, il abandonne délibérément cet ancien ami S le considère comme « complaisant ou vendu », et lui reproche jusqu'au style de ses premiers ouvrages ^
Au reste, s'il sacrifie aussi aisément les amis qui l'ont soutenu dans son âpre lulte contre l'Académie des Sciences, sa rancune contre celle-ci n'en est ni moins tenace ni moins profonde. Les blessures qu'il
1. Sur les relations d'amitié qui existaient entre Brissot et Marat avant la Révolution, voir notamment une lettre de Marat à Brissot dans notre édition de la Correspondance de Marat (pp. 8-10), et une lettre de Brissot à Marat dans la Revue historique de la Révolution française de janvier-mars 1911 (pp. 90-92).
2. Voir plus loin, p. 187, note : « Ses premiers écrits ne l'avaient pas fait placer dans la classe des écrivains distingués... •>
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a ressenli( s en 1779 et 1780^ ne sont point encore fermées et ne le seront jamais. Toute l'amerlume de ces souvenirs reoionte en lui, quand, en 1789, il parle du « despotisme des Académies, toujours occupées à persécuter Jes talents distingués qui les ofFusijueut, à éterniser les erreurs, à empêcher les vérités nouvelles de percer, à retenir le public dans l'ignorance, et à le priver du fruit des découvertes utiles^ » C'est lui-même qu'il dépeint sous les traits de cet (( inveuteur infortuné qui a sacrifié ses veilles, sa santé, sa forlune à avancer le progrès des connaissances », et qui « s'épuise ensuite sans succès pour tâcher de faire connaître son travail au public », parce que l'Académie « enchaîne et censeurs et journalistes ))^ Deux ans plus tard, en 1791, ses attaques contre l'Académie des Sciences ne sont pas moins acerbes. Elles sont au contraire plus précises, plus personnelles, elles visent successivement chacun des savants dont Marat a eu à se plaindre et contre lesquels sa haine est plus vivace que janiais. Il fait état des faits dont il a été lui-même témoin ou victime, et don! le souvenir ne s'est point effacé de son esprit au milieu de l'agitation révolutionnair e. Bien plus, cette agitation révolutionnaire lui paraît une circonstance excellente pour remettre au jour tous
■1. Voir dans la Correspondance de Marat, pp. 24 et suivantes, le récit, fait par Maral lui-mênae, de ses deiuêles avec rAcadtmie des Sciences.