‹ Les pamphlets de MaratChapitre 52 sur 86 · lbid.,ip · texte numérisé non relu

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qu'il publia, en 1791, sous le titre Les Charlatans modernes^ était, il le dit lui-même, écrit depuis longtemps. Quand, dans sa séance du 14 août 1790, l'Assemblée nationale manifesta l'intention de s'occuper de la réforme des Académies, Marat publia, dans VAmi du Peuple du 17 août, quelques fragments de son manuscrit resté encore inédit. Enfin, le 9 septembre 1791, VAmi du Peuple annonçait, pour le lendemain,, la publication d'une brochure intitulée : Les Charlatans modernes, ou Lettres sur le Charlatanisme académique, publiées par M. Marat, Vami du peuple^.

Notice de l'éditeur

Ces lettres n'étaient pas destinées à voir le jour; et sans doute elles seraient encore déposées au sein de l'amitié, si la mort n'avait enlevé leurs auteurs.

Elles contiennent des faits piquans dont la malignité abusera peut-être : je me serais fait une loi de les supprimer, s'ils n'étaient étroitement liés à beaucoup d'autres qu'il importe au public de connaître.

Quoiqu'écrites depuis quelques années, elles n'en sont pas moins nouvelles. Le sort des sociétés littéraires, dont l'Assemblée nationale va s'occuper, ajoute encore à leur intérêt.

Qu'on ne me demande pas qui a tenu la plume; c'est un secret que je garderai toujours, l'honneur m'en fait un devoir. Dans un siècle qu'on nomme celui delà philosophie, et au milieu d'une nation que se dit libre, croira-t-on que c'est un crime de dévoiler le charlatanisme académique, et. d'éloigner l'époque de la barbarie, que les adeptes en crédit s'efforcent de ramener!

1. Une broch. in-8o de 40 p.; s. 1., De l'imprimerie de Marat; 179 avec cette épigraphe : Facit indignatio versum. Juven., Saiyr. 1.

Lettre première

On répète de toutes parts que ce siècle est celui de la philosophie; mais, cher Camille, quel contraste entre nos prétentions ridicules et notre stupide crédulité 1 Jamais on n'entendit tant vanter nos lumières, et jamais on ne vit tant de visionnaires, tant de dupes. Depuis plusieurs années, le peuple de tous les rangs ne court-il pas, à Tenvi, après d'effrontés jongleurs, ne se fait-il pas gloire de s'attacher à leur char?

En dépit des philosophes de nos jours, non, il n'est point de progrès pour la raison humaine : Texpérience des pères est perdue pour leurs fils; et chaque individu, partant toujours du même point d'ignorance, ne s'instruit qu'à ses dépens.

Dans les classes inférieures de la société, les connaissances se bornent à quelques procédés mécaniques et aux moyens de se tirer de la misère.

Dans la classe mitoyenne, elles se rapportent à quelque profession, quelqu'art, quelque science, et aux moyens de prendre ses avantages avec adresse.

Dans les classes supérieures, elles ont pour objet Tart de plaire, de parvenir, de jouir, pour ne rien dire de l'art des expédiens.

Ainsi, dans tous ces classes, l'éducation tend presque uniquement à exercer les organes, à cultiver la mémoire, à étouffer le naturel, ou à former l'âme à la dissimulation, à l'astuce, à l'intrigue.

Restent donc ceux en qui les lumières semblent concentrées, et qui s'érigent en précepteurs du genre humain : mais pour un sage, que d'hommes vains et superficiels!

Que sera-ce d'une nation légère, chez laquelle les prétentions tiennent lieu de mérite; chez laquelle l'esprit dis-

pense de jugement? A peine quelque préjugé est-il détruit par le tems, qu'on le voit remplacé par d'autres. Qu'y avons-nous gagné? Nous ne croyons plus en Dieu; mais nous croyons au diable : nous nous moquons des martyrs, et nous révérons les magiciens; nous rions des mystères, et nous redoutons les prestiges; nous jouons les esprits forts, et nous sommes des illuminés.

Après cela, est-il étrange que le public soit la dupe éternelle des imposteurs? N'en doutons point; telle est sa sottise, que, pour le prendre sans cesse au piège, il suffit d'en changer le nom. Pour favoriser les succès de l'imposture, à ces vices d'éducation se joignent quelquefois des causes accidentelles. Si on recherchait avec soin celle de la crédulité, qui déshonore la génération présente, peutêtre la trouverait-on dans la préférence marquée que les sciences ont obtenue sur la littérature. Celle-ci, s'efforçant d'instruire et de plaire, cherche à parler au cœur et à la raison : celles-là, ne voulant qu'endoctriner, disposent à l'amour du merveilleux. L'étude de la nature, si simple dans ses moyens, si féconde dans ses résultats, offre une infinité de phénomènes surprenans, qu'il n'est pas aisé d'éclaircir : ne pouvant les ramener à des causes naturelles, on leur en suppose de merveilleuses, et si les hommes ne peuvent pour toujours se défendre de cet écueil, que feront des écrivains médiocres, et cette foule d'écrivains ignares qui ne cessent de barbouiller du papier, sur la physique, l'histoire naturelle, la chimie? Crois-moi, Camille, les savants ont si souvent gâté le jugement des amateurs, en les accoutumant au merveilleux et à un jargon vide de sens, que c'est à qui l'emportera en stupidité; et par une suite nécessaire de cette malheureuse disposition d'esprit, plus un ouvrage est inintelligible, plus il est en possession de plaire.

On objectera peut-être que Mesmer et Cagliostro ont trouvé plusieurs suppôts dans l'Académie française et n'en ont pas trouvé un seul dans l'Académie des sciences. Mais

on ne fait pas attention que l'Académie des sciences compte au nombre de ses membres les médecins les plus accrédités de la capitale : et tu conçois ce que peut la jalousie de métier : on ne fait pas attention non plus que l'Académie des sciences est composée d'adeptes de tout genre; et tu conçois ce que peut la crainte d'être éclipsé. On ne fait pas attention encore que les membres de l'Académie française, qui se sont rangés sous les étendards de nos jongleurs, sont eux-mêmes de grands magiciens : le plus zélé disciple de Mesmer est un enchanteur de cour; et la plus triste victime de Cagliostro est un prélat qui a travaillé au grand <]euvre. Enfin on ne fait pas attention que tous les enthousiastes qui ont pris la plume se sont efforcés de faire passer les prestiges du Mesmérisme à la faveur des prodiges de la nature : c'est de Témanation de la lumière des astres radieux qu'ils ont conclu Tinfluence des planètes sur les corps sublunaires; et c'est de l'action invisible de l'aimant qu'ils ont conclu la réalité du magnétisme animal.

Ainsi, l'étude des sciences, qui procure si rarement de vraies lumières, traîne presque toujours à sa suite la crédulité et la superstition ; preave évidente qu'elle ne convient pas à la multitude.

Mais ce n'est pas de Mesmer et de Cagliostro, que tu veux être entretenu; leur règne est fini, et ils sont presque oubliés : c'est d'une autre espèce de charlatans, toujours au milieu de nous, courant les cercles, encensés par les trompettes de la renommée, engraissés par le gouvernement, et dévorant, dans l'oisiveté et les plaisirs, la substance du malheureux artisan, du pauvre laboureur.

Lettre II

Tu n'es pas du nombre de ces frivoles déclamateurs, qui se récrient sans cesse contre le goût des siècles passés pour les sciences spéculatives. Mais, cher Camille, si tu prends la peine d'examiner cette foule d'opinions erronées et absurdes qui déparent les sciences exactes elles-mêmes; ces rêveries publiées tour à tour sur l'histoire naturelle, la chimie, la physique ; cette foule de systèmes qui s'entredétruisent réciproquement : tu seras surpris de la confiance de ces Messieurs dans les lumières du siècle, et des compliments sans fin qu'ils se font sur les progrès de la raison ^ sur le règne de la vérité. Peut-être seras-tu tenté de croire qu'il y a moins d'erreurs, moins de sottises dans les romans mystiques des Scot et des Malebranche, que dans les romans scientifiques des Wilcke, des Scheele% des Crawfort^, des Kerwan, des Volta, des Lavoisier, etc. '

La manie des systèmes s'est également emparée de tous les savants; mais elle ne donne pas la même allure aux chimistes et aux physiciens. Tandis que les derniers s'ef-; forcent de ramener à un seul agent tous les phénomènes de la nature, les premiers multiplient ces agents à l'infini; ils prennent pour principes simples les résultats de la résolution des mixtes, ^et comme ces résultais varient avec les substances qui les ont fournis, ils en font des éléments différents. A quel nombre prodigieux n'ont-ils pas porté les acides, et à quel nombre prodigieux ne portent-ils pas les gaz aériformes?

Si tu parcours la multitude des volumes publiés depuis

1. Scheele (Charles-Guillaume), chimiste suédois (1742-1786).

2. Crawford (Adair), me'decin et chimiste anglais (1749-1795).

quinze ans sur ces gaz. tu y chercheras vainement des expériences saillantes ; mais tu y verras dix mille petits faits qu'ils ont retournés de toutes les manières, et dont ils ont presque toujours tiré des inductions contradictoires.

D'ailleurs, dans leurs écrits, pas un principe lumineux, pas une loi certaine, pas une conséquence exacte, pas un phénomène bien vu. Aussi leurs sublimes découvertes se réduisent-elles à confondre tous les êtres, et à replonger dans les ténèbres les matières les mieux éclaircies.

La foule des littérateurs qui barbouillent du papier n'est peut-être pas moins formidable : mais leur manie est presque sans conséquence pour le gros des lecteurs, dont le bon sens et un certain goût naturel suffisent pour garantir de la séduction : au lieu qu'en fait de sciences, tout lecteur qui n'est pas profondément instruit, est fait pour être dupe. Au demeurant, je ne sais si l'on peut se flatter de voir jamais les sciences fixées; d'un côté, les phénomènes nouveaux; de l'autre côté, l'amour-propre des auteurs, doivent faire innover sans cesse. Il en est des sciences comme des modes , elles éprouvent de perpétuelles révolutions. Nous nous occupons aujourd'hui à réchauffer les idées occultes des scholastiques; et après bien des siècles de recherches, nous voilà enfin ramenés au point d'où nous sommes partis.

Lettre III

Ce serait un beau spectacle, que celui d'une société de sages, unis par les liens de l'estime et de l'amitié, cultivant de concert les sciences, accueillant les vérités nouvelles, propageant les découvertes utiles; conservant le dépôt des connaissances certaines , consacrant à la patrie

le fruit de leurs travaux; tous animés du même zèle, tous heureux du bien qu'ils auraient fait!

On applique aux compagnies savantes ce touchant tableau ; j'en cherche partout le modèle, et ne le trouve nulle part. Je ne sais si pour notre repos l'illusion d'un esprit borné à qui l'ignorance rend tout croyable, ne serait pas à préférer cent fois à cette vue saine et ferme d'un esprit éclairé à qui rien n'en impose : mais est-on le maître de sa façon de voir? Que te dirai-je? l'image d'un bien qui n'est pas me fait doublement sentir le mal qui est, et la perte des avantages dont nous sommes privés.

Tu es étonné de cette légion de savants, vrais ou faux, que le gouvernement entretient à grands frais, et du peu de progrès que les sciences font parmi nous. Tu ne conçois pas que la seule académie de Paris, qui jamais ne fit rien pour l'honneur de la nation, coûte annuellement dix fois plus à l'Etat que tous les grands hommes qui illustrèrent le règne de Louis XIV. Tu te récries que l'on accumule sur la tête d'un académicien oisif, plusieurs pensions, dont une seule suffirait à l'entretien d'un homme de lettres laborieux. Tu t'indignes de ce que, pour gorger ces gens-là, on «rée même en leur faveur des charges sans emplois et qu'on y attache de gros honoraires. Enfin, tu gémis de ce qu'on arrache le pain à des malheureux, pour le donner à des saltimbanques, tels qu'un Charles S un Pilastre S un Blanchard*, ou à des vils intrigants, tels qu'un More-

1. Telle est celle, par exemple, d'historiographe de France, de ^arde-ateliers des arts, etc. {Note de Marat)

2. Charles (Jacques-Alexandre-César), physicien (1146-1823). En décembre 1783, il avait été gratifié d'une pension de 2.000 livres. (Sur les démêlés de Charles avec Marat, cf. La Correspondance de Marat, pp. 14-16.).

3. Il s'agit de l'aéronaute Pilàtre de Rozier (1756-1785) qui reçut une pension de 2.000 livres après l'ascension qu'il fit à Versailles, le 24 juin 1784.

4. Blanchard (François), aéronaute (1738-1809). Après sa tra-

let', un Faujas^ un Moreau', et tu as très-fort raison. A quoi bon, demandes-tu ensuite, cette multitude d'académies dont le royaume fourmille, et qu'ont-elles fait jusqu'ici pour justifier leur institution? Ne confonds pas, de grâce, les académies de provinces avec les académies de la capitale. Les premières sont des associations formées par la vanité de petits importants qui cherchaient à jouer un rôle, et par Tennui de petits amateurs qui ne savaient comment tuer le tems. Mais les dernières sont des enfants de l'orgueil des ministres de nos rois. De graves politique& les ont regardées comme des excroissances nécessaires dans un grand empire, ne fût-ce que pour servir au faste du monarque. J'aurais moins de peine à être de leur avis, si ces excroissances de la tête ne contribuaient pas à exténuer tout le corps.

Mais les abus dont tu te plains ne sont pas les seuls. De toutes ces sociétés instituées pour perfectionner les connaissances humaines, sache qu'il n'en est pas une seule qui aille au but de son institution, pas une seule qui n'ait une marche opposée. Sans doute, les efforts des savants, qui travaillent au bien de la société, ne doivent pas rester sans récompense : mais pour apprécier leur mérite, il faut des connaissances qu'un ministre n'a point, et ne doit point avoir. Pour répandre avec discernement les grâces du prince, la seule règle à suivre serait de ne les accorder qu'à ceux dont les travaux ont procuré quelque avantage

versée de la Manche en ballon, en 1785, il reçut un don de 12.000 livres et une rente de 1.200 livres.

1. Morellet (André), homme de lettres et économiste (1727-1819). Après son intervention auprès de lord Shelbruae, son ami, pour assurer la paix entre l'Angleterre et la France, il reçut une pension royale de 4.000 livres.

2. Faujas de Saint-Fond (Barthélémy), géologue (1741-1819), adjoint au Muséum, puis commissaire du roi pour les mines.

3. Moreau de la Rochette (François-Thomas), agronome (1720- 1791), inspecteur général des pépinières royales.

réel à la nation : encore ces grâces doivent-elles surtout consister en distinctions glorieuses, monnaie qui n'épuise pas l'Etat, et qui a tant de prix aux yeux des belles âmes, quand on sait en être avare.

Sois-en sûr : un simple cordon blanc avec une flamme couleur de feu, surmontée de ces mots au génie dont on décorerait de trois en trois ans le savant qui l'aurait le mieux mérité, opérerait plus de prodiges en France que tout Tor du monde. Mais enfin, s'il est indispensable qu*un savant ait de quoi vivre et de quoi travailler, que sa pension ne s'étende qu'au simple nécessaire, et qu'une petite somme une fois payée, le mette en état de se procurer les instrumens dont il a besoin. Lui donner davantage c'est manquer le but; c'est éteindre les talents, au lieu de les encourager.

Tu te récries contre le traitement des gens de lettres ; que serait-ce si tu parlais des dons immenses faits aux intrigants de toute espèce, aux sangsues de la cour? Il serait à souhaiter pour le bonheur des nations, que les rois partageassent tes sentiments. Ils frémiraient en réfléchissant aux suites funestes de ces profusions' scandaleuses qui ne so font jamais qu'aux dépens d'une foule de malheureux, sur lesquels pèsent toutes les charges de l'Etat. Dix mille livres, oui, dix mille livres prodiguées à un seul individu, jettent dans le désespoir vingt pères de famille, qu'elles forcent d'abandonner la charrue, et d'aller attendre le passant au coin d'un bois, pour avoir un morceau de pain à donner à leurs enfants.

Au reste, on a grand soin de donner le change au public sur le traitement de nos académiciens; car ce n'est pas aux talents, comme on voudrait le faire croire, que toutes les grâces s'accordent : ils ne sont tout au plus que le prétexte dont on se sert pour les solliciter. Le gouvernement

1. Il faut espérer que ces objets de dépense publique deviendront un objet de réforme. {Note de Marat)

s'occupe fort peu des sciences, moins encore de la manière de les encourager: que de fats lettrés se bouffissent en pariant des emplois qu'ils occupent, dont le monarque n'entendit jamais le nom!

Eh! qui ignore que les faveurs dont on comble ces intrigants, ont presque toujours leur source dans les petites passions d'un ministre sans pudeur, toujours prêt à les satisfaire aux dépens du trésor public. Nouveaux Arétins, on enchaîne quelquefois leur plume, ou on fait mouvoir leur langue, je le sais : mais combien doivent leur fortune au petit manège de leurs chastes moitiés?' Situ en voulais des exemples, je t'en citerais plus de quatre.

Enfin, il semble que le public, par ses sots préjugés, soit de moitié avec le gouvernement pour éteindre dans le cœur des académiciens jusqu'à Tenvie de se distinguer. Et de fait, quel motif les porterait à consacrer leurs veilles au travail? La gloire? Elle n'est pas faite pour leurs petites âmes. — Le désir d'être considérés? Mais peu leur importe de s'attirer la considération à titre de savants, s'ils en jouissent déjà à titre d'académiciens; et s'ils obtiennent, par leur manège, des honneurs qui ne devraient être la récompense que des talents et du génie.

1. Au nombre des pensions de Suart, il en est une de 8.000 livres attachée à la censure du Journal de Paris. Ne voilà-t-il pas 8.000 livres bien gagnées?

L'bistoire porte que Laplace, ébloui des succès de Suart et de Marmontel, s'était épuisé en calculs pour en deviner la cause : iorsqu'on lui fit enfin remarquer quïls avaient l'un et l'autre de très jolies femmes; recette dont il s'est empressé de faire usage. Si elle ne lui réussit pas, ce n'est pas faute d'envie de bien faire ; c'est que le bon temps est passé. {Note de Marat)

Lettre IV

Tu connais fort bien, dis-tu, qu'il n'est aucune académie qui aille au but de son institution; mais tu ne vois pas également qu'elles aient toutes une marche opposée. Je ne vois pas, à mon tour, ce qui t'arrête.

Tu conviendras, cher Camille, que donner aux académiciens au delà du nécessaire, c'est leur donner le désir de jouir: c'est leur inspirer le goût de la dissipation; c'est en faire des fainéants, des parasites, des piliers de théâtre'.

Trop heureux encore, si la plupart de ces Messieurs se bornaient à ne rien faire; mais comme il faut bien qu'ils aient l'air de faire quelque chose, ils se mettent de temps en temps à barbouiller du papier. Ainsi, au lieu de nous

1. Ils se lèvent fort tard : leur matinée est emplo^vée à déjeuner, à lire le Journal de Paris, à recevoir <1es visites et à en rendre. Ils dînent en ville : au sortir de table, ils vont au spectacle, puis à quelque petit souper; et s'ils ont pu disposer de quelques moments de loisir, ils Pont mis à charger leur mémoire des nouvelles du temps pour fournir à leur bavardage. Voilà presque d'un bout de l'année à l'autre leur vie de chaque jour.

J'en connais trois qui ne désemparent pas des spectacles : on les voit aux Français, aux Italiens, à l'Opéra : on les voit aux Variétés, aux Beaujolais, chez Audinot, chez Nicolet, aux Elèves.

J'en connais un autre, à la voix pateline, dont l'étude constante est de faire sa cour aux contrôleurs des finances. Bien lui en a pris, il a voiture, jolie maîtresse et petite maison, défrayées par Je public. Grâce aux profusions du ministre, il n'est plus occupé qu'à faire le galantin, à imaginer des embellissements et à cultiver des fleurs. Pourquoi ces Messieurs» ne s'amuseraient-ils pas comme les autres? dira sans doute quelqu'un. J'y consens, pourvu que ce ne soit pas à nos dépens. Au surplus, la vie d'un homme de lettres ne s'allie pas avec les amusements du monde : or, quand on l'a embrassée, il faut en remplir les devoirs, et ne pas se contenter de prendre le nom de savant, pour escroquer les bienfaits du prince, ou plutôt le pain des pauvres, [hôte de MaraL)

i.ES CHARLATANS MODERNES 267

instruire, ils nous ennuient et nous égarent, si même ils ne nous plongent dans un abîme d'erreurs, plus funestes cent fois que l'ignorance dont ils prétendent nous tirer. La preuve en est facile : mais il faut la développer.

Qui en doute? Les sciences ne font des progrès que par les recherches de quelques hommes isolés, que le ciel daigne de temps en temps accorder à la terre, car la multitude de ceux qui s'en mêlent leur nuit bien plus qu'elle ne les sert: d'abord ils n'éclaircissent rien, puis ils embrouillent tout, ils confondent tout; et quand on parviendrait à se mettre à couvert de leurs erreurs, le temps employé à lire leurs tristes productions n'est-il pas irrévocablement perdu pour l'étude de la nature? A peine la vie entière suffiraitelle à la lecture des différentes collections académiques ; si toutefois l'ennui qu'elles inspirent laisse le courage de les parcourir. Après cela, qu'attendre de ces doctes sociétés, dont le nombre, en tout pays, paraît s'accroître chaque jour?

Par quelle fatalité, cher Camille, n'en retire-t-on aucun des avantages qu'on semblait s'en promettre? Tu le sais, il règne dans la cuUure des sciences un désordre trop peu senti, mais trop général pour ne pas s'opposer à leur avancement commun : celui d'être presque toujours cultivées séparém.ent. Or, tant que le physicien, le chimiste, le mathématicien, l'astronome, le métaphysicien, l'anatomiste, etc., travailleront chacun de leur côté, les sciences ne feront jamais un corps de doctrine complet.

Sans doute rien ne leur ferait faire des progrès plus rapides que les elTorts réunis d'un grand nombre de savants : mais faut-il beaucoup de sagacité pour sentir que des hommes aussi bornés que le sont ceux du vulgaire académique, presque tous circonscrits à un petit cercle d'idées, peu doués de l'esprit d'observation, méconnaissant l'art des expériences, et s'essayant sans cesse sur des sujets rebattus, ne peuvent rien pour l'avancement de nos connaissances. Au surplus, qu'on ne s'y trompe pas, il n'est de vraie réunion de lumières qu'entre hommes qui cultivent

les mêmes branches : et un chimiste, un géomètre, un mécanicien, seront toujours des êtres isolés, lors même que leurs trois têtes seraient réunies sous un seul bonnet. Il suit de là que les différentes classes qui composent une académie, n'ont rien de commun entre elles, et que leurs connaissances ne sont pas plus concentrées dans le corps, que si chacune était transportée dans un autre monde ; je le répète, il n'est point de vraie réunion de lumières, tant que les sciences qui se prêtent de mutuels secours, sont cultivées séparément: pour les réunir, il n'est donc qu'un moyen, c'est d'être cultivées par la même tête. En convenant que les associations académiques ne peuvent rien pour les progrès des lumières qui résultent du concours des différentes sciences, on inférera sans doute que chaque science du moins doit beaucoup gagner par la réunion des membres qui la cultivent, et que c'est avec sagesse que les sociétés savantes se sont partagées en différentes classes pour cultiver séparément chaque branche. Mais pour qu'une science gagnât quelque chose au concours des membres qui la cultivent, il faudrait qu'ils concourussent de bonne foi à l'étendre. Le supposer, c'est leur faire plus d'honneur qu'ils ne méritent. Rien ne les porte à ces concours, ou plutôt tout les éloigne : éloignement qui a son principe dans le cœur même de l'homme. Ainsi loin de travailler à finir ce qu'un autre a commencé, chacun s'isole et recommence l'ouvrage; il n'est pas jusqu'au plus piètre auteur qui ne soit jaloux de ses piteuses productions, et comme il ne s'agit plus que de n'être pas confondu dans la foule, au lieu de chercher à mieux faire que les autres, on se contente de faire différemment. Manie funeste, devenue la source intarissable de ce déluge d'écrits futiles et ridicules, dont nous sommes inondés, et qui finiront par nous^ ramener à la barbarie.

Voilà des défauts essentiels de toute association nombreuse, parce qu'ils tiennent à l'ignorance de la multitude : en voici qui découlent de ses penchants.

Il en est des sciences comme de la vertu, rarement les aime-t-on pour elles-mêmes; et de fait, elles n'ont rien d'assez attrayant pour séduire, pour inspirer un goût soutenu, et le tourner en passion : aussi n'y a-t-il guère que les avantages qu'on en retire qui puissent engager à les cultiver.

Ces avantages dérivent de l'estime attachée aux succès. On croirait d'abord qu'ils se bornent à la gloire ; mais ils s'étendent à la fortune : or, si toutes deux ont des charmes, lapremière seule, faite pour transporter les grands hommes, touche assez peu les auteurs de nos jours. Tu l'as dit, il est rare que les hommes de génie courent après la fortune; n'aspirant qu'à la gloire, ils tremblent que ce cher objet de leurs vœux ne leur échappe, et ils sacrifient leurs jours à s'en rendre dignes. Sans jalousie, sans intrigue, sans manège, ils ne songent pas même à répandre leurs ouvrages, à propager leurs découvertes : mais les petits auteurs, qui n'ont rien à perdre, tirent parti de tout; sentant qu'ils n'ont aucun droit à la gloire, ils se bornent à faire du bruit pour accrocher de l'argent; ainsi, non contents de ne mettre au jour que des erreurs ou des sottises, ils travaillent encore à empêcher que la lumière ne perce, et ils passent leur vie à faire préconiser leurs tristes productions ou à dénigrer celles des autres. Ainsi, quoique les penchants du cœur humain soient au fond les mêmes, la mesure des talents met une prodigieuse différenceentre les hommes. Dans ceux à qui la nature a prodigué ses dons, les inclinations les plus nobles, l'élévation d'âme, la simplicité de mœurs, la droiture, la franchise, naissent du besoin de la gloire. Dans ceux pour qui elle a été avare de ses dons, les penchants les plus vils naissent de l'amour de l'or ; et le déguisement, l'hypocrisie, l'astuce, le charlatanisme, tristes filles de la nécessité, se sentent de leur basse origine.

Qu'en conclure? Que les récompenses pécuniaires dont on comble aujourd'hui les académiciens, n'ont pas peu contribué à multiplier les mauvais auteurs, à en faire des intrigants.

Lettre V

Autrefois les charlatans lettrés ne connaissaient d'autre moyen de nuire à leurs adversaires que la satyre; ils déchiraient sans ménagement les écrits qui les chagrinaient : l'attaque nécessitait la défense, et du choc des opinions jaillissait souvent la vérité. Ainsi l'envie tournait presque toujours au profit des lumières.

Aujourd'hui, cher Camille, les auteurs, plus adroits, se gardent hien d'attaquer les productions qui leur font ombrage; ils savent que ce serait fixer sur elles l'attention du public; ils se contentent donc de les faire annoncer avec dédain dans les journaux, ou d'empêcher qu'elles n'y soient annoncées. Tel est le charlatanisme des académiciens modernes.

Mais quand ces MM. seraient aussi délicats qu'ils le sont peu, ils ne seraient guère moins persécuteurs : par cela seul qu'ils manquent de génie, par cela seul qu'ils sont vains.

Quoique toujours partagés d'opinions, ils n'en sont pas moins jaloux à défendre leurs systèmes particuliers. Comme ils ne se maintiennent en crédit qu'avec peine, plus ils sont pauvres, plus ils sont attachés au peu qu'ils ont; les éclipser, c'est attenter à leur existence : le moyen qu'ils ne s'irritent pas contre tout ce qui blesse leur amour-propre, et qu'ils ne se réunissent pas contre tous ceux qui osent douter de leur infaillibilité ! Aussi les académies sont-elles toujours prêtes à s'élever contre les innovations, et à faire une guerre sourde aux découvertes brillantes : au lieu d'être le refuge des vérités nouvelles, elles deviennent l'asile des vieux préjugés ; et tel est ce vice inextricable de leur organisation, qu'il n'est rien qu'elles ne mettent en usage pour s'opposer au triomphe des réformateurs.

Malgré ce désordre général, le mal ne serait pas sans

remède, si la critique, cet art précieux d'apprécier les productions scientifiques, continuait de nous éclairer. Mais depuis longtemps elle a disparu du milieu de nous ; et les Ménage, les Le Clerc, les Bayle, etc., ne sont guère remplacés que par de vils folliculaires qui trafiquent sans pudeur de leurs injures ou de leurs éloges : or, qui ignore leur asservissement atout ce qui s'appelle académie?

Quant à la littérature, le charlatanisme, je le sais, n'a pas si beau jeu; du moins, le règne de l'erreur est-il de plus courte durée ; les mauvais ouvrages tombent presque toujours d'eux-mêmes et les ouvrages médiocres sont bientôt réduits à leur juste valeur, malgré les efforts des intrigants intéressés à les préconiser : car le public a toujours assez de lumières pour les juger par lui-même, et c'est là un des grands avantages du littérateur sur le savant.

L'artiste est encore plus favorisé. Dans les arts il semble qu'il ne faut que des yeux: le beau frappe l'homme même le plus borné ; sensible à ce qui lui plaît, il laisse éclater les impressions qu'il éprouve, et il applaudit avec transport au talent qui les lui procure.

Mais en fait de sciences, le public est aveugle, sourd et muet. Ne pouvant s'en rapporter à lui-même, il n'est que 1 écho des faux oracles qu'on lui dicte : car c'est le sort du novateur de n'avoir pour juge que ses adversaires. Aussi les savants ne se corrigent-ils de rien; dans le temps même qu'ils déplorent la persécution exercée contre un grand homme, ils la renouvellent contre un autre.

Tel a été, tel est, et tel sera toujours le sort des hommes de génie qui ont devancé leur siècle, de déplorer toute la vie l'aveuglement de la génération présente, et de n'obtenir justice que des générations futures'.

1. Qnoiqu'on ait très bien démontré dans ces derniers temps plusieurs erreurs de Newton en optique, on les prêchera sans doute encore pendant un siècle dans les collèges, et je n'en suis pas surpris ; mais qu'au lycée, établissement qui ne peut se sou-

De ces associations d'hommes vains et bornés, que doit-il donc résulter dans un pays où la presse n'est pas libre, où l'intrigue tient lieu de talents, et où le gouvernement, peu accoutumé à rechercher le mérite, n'est pas même en état de le distinguer? La décadence des lettres et le bouleversement des sciences. Je ne crains pas de le dire, si les choses continuent sur le même pied, nos arrière-neveux ne pourront pas s'enorgueillir d'un seul auteur qui sache lire.

Lettre VI

Pourquoi, diras-tu sans doute, ravaler si fort les compagnies savantes? Un avantage du moins qu'on ne peut leur contester, c'est l'encouragement qu'elles offrent au mérite.

Je sais qu'on fait sonner bien haut ces prix qu'elles distribuent chaque année, avec tant d'appareil : loin d'applaudir à cet usage, je ne connais rien de plus décourageant, de plus ridicule, de plus mal imaginé.

Ces prix sont offerts au mérite, 'j'en conviens ; mais ils ne sont guère accordés qu'à l'intrigue: il faudrait arriver de l'autre monde pour prétendre que les académies sont les seules associations où l'on ne connaisse pas le commérage ; quant à moi, je sais un peu à quoi m'en tenir.

Crainte qu'on ne les accusât de partialité, elles sont convenues que leurs propres membres ne pourront point concourir pour les prix qu'elles viendront à proposer; mais le diable n'y a rien perdu : car ceux d'entre eux qui ne sont pas voués à l'oisiveté, font proposer dans l'étranger la

tenir que par la recherche des nouveautés qui réunissent la soli- • dite à Fagrément, on continue à rabâcher la doctrine de la différente réfrangibilité, de la différente réflexibilité, et toutes les opinions erronées qui en découlent; c'est ce dont je ne puis revenir d'étonnement. {Note de Marat)

question qui leur plaît: et comme ces confréries se tiennent toutes par la main, l'académicien de Paris se fait couronner à Berlin ou à Pétersbourg; tandis que l'académicien de Pétersbourg ou de Berlin se fait couronner à Paris.

Que s'ils renoncent à la gloire d'auteur, ce qui leur arrive assez souvent, le mérite n'y gagne rien à les avoir pour juges : voici, cher Camille, quelques petites anecdotes qui te donneront une idée de l'intégrité de ces arbitres suprêmes des talents et du génie.

En 1779, lefils^ d'un notaire de Paris engagea l'académie des sciences à proposer un prix sur l'indigo , il en fit *les frais, concourut, fêta ses commissaires, et se fit adjuger la couronne.

Ce fait est de notoriété publique. En voici de moins connus.

En 1783, une académie de province proposa un prix sur la culture des mûriers. Elle reçut plusieurs mémoires, très faibles, à l'exception d'un seul qui venait de Montpellier. Mais comme c'était chose arrangée entre les commissaires chargés du rapport, que la couronne serait décernée à un compère qu'ils protégeaient: que firent-ils? la chose du monde la moins honnête, mais la plus ordinaire ; ils communiquèrent le mémoire jugé digne de leurs suffrages à leur protégé : cet habile homme le fondit sans façon dans le sien, et fut proclamé vainqueur.

En 1785, une autre académie' de province fut engagée à

1. Quatremer. [Note de Marat) — 11 s'agit de Denis -Bernard Quatrernère-Disjonval (1754-1830), qui fut couronné par l'Académie des sciences, pour un mémoire sur l'analyse chimique de l'indigo. Mais la date donnée par Marat est erronée, et peut-être ne s'agit-il même que d'une erreur typographique. C'est en 1776 que Quatremère obtint ce prix, et, l'année suivante, en 1777, il publia le mémoire couronné, sous le titre de Analyse et examen chimique de l'indigo.

2. L'Académie de Lyon. [Note de Marat) — Marat fait certainement ici allusion à une aventure personnelle, car il prit part à ce concours, et envoya, le 27 mars 1786, uiî mémoire intitulé : Sur

proposer une question d'optique, relative au système des couleurs. La pauvre académie se trouva fort embarrassée ; mais il n'y avait pas moyen de reculer. Un seul de ses membres connaissait les mots de réflexion, réfraction, réfrangibilité, rayons hétérogènes, et avait quelquefois touché à un prisme : il fut chargé du rapport. Dès lors, souverain dispensateur de la compagnie, mais peu jaloux de la gloire de ses confrères, il forma le noble projet de s'approprier la médaille : il brocha donc un mémoire où il copia tout Newton, il le mit sous un nom emprunté, fit un raf)port, s'y donna mille éloges, et s'adjugea le prix. En publiant sa décision, la docte assemblée avait affecté un ton de jactance, et s'était engagée à justifier son jugement. Comme cette pièce triomphante ne paraissait point, un physicien qui avait concouru publia son mémoire, invita Fauteur couronné à en faire autant, épilogua le rapport, et prit la liberté de se moquer un peu de ses juges. Sensibles au ridicule dont il les avait couverts, ils interpellèrent leur factotum ; son petit manège fut dévoilé, et l'histoire porte qu'il en a payé la folle enchère.

Ainsi malgré toutes les précautions prises pour faire croire à leur impartialité, tu vois, cher Camille, que ces Messieurs adjugent souvent à l'ignorance la palme du savoir, sans doute pour ne pas démentir le vieux adage :

SIC vos, NON VOBIS.

Mais je veux que la cabale n'approche jamais du sanctuaire des sciences; quel attrait peuvent avoir pour un auteur délicat des récompenses distribuées par des juges ignorants, incapables le plus souvent d'entendre les ouvrages qu'ils couronnent?

les expériences que Neivton donne en preuve du système de la différente réfrangibilité des rayons hétérogènes^ avec cette épigraphe : Ex fumo dare lucem. M. le professeur Lacassagne a retrouvé et identifié ce mémoire, dont le manuscrit existe encore, mais n'est point de la maia de Marat.

Leurs pompeux programmes ont aussi quelquefois de quoi amuser. Je ne te dirai rien des généreux sacrifices d'une Société hollandaise, qui proposait' gravement un prix de 30 ducats à quiconque établirait une manufacture d'acier qui rivalisât avec celles d'Angleterre, c'est-à-dire à quiconque serait d'humeur de dépenser 300.000 livres pour gagner 100 écus.

Je ne te dirai rien non plus d'un prix de 240 livres, offert par l'Académie royale des sciences de Paris ^ à qui u construirait dans le canal de la Manche, une espèce de rade flottante, où les vaisseaux battus de la tempête pussent trouver un refuge assuré » : programme qui annonce la profondeur du jugement de la compagnie. Je ne parlerai que du prix de 12.000 livres qu'elle vient de proposer pour le perfectionnement du flintglass, et c'est assurément le plus considérable qu'aucune société savante ait jamais proposé : les sots peuvent admirer la magnificence ; les sages riront de la m-osquinerie. Quand on propose des recherches dispendieuses, dont la gloire ne saurait être la récompense du succès, le moins qu'on puisse faire, c'est d'indemniser des frais de l'entreprise.

Pour le même objet, les Anglais ont proposé un prix de 1.000 guinées : encore ne demandaient-ils pas le secret de l'artiste qui aurait réussi, et lui accordaient-ils un privilège exclusif pour trente années, ce qui équivalait à une espèce de fortune. Quant à nous, nous ne saurions rien faire de grand, malgré tant de sottes dépenses. Qui le croirait? Nous donnons en retraite des pensions de 60, 80, 100.000 livres à un déprédateur qui a ruiné l'Etat; et nous accordons une gratification de 300 livres à un homme de génie qui illustre la nation.

Au demeurant, ne gênons point l'industrie; donnons liberté entière aux talents ; honorons le mérite ; respectons

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