LES PANIERS DE TA COMTESSE
LE COMTE
soient xvi,
LE COMTE, LA COMTESSE, GTAC, «ou* ta robe LE COMTE, tout essoufflé.
Personne . e m’a vu T
LA COMTESiE.
Qu’avez-vous ! qu’est-il arrivé ?
le comte, effaré.
Si vous saviez t si vous saviez I
LA COMTESSE, cherchant à contenir ton trouble.
Quelque malheur?
Oui I... non I... oui...
Parlez...
le comte, ému.
Vous savez que le ministre m’avait donné rendez-vous au carrefour de l'Abreuvoir?
Je n’en savais rien...
LE COMTE
C'est juste... Au carrefour de l'Abreuvoir; là j’ai trouvé...
J» devine... c'était un piège... vous avez trouvé... un brigand !
LE COMTE
Non ! le ministre.
Poursuivez... mon anxiété...
LE COMTE
Le ministre m’a dit...
Que vous a-t-il dit? (.4 pari.) Je suis sur les épines.
CIAC, paraissant un peu en écartant la robe, et à part.
Et moi...
Son Excellence m’a dit ■ Le roi voulant vous donner une « preuve do la haute estime où il voua lient, vous nomme gou-
• vemeurde la Brelagoo. ■
Gouverneur?
LE COMTE
De la Bretagne, où va en ce moment monsieur de Giac. Moi ! gouverneur) vous ne sautez pas île joie?
Oh I si fait !
LE COMTE
Au fond, voos avez raison de ne pa9 sauter trop fort ; car voila le terrible.
Mais quoi de terrible? c'est un honneur, un immense honneur que vous fait le roi ; et j ■ ne vois pas...
LE COMTE
Attendez 1 le ministre a ajouté : « Il faut que vous partiez » sur-le-champ pour votre gouvernement. •
Sur-le-champ?
LE COMTE
C’est vif.
giac , à lui-mème, par la robe entrouverte.
C’est clair.
C'est bien prompt, ai-je répondu à son Excellence, mais enDn, i’y consens. Je cours seulement faire mes adieux à madame la comtesse, ma iemme, et je gagne aussitôt la Bretagne. Car on exige, madame, que je parte sans vous. Mais, monseigneur, ai-je répliqué, je ne veux la voir qu’un instant... l’embrasser... ■ Impossible! monsieur le comte, impossible! les
■ ordres du roi sont absolus... il faut partir... la perte d'une
■ minute peut entraîner des conséquences très-graves. Une
■ chaise de poste est là... des relais sont prêts : nn voiture !
• partez I ■ Enfin, madame, j’ai été entraîné, poussé dans la chaise de poslo... les chevaux sont partis au galop...
Mais alors, comment êtes vous ici ?
LB COMTE
Ah! voilà I En chemin n'y tenant plug... comme nous fran-
chissions la lisière du bois, j’ahrurert rapidement la portière, et crac I j'ai sauté au risque de me tuer, et me voici ! J'accours donc vous dire adieu !... vous embrasser... Oh I laissez-moi vous embrasser bien tendrement.
giac, d’un ton suppliant, bat à la comtesse, en entr'ouvrantle cbU de la robe.
Ma cousine...
la comtesse, te défendant.
Vous savez que cela est impossible avec cette robe... le comte.
Le désir rend tout possible. (Il veut presser contre lui la comtesse.)
giac, bas à la comtesse.
Ma cousine, je suis là.
(On entend dans T éloignement une fanfare de chasse.)
LE comte, s'arrêtant au moment d embrasser la comtesse. Mais qu'est-ce donc que j'entends l n’cntoridez-vous pas? c'est une fanfare?
LA comtesse.
C’est la fanfare royale.
le comte, allant vers la glace sans tain, afin de. i v»îr ou loin* Le roi chasserait donc dans celle partie de nolro forêt de Marly ? C’csl impossible!... viondrail-d do ce côté?
la comtessb.
Il me semblo...
le comte.
Chut I (Le bruit augmente. )
la comtesse.
Oui!
LE COMTE
La fanfare se rapproche I si l’on me savait ici I Désobéir an roi I (Tout à coup le bruit cesse. — Avec joie.) PIub rien I je respire... la chasse royale va plus loin; allons, madame, ce baiser d'adieu, et je pars... (Le son éclate de nouoeau, au moment où il va embrasser la comtesse. ) Grand Dieu I je suis perdu , perdu sans ressources. (Il va de nouveau vers la glace, et regarde dans la cour. ) C’est le roi 1 je suis mort.
Le roi, dites-vous?
lb comte , décontenancé, fou.
Ildescenddecheval,il monte le perron... ou fuir? où mu cacher? Malheureux! j'ai bouché moi-même toutes les issues. giac, à lui- même.
Ahl voilà I
LB comte , exaspéré.
Aidez -moi, madame, aidez-moi, voos ne remuez pas)
LA COMTBSSE.
La peur me paralyse.
le COMTE, ou comble du vertige.
Oh! aidez-moi I aidez-moi.
LA COMTESSB.
Mai9 comment? si vous étiez venu un peu plus tôt...’
LE COMTE
Quo dites-vous ?
la comtessb , te reprenant vivement.
Rien I
LE COMTE, après avoir jeté les yeuv partout autour de U». Ut ramene vers la comtesse; il pousse un cri .
Ah I que c*s paniers destinés à protéger la vertu dos femmes, sauvent aujourd'hui l'honneur de celui qui lésa inventés. (Il va pour écarter vivement le côté du par-dessus sous lequel Giac est tapi. )
LA COMTESSE , effrayée.
Pas de ce côté t (Le comte se cache sous le pfr-dessus de la comtesse, du côté opposé à celui de Giac.) S’il en vient nu troisième I...
SCÈSTE XVII.
LE ROI, LA COMTESSB, GIAC et LE COMTE sous les paniers, CHAMPAGNE.
Champagne, annonçant.
Sa majesté ! (Il te retire.)
LP, roi.
Madame, j’ai voulu être le premier à vou3 complimenter su» le nouvel honneur que vieul d'obtenir monsieur le comte dj MaiiJy.
Sire, tant de bontés de votre part... je ne sais comment vous exprimer...
le noi.
J’cspere, au retour de sa mission, faire davantage pour mon- j sieur le comte.
Sire..;
LE ROI
Jo ne mettrai pas de bornes à son élévation.
eue, à part.
Son élévation t
le comte, bas à la comtesse.
Remerciez donc !
ci ac, bas à la comtesse - Assez de remerciements I
Venir exprès chez nous, me chercher an milieu dw bois pour faire tant d'honneur à la plus humble de vos sujettes. le noi.
Dites à la plus jolie, à la plus gracieuse, à la plus aimable.
le comte, à lui-méme.
J’ai bien fait de ne pas partir I
CIAC, idem.
Pourquoi suis-je revenu !
LE ROI
J’ai voulu me reposer un instant dans votre joli pavillon de Roquencourt. (Il regarde autour de lui.) Qucllo situation ravissante I la-bas Saint-Germain... ici Versailles... plus loin... la comtesse, à elle-même.
Il vient so reposer, et jo lo laisso debout t... je voudrais bion lui offrir un siège... mais jo ne puis me mouvoir... il faut cependant... mais comment f LE ROI.
Mais le plus bel ornement de ce pavillon, c’est vous, madame. (Il se rapproche de la croisée qu'il ouvre, et reste un instant la tête penchée en dehors.)
LA COMTESSE, pendant le temps que le roi est à la croisée. Bas à droite, à Giac en entrouvrant la robe.
Jo vous préviens, je vais marcher. (Bas à gauche, au comte.) Arrangez-vous, je vais changer de place. (Elle marche péniblement vers un fauteuil qu'elle offre de loin ou roi.) Sire, si vous daigniez...
LE ROI
Avec plaisir, mais je n’y consentirai que si vous en faites autant, madame.
LE COUTE, à part.
Ab I mon Dieu !
giac, à lui- même.
Je l'en défie.
Devant votre majesté !
LE roi.
Jo vous en prie, madame.
Etmoijo vous en supplie... cet honneur m’accablerait.
LE ROI
Jo devine pourquoi vous ne voulez pas -vous asseoir.
Mais, c’est uniquement par respect...
LE roi, finement-
Il y a un autre motif dans votre résistance.
LA COMTES** troublée à part.
Qae dit-il? «
giac, à lui-méme.
Aurait-il aperça mon épée ? "
lb comte, à lui-mfme.
Aurait-il vu mes éperons ?
LE ROI
J’ai dit un motif... il y en a peut-être plus d’un... eue, à part.
Diablol... plus d’un.
le comte, à lui-méme.
Est-co que je ne serais pas seul ?
le noi.
Oui, j’ai tout examiné; celle robe à paniers dont monsieur
\c comte est l’inventeur, est une création délicieuse à laquelle je prédis le plus grand succès en France. Mais je crois qu'elle a un défaut assez graud, que monsieur le comte mieux avisé, saura faire disparaître; ce défaut est de ne pas permettre à celles qui la portent de pouvoir s’asseoir.
le comte, précipitamment .
Mais non, sire.
la comtesse, donnant un grand coup d'éventail sur la télé du comte.
Votre majesté a deviné juste ; on pourrait bien avec quoique effort... un peu s’asseoir, mais bien peu... et il on résulterait des attitudes...
LE noi.
Tourmentées... pénibles.
Oui, sire... tourmentées.
giac, à tui-ménu.
Pénibles, surtout.
LE ROI
Le comte y remédiera; il serait fâcheux, en vérité, que celte robe si gracieuse empêchât précisément les femmes de dcplo) er leurs grâces naturelles, et même leur talent... oui, leur talent... car pour chanter une romance, par exemple, il faut se mettre au clavecin, il faut encoro*s'asseoir.
la comtesse.
On peut chanter debout, il mu semble, et so faire acccompagner.
LF. ROI.
Parfaitement vrai I madame, et la prouve, c’est que s’il vous plaisait do chanter, je pourrais vous accompagner, non sur ce clavecin, mon éducation royale ne va pas jusque là. mais sur ce modesto instrument qui n exige pas un très-grand talent musical. (Il jette les yeux sur ta pancarte collée à F intérieur de la serinette.) Ah I justement je vois brillor au premier rang dos airs qu’il renferme, ce morceau dont tout Paris raffole nn co moment; vous nlalt-il, madame, de chanter ce morceau? (Il joue de la serinette te dos à demi tourné U la comtesse.)
la comtesse.
Comjnent pouvez- vous douter? (A part.) Grand Dieu I it oublie que c’est un trio!
LE COMTE, bas.
Dites-lo lui... .
LA comtesse, de même.
Inutile ! il est en musique d’une ignorance à se faire détrôner. (Haut.) Siro, io serais bien glorieuse... mais cet instrument cbanle si faux I
le roi. Il s'est assis près du clavecin et a placé serinette devant lui.
OUI pas plus que moi, madame ; nous serons parfailemcn d’accord, (fl donne quelques tours de serinette.) Jv vous attends madamo...
la comtf-<SK, timidement.
Mais, c’est... c’est... un trio.
Qu’importe I
le roi, assis.
LA COMTESSE, désespérée, à pari.
Comment lui dire qu’on no chante j»as seul un trio? le Roi, assis et jouant toujours.
Madame...
la comtesse, au comble de l'embarras.
(A part.) Quel embarras M (Le roi la regarde significativement.) Je pars, sire, jo pars f
CSmiKin» (ont <J>'OT ’• «otiteio :
Pour la Irootcr, quiliuni ta eour ; %
La bonbrar fuit la MlcilaJc.
El le *r*l tonhevr, e V* l'naour.
El que ne lut le diadème !
L* manUati qui dette detioe* !
n la .eux, » a'til pu ïo mot plei duo, ;
Aimer, roUA le mol auprlme ;
S. r no» «ou'rt qe'oo toea aime {Sla.)
CourStt-rona at sa riftm qu'k nonwa t .