‹ Les paniers de la comtesse comédievaudeville en un acteChapitre 8 sur 20 · LE COMTE, LA COMTESSE · texte numérisé non relu

LE COMTE, LA COMTESSE

Oh I le charmant bouquet I est-ce a vous que j’en dois l'hommage.

le comte, un peu sèchement.

Non, madamo.

la comtesse s'est assise devant le clavecin qui porte le vase.

Est-ce une surprise?

le comte, même ton.

Oui, madame, encore une surprise comme le cheval arab, qui vous attendait à votre porte ; une surprise, comme la chaise à porteur peinte par Watteau, celte merveilleuse chaise qui se plaça comme par enchantement sur voire passage, un soir où l’un des brancards de la vôtre se rompit dans le parc de Versailles ; une surprise comme lo collier de perles .qui fut trouvé sur votre toilette. Ce bouquet el ce vase viennent-iU do la même main féconde en surprises?... c’est a vous de le dire.

Vous êtes fou, Hector, est-ce que je le sais ? Mais que ces fleurs sont belles I jo n’en ai vu de pareilles quo dans les serres du roi, à Versailles.

le comte rient s’asseoir près de la comtesse.

A propos, sa majesté m a parlé de vous, hier à sa partie de jeu... la jeune reine a daigné joindre ses éloges à ceux du jeûnerai... j'en étais confus.

Que n'élais-je là pour les remercier ! le roi est si charmant !

LE COMTE

Je l’ai fait pour vous, madame,

Et qu’ont dit toutes ces jeunes dames do la cour, elles si envieuses, si méchantes, en entendant foire mon éloge par leurs majestés?

U COMTE

Vous savez que ces dames ne viennent presque plu.- aux réunions du soir. La reine n'a certes pas boa ü'ctie jalouse... mais.

Mais elle est jalouse.

LE COMTE

Oai... on le dit.

la comtesse

Et dit-on plus particulièrement de qui?

Oh I de personne tueurs 1

La comtesse, se forant.

Pas de mot, toujours; je n’existe plus pour la cour, je n’existe plus pour personne. Vous m’avez exilée au milieu des bois. l£u vérité, il est surprenant que le roi so soit souvenu de moi. Quel aimable jeune prince I

LE COMTE, qui s'est levé.

S’il s’est souvenu I il fallait l’entendre raconter devant la reine, qui partageait son enthousiasme, votre délicieuse légère U 1 , votre grâce exquise dans co costume de piqueur sous lequel vous me suivez à la chasse.

Oh Me roi a daigné remarquer ce costume. U va me le faire aimer encore plus.

le comte.

Il en veut un pareil pour la reine.

u comtesse.

Ah I c'est un bien grand honneur pour moi.

LE COMTE

Et pour moi surtout qui l’ai imaginé, qui l’ai perfectionné. Mais je viens d’en inventer un autre encore plus étonnant, t Faisant tourner la comtesse du côté où sont les paniers.) Que dites-vous de ceci?

LA COMTE3SB

De COCI?

Oui.

Je disque c'est un panier.

LE COMTE

Sans doute, mais...

Un assez vilain panier.

LE COMTE

Mais enfin..

Mais enfin un panier.

LE COMTE

Eh bien! madamo, ce? paniers el non ce panier, sont tout un tOdlM, Riez tant que vous voudrez. Oui, madame, ces papiers sont un costume destint* à produire une immense révolution dans le goût et les mœurs des femmes de la cour.

LA COMTESSE, riant.

Ah t je serais bien aise de savoir...

LE COMTE

L’usage qu’on en fait... vous allez l'apprendre sur-le-champ. ( Il prend les paniers.) O n prend ce cordon... vous voyez, madamo la comtesse, ce cordon qui lie les deux paniers.

Très bien, monsieur le comte : je vois.

On attacho ce cordon autour de la taille. (Il essaye lus+néme les paniers.)

Ah I vous êtes charmant ainsi I Tournez-vous... Encore plus charmant... Marchez... Revenez... de plus en plus charmant.

LE COMTE

Et quand ce cordon est attaché, on a naturellement, comme vous le voyez, un panier à droite, un panier à gauche...

Non! vous êtes adorable ainsi, on n’a jamais vu colonel do chevau-léeers accoutré de cette façon la ; vous êtes adorable I (Il quitte tes paniers.)

LECOMTE

Ce n’est pas tout.

Je le pense bien.

LE COMTE

On jette ensuite une robe majestueuse, colossale, sur ccs paniers.

Une robe?-. Plusieurs robes, vous voulez dirai

LE COMTE

Non, madame, une seule I

Ravissant I Absolument comme si l'on en je Uzt une tours de Notre-Dame»

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