Les Papiers secrets du Second Empire
Nous avons été jusqu'ici très-sobres de réclames et la confiance du public nous en a largement récompensés.
Dans notre dernière préface, celle du n° 6, nous affirmions l'intérêt qu'offrirait le n° 7 que voici.
Rien qu'en jetant les yeux sur son sommaire et en comprenant bien toute l'originalité de l'autographe de Napoléon III que renferme ce numéro, on doit être convaincu qu'en nous exprimant comme nous l'avons fait, nous ne disions que l'exacte vérité.
Puisque nous causons avec le lecteur, qu'il nous soit permis d'éclaircir un point délicat.
Certains sceptiques nous ont accusés de ne faire qu'une œuvre de spéculation en publiant les Papiers Secrets du Second Empire.
Nous leur donnons le démenti le plus formel.
Notre oeuvre est une œuvre de propagande contre le régime impérial qui a perdu la France, menacé la Bel-
(1) Nous publierons dans le n° 8 des écrits du général Stoffel du plus grand intérêt.
Vil. 2
gique et qui repose sur ce grand principe si beau en théorie, mais si fatal en réalité : le suffrage universel.
Dans un conseil de famille, admet-on les mineurs et les enfants à la mamelle?
Jamais !
Les illettrés ne sont-ils pas les mineurs et les grands enfants de la société ?
Ils ont le jour à faire et la lumière leur manque.
A nos yeux, le régime impérial n'eût-il à se reprocher que le suffrage universel, tel qu'il l'a établi, qu'il faudrait le combattre à outrance.
Nous gémissons sur les sinistres événements qui s'accomplissent aujourd'hui, mais nous espérons qu'ils seront une leçon salutaire et profitable pour nos gouvernants.
Des grands chocs jaillit le progrès.
L'important est de ne plus retomber dans les fautes commises.
Or la plus grande, celle qui creusa l'abîme, c'est l'Empire!
Le combattre, c'est faire le bien.
Nous le combattons.
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Liste alphabétique, biographique, anecdotique de personnes ayant eu, à un titre quelconque, des rapports financiers avec l'Empereur, rédigée d'après les papiers trouvés aux Tuileries.
Notes sur les dépenses de la liste civile de Napoléon III.
Toules les listes civiles ont été plus ou moins grevées de subventions, de pensions et d'actes de munificence. Il est de l'intérêt des souverains dese faire uneclientèledesolliciteurs et de satisfaits. Ces libéralités, qu'on peut sans ingratitude qualifier d'instruments de règne, instrumenta regni , rapportent beaucoup et coûtent peu. L'Empereur déchu a dû et il a pu aussi plus qu'un autre, grâce aux ressources considérables qu'il s'était adjugées par sénatus-consultes et par décrets, se montrer généreux à nos dépens et à son profit. Il avait des complicités et des services à reconnaître, il en avait ù acquérir ; il avait surtout à toucher les gens paisibles, honnêtes et sincères plus que clairvoyants, qui constituent la masse d'une nation, esprits faciles à contenter, et qui, du bienfait apparent, ne recherchent ni l'intention ni l'origine. C'est à cette œuvre d'apaisement et de séduction que la liste civile, de 1853 à 1869, consacrait par an une somme approximative de 3 millions 7 ou 800,000 francs. D'après les chiffres officiels qu'a bien voulu nous
fournir la commission de la liste civile, on peut établir ainsi, pour tout le règne, le bilan de la munificence impériale :
Allocations, subventions et pensions. . . . fr. 19,857,374 72
Dons, secours, indemnités » 28,881,895 55
Encouragements aux arts, sciences, littérature. » 2,566,94153
Il faut ajouter, a ces trois catégories de libéralités, diverses allocations sur la cassette privée, fonds spécial que l'Empereur réservait à son usage personnel. De ce chef, il était distribué annuellement environ 1 million par les soins de M. Ch. Thélin, trésorier de la cassette. On pourrait aussi tenir compte de certaines dépenses imputées, au moins jusqu'en 1863 (ministère Persigny), sur Tintérieur, et dont nous avons retrouvé quelques traces dans les papiers soumis à notre examen, sous le titre de fonds politiques (voir le n°8, chap. Ier, article Gricourt). A 300,000 francs par an, nous obtenons ainsi un total de 3 millions environ, et, en additionnant ces divers articles, nous arrivons à un total général de francs 74,506,211-80 et, en restant dans les limites de la liste civile, 70 ou 71 millions, somme égale à celle que nous avons précédemment attribuée, sur pièces, à la famille impériale.
Nous n'oublions pas la foule des pensions imputées sur les fonds des divers ministères. Nul doute que l'Empire n'y ait trouvé un puissant moyen d'action sur des travailleurs obscurs et méritants ; mais le cadre de cette notice ne peut embrasser toute la matière, et nous ne pouvons mentionner que pour mémoire ce côté de la question.
Il nous reste à dire quelques mots sur le travail que nous publions et qui est le fruit de longues et minutieuses études.
Ce n'est point la liste complète des pensionnés de l'Empire. Qui, d'ailleurs, pourrait se flatter de l'établir ? On n'y trouvera ni tous les hauts dignitaires et grands officiers, le public les connaît assez; ni la multitude des petits émargeurs que les nécessités de la vie ont amenés sous les fourches caudines de la charité impériale. Nous avons voulu seulement présenter un spécimen de toutes les catégories auxquelles peuvent se rapporter les libéralités de la liste civile: complicités avérées; services rendus à la personne, aux
idées, aux parents ou aux amis du prince ; sollicitations appuyées par des influences militaires, cléricales ou domestiques; enfin, secours au mérite et au malheur. On remarquera combien ces derniers, sans être rares, sont modiques, car dans cette dilapidation, presque chaque largesse trahit quelque arrière-pensée. On s'en convaincra aisément, si l'on veut bien jeter un coup d'œil sur les notes biographiques et anecdotiques qui accompagnent la plupart des noms cités par nous.
Nous espérons qu'on nous pardonnera d'avoir quelque peu dépassé le cadre de la liste civile, et d'avoir fouillé les secrets de la présidence, et les détours de cette carrière aventureuse qui, de Strasbourg et de Boulogne, a conduit Louis-Napoléon aux Tuileries età Wilhelmshœhe. On ne trouvera que là l'origine de certaines fortunes et de certains dévouements. En chemin aussi, nous avons peut-être éclairci quelques points obscurs et d'autant plus intéressants pour ceux qui veulent à fond connaître un homme et dans ses habitudes, et dans ses amis, et dans sa famille avouée ou cachée. Nous avons dû profiter, d'ailleurs, des pièces qui se trouvaient entre nos mains; c'est ainsi que nous avons mis à contribution les comptes particuliers de Louis-Napoléon depuis 1844 jusqu'en 1848, suivant les variations de sa fortune privée avant et pendant sa captivité, et retrouvant jusqu'au prix (Tes habits d'ouvrier sous lesquels il a pu s'échapper de Ham. (Voir ci-après l'article Bure.)
D'autres indications se rattachent également à notre objet constant, qui est la mise .en lumière de tous les coins et recoins de l'Empire. Nous voulons parler des comptes de banquiers, des achats et des reventes de valeurs, maisons ou terrains. Tous les gens qui, même sans accepter moralement l'Empire, l'ont en quelque sorte reconnu financièrement, ont droit à notre attention.
Terminons par une remarque qui est à l'honneur de la génération dont l'Empire a gêné l'essor et contrarié les espérances. A l'exception de quelques noms qu'on regrette de rencontrer en compagnie si mêlée, les lettres et les arts, de 1850 à 1870, n'ont fourni qu'un assez faible appoint à notre travail. On peut dire qu'en général les 200,000 francs destinés à la récompense des
œuvres de l'esprit n'ont encouragé que des ralliés dès longtemps signalés et jugés, et quelques solliciteurs absolument inconnus. L'Empire avait subjugué les intérêts, il n'avait pas conquis les intelligences.
Acker reçoit en 1853 une allocation annuelle de
1,800 francs . . . . .
Aladenize, lieutenant en 1840, complice de Boulogne, condamné par arrêt de la Chambre des pairs.
Un livre décomptes (1844-1848) mentionne quelques menues sommes irrégulièrement fournies à M. Aladenize: 600 francs, 400 francs
(200 fr., 1,000 fr. 1847)
Sous la présidence, M. Aladenize reçoit des secours : 600 francs en décembre 1849 . . et à partir de 1850, une pension mensuelle de
pension élevée en 1853 à 12,000 francs. . .
Notons, en 1851, les frais du baptême de
Charles-Louis-Napoléon Aladenize : fr. 689-50;
M. E. Battaille a été chargé de représenter le
prince-président
D'avril 1853 à janvier 1855, M. Aladenize touche, sur certains fonds secrets du ministère de l'intérieur nommés fonds politiques, une somme totale de 71,000 francs. (Chiffre officiel, état du 12 novembre 1855.). . . . D'avril à octobre 1853, sa fille (ou sa sœur?) est dotée de 100,000 francs sur la cassette impériale
En octobre 1858, il prie M. Mocquart de rappeler à l'Empereur une promesse relative à l'admission de sa fille aînée dans la maison de Saint-Denis. Mlle Aladenize était, avant cette époque, élevée dans une autre pension, aux frais de l'Empereur.