CABINET DU GÉNÉRAL COMMANDANT
Quartier général à Lyon, le 28 septembre 1869.
Madame la Comtesse,
J'ai l'honneur de vous accuser réception de la lettre par laquelle, au nom de Sa Majesté l'Impératrice, vous me demandez des renseignements sur une jeune fille qui fait l'objet de la note ci-jointe, que je vous renvoie.
J'ajoute également à cette lettre les renseignements donnés par le maire de la commune habitée par cette jeune fille. Quelque (sic) soit l'opinion de ce fonctionnaire et celle des journalistes, je pense, Madame la Comtesse, que venir en aide à des familles qui n'ont pas craint d'employer l'outrage et la calomnie contre de braves soldats qui ont fait leur devoir, serait du plus fâcheux exemple aux yeux
de cette mauvaise population de Saint-Etienne; ce serait un blâme jeté sur l'armée et ce serait dangereux pour l'avenir. Cette opinion est celle du général qui commande à Saint-Étienne, et je la partage entièrement.
Déjà l'amnistie a fait relâcher 51 ouvriers mineurs qui ont tire sur la troupe et l'ont insultée, et tous les jours des lettres anonymes, dans le genre de celle que je joins ici, pourront prouver à Sa Majesté les bons sentiments des amnistiés.
Veuillez, je vous prie, Madame la Comtesse, déposer aux pieds de Sa Majesté l'hommage de mon profond respect et agréer pour vous celui de mes sentiments tout dévoués.
Général Ch. de MoNtauban, comte de Palikao.
Voici la note et le certificat du maire de la Ricamarie, visés par la lettre de M. de Palikao :
Porté par l'imporlance du sujet plus que par le mérite de l'écrivain, l'épisode de la Ricamarie a eu beaucoup de retentissement; il a été reproduit par toute la presse indépendante, même par l'austère Débats.
Aujourd'hui que l'émotion populaire est en partie calmée dans le bassin houiller de Saint-Étienne, une œuvre de charitable pitié ferait une excellente impression sur l'esprit de ces gens, ignorants plutôt que coupables.
Parmi les victimes de la catastrophe, la plus intéressante, sans contredit, est la jeune Jenny Petit, qui a été sauvée par miracle, mais qui ne recouvrera jamais l'usage de son bras gauche. Ne pourrait-elle se trouver sur le passage de Sa Majesté, à son retour de Corse? Ne pourrait-on, dans une certaine mesure, atténuer la portée du malheur qui a frappé cette enfant?
Ce serait dans toute l'acception du mot, une bonne œuvre bien placée.
Et, dans ce cas, le devoir de l'écrivain qui a cherché à attirer la commisération publique sur cette innocente victime de nos discordes sociales, serait de célébrer à haute voix tout ce qui serait fait pour soulager un malheur immérité.
MAIRIE ©E rLA R1CAW&RIE.
La Ricamarie, le 2o septembre 1869.
MûNSJE m LE GÉNÉRAL,
IIOnDe ar ^e vous transmettre les renseignements que vous r , tf90 z Par votre lettre du 23 du courant, relatifs à la jeune ' , blessée dans la collision de la Ricamarie. Les voie • .
il m
. . jeune Jenny s'est trouvée sur les lieux, attirée par la eu- * it^Mie ; >.
2° E' , de y est allée seule, en suivant la foule qui s'y portait; ses
„0 ;t mère, ni aucun de ses parents, n'étaient avec elle;
Son état de santé laisse beaucoup à désirer; ses blessures ne
. t pas cicatrisées; elle ne se sert pas de son bras, qu'elle porte
djours en écharpe;
4° La position de sa famille est malheureuse; elle n'a joué aucun
rôle dans ces événements; son père est un simple ouvrier aux
mines, père de quatre enfants, dont Jenny est la plus âgée; il n'a
d'autres moyens d'existence que le produit de son travail.
Agréez, monsieur le Général, l'assurance de mon profond
respect.
Le Maire de la Ricamarie,
Mure.