‹ Les Papiers secrets du Second EmpireChapitre 9 sur 132 · ENCORE PIERRE BONAPARTE · texte numérisé non relu

ENCORE PIERRE BONAPARTE

Dans le n<> 1 de cette publication, nous avons classé sous ce titre: Les Parents pauvres une série d'humbles requêtes adressées par le prince Pierre à son impérial cousin, pour en obtenir des secours. Voici maintenant de nouvelles suppliques, du même au même, par lesquelles le prince mendiant sollicite un subside pour la location de ses chasses des Ardennes belges où il était venu habiter une petite propriété, au fond du Luxembourg, les Épioux.

La note en marge dit assez quel succès a obtenu cette nouvelle demande d'argent :

Sire (1),

Votre Majesté ayant quitté Paris sans m'accorder l'audience que j'avais sollicitée, je prends la respectueuse liberté de lui écrire en toute confiance.

Votre Majesté a bien voulu m'allouer 2,500 francs de plus par mois, pour le temps que je passerais en Corse. Ce supplément, moitié de celui que Votre Majesté m'avait accordé d'abord, ne me permettait pas de vivre sur le pied que j'avais adopté.

Je ne viens pas demander encore à Votre Majesté de me rendre

(-1) Les mots suivants sont en marge de la supplique: « Moequard, refuser poliv ment. Écrit le 20 juin 1861. »

5,000 francs par mois. J'ai élé trop éprouvé par les fièvres pernicieuses de Corse pour songer à y retourner avec la malaria, c'està-dire avant la fin d'octobre.

Mais le besoin d'activité, qui est une loi impérieuse de mon organisation, me rappellera, le mois prochain, dans les Ardennes, où j'ai loué des chasses. J'ai dû m'y caser tant bien que mal, pour ne pas multiplier les dépenses; mais si Votre Majesté avait la bonté de me donner, dans les Ardennes, les 2,500 francs de plus qu'Elle m'accorde en Corse, cela me permettrait une tout autre installation.

J'en serais bien reconnaissant à Votre Majesté et je n'hésite pas, Sire, à vous présenter cette requête, parce que vous devez être persuadé que, s'il vous plaisait de mettre un terme à mon inaction, je serais heureux de consacrer au service de vos glorieuses entreprises tout ce qui me reste d'aptitude et d'énergie.

De Votre Majesté, Sire, le très-dévoué cousin,

Pierre-Napoléon Bonaparte.

. Paris, 5 juin 1861.

Mon cher Monsieur Mocquard,

La lettre bienveillante que l'Empereur a daigné m'adresser, m'encourage à vous écrire celle-ci, dans l'espoir que vous trouverez un moment pour entretenir Sa Majestéde son objet.

L'Empereur a eu la bonté de m'accorder une autorisation de chasser dans la forêt de Ramboullet. Sa Majesté n'avait fait d'autre restriction que de ne pas tirer les cerfs.

Peu à peu, les officiers de la vénerie ont tellement restreint cette autorisation, qu'elle est devenue illusoire.

D'abord, ils ont compris dans une réserve, qu'ils se gardent bien de respecter eux-mêmes, les parties les plus giboyeuses de la forêt, et celles où j'avais l'habitude de chasser, comme étant les plus rapprochées de mon pied-à-terre, au Perray.

L'année dernière, ils m'ont envoyé la permission la veille de I'ou-

verlure, quand, désespérant de la recevoir, j'avais déjà pris mes dispositions pour chasser ailleurs.

Enfin, cette année, j'ai écrit, dans les meilleurs termes, au prince de la Moskowa.

Il m'a fait répondre par un secrétaire une lettre peu convenable, qui ne contenait même pas mes titres et qualités consentis par Sa Majesté.

Et ce même secrétaire me transmet aujourd'hui une permission qui, aux autres restriclions, ajoute celle de ne pas tirer les faisans !

Quetirerais-jealors?...Ily a peu de gibier à Rambouillet. Il m'est arrivé de courir tout une journée sans tirer plus de huit ou dixpièces, même en abattant tout. J'ai donc renvoyé la permission ^insi formulée à Edgar Ney; mais, dans l'espoir que l'Empereur ne voudra pas que ses officiers paralysent sa bienveillance à l'égard des siens, je fais cette tentative auprès de vous, mon cher Monsieur Mocquard, et je vous serais reconnaissant, si vous trouvez le joint, de présenter ma réclamation à l'Empereur.

Du reste, je n'aurais usé de la permission que jusqu'à la fin d'octobre, époque à laquelle je compte aller en Corse, ou dans les Ardennes.

Veuillez agréer, je vous prie, mon cher Monsieur Mocquard , l'expression de mes sentiments très-affectueux et très-distingués.

P. N. Bonaparte.

Paris, le 48 août 4862.

Mon cher Monsieur Mocquard.

Je viens vous prier de ne donner aucune suite à ma dernière lettre, s'il en est temps encore. Voici pourquoi :

M. Rollet, secrétaire général de la vénerie, m'a retourné la permission que je lui avais renvoyée, à cause des restrictions nouvelles qu'elle contenait. M. Rollet déclare que c'est par suite d'un malentendu que la clause de ne pas tirer le faisan avait, été insérée dans celte permission, et il ajoute que la vénerie entend que je chasse comme parle passé.

Quoi qu'il en soit, que ce malentendu ait eu lieu réellement, ou que je doive à votre bonne intervention d'avoir remis les choses dans le statu quo, la radiation de la clause me permettra de profiter encore de la faveur que l'Empereur m'a accordée, et dont je me fusse vu frustré à regret par des subalternes. J'ai cru, cependant, ne pouvoir moins faire que de vous informer de cette explication, que M. Rollet, il faut en convenir, a donnée de la meilleure grâce du monde.

Veuillez agréer, je vous prie, mon cher monsieur Mocquart, la nouvelle expression de mes sentiments affectueux et distingués.

P. N. Bonaparte.

Paris, le 20 août 1862.

P. S. Vous seriez bien aimable si vous pouviez m'écrire un mot pour me rassurer sur les bruits qui courent, sans fondement, j'espère, de tentatives criminelles contre la personne de l'Empereur. On prétend qu'on l'aurait attaqué au bois de Boulogne, et que Fleury aurait dû arrêter lui-même les coupables, armés jusqu'aux dents, au nombre de quatre dans une voiture, etc., etc.

Si ce sont des contes, tant mieux! mais cela inquiète ceux qu'on ne tient au courant de rien. Si c'était vrai, malheureusement, vous devriez bien dire à l'Empereur qu'il n'oublie pas certain cousin dont le bras est solide et le cœur dévoué à sa personne.

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