LES ETATS-UNIS JUGES PAR UN AMBASSADEUR DE L'EMPIRE
Washington, le 28 juin 4857.
Cher Monsieur (1),
J'ai un prétexte et une raison pour vous écrire : le prétexte, une réponse à une lettre de recommandation quelconque au bas de laquelle vous avez mis votre signature; la raison , un service à vous demander, le cas de le rendre se présentant.
L'Empereur a dit à Mmo de Sartiges, et me l'a incontinent répété, qu'il ne nous laisserait pas aux États-Unis. Ce sont ces bonnes paroles qu'une bouche amie aurait à invoquer aujourd'hui à notre intention. Le comte de Morny revient (2) ; un travail se prépare au département; je demande à y être compris pour une simple mutation de poste. Tout m'est bon: l'Espagne, la Belgique, le Piémont , la Hollande. Je sais le département terriblement assiégé par de jeunes concurrents qui assurent que les États-Unis sont bien bons pour les anciens de la carrière, des vieux de 1809 ; mais j'ai pour moi les dieux et ne crains les mortels que parce que je suis loin de
(1) La lettre est adressée à M. Conneau.
(2) A la lettre est joint un fragment de journal annonçant que le remplacement de M. de Morny à Saint-Pétersbourg donnera lieu à un grand mouvement diplomatique.
l'Olympe! J'écris au comte Walewski tout comme je vous écris , et je le prie de mettre mon nom sous les yeux de l'Empereur. S'il le fait ou si on le fait, je suis parfaitement certain que l'Empereur me trouvera une autre garnison que celle de Washington. Six années d'études sur la liberté, dans ce pays où la loi protège le coquin et où l'honnête homme a à se protéger lui-même, suffisent à mon éducation politique ;envoyez ici, à ma place, quelque homme d'État attardé, pour lui faire commencer la sienne.
Quand vous verrez Mme Saulnier . faites -1 ui , je vous prie, mes tendresses , et croyez , cher Monsieur , que vous puissiez ou non rencontrer l'occasion de m'être utile , que je suis et que je resterai parfaitement votre obligé et votre tout dévoué.
Sartiges.
P. S. Voulez-vous me mettre aux pieds de Mm9 Conneau?