LES INFLUENCES OCCULTES
(Suite) (1).
Voici deux lettres qui constatent ce que nous avons dit dans le n° 3, chapitre IV, des Papiers secrets, au sujet du rôle que l'Empire prétendait assigner à la gendarmerie :
Le 43 novembre 4865.
Mon cher Monsieur,
Une conversation de ce malin avec le ministre de la guerre modifie les paroles que nous avons échangées hier au Cercle.
Si jusqu'à ce jour j'ai pu remplir convenablement la mission qui m'élait confiée, c'est que les 24,000 hommes de la gendarmerie étaient sous mes ordres, et ils savaient que j'avais autorité sur leur avenir. Mais, avec une position sans influence et sans titre, je conduirais difficilement et médiocrement ce service confidentiel. Cependant je suis, comme toujours, prêt à obéir. ïl me suffit d'en faire la remarque; l'Empereur jugera ce qui convient le mieux à son service.
Quant à ce qui m'est personnel, déjà comblé des bontés de Sa Majesté, je ne sollicite en cette occurrence de sa justice qu'un lémoignage ostensible de sa bienveillance en faveur d'un dévoue-
(1) Voirie n°3, chapitre IV).
ment bien éprouvé, et pour m'éviler les mauvaises interprétations.
Bien à vous.
Général de la Rue.
A M. Conti, conseiller d'État, secrétaire de l'Empereur.
Paris, le 14 novembre 1865.
Mon cher Monsieur,
En travaillant ce matin avec le ministre, il vient de me dire qu'après réflexion il admettait la nécessité de maintenir vis-tà-vis des officiers de la gendarmerie une position d'influence suffisante pour le cas où l'Empereur déciderait la continuation du service confidentiel. Il ajoutait qu'il regretterait que, pour ne pas embarrasser quelques fonctionnaires civils, l'Empereur se privât d'un aussi sûr moyen d'informations, précisément au moment où des mesures importantes peuvent agir sur l'esprit de l'armée.
Brûlez donc ma lettre d'hier, pour ne gêner en rien les décisions ultérieures de l'Empereur, et recevez mes remereîments pour voire obligeante et utile intervention.
Bien à vous.
Général de la Rue.
A M. Conti, conseiller d'État, secrétaire de l'Empereur.