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LES AFFAIRES DE ROME

Lettre du général Dumont au général Frossard.

Civita-Vecchia, le 25 juin 1868.

Mon cher Frossard,

Voilà les journaux italiens qui me tombent dessus à cause du toast que j'ai porté au pape le jour de l'anniversaire de son couronnement. Je m'en moque, parce que je crois avoir bien fait et que je suis sûr que l'Empereur ne me blâmera pas, si le peu de mots que j'ai dits arrivent jusqu'à Sa Majesté. Pouvais-je moins faire dans une circonstance pareille? J'ai envoyé au Ministre, comme je le fais pour vous, un extrait de journal rendant compte de la manière dont la fête s'est passée. J'espère que le maréchal m'approuvera.

Une certaine agitation garibaldienne règne en ce moment en Italie. On provoque des enrôlements de tous côtés. Ces jours derniers, quinze à vingt jeunes gens sont partis subitement de Viterbe pour aller s'enrôler à Gênes ou Milan. J'ai rendu compte de ce fait au Maréchal, en l'assurant que je serais toujours assez fort, avec les 4,000 hommes que j'ai, pour faire face aux premières éventualités. Il faudrait bien des garibaldiens pour me déloger de Viterbe,

et de Civita surtout, que nous avons mis dans un état très-respectable de défense. Seulement je vois avec peine le déplorable état de l'armement de l'armée pontificale. Si elle était abandonnée à ellemême aujourd'hui avec ses mauvais et vieux fusils, elle serait enlevée immédiatement. Je n'ai cessé de dire au Ministre des armes de hâter la livraison des 10,000 fusils Remington pour lesquels depuis longtemps des marchés sont passés, et rien n'arrive, bien que l'on promette toujours. J'ai signalé au cardinal Antonelli ces déplorables retards.

Nous subissons, en ce moment, une influence épidémique assez fâcheuse. A la suite de pluies torrentielles, sont venues subitement de fortes chaleurs, qui nous ont donné des fièvres typhoïdes et des dyssenleries cholériformes. Je prends toutes les dispositions possibles pour arrêter le mal.

Je n'ai jamais cru au bruit que certains journaux ont répandu d'un voyage du Prince impérial à Rome. Vous, qui connaissez le pays comme moi, savez bien que ça ne serait pas le bon moment.

Je vous renouvelle, mon cher Frossard, l'assurance de mes sentiments bien dévoués.

Général Dumont.

Extrait du journal.

* ... Dans la salle ornée de lestons, dans le milieu du jardin, il y

» avait abondance de rafraîchissements. Quand tous les invités s'y

» trouvèrent réunis, S. Exe. le général Dumont porta en ces ter-

» mes un toast au Souverain Pontife : « A Pie IX! à ce vénérable

» Pontife que l'Empereur et la France n'abandonneront jamais !

» Vive Pie IX! » A quoi S. Ém. R. Monsignor Scapilta, délégué

» apostolique, répondit : « Messieurs, je vous propose de boire à

» la santé et à la prospérité de S. M. l'Empereur Napoléon III; au

» puissant Souverain de la noble et généreuse nation française,

» qui, en protégeant le trône pontifical par le prestige de sa puis-

» sance et la valeur de ses braves troupes, a rendu et rend inces-

» samment le plus grand service, non-seulement à la cause de la

» religion, mais encore à celle de l'ordre, du bien-être et du vrai

» progrès de la société tout entière. Vive l'Empereur! »

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