‹ Les Papiers secrets du Second EmpireChapitre 58 sur 132 · COUPS LÉGISLATIF · texte numérisé non relu

COUPS LÉGISLATIF

Paris, le 18 mai 1806.

Mon cher Conti,

Je vous prie de vouloir bien présenter à Sa Majesté mes trèsrespectueux et très- vifs remerciments pour renvoi, dont il a daigné m'honorer, du deuxième volume sur J. César.

Je l'ai parcouru à vol d'aigle; il m'a plus profondément impressionné que le premier volume.

Le grand penseur domine dans ce récit de la guerre des Gaules. 11 a fallu un certain courage de philosophe humanitaire pour donner raison à la victoire de César sur Vercingétorix (1). Le vulgaire comprendra-t-il la portée de cette opinion napoléonienne? Je crains que non ; mais, comme au R.ubicon, aleajacta est.

Je vous adresse pour vous, pour M. Pietri et pour l'ami Sacaley, trois exemplaires de mes Nobles.

Cette satire a paru dans La Comédie, il y a six ans. Elle n'a pas donc été faite pour la circonstance de la nomination féodale de M. Monier de la Sizerane. Je me serais bien gardé déjuger les actes de l'Empereur.

D'ailleurs, sur cette question, j'ai prononcé, dans le sein du

» pouvait m être plus doux que ce souvenir de Sa Majesté, J'en suis touché comme » si j'en étais indigne; j'en suis fier comme si je le méritais.

» Veuillez, Monsieur, mettre aux pieds de Sa Majesté l'hommage de ma respec- » tueuse gratitude, et agréer l'assurance de ma haute considération.

» Jules Sandeau.

» Sèvres, 3 mars. »

(1) Probablement par suite d'un lapsus culami, le texte porte VincegétorU.

Corps législatif, en 185-2 ou 1853, un discours contre le principe nobiliaire.

Cela m'a fourni l'occasion d'écrire à M. Monier une lettre où je lui rappelais qu'en 1832 j'habitais avec lui une maison à Interaction, où nous avions pour compagnons d'hôtel le duc de Fitz-James, le comte de Bombelles, ministre d'Autriche, et le comte de Talleyrand, ministre de France en Piémont.

Je lui ai rappelé que lui et ces trois personnages, très-royalistes, luttaient toute la journée avec moi pour mes idées napoléoniennes, dont ils riaient cavalièrement.

Ils se moquaient de mes relations intimes avec le prince Louis, aujourd'hui l'Empereur.

Eh bien, un de ces rieurs était le sénateur devenu comte par un Bonaparte.

Autre temps, autres opinions !

Voilà ce qui me donne à rire à mon tour, à moi, vieux bonapartiste, qui ai épousé la petite fille d'un conventionnel, laquelle offrit à la reine Horlense de s'exiler avec elle pour aller rejoindre en Amérique le prince son fils, proscrit alors.

M. Monier a fait des vers sur Marie-Antoinette, vers inconnus et très-médiocres.

Voilà son mérite.

Moi, j'ai fait toute ma vie des vers très-connus sur le grand Napoléon, sur le Roi de Rome.

Voilà mon crime, car on m'en punit par la préférence accordée à de vieux royalistes.

Ainsi va le monde. Mais les gens de cœur restent fermes dans leur cœur.

C'est votre histoire aussi, celle-là.

Tout à vous et vive l'Empereur (le grand, et l'autre grand aussi) !

Page 1