F. PONSARD
Pauvre Ponsard! Homme d'un certain mérite d'ailleurs. Mais quelle platitude. Que Dieu ait pitié de son âme! Amen !
Sire,
En ouvrant l'exemplaire de l'Histoire de Jules-César, que Votre Majesté a daigné m'envoyer, ma première impression a été une vive joie et une reconnaissance profonde, car les mots que Votre Majesté y a tracés de sa main doublent à mes yeux le prix de ce magnifique présent.
Combien d'autres émotions se sont succédé dans mon esprit, lorsque j'ai lu ces pages si belles ! A l'époque où vous avez bien voulu, Sire, vous adresser à moi pour la correction de quelques épreuves, je pouvais me croire sous l'influence de la séduction atla-
chée à votre auguste personne; comment voir, sans être profondément touché, tant de bonté unie à tant de grandeur? Mais hier, lisant et relisant ces deux premiers livres dans le silence du cabinet, j'ai bien compris que mon admiration ne s'était pas trompée. Le tableau si complet, si impartial de la politique de Rome et de sa conquête du monde, l'appréciation si nette et si élevée des intérêts nouveaux que l'aristocratie dégénérée ne pouvait pas satisfaire, les symptômes de plus en plus nombreux d'une révolution devenue inévitable, tout cela prépare à larges traits l'apparition de César. Le second livreront je ne connaissais pas une seule page, m'a saisi plus vivement encore. Tons les Marins, rassemblés en ce jeune homme merveilleusement doué, s'y révèlent l'un après l'autre, mais épurés et agrandis. L'épisode de Catilina est tracé avec une impartialité supérieure, qui renouvelle le sujet et substitue la pensée de l'homme d'Etat aux déclamations de la routine. Le consulat de César et de Bibulus forme un tableau du plus vif intérêt. On aime à suivre le développement des idées et des actes de César, exposé par un génie du même ordre, et on admire ce sentiment des grandes causes, des causes démocratiques et humaines, embrassé avec tant de modération et de persévérance. Les dernières pages sont d'une exquise beauté. La postérité répétera ces paroles : « Ne cherchons pas sans cesse de petites passions dans de grandes âmes. »
Dieu me garde d'exprimer jamais une pensée qui ne serait point la mienne!. Je transmets sincèrement à l'Empereur les émotions que je viens de ressentir. Je ne sais pas l'art de flatter, mais je suis heureux d'admirer à cœur ouvert tout ce qui est grand, et la grandeur ici est rehaussée encore par la simplicité. Peut-être, dans un monde de lecteurs où le clinquant est à la mode, peut-être chez certaines écoles littéraires, qui demandent le succès à l'éclat violent des couleurs, cette sobriété sera-t-elle matière à critiques pour des hommes qui ont intérêt à rabaisser l'œuvre de Napoléon III; mais je suis persuadé que le peuple de France comprendra d'instinct cette simplicité si haute, et tous les vrais connaisseurs diront que Votre Majesté a parlé de César dans le style de César.
Daignez agréer, Sire, avec l'expression de ma reconnaissance,
l'hommage du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'èlre, de Votre Majesté le très-humble et très-dévoué serviteur et sujet,
Saint-René Taillandier (1).
Paris, 27 février 4865.
SlRE,
Je viens très-humblement remercier Votre Majesté de l'honneur qu'elle a daigné me faire en m 'envoyant V Histoire de Jules-César : ce sera pour moi le plus précieux des souvenirs, et je le transmettrai à mes enfants comme un titre de noblesse.
Ce second volume continuera le succès du premier. L'intérêt y grandit de page en page comme la fortune de César, et l'idée générale de l'œuvre s'y dessine avec autant de simplicité que de vigueur. Tout lecteur impartial admirera ces deux livres si bien divisés, si bien réunis l'un à l'autre, qui se correspondent et se complètent si heureusement : dans le premier, tout le tableau de la guerre des Gaules présenté avec une précision de détails, une abondance de preuves, une richesse de documents qui épuisent la matière et donnent une vie nouvelle au récit même de César; dans le second, le parallèle des événements de Rome et des campagnes du glorieux capitaine, c'est-à-dire une philosophie de l'histoire irrésistible. Ce plan si neuf éclaire l'époque tout entière d'un jour inattendu. Jamais historien n'avait aussi exactementsuivi, aussi clairement indiqué le progrès simultané de l'anarchie romaine et de la grandeur de César, pendant ces dix années qui décidèrent du sort de la civilisation. Quand on embrasse ainsi l'ensemble des événements, on ne
(4) Ceci est tout simplement adorable, le Saint-René Taillandier en question étant le xeul et véritable auteur de la Vie de César. Voir ce qui suit, pour se tordre de rire.
saurait douter que César fût véritablement l'homme de l'humanité, le représentant du droit nouveau, le gardien de l'avenir. Le jugement porlé par Votre Majesté sur la victoire d'Alesia me paraît la vérité même. Considérer les Celtes comme nos pères, oublier que nous sommes les fils des Gallo-Romains, c'est pure déclamation. H n'y avait dans cette lutte que deux ennemis en présence, la civilisalion et la barbarie. Le triomphe de Vercingétorix eût jeté Gaulois, Helvètes, Germains, tout le monde barbare, sur le monde civilisé; César a sauvé la civilisation, cette civilisation dont les vaincus euxmêmes ont profité si largement. Que les intrigues de Rome paraissent mesquines auprès de ces grandes choses !
Le caractère des personnages qui jouent un rôle dans ce drame immense est tracé, à mon avis, avec une parfaite équité. Le génie vaste et humain de César, la vanité et l'égoïsme de Pompée, la légèreté de Cicéron, tout cela se dessine dans le récit même. Les faits parlent, et l'auteur les traduit dans un style lapidaire avec une sincérité irréprochable. Les conclusions du volume sont de la plus grande beauté. Je ne fais que transcrire ici l'impression sommaire que m'a causée une première lecture de ce grand livre; combien de choses j'aurais à exprimer encore si je ne craignais d'être importun! Quelle haute simp .cité! Quelle conviction forte! Quel sentiment des obligations di chef dans les crises où se renouvelle le monde! On ne peut s'empêcher ici de joindre, aux félicitations respectueuses adressées à l'écrivain, des vœux sincères adressés à l'Empereur. Que Dieu protège Votre Majesté! Qu'il continue de lui accorder la gloire, la sagesse et la prospérité en toutes choses !
Daignez agréer, Sire, l'hommage du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, de Votre Majesté, le très-humble et trèsdévoué serviteur et sujet.
Saint-René Taillandier.
Paris, 17 mai 1866.
Sire,
Aussitôt après avoir reçu le premier volume de ï histoire de César, j'ai prié le chef de votre cabinet (1) de mettre aux pieds de l'Empereur l'hommage de ma gratitude, mais je n'étais pas quitte envers l'historien. J'hésitais pourtant à vous écrire, tant il me semblait difficile de louer Votre Majesté d'une façon qui fût digne d'elle. Je me suis dit enfin que l'admiration d'un honnête homme, simplement et loyalement exprimée, ne saurait déplaire et même avait des chances pour arriver à votre cœur. On cherchera désormais dans la Vie de César la pensée de Napoléon III, et cette grande figure à laquelle il semblait que rien ne pouvait ajouter aura reçu ainsi une grandeur inattendue et un lustre nouveau. Assez d'autres apprécieront l'élévation des vues, la profondeur des jugements, la sérénité et la dignité du style; qu'il me soit permis, à moi, de vous remercier au nom des lettres, de l'honneur que vous leur faites. Les lettres en seront éternellement fières et reconnaissantes. L'Empereur Charles-Quint, pour avoir ramassé le pinceau du Titien, avait bien mérité des arts. Vous, Sire, vous avez mieux fait. Vous avez pris la plume de Montesquieu, et vous vous en êtes servi.
Je mets aux pieds de l'Empereur l'hommage de mon admiration, de mon respect et de mon dévouement.
Jules Sandeau.
Sèvres, 20 mars.
Jules Sandeau, un homme de talent, somme toute, quoique académicien. Que dirons-nous? C'est triste .
(4) Le 3 mars précédent, M. Sandeau avait, en effet, adressé au chef du Cabinet la, lettre suivante :
« Monsieur,
» J'ai reçu le premier volume, que l'Empereur a daigné m'adresser. Rien ne
Lettres de MM. Belmoistet et Mathieu, archevêque de Besançon,
à M. Conti.