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L.-N. Bonaparte

LES DERNIERS JOURS DE L'EMPIRE

Documents et dépêches.

Les télégrammes que nous publions aujourd'hui offrent un intérêt d'autant plus vif, qu'ils étaient directement échangés, pendant la fatale campagne de France, entre Napoléon III ou son état-major et les Tuileries. Les dépêches étaient traduites en un chiffre spécial, tout à fait indéchiffrable pour les employés du télégraphe et même pour l'entourage de l'Empereur et de l'Impératrice. Elles étaient transcrites sur un registre spécial, abandonné par l'Impératrice lorsqu'elle quitta précipitamment ses appartements.

Ces télégrammes ouvrent des jours nouveaux sur la politique et les événements de guerre des derniers jours de l'Empire. La défense que le général Trochu a présentée dernièrement à la Chambre leur donne un intérêt très-grand d'actualité; mais ils montrent surtout, avec une intensité éloquente et crueWe, avec quelle légèreté cette guerre fut entreprise et avec quel manque d'unité elle fut conduite. Les ordres se croisent, d'accord avec l'état-major de Metz. Le plan de campagne, s'il y en a un, varie à tout propos.

Deux figures se détachent nettement dans cet effroyable désordre :

celle de l'Impératrice, qui se prépare à la régence en niellant la main sur tous les services militaires, et celle de l'Empereur, dont aucun désastre ne trouble l'impassibilité impuissante.

Ces documents sont publiés dans Tordre strict où ils ont élé transcrits, sans altération d'aucune nature. Nous ne les avons interlignés de quelques notes que pour en adoucir parfois l'incohérence. Les faits intermédiaires ont, du reste, été en partie donnés par les dépêches reproduites dans les premiers numéros des Papiers Secrets du Second Empire.

La série débute par un télégramme intime. Le Prince impérial — nous sommes au 29 juillet 1870 — télégraphie à sa mère, en villégiature au château de Saint-Cloud :

« Tout va bien. Je ne suis pas fatigué. Je viens de visiter les camps. Tous les soldats sont enchantés. Je vous embrasse de tout cœur.

» Votre affectionné et respectueux fils,

5> Louis Napoléon. »

La guerre n'était que la continuation des parades de la cour du Carrousel ou du Champ-de-Mars, et les soldats apparaissaient « enchantés » à cet enfant adulé par un entourage futile.

Le 51, une dépêche de l'Empereur au ministre de la guerre, datée de Metz, ainsi que celle qui précède :

« Envoyez le 72e à Lyon. — On dit qu'il y a dans les dépôts beaucoup d'hommes qui pourraient rejoindre. Faites-les mettre en marche par compagnie ou par bataillon de marche. — La Corse, d'ailleurs, peut fort bien, ce me semble, rester sans garnison.

Napoléon. »

Le « on dit, » à propos des hommes restés aux dépôts, est surprenant de la part d'un généralissime, et ne prouve que trop l'incurie des préparatifs à celte guerre si bien combinée par l'ennemi.

Le même jour, Napoléon III écrivait à l'Impératrice, qui lui annonçait son projet d'aller le surprendre au camp :

« Malgré mon désir de te revoir, je crois qu'il est mieux d'y renoncer. D'ailleurs il est possible que nous partions d'ici à demain. Nous sortons de la messe; l'évêque a été très-convenable. Nous t'embrassons tendrement.

» Napoléon. »

Le feu va enfin s'ouvrir. On organise, pour l'éducation guerrière du jeune prince, l'inutile et sanglante affaire de Saarbruck. La dépêche annonçant à l'Impératrice ce fait d'armes, qui jeta dans une belle stupéfaction l'état-major prussien, fut communiquée par le château à la presse parisienne, mais incomplète. On avait reculé devant l'odieux de la rédaction de la phrase que nous transcrivons en italique. La voici restituée dans son entier, d'après l'original, daté du 2 août :

« Louis vient de recevoir son baptême du feu. Il a été admirable de sang-froid, n'était nullement impressionné et semblait se promener au bois de Boulogne. Une division du général Frossard a pris les hauteurs qui dominent la rive gauche de Saarbruck. Les Prussiens ont peu résisté. Il n'y a eu qu'un feu de tirailleurs et de canonnade. Nous étions en première ligne, mais les balles et les boulets tombaient à nos pieds. »

Les revers commencent aussitôt. Le même jour — 6 août-- l'Impératrice écrit ceci à son fils, de retour à Metz :

« Tout le monde à Saint-Cloud pense à vous; les heures semblent bien longues, mais l'idée d'un beau retour soutient nos forces et nos espérances. »

Et ceci à son mari :

« L'impression douloureuse produite à Paris a exalté le sentiment patriotique, sans ébranler la confiance. — J'ai déjà la réponse à propos du pauvre général Douay. Je compte lui écrire par poste.

» Eugénie. »

Ce même soir, le général de la garde nationale, d'Autemarre, reçoit l'ordre « d'être aux Tuileries à minuit, » et le garde des

sceaux, Emile Ollivier, l'avis d'écrire aux préfets de la frontière, qui pourraient peut-être renseigner sur la situation du maréchal Mac- Mahon. »

Dans la journée, on a pris des précautions pour que le public de Paris et de la province ne reçoive point d'autre dépêche que celle communiquée à la Bourse par le ministre de l'intérieur, M. Chevandier de Valdrôme. On se rappelle qu'une rumeur — aussi mensongère que celle du « Tartare » à propos de la prise de Sébastopol, — avait couru dans Paris et transfiguré en une victoire inouïe notre glorieux, mais complet échec de Reischshoffen. La France commença à entrevoir vers quel abîme la poussait l'imprévoyance de celui qui avait déclaré la guerre sans la pouvoir soutenir ; l'émotion se traduisit avec vivacité dans le public et même dans la Chambre. L'Impératrice, de retour à Paris, attend les nouvelles « avec une impatience fébrile. Tout semble calme pour le moment, » ajoute-t-elle.

« Le conseil sera réuni ce soir, ne vous tourmentez pas; je suis sûre que Paris ne sera pas une cause de difficultés. Courage, cher ami; chacun doit faire son devoir là où les circonstances l'ont placé. Je suis caime et confiante, soyez-le aussi. »

Dans la soirée, la duchesse de Mouchy, au château de Mouchy (Oise), reçut ce billet amical et laconique :

« Le corps d'armée du maréchal Mac-Mahon a été battu. Les troupes se replient en bon ordre sur Châlons. J'ai bon espoir. Ne vous découragez pas.

» Eugénie. »

L'Impératrice à l'Empereur.

« Dans vos opérations militaires, ne vous préoccupez pas de l'opinion de Paris. L'important n'est pas de faire vite, mais de bien faire. L'ennemi a passé Brisach. Je suis inquiète de Douay, à moins qu'il ne reste enfermé. Je crains qu'il ne soit vite coupé. Dans trois jours nous aurons, à Paris, 29,000 hommes de bonnes troupes, plus les

quatre régiments du Midi, et, si nous voulons, les quatre régiments d'Afrique. Avec la garde nationale, il sera facile de les porter à 40,000 hommes. On se maintiendra facilement, si une armée tient la campagne. L'audace avec laquelle ils procèdent leur sera fatale, si nous ne prenons pas une revanche trop vile, d

« J'ai reçu votre dépêche, j'en suis très-contente. Pour moi, il est évident que nous aurons un succès, si nous ne nous pressons pas. — Emile Ollivier vient de m'adresser cette réponse : Trochu vient de me déclarer qu'il ne peut prendre le ministère et qu'il faut le laisser. 7 août, 2 heures 1/2. »

a L'opinion est montée à Paris contre le maréchal Lehœuf et le général Frossard. On les accuse fortement d'avoir amené les défaites que nous déplorons. Entendez-vous avec le maréchal Bazaine pour les opérations à venir. »

Ici la comédie côtoie le drame. Le garde des sceaux envoie cette dépêche à l'Empereur :

« A l'unanimité, le conseil des ministres et le conseil privé croient qu'il serait bon que le Prince impérial revînt à Paris.

« Emile Ollivier. »

L'Impératrice ajoute en marge :

« Je n'ai pas cru devoir m'y opposer. »

' Puis aussitôt elle télégraphie pour son propre compte et à l'aide d'un chiffre secret :

« Pour des raisons que je ne puis pas expliquer dans cette dépêche, je désire que Louis reste à l'armée, et que l'Empereur promette son retour à Paris sans le faire effectuer. — Le conseil des ministres et le conseil privé pensent unanimement, au point de vue politique, que la concentration stratégique des forces militaires sera approuvée par le pays. »

Emile Ollivler à L'Empereur.

« Nous avons répondu un peu vite ce matin sur l'effet de la retraite de Châlons.

» L'effet ne sera pas bon, il va de soi que nous ne parlons que politiquement; mais le point de vue stratégique doit l'emporter sur le point de vue politique, et vous êtes le seul juge.

» Dejean n'inspire confiance à personne dans le public; il est probable que si nous ne prenons pas l'initiative, la Chambre le renverra. Je demande à Votre Majesté de m'autoriser à signer en son nom le décret qui nomme Trochu. L'effet d'opinion sera infaillible. » Cette laborieuse journée — dans laquelle on voit poindre le général Trochu et même se dessiner vaguement son futur rôle de protecteur négatif de la monarchie croulante — se termine enfin par ce rapport mensonger et déclamatoire du chef du cabinet :

« L'état de l'opinion publique est excellent. A la stupéfaction, à une immense douleur, ont succédé la confiance et l'élan. Le parti révolutionnaire lui-même est entraîné dans le mouvement général. Un ou deux misérables, ayant crié : Vive la république! ont été saisis par la population elle-même. Chaque fois que la garde nationale sort, elle est acclamée.

» Ainsi, n'ayez aucune inquiétude sur nous, et ne songez qu'à la revanche qu'il nous faut, dussions-nous faire tous les sacrifices.

» Nous sommes tous unis. Nous délibérons avec le conseil privé dans le plus parfait accord. L'Impératrice est très-bien de santé. Elle nous donne à tous l'exemple du courage, de la fermeté et de la hauteur d'âme. Nous sommes plus que jamais de cœur avec vous.

» Emile Ollivier. »

Les dépêches des jours suivants sont devenues particulièrement curieuses depuis la défense du général Trochu. On voit clairement que, quoi qu'il en croie, ses plans de défense de Paris par l'armée de Metz étaient, dès le 8 août au malin, déjà repoussés en principe par l'état major impérial, comme à Paris par le ministère.

Les renseignements confidentiels sur la santé de Napoléon III sont également d'une importance historique.

L'Empereur à l'Impératrice.

« La retraite sur Ghâlons devient trop dangereuse : je puis être plus utile en restant à Metz avec cent mille hommes bien réorganisés. Il faut que Canrobert retourne à Paris et soit le noyau d'une nouvelle armée. Ainsi deux grands centres, Paris et Metz : telle est notre conclusion. Prévenez-en le conseil. Rien de nouveau. »

L'Impératrice à l'Empereur.

« Paris, 8 août, 10 heures du matin.

« Ne vous préoccupez pas de Paris, j'en réponds. Nous nous occupons aussi de former une armée à Paris. Ne vous privez pas de Canrobert, il peut vous être utile ; vous n'aurez jamais trop de monde. — Nous avons appelé Palikao pour former une armée de Paris ; l'opinion le désigne. — Changarnier, arrivé ce matin, a demandé audience au ministre. Essentiel : prévenir demande en envoyant Palikao. »

Piétri à l'Impératrice.

(Confidentielle pour l'Impératrice seule.)

« Metz, 8 août, 4 h. 30 du soir.

« N'écoutant que mon dévouement, j'ai demandé à l'Empereur s'il se sentait assez de forces physiques pour les fatigues d'une campagne active, de passer les journées à cheval, et les nuits au bivac. Il est convenu avec moi qu'il ne le pouvait pas. Je lui ai dit alors qu'il valait mieux aller à Paris réorganiser une autre armée et sou-

tenir l'élan national avec le maréchal Lebœuf comme ministre de la guerre, et laisser le commandement en chef de l'armée au maréchal Bazaine, qui en a la confiance, et auquel on attribue le pouvoir de tout réparer. S'il y avait encore un insuccès, l'Empereur n'en aurait pas la responsabilité entière. C'est aussi l'avis des vrais amis de l'Empereur. »

L'impératrice à l'Empereur.

« La situation deviendrait plus grave que vous ne croyez, si Palikao n'était pas ministre de la guerre. Le maréchal Lebœuf est rendu responsable des ordres et contre-ordres qui sont connus à Paris. On vient de me dire qu'on demandait à la Chambre son remplacement. Le général Palikao ne va plus à Metz. Je suis en crise ministérielle; ne vous inquiétez pas. 11 est urgent, pour satisfaire l'opinion publique, qu'à l'ouverture de la Chambre on annonce le remplacement du maréchal Lebœuf. »

« Paris, 9 août, 1 h. 13 du soir.

« Le général Palikao accepte et part immédiatement pour Metz. Il faudrait que la démission du maréchal fût donnée avant son arrivée. Celte mesure, je crois, calmera la Chambre. Tout va bien ici, l'ordre ne sera pas troublé; le conseil et moi ne sommes pas de l'avis apporté par Maurice Richard. Je vous embrasse tendrement ainsi que Louis; ma tendresse augmente avec les événements. »

L'avis apporté par M. Maurice Richard était-il la décision de ce conseil de guerre dont a parlé le général Trochu en avançant quelque peu la date? Nous n'avons à ce propos nulle donnée précise. Napoléon se perdait dans les intrigues qui se nouaient et se dénouaient au château. 11 sollicite des explications :

« Je ne comprends rien à l'envoi de Palikao à Metz; il ne peut rien changer à la situation. Je pensais que c'était la démission du ministre de la guerre qu'on demandait; l'autre est impossible. Pour ce

qui concerne l'armée, il ne faut rien faire sans me consulter. Chan •« garnier est venu à Metz se mettre à ma disposition. »

L'Impératrice répond avec une vivacité qui tourne à la colère :

« Vous ne vous rendez pas compte de la situation : il n'y a que Bazaine qui inspire confiance; la présence du maréchal Lebœuf l'ébranlé aussi bien là-bas qu'ici. Les difficultés sont immenses. M. Schneider me met le couteau sous la gorge pour un ministère presque impossible. Pour faire face à cette situation, je suis sans commandant de troupes, et l'émeute est presque dans la rue. D'Autemarre inspire confiance à la garde nationale ; si je le déplace, elle ne suivra plus son nouveau général. Canrobert m'est donc indispensable. Prenez Trochu à sa place, vous donnerez satisfaction à l'opinion publique, et vous me donnerez un homme dévoué, ce dont je manque complètement. Dans quarante-huit heures, je serai trahie par la peur des uns et l'ineptie des autres. »

Dans la soirée, nouveaux efforts pour secouer l'Empereur de sa torpeur apparente ou réelle :

« La loi proposée autorise l'incorporation des gardes mobiles dans l'armée. Je vous supplie de faire venir immédiatement les mobiles du camp de Châlons pour les enrégimenter. Je pense qu'aprèsdemain je serai en mesure de vous envoyer quinze mille hommes de Paris. Les voulez-vous? Palikao m'a dit qu'il y avait trop de troupes à Lyon; faut-il vous en envoyer une partie?

» Eugénie. »

L'Empereur à l'Impératrice.

« Metz, 10 h. 5 m., soir.

» Je viens de voir Dsperré; il te portera ma réponse. Je crois que nous revenons au beau temps de la révolution où l'on voulait conduire les armées par des représentants de la Convention. On peut nommer le général Dumont à Lyon, à la place de Montauban. Je ferai venir, et j'en ai le temps et les moyens, le corps d'armée de

Châlons. Il me serait impossible pour le moment d'en faire venir davantage.

» Je désire garder Canrobert à la tête de son corps d'armée. Quant au maréchal Lebœuf, il m'a déjà donné sa démission ; mais je ne puis l'accepter tant que je n'aurai pas quelqu'un qui ait ma confiance pour le remplacer. Il faut mettre d'Autemarre à la place de Baraguay-d'Hilliers et trouver quelqu'un pour commander la garde nationale de la Seine. — Nous t'embrassons tendrement. »

Un confident, dont nous verrons encore revenir le nom dans des circonstances graves, envoie ces renseignements brefs et ces conseils pratiques :

Duperré à l'Impératrice.

« L'Empereur a donné ce matin au maréchal Bazaine la direction des opérations et le commandement de l'armée : il l'a nommé major général. C'est par lui que tous les ordres doivent être transmis et exécutés. Il faut donc que l'Empereur soit constamment avec lui. La charge de major devient donc une superfétation ; il faut la supprimer et l'enlever au maréchal Lebœuf. — Voilà ce qu'il faut répondre à la dépèche de l'Empereur. »

L'Impératrice au maréchal Lebœuf.

« Au nom de votre ancien dévouement, donnez votre démission de major général, je vous en supplie. Je sais combien cette détermination va nous coûter; mais, dans les circonstances actuelles nous sommes tous obligés aux sacrifices. Croyez qu'il n'en est pas de plus dur que la démarche que je fais près de vous. »

(La suite au prochain numéro.)

LE DOSSIER DE LA POLICE IMPÉRIALE

DOSSIERS TROUVES A LA PREFECTURE

Demandes d'emplois dans la police et rapports des agents.

Dossier 8205.

Cabinet de l'Empereur.

Arrivée le 9 mai 1870.

Paris, le 8 mai 1870.

Sire Mon Anpercur,

Depuis des a nés je suit sortit du cervice gepuis vous a sura que je démande à pouvoir vous Ettre utillitte comme homme de surté. Deux fois je vous écris je ne pas ut de réponce. 0 jour duit gesuit citellement Mortifïiet du jour qui est pour ce pascé que, jegure sur ma parolle de zouave de la garde à la dernière goûte de mon

(1) Voir les nos 10 et 11 des Papiers Séants.

cens pour vous Mon Anperreur et Mon Imperacrisse et Mon petti Prince Imperialle que je voudres pouvoire le rendre.

Je vous salut Mon Anpéreur.

Le plus dine de vos Ansien serviteur qui n'a pas put cefalre connaître dans la mitiée quille à put porte pour votre famille.

Lehaut Emmanuel,

ex-zouave de la garde.

Rue du Chemin-Vert, n° 122.

Dossier Lelannier.

23 juin 1870.

Rechercher aux bulletins et aux sommiers judiciaires le nommé Lelannier.

Prénoms : Jules Désiré.

Age : 29 ans.

Lieu de naissance : Trun (Orne).

Profession : élève en pharmacie.

Quatre mois de prison. — Tribunal correctionnel de Paris, le 24 novembre 1869, pour abus de confiance.

L'officier de paix.

Dossier 26,501.

i Mazas, le 13 mars 1870.

A monsieur Lagrange.

Monsieur,

Je n'ose vous réclamer le même service que vous m'nvez rendu l'autre jour. Les 10 fr. que vous m'aviez avancés ont coulé bien ra-

pidement; il m'a fallu offrir à mes amis ce qu'ils m'offraient, de sorte que je n'ai presque plus rien.

Comme je n'attends de l'argent que le 28 de ce mois, je vous prierai de m'avancer ce que bon vous semblera.

Je crains de vous contrarier et je préférerai m'en passer si je le pensais.

Soyez sûr que mon zèle ne se ralentira pas, et je vous le prouverai avant la fin de la semaine, j'en suis sûr maintenant.

Je vais me rapprocher du quartier. J'ai l'intention de prendre une chambre, rue Dauphine, de sorte que je serai plus à même de surveiller les étudiants.

Vous pouvez compter sur moi. J'ai attendu depuis 11 heures dans la galerie habituelle, j'y serai demain à la même heure avec de nouveaux renseignements.

J'ai l'honneur d'être, etc.

J. Lelannier, étudiant.

Dossier 26,501:

' Mazas, le 23 mai 4870.

A Monsieur Lagrange.

Monsieur,

Avant de quitter Mazas et de reprendre ma carrière pour effacer par mon travail la tache que j'ai imprimée à ma famille, il me reste un devoir à remplir : c'est de vous remercier de la protection que vous m'avez si généreusement offerte.

Soyez persuade que je vous en suis reconnaissant. Et si je puis vous être de quelque utilité, vous pouvez disposer de moi corps et âme.

Mes occupations et mes goûts me faisant fréquenter les écoles et les étudiants, et habiter un quartier assez remuant, si vous avez be-

soin de moi pour quelques petits services, et que vous me jugiez capable de les rendre, ne craignez pas de m'employer. Ce que le zèle et la bonne volonté peuvent faire, je le ferai.

Je vais prendre logement, provisoirement du moins, passage Fauvet, 20 bis, chez des amis ; au moindre mot de vous, je suis à votre disposition.

Dans l'attente de votre décision, veuillez croire à tous les sentiments de profond respect avec lesquels j'ai l'honneur d'être, monsieur,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

J. Lelannier,

étudiant.

Saint-Quentin, le 8 mai 4871.

Monsieur le rédacteur,

De retour de voyage, j'apprends que le journal Paris libre, dans son numéro du 6 mai 1871, vient de publier une infâme calomnie sur mon compte.

Dans un article intitulé le Pilori, il désigne M. Lenglet, libraire à Saint-Quentin, comme ayant sollicité du régime impérial, et à la date du 4 juillet 1870, une place dans la police de sûreté.

Ce journal ose affirmer, quoiqu'ayant été de son propre aveu obligé de réhabiliter une malheureuse victime de ces listes, que les pièces concernant les individus désignés se trouvent à la préfecture de police.

Je donne à cette assertion le démenti le plus formel, et je mets ce journal au défi de publier une seule ligne de moi ayant trait à cette prétendue demande.

Mon honorabilité et mes opinions politiques bien connues me dispensaient de répondre à cette calomnie, mais des personnes que je ne veux pas qualifier, l'ayant fait circuler, il est de mon devoir

de protester avec la plus grande énergie contre ces odieuses insinuations.

Je n'attendrai du reste pas le rétablissement des communications avec Paris pour confondre mes calomniateurs.

Recevez, Monsieur le Rédacteur, mes salutations empressées.

Lenglet, Libraire à Saint- Quentin.

Pas de chance, sieur Langîet.

Vous avez cru, en ne signant pas vos correspondances au préfet de police, que jamais vous ne seriez pris à ce jeu là.

Et votre carte qui accompagnait votre lettre! Elle est soigneusement épingléeau milieu.

Le citoyen Monnanteuil, de Saint-Quentin, rédacteur du Vengeur, avec qui vous correspondez et qui possède votre écriture, s'est assuré par lui-même de votre infamie, et devant les preuves, il a fait photographier la lettre suivante qu'il enverra à Saint-Quentin, pour vous éviter la peine de venir à Paris confondre vos calomniateurs.

Hein! qu'en dites-vous?

Paris, le 10 mai 4871.

Au citoyen rédacteur du journal : PARIS LIBRE.

Citoyen,

Vous avez fait figurer mon nom dans la liste des mouchards, dont j'avais dès le premier jour apprécié la publication.

Vous dire, qu'en ce qui me concerne, vous avez été induit en erreur, de la façon la plus complète, c'est ce que je vous démontrerai aussitôt que j'aurai réuni mes preuves.

En attendant je viens protester, avec une indignation égale à la

surprise que j'ai d'abord éprouvée, contre une imputation démentie d'ailleurs par ma vie tout entière de républicain radical. Salut et fraternité.

Leperche.

Si nous avons publié le nom du citoyen Lepercbe, c'est sur les données des renseignements suivants, fournis par l'agent Géraux, chargé spécialement par Lagrange de surveiller les ateliers.

Nous laissons au public le soin de juger : (1)

2 septembre 4870.

Monsieur,

M. Leperche, mécanicien, demeurant rue d'Asnières, 105, est le chef d'un établissement très-important. 11 occupe en ce moment 160 ouvriers. Il est très-dévoué au gouvernement impérial, et il prend soin de n'occuper que des hommes tranquilles ; dès qu'il apprend que des conversations politiques ont eu lieu dans ses ateliers, il fait venir celui qui lui a été signalé comme ayant été l'instigateur, il le sermone et finit par le prévenir que s'il recommençait, il serait de suite remercié. Comme il est très-paternel pour ses ouvriers, ceux-ci se conforment à ses recommandations, de manière que la tranquillité règne toujours dans ses ateliers. Cependant il nous a avoué que depuis quelques jours les ouvriers avaient murmuré assez vivement contre le retard apporté à leur armement comme gardes nationaux. Leperche trouvait lui-même que dans ce cas les ouvriers avaient raison de se plaindre. On paraît, disait-il, se méfier d'eux, c'est un grand tort; car ils feraient leur devoir si l'ennemi se présentait, et je crois pouvoir assurer qu'Us combattraient de même l'émeute si quelques fous pouvaient en tenter une.

Dans une conversation que nous eûmes avec lui, où il fut question de la gravité de la situation actuelle, il nous a dit qu'il se ferait

(1) Cette note émanait de la rédaction du Paris- Libre rédigé par le communard Vésinier.

toujours un devoir d'avertir l'administration de ce qui pourrait l'intéresser. Je ne suis pas, continuait-il, en contact journalier avec les ouvriers, mais cela ne m'empêche pas de connaître leur manière de voir et de savoir également leurs griefs. Je pourrai donc quelquefois me rendre utile. Il reste bien entendu, ajouta-il, que je ne demande rien pour cela à l'administration. C'est un devoir de bon citoyen que je remplirai, et s'il me procure l'estime du magistrat qui veille sur notre tranquilité, je me croirai bien payé.

M. Leperche ne nous a pas paru être bien initié dans la politique. Il juge parfois avec une vue très-courte les actes du gouvernement, mais son dévouement pourra suppléer aux connaissances qui lui font défaut.

Géiuux.

Dossier Lucas.

Ceci est l'histoire véridique et authentique d'un agent de police du second empire. Les pièces à l'appui sont le principal texte du récit, et le tout a été puisé dans les documents laissés à la préfecture de police.

Le misérable dont il s'agit est un triste exemple de cette démoralisation profonde dont la police impériale a rempli la France, et c'est un digne instrument de cette vile institution.

Lucas (Narcisse- Julien) était né à Rouen le 17 janvier 4814. Il vint à Paris, vers 1852, exercer la profession d'ébéniste. A l'âge de vingt ans il fut inculpé de complot dans les affaires d'avril 1834. Il parait qu'il avait embrassé les opinions républicaines ; mais ce fut un triste champion qu'elles rencontrèrent là, car Lucas était un homme d'une grossière immoralité, débauché, paresseux et ivrogne.

Marié depuis peu à une femme semblable à lui du reste, il fut inculpé, le 3 janvier 1836, d'outrages à la pudeur. Comme pour le complot, il fut mis en liberté faute de preuves. Malgré sa triste conduite, Lucas avait gagné une certaine influence dans le parti

avancé, puisque, quand vint la Révolution de 1848, il fut président de la Société des Droits de l'homme et brigadier dans les ateliers nationaux.

Cependant, il était déjà soupçonné d'appartenir à la police et cela prit consistance lorsqu'à la suite des affaires de juin, il fut relâché, bien qu'ayant pris part à l'insurrection.

En 1849, en 1850, il était très-facilement surveillé. Établi marchand de vins-logeur, 57, rue Mouffetard, il tenait chez lui des réunions qui pouvaient être immédiatement connues de la police. Sa conduite était la même. Il vivait avec l'amant de sa femme, un garde municipal ; son établissement était un mauvais lieu, et ses relations devaient inspirer le dégoût.

Encore une fois inculpé de complot en 1849, il fut encore relâché faute de preuves, quoique dans cette affaire il ait joué le principal rôle. Enfin vint le coup d'État du 2 décembre 1851 . Accusé d'avoir pris part à la résistance, Lucas fut traduit devant la commission centrale de la lre division militaire et condamné par contumace à la transporîation en Algérie.

Lucas s'était sauvé. La police se mit à sa recherche et fit vainement des perquisitions au domicile de sa femme, 57, rue Mouffetard. Il échappa pendant de longs mois à toutes les recherches. Enfin, le 27 avril 1857, Lucas fut arrêté chez un de ses amis nommé Begley, où il allait souvent.

Là se trouvait aussi un nommé Merceron, transporté d'Afrique gracié. Or, on sait que pour être gracié, il fallait faire une soumission catégorique à l'homme de^lécembre.

Voilà donc Lucas écroué au dépôt delà préfecture. Quelles furent ses réflexions? Quelques avaient été ses fréquentations au moment de son arrestation? Quels conseils lui avaient été donnés? On ne peut le savoir; mais il est présumable que ce Merceron, transporté gracié, a agi dans un mauvais sens auprès de Lucas, que Lagrange, officier de paix dont nous reparlerons, avait ses intentions en s'occupant lui-même de l'arrestation ; que Lucas était fatigué moralement

par cette longue poursuite à laquelle il venait de succomber à la fin, et que son état de marchand de vins logeur lui avait déjà fait avoir des rapports avec la police.

On ne peut donc douter que Lagrange, mouchard tentateur, ne soit venu le trouver dans sa cellule et ne lui ait mis son sort entre les mains. D'un côté, la transportation en Algérie, une vie de souffrances et de misère, de l'autre la liberté et la vie assurée par un travail facile et bien payé. Lucas choisit l'infamie.

C'est ainsi qu'on peut expliquer la lettre suivante, datée du 4 mai i853.

Dossier 26518.

Dépôt de la Préfecture.

4 mai 4853.

Monsieur Lagrange,

Depuis 17 mois que je suis condamné à la transportation et que je me cache à l'autorité, je me suis peu mêlé aux affaires politiques, bien que cependant beaucoup de mes amis politiques ont cherché à me voir et à me consulter à cet égard, mais craignant d'être arrêté j'ai refusé toutes les offres qui m'ont été faites, soit directement ou indirectement. Aujourd'hui bien convaincu de mon erreur et prêt à la réparer pour obtenir ma grâce de Sa Majesté l'Empereur, je m'engage, sur ma parole d'honneur et d'honnête homme, de vous renseigner sur tout ce qui parviendra à ma connaissance et qui pourra intéresser l'administration que vous servez, à la condition cependant que cet acte restera inconnu de mes anciens amis politiques.

S'il en était autrement, je ne pourrais voUs rendre de service, et je crois véritablement pouvoir être utile à l'administration, car je connais pour ainsi dire tous les hommes politiques qui appartiennent au pnrti républicain, et pour vous prouver la sincérité de

mes avances, je vous citerai en première ligne comme hommes s'occupant assez activement, les sieurs Vernhctte, serrurier, rue Descartes, 42; Boucheron, dans le garni à côté, même rue; Delpcche, rue des Boulangers, 12, employé aux Gobelins ; Greffe, même rue, même numéro; Noland, charbonnier et marchand de bric à brac dans une petite rue faisant le coin de l'ancienne école normale (1); Lamain, rue Saint-Jacques, 21.

Léon Merceron, demeurant chez ces derniers, et venant d'être gracié d'Afrique.

Decot, bonnetier, gracié d'Afrique, dont la demeure m'est inconnue depuis son exil, et dont il me sera facile de retrouver aussitôt la trace.

Godard, avec lequel je peux également et très-facilement me mettre en rapport, après ma mise en liberté.

Je pourrais également et très-facilement me mettre ensuite en relation avec Boquet, à Londres, et enfin avec une grande partie de ceux qui sont revenus d'Afrique et qui continuent de s'occuper de politique.

Dans l'espoir que vous voudrez bien, monsieur, intervenir pour moi auprès de Monsieur le Préfet, afin qu'il me fasse gracier par sa majesté l'Empereur.

Je suis, en attendant avec respect, votre très-humble serviteur,

Signé Narcisse Lucas.

Cette lettre peut se passer de commentaires ; mais il faut dire un mot de son destinataire, du nommé Lagrange, entre les griffes du second empire.

Ancien ouvrier mécanicien, intelligent, qui se fit chef de mouchard.

Ce sont des documents de police qui vont être dès lors toute la vie de Lucas (Narcisse-Julien), désormais agent secret du sieur

(1) Et ses deux fils. (Note Lagrange.)

Lagrange, auquel il envoie ses rapports signés de différents pseudonymes, tels que A. Delamarre (i), nom sous lequel il s'était caché pendant l'année 4855, A. D. Mercier Narcisse, et enfin Iucas, quand il fut dévoilé et devenu simple inspecteur de police.

Ministère de la police générale.

2me division, 1er bureau.

Avis d'une demande accordée.

Paris, le 48 mai 4853.

Monsieur le Préfet,

J'ai l'honneur de vous informer que par décision en date du 14 courant Sa Majesté Impériale a daigné faire remise pleine et entière de la mesure de sûreté générale à laquelle le sieur Lucas, Narcisse, marchand de vins à Paris, a été soumis par la commission centrale de révision delà indivision militaire.

Je vous invite à prendre, en ce qui vous concerne, les dispositions nécessaires pour assurer l'exécution de cette mesure de clémence.

Dossier 5835.

S avril 4870.

Monsieur le préfet,

Au moment où l'agitation des esprits met le gouvernement dans la nécessité d'une surveillance active et nombreuse, je viens vous offrir mes services comme agent du service de sûreté.

J'ai 41 d'âge. Je fais partie déjà de l'Association coopérative des ouvriers charpentiers, dont le siège est établi près d'Alésia, 141 ;

(4) Voirie numéro 44 des Papiers Secrets.

par mes rapports avec les ouvriers, je pourrai vous renseigner exactement sur les machinations qui pourraient se former dans cette classe de travailleurs.

En attendant l'honneur de mériter votre confiance, daignez agréer Monsieur le Préfet, l'expression de mes respectueuses civilités.

Machicoine,

Ouvrier charpentier en fer, rue de l'Ouest, 84, Plaisance-Paris.

Dossier 632.

MARGHAL (dit de Bussy).

L'Etendard Catholique, journal religieux, scientifique, artistique et littéraire, paraissant tous les dimanches. — M. Fevotte de Boisbabbé, directeur-gérant.

Paris, le 15 février 1855.

Monsieur,

Ayant une communication à vous faire, je vous prie de vouloir bien prendre la peine de me venir voir.

Agréez, Monsieur, l'hommage de mes sentiments les plus distingués.

Ch. Marchal, détenu politique à Sainte-Pélagie.

De Bussy est de retour depuis hier soir, il loge chez sa concubine, rue Blottière, 4 9.

Il s'est rendu tantôt rue du Croissant.

Je l'ai accompagné jusqu'au Palais de Justice, où il allait afin de plaider son affaire Villemessant; il se trouvait alors avec un nommé Sempé, encore un homme de rien, un escroc qui a subi jadis, je crois, certaines condamnations.

Bussy a tenu comme toujours, mais surtout au café Durand, où nous sommes allés, les propos les plus fâcheux sur les personnes i ti ennent les postes les plus élevés.

Il m'a causé d'un entretien qu'il aurait eu avec M. Marseille, lundi soir dernier ; il m'a confié qu'il avait été afin d'obtenir de M. Marseille l'autorisation de vendre son journal la Flandre sur la voie publique, permission que M. Marseille lui aurait refusée. Il aurait tenu, paraît-il, devant ce magistrat, des propos tellement graves, qu'il aurait été menacé de la police correctionnelle par ce dernier. Aussi, ce matin, disait-il qu'il briserait cet honorable fonctionnaire, comme il fera révoquer son préfet.

Je suis assez fort, ajouta-t-il, pour tout dire dans la Flandre,

parler politique sans gêne, en soutenant l'Empereur, que je méprise;

on n'osera pas me poursuivre ; la preuve, c'est que mon journal,

quoique littéraire, est rempli de politique et qu'on ne me poursuit

pas.

J'oubliais de vous dire que Sempé a fait tantôt remarquer à Bussy, lorsque nous nous rendions au Palais de justice, que nous étions filés par un individu qu'il nous a désigné.

Si l'on me file, je gueulerai en plein public le plus grand bien de l'Empereur et du gouvernement; de la sorte je mettrai la police dedans, car ce n'est pas à un vieux Russe comme moi qu'on monte le coup.

Comme opinion politique, il est légitimiste, méprise l'Empereur ; mais il fait son éloge dans son journal, pour éviter toute poursuite : il avait même aujourd'hui, dans sa poche, une médaille en or qui lui aurait été envoyée pour un souvenir légitimiste de François II, je crois, récompense qui lui aurait été décernée pour des écrits tendant à propager cette opinion. Il m'a dit qu'il allait la mettre au mont-de-piété, qu'on prêterait dessus 180 fr.

Stamir.

Paris, le 11 mars 1864.

A Sa Majesté l'Impératrice des Français.

Madame,

J'ai l'honneur de venir solliciter de VOTRE MAJESTÉ la faveur d'obtenir un emploi de commissaire de police cantonal dans le département des Deux-Sèvres, où réside ma famille.

Le zèle et le dévouement que j'ai apportés pendant les sept ans que f ai été attaché d la police de sûreté de SA MAJESTÉ TEMPE- REUR, ainsi que l'embarras dans lequel je me trouve, pour satisfaire aux besoins d'une famille de deux enfants en bas âge, me font espérer, MADAME, que votre MAJESTÉ voudra bien prendre nia demande en considération.

Je suis avec respect, MADAME,

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