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PAPILLONS DE NUIT

Les papillons qui volent pendant la nuit ou vers le coucher du soleil, et qui viennent pendant les soirées chaudes de l'été se bruler à la lumière des appartemens, sont en bien plus grand nombre que les papillons qui volent le jour et restent tranquilles pendantgla nuit; ces derniers étalent leurs brillantes couleurs, tandis que le brun, le noir, le rouge brun, le gris, sont les couleurs dominantes du phalène. Mais aussi quelle variété de cercles, de lignes, de points! Vitalis a fait un parallèle assez in= génieux des papillons de jour et de nuit,

Un jeune papillon, bien vain, Bien orgueilleux de sa parure,

Un jour chassé , par un enfant malin, Fut obligé de fuir au foud d’une masure.

Là , se croyant tout seul , il raisonnait ainsi :

Qu'ai-je fait à l’espèce humaine Pour me forcer à me cacher ici :

Je suis plus vifet plus joli

Qu'un triste et lugubre phalène ,

Ce lieu lui convient , dieu merci!

Mais moi , qui suis le favori

De la jonquille et de la rose ;

( 165 } Moi , me cacher! pour quelle cause” Dans l'accès de sa colère, Il se disposait à partir, Quand une voix lui dit : ami, quelle est ta mère ? J’aurais vraiment bien du plaisir À la connaître ainsi que ta famille ; Sans doute tes parens, D'or et d’azur , comme toi, tout brillans :

Sont de fort aimables gens.

— Ma mère... est une chenille, Reprend le fanfaron. — Bon! et la mienne aussi. — Quoi, vous seriez mon frère et vous vivez ici? — Et pourquoi non ! chacun a sa manière :

Vous aimez le grand jour, moi je fuis la lumière ; Vous êtes vif, léger, brillant, Mais vous avez peur d’un enfant ; Moi je n’ai rien dont on s'étonne, Aussi n’ai-je peur de personne; Heureux de mon obscurité, Je ne voudrais , en vérité , Ni d’un éclat que l’orgueil environne, Ni d’un plaisir que la crainte empoisonne.

Les chenilles des phalènes ont dix, douze, quatorze ou seize pattes. Après avoir changé plusieurs fois de peau, elles se filent des coques , ou même le plus grand nombre s’enfon.

cent en terre. Il est de ces chenilles qui se dé clarent non-seulement les ennemies jurées des

chenilles en général, mais encore de celles de leur espèce. Elles saisissent leurs victimes par le milieu du corps avec leurs mâchoires , et les déchirent avec fureur ; mais lorsque deux chenilles de même espèce s’attaquent entre elles, le combat dure assez long-temps , parce qu’en effet leurs armes sont égales; il faut cependant que l’une ou l’autre succombe.

Les chrysalides des phalènes sont la plupart ovales et allongées ; elles n’éclosent que l’année suivante. J'ai déjà dit que la chaleur ou le froid contribuaient beaucoup à accélérer ou à retarder leur développement.

Les phalenes sont plus lourds que les papillons de jour. Quelques - uns n'ont point de trompe, ou du moins ils l'ont si courte, qu'il devient presqu'impossible de l’apercevoir; d'au tres, et ce sont les femelles, paraissent dépourvues d'ailes : vous ne voyez en elles que des animaux gros , courts, à six petites pattes, rampans , tandis que leurs mäles sont ailés, agiles. Aussi, privées des deux organes qui leur sont les plus nécessaires, ces femelles attendent le mâle près de leur coque, et meurent sitôt après avoir déposé leurs œufs.

Les papillons de nuit se tiennent bien tran=

(165) quilles, pendant le jour, sur des feuilles d'arbres ou des plantes touffues; ils s’y tapissent même de manière qu'on ne les puisse découvrir. Cependant, qu’on vienne à secouer l'arbre ou la plante qui leur sert de retraite, ils s’envolent (quelquefois par nuées) , pour se réfugier sur l'arbre le plus voisin. Beaucoup de phalènes ne donnent aucun signe de vie, quand on les touche de jour. Tenus enfermés dans des poudriers, ils passent des heures , souvent des journées entières sans changer de place ; mais la nuit n’est pas sitôt venue, le soleil s’est même à peine couché, qu’onles voit agiter leurs ailes et se donner un mouvement presque continuel. IL est reconnu qu’une trop grande clarté les rend presque aveugles et qu'ils y voient mieux la nuit que le jour. Aussi quand ils volent par hasard dans les bois, au milieu du jour, c’est uniquement pour rejoindre quelques femelles cachées sous des feuilles. Ils ne vont à la recherche de leur nourriture que la nuit. Comment se fait-il (n’a-t-on cessé de se demander ) que des papillons qui fuient l'éclat du jour , soient précisément ceux qui serendent dans des chambres éclairées, autour des Ju-

mières ? Il est constant que, pour attraper un

( 163 ) grand nombre de ces papillons, on n’a qu'à se promener dans un jardin par une belle nuit ‘été. Muni d’une lanterne allumée, onles verra tous accourir à l’entour.

Un papillon , jeune et volage , Aperçut un jour un flambeau ; Hélas ! que n’est-on jeune et sage !

L'imprudent cherche son tombeau.

« La mort est là... Ce feu perfide Ne t'offre qu’un appât trompeur ; Fuis donc , mais d’une aile rapide, Fuis un éclat trop séducteur. »

Non , non, une fatale ivresse Soudain s’empare de ses sens ; Autour de la flamme traîiresse

I] voltige quelques instans :

Tour-à-tour approche et recule :

La flamme enfin l’aspire..….il brûle.

M. Réaumur, rappelant que les mâles des vers! luisans sont attirés par la lumière qui brille auprès du derrière de leurs femelles, suppose que les femelles des phalènes peuvent avoir également un éclat qui agisse sur les yeux des mäles : une bougie peut donc leur faire illusion.

Au surplus, il résulte de ce que les phalènes ne

06) © A paraissent que la nuit, qu’ils ne font pas, dans notre intérêt, un aussi grand dégât que s'ils mangeaient le jour et la nuit; et, dans le leur, qu'ils sont à l’abri de la voracité des insectes qui ue se montrent que le jour.

Les phalènes ont le corps velu comme celui des ours; ils ont du poil jusques sur les yeux ; la fine poussière qui couvre leurs ailes ressemble, à l’aide du microscope, à de véritables plumes. Les supérieures sont très - longues, proportiännellement à leur largeur, et elles le paraissent encore davantage par la manière dont ils les portent ; les inférieures sont un peu chiffonnées et pliées dans leur longueur, en forme

d'éventaïl.

Palèue écaifle marbrées,

Les Écailles sont en grand nombre : on cite la jolie Ecaille brune , la Mouchetée jaune, la Couleur de rose, la Hérissonne, qui doit son nom aux poils longs, velus, et aux tubercules de sa chenille: mais l’Ecaille marbrée est encore la plus agréable.

Ses œufs sont de la grosseur d'un grain de sable : la chenille éclot en juillet, et commence

par manger la coquille qui lui servait de loyement. Elle est velue, munie de seize pattes , et vit sur l’orme. Quand vient l'époque de sa métamorphose, elle file un cocon spacieux, d'un tissu blanchätre, reste six ou sept jours sous son état primitif, et se change en chrysalide d’un noir mat. Au bout de quinze jours ou de trois semaines, parait le phalène que nous voyons exactement représenté page 158.

L'Ecaille marbrée est commun aux environs de Paris, dans les jardins : il s'introdiiit jusque dans les appartemens.

Detiguy parle d’un phalène stratiote dont la chenille vit dans l’eau et même dans l'huile, ce qui paraîtra plus extraordinaire encore. Un naturaliste en a tenu ainsi pendant plus de huit jours. Toutes les chenilles de terre restent engourdies pendant l'hiver : celle-ci mange , durant cette saison, comme en tout autre temps: elle se change en chrysalide sans sortir de l’eau. Quoique placée dans l’eau, quoiqu'une ouverture se trouve pratiquée pour la sortie da phalène , cette chrysalide demeure parfaite ment à sec; et, pour comble de singularité, qu'on tente de la plonger dans l’eau, après l'avoir reurée de sa coque, on la fera mourir; ces

pendant il est si essentiel à son existence que la coque qui la renferme soit dans l’eau, que si l’on vient à l’en retirer, elle se desséchera et ne pourra parvenir à l'état d'insecte parfait. Vingt-cinq jours après l'apparition de la chrysalide , le phalène sort , se débarrasse précipitamment de son enveloppe, traverse l’eau , se rend à sa surface pour trouver un endroit sec où il déposera ses œufs.

Beaucoup d’autres phalènes sont également remarquables par de piquantes singularités. Le grand Paon de nuit, par exemple, est une espèce de geant qui ressemble plutôt à un oiseau qu'à un papillon; ses ailes sont couvertes de

fourrure et ornées de quatre grands yeux assez beaux, qu’on remarque de même chez les Paon moyen et petit Paon. La Queue fourchue a, sous sa forme de chenille, la propriété tressingulière de seringuer, par une ouverture ovale qu'elle a au-dessous du corps,une liqueur transparente , àcre et d’une odeur forte. La Feuille- Morte, sans doute pour n'être point opercue des oiseaux, tient en état de repos ses ailes parallèles au plan de position; ses inférieures relèvent, ses antennes sont en même temps

appliquées le long de son ventre, si bien qu'elle

ressemble à un paquet de feuilles sèches et mortes. La Crète de Coq présente, par la jonction de ses aïles sur le milieu du dos , une crête velue de couleur noire. La Turquoise a ses antennes, son corps, le dessus de ses ailes supérieures d’un vert brillant, un peu doré. La Patte étendue tient ses jambes antérieures constamment allongées devant ses antennes et sa tète placée entre leurs cuisses. La Veuve doit son nom aux ailes longues et noires qui, couchées le long de son corps, imitent un manteaw de deuil. La Chappe offre enfin , par la forme de ses ailes, l'aspect d’un homme qui porterait ane chappe. Tous ces caractères différens sont très - distincts. Je ne dirai rien du vers à . soie, dont tout le monde connaît l’admirable | industrie,

Les phalènes doivent, en général, leurs | noms souvent bizarres, soit à leurs formes, soit à la couleur de leurs ailes; il suffit, le. plus souvent, de les nommer, pour qu'un ama- | teur s'en fasse une juste idee. Le Zig-zag, la. Livrée, le Tigre, l'Etoile, l’Agathe, la Bande | rouge, le Collier blanc, la Frangée, le Vert. doré , la Chinée, l’Incarnat, l'Albâtre, la Dé- | colorée, la Mouchetée , la Citronelle, la Gri-

saille, le Double-Point , l'Ensanglantée , la De-

coupée, le Double Orangé , la Dent de Scie, e

tant d’autres dont j'épargne ici la sèche no-

menclaturggne peuvent être méconnus au prs-

mier coup-d'œil. Je n’en dirai pas autant de la

Belle Rosette, de la rare Printanière, de la

Riche, dela Damarette, du Hibow, du Cossus,

du Volant doré, dont lesnoms sont, en quelque

sorte , imaginaires, comme ceux de la Gentille ;

de la Précote, de la Juventine, de la Ratis-

sée, de la Craintive, de l’Hlustre, de FAc-

cordée , de la Promise. Tous ces noms, infini-

ment jolis, tendres et pudiques, ne sont dus. -qu’à l'imagination tant soit peu gaie des natu=xalistes,

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