SPHINX
On a donné à une certaine espèce de papil- Jons le nom de Sphinx, à cause de l'attitude. que prennent leurs chenilles lorsqu'elles sont dans l’inaction, comme la chenille du Sphinx du troène : elles se tiennent ordinairement sur | une branche, qu’elles serrent avec leurs pattes membraneuses; elles élèvent en même temps la partie antérieure de leur corps, tandis que la partie postérieure demeure appliquée sur une branche, de manière qu'elles se trouvent placées
(T5) perpendiculairement : elles restent souvent des heures entières dans cette position, ce qui leur
/donne quelque ressemblance avec l'animal fabuleux des Egyptiens. Ce nom de Sphinx s’est, parextension, communiqué à tous les papillons du genre.
Les Sphinx forment une classe intermédiaire bien distincte entre les papillons de jour et les papillons de nuit.
Les caractères principaux des papillons de jour sont d’avoir les antennes plus minces à leur base qu’à leur extrémité. Les antennes des papillons de nuit vont, au contraire, en décroissant depuis la base jusqu’à la pointe. Les Sphinx se rapprochent donc des papillons de jour par la forme de leurs antennes; mais les papillons de jour, lorsqu'ils sont en repos, ont leurs ailes perpendiculaires au plan de position. Les Phalènes ont les leurs pendantes : les Sphinx ressemblent aux papillons de nuit pour le port de leurs ailes. k
Les Diurnes ne volent que le jour ; les chemilles qui les produisent ne font point de coques ; leurs chrysalides sont nues, suspendues , et presque toujours de forme anguleuse.
Les Phalènes ne volent que la nuit; ils se
(156) cachent le jour: la plupart de leurs chenilles filent des coques dans lesquelles elles se chan-+ gent en chrysalides, dont la forme est arrondie et presque conique, Les unes entrent en terre pour y construire ces coques, d’autres les bà= tissent en plein air, ou même entre des feuilles:
Les Sphinx volent soit en plein jour, et continuellement, d’autres ne se montrent qu’à l'aube ou au déclin du jour : c’est, plus ordis nairement, au coucher du soleil qu’en les voit chercher leur nourriture dans le calice des fleurs. Leurs chenilles entrent presque toutes en terre pour la transformation ; mais la plu part ne forment pas de véritables coques.
Leurs chrysalides sont semblables à celles du Phalène,
Si le port des ailes peut faire confondre les Sphinx avec les Phalènes , la forme de leurs. antennes les en sépare tellement , qu’on nesau+ raits’ y méprendre, |
Les ailes inférieures du Sphinx sont toujours beaucoup plus petites que les supérieures. Ces dernières sont en général étroites, allongées y d'une forme triangulaire, à côtés inégaux.
Les chenilles du Sphinx sont entièrement
rases ; toutes portent sur leur onzième anneau
une corne plus ou moins recourbée, dure et raboteuse, toutefois flexible à sa base, de sorte qu'on la peut mouvoir en tout sens; mais ces chenilles ne sauraient elles-mêmes lui donner de mouvement; c'est une partie immobile qui ne peutservir à leur défense : en changeant de peau elles changent de corne, et laissent l’ancienne sur la dépouille.
Le corps de ces chenilles est ordinairement ferme et dur sous le doigt, moins gros par devant que par derrière. Prêtes à se métamorphoser, elles changent subitement de couleur, deviennent pâles, livides, semblent inquiètes, ne maugent plus, vont et viennent de tous côtés, comme pour chercher un lieu convenable à leur transformation. Elles s’enfoncent plus ou moins dans la terre; d’autres se placent à sa surface pour y fabriquer des coques grossières. C'est dansles mois d'août et de septembre qu'elles prennent la forme de chrysalides, presque toutes de couleur marron.
Le papillon paraît l’année suivante , ou plutôt ou plus tard. Les Sphinx ont tous six pattes longues, dont ils se servent pour marcher etse fixer. Leur corps est gros et massif, chargé de poils et d'écailles. Les Sphinx Bourdons vo
lent avec une force et une rapidité étonnantes « ils n’ont point de trompe, ou du moins cette trompe est-elle si courte et si petite, qu'il est difficile de l’apercevoir. Les Sphinx Eperviers , c'est-à-dire, ceux qui pompent, sans se poser, le suc des fleurs, ont la trompe longue et roulée en spirale.
Les Sphinx ont, en général, presque toujours quelque chose de remarquable.
A phiux Das Paon.
Ce Sphinx Bourdon est un des plus grands et des plus beaux qu’on trouve dans ce pays.
Sa chenille est grande, grosse, longue de plus de deux pouces, d’un vert tendre; sa peau est couverte de petits grains blancs écailleux et durs. Le saule est sa demeure la plus ordinaire, On la trouve aussi sur le peuplier blanc et mème sur le pommier, Elle se tient presque toujours sur le haut des arbres, jusqu’à ce qu’elle soit parvenue à son dernier degré d’accroisse= ment. Elle en descend alors, s’enfonce soit dans la mousse, ou bien elle se cache dans des feuilles , y demeure immobile pendant quelques jours, et se change en chrysalide d'un brun
| rt
À # L 77 ll 220 Che cie yuirlre 24 ae) Le Plate den Lion
MEET Qu EN
NABErS0 ) rongeûtre. Le papillon paraît en mai; il pond des œufs verts, d’où sortent , en juin et juillet, des chenilles qui se transforment à leur tour en août et septembre.
Il est bon de remarquer que la chenille du Demi-Paon change sept à huit fois de peau sans beaucoup changer de couleur : toujours d'un vert tendre, elle prend une teinte bleue au moment de sa métamorphose. La corne de sa queue est bleuâtre, ses pattes membraneuses, et leur couronne rouge.
Le Demi-Paon a le dessus de ses ailes supérieures brun et marbré; ses inférieures sont d’un rouge de lacque, Leur principal ornement consiste dans un œil dont le fond noir est bordé d'un cercle bleu céleste. Le dessous des quatre ailes est mélé de taches nuancées de brun, de gris de lin, de roux, de couleur de rose.
Le mäle ne se distingue de la femelle‘que par sa grosseur, la forme de son corps, celle de ses antennes. Chez les deux sexes, les nuances de couleur s'altèrent facilement : leur fond, qui tire sur Le gris de lin et la couleur de chair, devient d'un gris blanchäâtre. Le rose des ailes inférieures, très-vif d'abord, pälit aussi fort promptement,
( x60 }) Corcelet gris, antennes jaunes, corps gris ; ventre brun, pattes obscures.
Sphius de» fa Vigue.
Ce papillon est commun dans toute l'Europe; c’est aussi l’un des plus agréables que l’on puisse voir.
Sa chenille est grande, rase , noire, d’un velouté doux au toucher : sa tête est ronde, petite, d’un noir mat, et les parties qui l’environnent d’un vert jaunâtre. La vigne n’est pas la seule nourriture qu'elle recherche, elle aime aussi l’épilobe à feuilles étroites, qui croit le long des ruisseaux. Elle mange beaucoup, et.
avec avidité, D'abord d’un vert clair, elle devient, avec le temps, d’un brun noiràtre ou entremélé de jaune, comme aussi ne prend-elle | son plus grand accroissement qu'après sa der-| nière mue. La corne de son derrière est noire, | mais le bout en est blanc. On trouve cette chenille vers le milieu de l’éte. |
Lorsque cette chenille entend quelque bruit, elle retire les deux premiers anneaux de son corps, toujours fort déliés, sous les deux sui-
yans ; qui sont très-gros : toute cette partie re-|
présente alors une grosse tête. Elle est trèscraintive; quand on passe la main sur son corps, on sent que sa peau est froide comme la glace; on l'appelle enfin /a Cochonne : en eflet , le devant de son corps est gros, l'extrémité de sa tête mince et allongée, ce qui lui donne un peu de ressemblance avec le grouin d’un cochon.
Lors de sa métamorphose, cette chenille s'enveloppe de feuilles, qu’elle attache légèrement ensemble. Sa chrysalide paraît en septembre ou octobre : elle est fort grosse ; son fond est jaune , mélé de brun. Le Sphinx paraît en mai et juin de l’année suivante, quelquefois plus tard.
Ce Sphinx à longue trompe, d'un vert olive, dont les ailes supérieures ont trois bandes obliques couleur de rose, et dont les inférieures sont couleur de rose, mais noires à leur origine, est commun dans toute l'Europe ; l'Amérique a aussi son Sphinx de Vigne.
Il existe un petit Sphinx de Vigne également fort joli : il est plus rose; du reste sa chenille a les mêmes habitudes que celle du grand Sphinx.
Los autres Sphinx d'Europe les plus con-
( 162 ) nus, sont le Sphinx Mouche, qui a ses ailes presque transparentes ; le Sphinx de Caillelet, qui vole plus long - temps qu'aucun autre, sans se fatiguer ; le Crabroniforme paresseux , qui , bien différent, ne prend son essor que dans les plus fortes ardeurs du soleil; le Sphinx Turquoise , dont la tête, le corcelet, les antennes sont d'un vert doré brillant; le Sphinx da chêne, très-rare en France; celui du tilleul, au contraire très-commun; le Pigmée, qui se dérobe à nos recherches par sa petitesse; le Sphinx du laurier-rose, qui, sans contredit, est le plus beau Sphinx d'Europe ; le Sphinx du liseron , dont les yeux noirs et gros jettent, dans l’obscurité, un feu semblable à celui d’un charbon ardent (1), dont les antennes grosses et droites ressemblent à des cornes de bœuf (2); le Phénix, qu'on nomme ainsi sans doute parce qu'il est très-rare dans quelques parties de l'Europe ; le Sphinx du Tithimale , aux couleurs éclatantes; enfin la Tête de mort: ce Sphinx, dont la che-
oo
(x) C’est une propriété assez commune chez les Sphinx et les Phalènes.
(2) On a vu un hermaphrodite.de cette espèce mâle d’un côté , femelle de l’autre : ses antennes ame étaient des deux sexes.
nille vit sur la pomme de terre, merite de ma part une attention particulière. La lumière l’attire souvent dans les appartemens ; c’est alors qu'on le prend, dans l'obscurité, pour une chauve-souris : il produit un cri plaintif, en frottant ses antennules sur sa trompe (3), lorsqu'elle est roulée. Il doit son nom de Tête de mort à la figure bizarre de son corcelet noir, chargé d’une large tache jaune qui représente en effet une tête de mort. Dans quelques pays, ce Sphinx jeta plus d'une fois l’'épouvante parmi des gens du peuple, qui le regardaient comme un signe de mortalité. Cette espèce se trouve en Chine et en Egypte, mais du double de grandeur.
Il n’est presque point d'arbre et de plante qui n'ait son Sphinx. On a des Sphinx du pin, du peuplier , du troène, du tithimale (2), de la scabieuse , des prés, de la bruyère, de la lavande,
du pissenlit.
oo
(1) La pointe de cette trompe est si dure, qu’elle est capable de piquer le doigt contre lequel on la presse.
(2) Sa chenille , que Réaumur appelle Za belle, a un luisant qui approche de celui du vernis; elle se laisserait plutôt mourir que de goûter à aucune autre espèce de plante. |