CAMPENON
On enduit encore ce tronc de miel; quand les
chenilles du voisinage tentent de franchir cette barrière, leurs pattes s'attachent dans le miel;
(192) elles ne peuvent plus avancer. On les enlève pour faire place à d’autres victimes,
Éducation dec Cheuilleæ.
Si les jardiniers cherchent à détruire les che nilles, des amateurs sont jaloux deles conserver.
On élève les chenilles à-peu-près comme les vers à soie. On fait sa provision d'œufs vers la fin de l'automne ou bien l’hiver : le point essentiel est de connaître la plante qui convient à chaque chenille, Les unes changent de plantes par nécessité ou par goût, d’autres à tout changement de peau, d’autres n’en changent pas.
Toutes les chenilles sont sensibles , sur-tout en naissant : on ne les prendra donc jamais avec les doigts, mais bien avec une barbe de plume. Quand elles tiennent trop quelque part, le simple contact de la plume soit sur la tête ou à la queue, suffira pour leur faire lâcher prise, Cette précaution n’est essentielle que pour les chenilles rases. On enlève les velues par le milieu du corps, avec une petite pince de fer appelée bruxelle.
On enferme ses chenilles (1) soit dans un rm
(4) M. Réaumur logeait les siennes dans des vo-
(195 ) bocal, soit dans une-boite, à l'abri du soleil ; le bocal se couvre d’un papier fort, percé de plusieurs trous, el lié avec un ruban pour contenir les prisonnières. La boîte a le plus souvent pour fond un morceau de gaze ou de marly, débordant tout autour, au travers du= quel on observe À merveille le travail des chenilles. On donne, deux fois par jour, trèsrégulièrement à manger aux chenilles des papil- Jons de jour, d'abord le matin, puis à midi: la nuit, elles dorment. Celles des phalènes mangent au contraire la nuit comme le jour: on change Jeur nourriture le matin et le soir. Le vase qui contient les chenilles a besoin d’être nétoyé au moins une fois tous les trois jours. Le tabac est leur poison : il faut prendre garde d'en laisser tomber sur elles. Enfin, quand la chenille paraît vouloir se métamorphoser, on évite de la remuer, de peut de la fatiguer: même après qu’elle a pris sa forme de chrysalide, on reste
encore cinq à six Jours sans y toucher.
Sa LT PER LL RES
lières dont le grillage offrait la distance d’un fil d'archal ordinaire : le fond en était de gazon placé sur une épaisse couche de terre contenue dans une cuve carrée de maçonnerie.
Pour se procurer quantité de chenilles, on
tient d'une main un parasol ouvert et renversé;
de l’autre, on bat les branches des arbres ou
des plantes avec le manche de son filet. Toutes
les chenilles tombent alors sur le parasol : on choisit les plus belles, on détruit les autres.
Chasse» du Papifton.
On trouve des papillons dans tous les mois de l’année: les mois de juin, de juillet et d'août sont cependant les plus favorables pour la chasse. : Que le temps soit nébuleux ou froid, aucun insecte ne paraît, les airs restent inanimés ; que le ciel soit pur, que le soleil brille, les papillons remplissent les jardins, peuplent toutes les fleurs. .
Un chasseur doit emporter avec ses filets des boites de plusieurs dimensions, des aiguilles  une pince, une bruxelle. Ses filets varient de forme et de grandeur : tantôt c’est un petit filet double qu'il tient d’une main, tantôt l'échiquier commun, tantôt le filet simple, en forme de poche, ou bien de grandes raquettes circulaires . à manches, dont on doit l'invention aux Allemands,
Les papillons ont une excellente vue, l'ombre
- Jes effarouche ; le chasseur évite donc de leur
(ais PE
en laisser apercevoir; il tâche sur - tout de les
prendre toujours par derrière. S'il manque sa
. proie, il demeure immobile. Quelquefois le pa=
pillon revient près du filet, sans défiance, tandis qu'il prend la fuite sitôt qu'il s'aperçoit que le
‘chasseur court après lui.
Le papillon pris, on l'arrète dans le filet en lui appuyant un doigt sur le dos ou sur le ventre, ,
En vain de son aile inactive Il veut déployer les ressorts, Le doigt jaloux qui le captive Fait échouer tous ses efforts.
On lui donne ensuite un léger coup sur la tète
pour l’étourdir, et même on lui presse le corcelet
avec la bruxelle. Affaibli de la sorte, il ne peut guère se débattre. Au surplus, on le pique avec une aiguille (1).
On doit toujours avoir deux sortes de boîtes;
DR EEE SET
(1) Les aiguilles surmontées de cire d'Espagne
et graissées de suif, de pommade, sont préférables
aux épingles : elles font des trous moins larges et piquent mieux le bois.
( 196 ) l’une sert à placer provisoirement les papillons ämesure qu'on les prend; l’autre, à conserver la collection ; toutes deux seront d’un fort carton ou d’un bois léger, et fermant hermétiquement : le fond de la boîte sera couvert ou d'une table de liège unie, ou d’une couche de cire jaune d'un pouce d'épaisseur, qu’on coule étant fondue.
S'il arrive que, faute de boîte, un chasseur ne puisse piquer son papillon, il l’étouffera d'abord en lui pressant le corcelet avec sa bruxelle; ensuite il le placera , les ailes étendues, entre deux feuillets d’un livre, ou de papier simple. On fait des envois de papillons de cette manière,
Le papillon $âte ordinairement ses ailes en se deébattant, soit contre le couvercle, soit contre le fond de sa boite. Le chasseur doit toujours placer son aiguille , non pas au milieu du corcelet, mais de côte. Le papillon ainsi assujéti latéralement sur le fond de la boîte, ses quatre ailes appliquées les unes contre les autres, reste bien forcément immobile. Il meurt enfin dans cette position, sans avoir rien perdu de sa beauté. Le soufre est employé avec succès pour tuer les papillons ; leurs couleurs n’en sont point altérées.
Le papillon une fois mort, on le retire de la boîte de chasse pour le placer dans la boîte de collection : il ne faut pas attendre qu'il commence à se dessécher.
On retire son aiguille; on ouvre les ailes en piquant cette fois le dessus du corcelet; dès que le papillon est fixé au fond de la boîte , on étend ses ailes et ses membres à l’aide des bruxelles de cuivre : il ne faut ni les forcer ni les plier contre nature. Le papillon doit paraitre vivant : au-dessous de lui, on place un morceau de carte avec un numéro; ce numéro se rapporte à une liste de papillons qu’on fait à mesure que la collection augmente. On écrit , à la suite de ce numéro, ce qu'on sait de l’histoire du papillon.
Il faut du goût pour disposer avec art, dans la boite de collections, le mélange des couleurs de tous les papillons qu’on possède. Les papil- Jons de nuit, dont les nuances sont peu vives, demandent à être placés sur un fond blanc.
On peut, avec quelque soin, garder des papillons pendant plusieurs années , mais il ne faut les exposer ni à l'air, ni à la clarté du soleil, Le soleil détrnit en peu de mois leur couleur ; l'air les consume aussi promptement. Les pa-
pillons rouges ou verts s'altèrent même à un
(x98 ) trop grand jour. Aussi en Hollande, en All: magne, les amateurs ont-ils leurs collections bien fermées dans des tiroirs, ou s’ils les exposent contre les murs de leurs cabinets, c’est toujours en ayant la précaution de les couvrir d'un rideau.
Certains amateurs dessèchent des chenilles ; d'autres impriment des papillons. L'une et l’autre de ces opérations est infiniment curieuse etutile : elle dégage les insectes de la partie matérielle et grossière de leur être. Des chenilles deviennent. susceptibles de se conserver comme tous les oiseaux qu'on fait empailler. Les papillons fixes sur le papier, sans aucune altération de couleurs , n’ont plus rien à craindre des insectes qui en voulaient à leur corps; ils offrent d’ailleurs un coup-d’œil bien plus ravissant. Une collection de papillons imprimés a l'avantage d’être portative.
Je termine ici cette esquisse de l’histoire des papillons, me réservant de l’étendre, plus tard, d’une manière importante , si le public daigne accueillir ce premier essai avec indulgence.