L'APOLLON
donc pondus plus tôt que chez nous, et les chenilles éclosent déjà en automne de la même année. Par contre, dans les hautes altitudes et les régions plus froides, tout le développement de l'insecte étant retardé, l’on peut voir voler notre PARNASSIEN jusqu'à fin septembre. |
Ce beau papillon varie dans la forme et la grandeur de ses taches qui, parfois, sont énormes, d’autres fois très petites. Les ocelles rouges peuvent être dépourvus de points blancs et le cercle noir qui les entoure varier beaucoup de largeur. Mais 1l est deux aberrations encore plus étranges que nous ne pouvons passer sous silence : ce sont la variété FLAVOMACULATA (Dek.) où les taches rouges sont jaunes, et la variété FUMATA (Roug.) où le corps et les ailes entières, sauf les taches rouges et leurs points blancs, sont envahis par un voile gris brun sombre.
Sur la face inférieure des quatre ailes, la membrane est complètement à nu et luisante. Elle n’est ornée d’écailles que vers la base et sur les taches rouges et noires, ce qui est un cas à peu près unique parmi les papillons. La face supérieure, elle, est bien recouverte d'écailles, mais celles-ci sont posées les unes à côté des autres sans se toucher et non pas rangées comme les tuiles d’un toit, ainsi qu'il arrive habituellement. Il s'ensuit que l'aile entière paraît légèrement translucide, et le long de la marge extérieure où les écailles sont remplacées par de fins et minuscules poils clairsemés, l'aile est luisante et presque transparente.
Chez tous les PARNASSIENS, le corps de la femelle, qui est plus noirâtre et moins poilu que celui du mâle, se termine par un curieux appendice, une sorte de poche ou valvule cornée, dont on ne connaît pas encore exactement la fonction.
Plusieurs espèces voisines de l’APOLLON fréquentent les mêmes lieux et se rencontrent surtout dans les Alpes, mais elles sont toutes plus petites que lui.
La Préride pu CHou — Pieris brassicæ L.
Femelle et mâle, grandeur naturelle, posés et butinant. Femelle, grossie deux fois, posée et butinant.
La Galéope ladane — Galeopsis ladanum L.
Preris (Schrk.) brassicæ (L.) — LE PAPILLON DU cHoU
OILA, à n’en pas douter, le plus connu des Lépidoptères, même des espèces diurnes. Tout le monde l'a vu voler de mars à octobre, mais surtout en mai, juillet et septembre,
dans les champs, les prairies, les jardins; chacun connaït sa chenille que l’on trouve partout où se cultivent les choux, du commencement de l'été à la fin de l'automne et jusqu'au premier printemps, mais surtout en juin et en août. Bien des personnes ont même remarqué ses œufs qui sont disposés en plaques de cinquante à deux cents individus, rarement en petits groupes, sous les feuilles. Si l'on exa- . mine de près ces œufs d’un jaune orange pâle, on est émerveillé de leur structure : ce sont de petits tonnelets coniques placés debout et dont le sommet est aplati. Ils sont ornés de quinze à vingt côtes verticales, entre lesquelles la paroi de l’outre est striée transversalement. Ces œufs sont rangés les uns à côté des autres, un peu comme des cellules d’abeilles. Si l’on se met en observation devant l'une de ces pontes, surtout dans un champ où elles sont nombreuses, on peut voir insecte élégant et minuscule, noir avec les pattes rousses, de 3 à 4 millimètres environ de longueur, se poser sur elle, ie l'extrémité de l'abdomen sur le sommet d'un œuf et y enfoncer sa tarière. Or cet insecte est un hyménoptère, le microgaster ou apanteles glomeratus. Linné le connaissait déjà, et de nombreux auteurs l'ont signalé, plus tard, comme parasite de la CHE- NILLE DU CHOU. Mais tous pensaient que l'ennemi de la PIÉRIDE déposait ses œufs, comme beaucoup d’autres ichneumons, dans le corps de la chenille où ses vers devaient vivre. Or il n’en est rien, et c'est au grand naturaliste français, J. H. Fabre, que l’on doit la découverte des vraies mœurs de cet insecte. Grâce à son inlassable patience, le savant s’aperçut que l’ichneumon pond ses œufs dans les œufs mêmes du papillon; et ce qui est extraordinaire, c'est que le micro-
gaster n'enfonce pas dans un œuf de papillon un seul germe ou deux ou trois, mais jusqu à vingt, quarante, cinquante et même soixantecinq. De plus, non seulement il arrive à loger dans une seule semence animale une telle quantité de ses propres œufs, mais il les place de telle façon que ceux-ci n'incommodent nullement l'être minuscule qui se développe dans le joli coffret. Une ou deux semaines après la ponte de la PIÉRIDE, des œufs infestés, comme des autres, sortent de petites chenilles, longues de 2 millimètres, d'un jaune orange pâle, couvertes de poils blancs et munies d’une grosse tête noire. Ces chenilles commencent, avec leurs compagnes, à ronger la coque de leurs œufs, puis elles attaquent la feuille du chou. Elles subissent quatre mues, et, au bout de quelques semaines, elles atteignent, comme les autres, 3,9 à 4,3 centimètres de long. De même que leurs sœurs indemnes, elles sont d'un gris vert bleuté ou jaunâtre, avec trois lignes longitudinales jaune citron, entre lesquelles de nombreux points noirs, légèrement saillants et de différentes grosseurs, ornent la peau. Lorsque les chenilles contaminées ont enfin atteint leur taille définitive, elles se mettent, avec leurs semblables, à errer longuement, cherchant un mur, une palissade ou un tronc, pour y subir, bien à l'abri sous une saillie, leur métamorphose. Elles parviennent encore à étendre, sur l'emplacement choisi, le tapis de soie qui doit servir de point d'attache aux amarres de la chrysalide; mais c'est avec une nonchalance marquée qu'elles exécutent ce travail, et, vers le soir, on voit soudain surgir du flanc de la chenille ou de son ventre un petit asticot fusiforme et blanc, puis un deuxième, un troisième, un dixième, un vingtième. À peine au jour, les vers se mettent à filer, et entassent, en une masse informe et compacte, à côté ou autour de la bête qu'ils ont vidée, leurs petits cocons allongés, de 4 à 5 millimètres de long, d’un jaune clair. La pauvre victime, émaciée et pantelante, ne tarde pas à mourir, et deux semaines plus tard, de tous ces cocons, sortent d' agiles petites guêpes qui, malgré leurs mœurs sauvages, sont de précieux auxiliaires pour l'homme, plus efficaces,
hormis les oiseaux, que presque tous les moyens que nous employons pour détruire les chenilles. Ajoutons que les larves de l’hyménoptère ne mangent pas, à proprement parler, leur hôtesse; elles en sucent les humeurs, elles en boivent le sang, respectant avec soin tous les viscères, les nerfs et les muscles. Mais malgré cela, on reste abasourdi devant cette horde grouillante qui sort d’une seule chenille, et l’on comprend encore moins comment, avec une telle population dans les flancs, la bête a pu sortir de son œuf, subir ses différentes mues et achever sa croissance.
La plupart de ces observations étant tirées des récits de Fabre, nous invitons chaleureusement nos lecteurs à lire les trente pages captivantes que cet illustre et vrai savant a consacrées à notre bestiole et à ses parasites, dans le dixième volume de ses « Souvenirs Entomologiques », p. 399 à 428. C'est encore à Fabre que nous empruntons la liste des crucifères sur lesquelles, à part toutes nos variétés de choux, on peut trouver notre chenille, bien que beaucoup plus rarement : la fausse roquette, la moutarde blanche, le pastel, la ravanelle, le lépidium drave, l’ herbe au chantre. Elle mange aussi des capucines.
La chrysalide, qui mesure 2,6 centimètres de longueur environ, est fixée à son support de la même manière que celles du Flambé (p. 19) et du Machaon (p. 25), avec la tête en haut. Elle présente plusieurs angles assez vifs et une pointe dirigée en avant, sur la tête. D'un gris vert jaunâtre, bleuté ou blanchâtre, elle est marquée d’un bon nombre de taches et de points noirs, et donne naissance au papillon après deux ou trois semaines. Souvent c’est la chrysalide qui passe l'hiver, car, dans la plaine, deux ou trois générations se succèdent en une année.
L'envergure du papillon, suffisamment connu pour qu'il soit superflu d'en parler plus en détails, varie entre 6 et 7 centimètres. Le dessous des ailes est souvent plus coloré que sur notre planche, parfois presque jaune ocre.
L'AURORE — Anthocharis cardamines L.
Femelle, grandeur naturelle, posée. Mâle, grossi deux fois, posé.
L'Hépatique à trois lobes — Hepatica triloba. Ch.
Feuilles sèches de Hêtre des bois — Fagus
silvatica L.