L'APOLLON
bête qu'aux endroits où foisonne cette crassulacée, sa nourriture favorite. A l’occasion, elle attaque pourtant aussi le grand 4 sédum reprise» (sedum telephium), la « joubarbe des toits » (sempervivum tectorum) ou les saxifrages, mais ces diverses plantes ne croissant pas en général en grande abondance, force lui est de se rabattre toujours sur l'orpin blanc.
Or cette intéressante chenille toute noire n'est autre que la larve d'un papillon presque tout blanc, l'APOLLON. Une fois arrivée à sa taille définitive, elle se cache sur le sol, entre des feuilles sèches ou des pierres, sous les plantes de sédum, et, protégée par un lâche réseau de soie, se transforme en chrysalide. Chose curieuse, celle-ci mesure à peine la moitié de la longueur de la chenille, soit 2 centimètres environ, et 1l doit en sortir un papillon très grand, un des plus grands de notre faune diurne, dont l’envergure varie entre 7,6 et 8,5 centimètres. Mais si la chrysalide est courte, elle est épaisse, arrondie et très large « d'épaules ». Lorsqu'elle vient de subir sa mue, elle a l'abdomen jaune verdâtre, tandis que le thorax et les ailes sont brun rouge. Bientôt cette dernière couleur envahit le corps entier, et enfin celui-ci se recouvre, à l'instar des chrysalides de Cordons (page 355) que nous étudierons plus tard, d’un fard opaque et bleu lilas pâle. Le papillon éclôt généralement au bout de deux à trois semaines, exceptionnellement, s’il fait très chaud, après huit jours; s’il fait froid, après cinq, six et même sept semaines. D'un vol peu rapide et assez lourd, il parcourt les pentes abruptes de rochers, les éboulis, les coteaux rocailleux, et se pose fréquemment sur les fleurs des scabieuses, des chardons ou même des sédums. C'est là que le matin on le trouve endormi. Au Jura, il vole surtout en juillet; mais on le voit déjà en juin et jusqu'en août. Les femelles pondent des œufs qui passent l'hiver pour éclore en février, mars ou avril de l’année suivante. Les chenilles atteignent leur complet développement en mai ou au plus tard en juin. Au Tessin où l'APOLLON est commun aussi, il peut arriver qu'il apparaisse déjà en avril et souvent en mai. Les œufs sont