LE PTÉROPHORE
PreropHorus (Wall. Geof.) pterodactylus (Hb. Fab. Steph.) ou monodactylus (L.) — LA PTÉRODACTYLE
OUS les papillons que nous avons étudiés jusqu'ici font partie du groupe des Macrolépidoptères ou Grands Lépidoptères, mais 1l reste encore un second groupe, renfermant des espèces
généralement beaucoup plus petites, dont un bon nombre n'atteignent même pas un centimètre d'envergure, et qu'on a appelé, pour cette raison, les Microlépidoptères ou simplement les Micros. Or, les représentants de ce groupe, malgré leur petite taille, sont fort nombreux en espèces : on en compte environ trois mille en Europe. Ils sont, de plus, ornés habituellement de belles couleurs, de plaques dorées, argentées ou cuivrées, de taches blanches, jaune orange, rouges, violettes, etc. Enfin, eux et leurs chenilles ont des mœurs ‘très variées et intéressantes.
En conséquence, nous n'avons pas voulu terminer cet ouvrage sans y faire figurer au moins un représentant de cet important groupe, et nous voulons en quelques lignes donner un aperçu des principales sections qui composent ce dernier.
On a partagé les Microlépidoptères en quatre sections principales : les Pyralides, les Tortricides, les Tinéides et les Ptérophorides.
a première section, celle des Pyralides ou Pyralo-Crambides, renferme de nombreux papillons. Ce sont les plus grands des Micros et ils ont même une certaine analogie avec les Géomètres, puisque c'est avec ces derniers que Linné les avait rangés. Bien des auteurs se refusent encore à les classer parmi les Microlépidoptères. Citons dans ce groupe une espèce fort belle à l'état de papillon et intéressante sous forme de chenille, l'Hydrocampe du nénuphar (Hydrocampa ou Nymphula nymphæata L.). C'est un charmant papillon, variant pour l'envergure des ailes entre 2 et 2,5 centimètres. Il est d'un blanc nacré avec un réseau de bandes Lans les ss noires, saupoudrées de
jaune, partageant le fond blanc en un certain nombre de taches, de formes et de grandeurs variées. Les ailes sont assez larges et arrondies, surtout les inférieures, et ornées d’une belle marge brun doré. Ce papillon se tient au bord des fossés et des étangs et sa chenille vit dans l'eau, se nourrissant de diverses plantes aquatiques, telles que les lemnas, les stratiotes, les callitriches, mais surtout les potamogetons et les nymphéas. Elle se tient en général sous les feuilles, dans une sorte de fourreau transportable qui la fait ressembler à une larve de phrygane. Ce fourreau ou étui est fait de deux morceaux ovales découpés par la chenille dans une feuille et étroitement soudés entre eux par les bords. Une extrémité seulement reste fendue et livre passage à la tête et au thorax de la bête, lorsque celle-ci veut circuler ou manger, et se referme presque hermétiquement quand le propriétaire se retire dans ses appartements. — D'autres Pyralides ont des chenilles terrestres, se nourrissant de plantes ou bien de cire d'abeille, de farine, de légumes secs, etc.
Viennent ensuite les Tortricides ou T'ordeuses, ainsi appelés parce que la plupart des chenilles, passant leur existence sur des arbres, des buissons ou des végétaux quelconques, ont l'habitude de s'enfermer dans une feuille qu'elles enroulent sur elle-même, en en fixant les bords avec de la soie. D'autres vivent dans la tige et même les racines de certaines plantes, dans les fleurs, enfin dans les fruits, spécialement ceux de nos vergers et même dans les cônes des sapins. C'est dans ce groupe que se rangent les trois espèces si connues des vignerons parce qu'elles sont fort nuisibles en attaquant les fleurs et les jeunes fruits de la vigne, la Pyrale de la vigne (Tortrix ou Œnophthira pilleriana Schiff.), la Teigne des grappes (Conchylis ou Scoparia roserana Frôl ou ambiguella Hb.) et la Cochylis de la vigne (Cochylis ou Tortrix vitisana Aud. ou reliquana Treits.). La première variant de 2 à 2,5 centimètres d'envergure est un joli papillon jaune à reflets dorés, présentant sur les ailes supérieures quelques taches brunes. Sa chenille d’un vert plus ou moins jaunâtre, avec la tête et le cor-
selet brun luisant, est un des plus grands fléaux des vignes car elle y. apparaît quelquefois en nombre considérable : on a compté jusqu à cent soixante chenilles sur un seul cep.— La Cochylis de Roser ou Zeigne des grappes mesure 1,4 à 1,5 centimètre d'envergure. Elle a les ailes supérieures jaunes et Dci pen à petites taches argentées et les inférieures gris perle. Sa chenille est plus épaisse que la précédente et grisâtre ou rose violacé. Elle apparaît deux fois dans l’année.— La Cochylis de la vigne n ’a que 1,2 à 1,3 centimètre d'envergure.
Elle a les ailes supérieures grises, osilié-e de jaune rougeâtre. Elle est moins commune que les autres. — C'est ici que se place également l'Argyroploce de la spirée (Argyroploce siderana Tr.), ce ravissant et mignon Lépidoptère noir et jaune avec des taches violettes un peu argentées, que l’on trouve à la lisière des forêts, aux endroits où abonde la belle spirée aronce ou reine-des-bois. — Dans cette section nous avons aussi le Carpocapse des pommes (Carpocapsa pomonana Schiff. ou pomonella L.) dont la chenille, vulgairement appelée 4 ver des pommes », peut être très nuisible dans nos vergers.
Dans la section des T'inéides ou T'eignes sont placés tous ces petits papillons si communs dans les maisons et les pelleteries et vulgairement appelés teignes, mites ou gerces. Leurs chenilles, trainant après elles un fourreau protecteur, s’attaquent surtout aux étoffes de laine et aux fourrures. — Dans cette même division se trouvent encore les Hyponomeutes, dont les larves vivent en colonie dans un tissu de soie sur les haies et les pruniers. Les papillons sont blancs, pointillés de noir.
Enfin viennent les Ptérophorides, si reconnaissables à leurs ailes divisées en lanières ciliées plus ou moins nombreuses, ressemblant à des plumes. Chez les Ptérophores proprement dits, l'extrémité de l'aile supérieure est fendue en deux, et l'aile inférieure est faite de trois plumes. Chez les Ornéodes, formant une subdivision des Ptérophorides, souvent considérée comme une cinquième section des Microlépidoptères, au même titre que les quatre autres, chacune des quatre
ailes se divise en six lanières ciliées. Les Ptérophores, parmi lesquels se range l'espèce figurée ici-même, se tiennent dans l'herbe des prairies et des clairières, suspendus aux fins épillets des graminées. Ils volent parfois de jour, mais surtout le soir, butinant sur les scabieuses ou toute autre fleur. Leurs chenilles sont poilues, presque toujours vertes, avec une petite tête noire. Elles se tiennent à découvert, — même en plein jour si le soleil est caché, — sur les rosiers, mais surtout les liserons — c’est le cas de notre PTÉRODACTYLE — et l'ononis rampant ou bugrane dont elles rongent le sommet des tiges. Leurs chrysalides, légèrement poilues et colorées comme la larve, sont suspendues par le bout de la queue sous une feuille, vers la base des plantes : elles ressemblent un peu aux chrysalides des Papillons de jour.
Les Ornéodes, ces tout petits Lépidoptères qu ‘on voit très souvent dans les maisons, surtout celles qui se trouvent à la campagne, se distinguent des Ptérophores proprement dits en ce qu'ils ont les quatre ailes divisées en un nombre égal de lanières ciliées, et qu'ils tiennent au repos toutes ces plumes régulièrement étalées autour d'eux, comme un éventail ouvert. Les Ptérophores, eux, ainsi qu'on le voit sur l’image, cachent presque toujours, dès qu'ils se posent, les lanières de l’aile inférieure sous le couvert de la paire supérieure, dont les bords se replient même un peu en dessous, enfermant les délicates plumes dans une sorte d’étui.
Les larves des Ornéodes vivent dans les boutons de certaines plantes et de quelques buissons, surtout les lonicéras.
Ajoutons encore, en terminant, que la plupart des chenilles de Microlépidoptères, — sauf celles des Ptérophorides et toutes celles dont le corps est protégé par un étui, — s ‘esquivent rapidement à reculons dès qu’on fait mine de les saisir. Cette habitude permet de distinguer immédiatement une larve de Micro d'une chenille de Macrolépidoptère.