‹ Les papillons dans la natureChapitre 18 sur 133 · LE SOUFRÉ · texte numérisé non relu

LE SOUFRÉ

supérieure, deux gros points noirs, sur l'inférieure deux macules orangées. Le Souci, lui, comme son nom l'indique, est du même jaune orange que la fleur des vieux jardins, et cela chez le mâle comme chez la femelle: celle-ci présente seulement quelques taches claires dans la marge sombre.

Le SOUFRÉ est, chez nous, le plus commun de tous les Colias. On le trouve surtout en août-septembre et jusqu'en octobre, mais quelquefois aussi, dans la plaine, sous forme d'une première génération, en mai et juin. Il parcourt les champs, les prairies, les jachères, d'un vol rapide, se posant sans cesse sur les fleurs, la marjolaine et les trèfles en particulier. Le mâle varie entre 4,9 et 5,4 centimètres d'envergure, la femelle entre 5,2 et 5,6. Souvent le premier a le jaune des ailes plus terne et plus clair que sur notre planche, quelquefois même blanchâtre comme la femelle. Celle-ci peut avoir les ailes jaunâtres ou même jaune soufre; mais ces variétés extrêmes sont très rares.

Les œufs sont blanchâtres ou jaunes, allongés et placés debout. La femelle les pond isolément sur l’hippocrépide, le lotier, les vesces, les coronilles, les trèfles, la luzerne et le cytise. La chenille éclôt après six Jours et atteint, au bout d'un mois environ, 3,8 centimètres de long. On la trouve en juin et juillet, puis de septembre à avril. Elle est veloutée, d’un vert bleu et sombre ou vert herbe, avec quatre lignes longitudinales orangées et des points noirs. Elle est recouverte de poils fins et très courts.

La chrysalide est, comme celle de l’ Aurore (p. 43), pointue aux deux extrémités, mais elle n’est pas arquée. Verte, avec une ligne jaune sur le côté, elle pendille, suspendue par la queue, tandis qu'un fil distendu et lâche, fixé au support, l’enlace au niveau du thorax.

LE CITRON — Rhodocera rhamni L. Mile, grandeur naturelle, au vol. Femelle, pondant un œuf sous la nervure médiane d’une feuille naissante, grossie deux fois.

Le Nerprun bourdaine — Rhamnus frangulaL.

Feuilles sèches de Hêtre des bois et de Chêne rouvre.

Ne

RuopocerA (Bsd.) ou GONoPTERYX (Leach. H.) rhamni (L.) — LE LiMON

EGARDEZ ce petit être remuant, leste et pressé, qui, d'un vol rapide, saccadé, plein de vie, tel un enfant sautant de joie dans la campagne, passe. et disparaît bien vite. Que

cette note Jaune est gaie, qu'elle est belle, bienfaisante à contempler sur ce fond gris des bois, ce roux des feuilles mortes et ce vert des prairies; et comme la vivacité de ce charmant insecte fait contraste avec les bourgeons encore fermés, les oiseaux silencieux, les bestioles endormies! Regardez comme il a de la peine à contenir son bonheur, l'innocent papillon! Il est pourtant bien seul parmi la gent insecte, et les oiseaux aux aguets, qui, eux, n’ont pas dormi pendant l'hiver, dont l'appétit est toujours en éveil, risquent fort de l’attraper. Mais il s’en inquiète peu; le soleil est étincelant, le printemps va venir et il vole, il vole encore, insouciant et joyeux. De temps à autre il s’arrête, choisit un coin bien abrité, s'applique sur les feuilles sèches, et là, — oh! que c’est délicieux! — 1l se chauffe au soleil; 1l étale ses grandes ailes pour exposer son dos soyeux aux rayons bienfaisants, car 1l faut que tout son être Jouisse de la caresse vivifiante… Prrrrt, le voilà parti; 1 ‘engourdissement de l'hiver a duré longtemps et maintenant que la vie revient, que le soleil brille, il faut en profiter. Bientôt, grâce à ce même soleil, les bourgeons vont éclater, le nerprun, essence seule choisie pour le dépôt des œufs, va pousser comme les autres, et, dès lors, il faudra se mettre à l'œuvre; il faudra pondre et pondre encore, parcourir bois et coteaux pour découvrir les plantes rares et parfois fort distantes de ce joli buisson aimé, puis. 1l faudra mourir.

Mais les alouettes viennent de se rapatrier; donc, cher et beau CITRON, tu as du temps devant toi : vole, vole seulement, donne-t'en à cœur Joie, accomplis ainsi l'ordre du Créateur et ne t "inquiète pas si tu es mal jugé. D’aucuns trouveront, sans doute, que tu ignores le sérieux de la vie, que tu ne penses qu'à f nnes à voleter, à danser. ;

ne t'en mets pas en peine : Dieu t'a dit de voler et tu voles, Il t'a donné de grandes ailes recouvertes de multiples écailles, d'un jaune exquis, tu les emploies et tu les montres, tu fais ce qu'Il t'a dit de faire, tu ne fais rien d'autre et c’est là ton secret. C'est pour cela que ta Joie déborde, et qu'elle éclate à chaque battement de tes ailes agiles; et cette joie envahit la forêt, les buissons, les grands chênes qui frémissent sous la caresse du vent, elle se communique aux oiseaux que ta gaieté encourage à chanter, aux hommes que tu charmes et qui te portent envie. Ah! dis-leur à ces hommes, faits comme toi pour être heureux et qui sont dans la peine, dis-leur que ton Créateur est leur Sauveur, qu'Il les a tous aimés, qu'Il voudrait leur bonheur, que, sur la Croix, Jésus-Christ a porté le péché, la souffrance, et que, dans sa Sainte Parole, Il donne le vrai, le sûr, le seul Remède. Demandeleur pourquoi, cherchant tous le bonheur, ils en négligent le seul Chemin; dis-leur que si la vie leur est à charge, c’est parce qu'ils sont sortis du plan glorieux que Dieu avait conçu pour toute la race humaine et supplie-les d'y rentrer au plus vite. Ils seront alors comme toi, heureux de vivre et prêts à mourir, parce que, comme toi, ils feront ce que Dieu leur dit de faire et ne feront rien d'autre. — Et toi, beau papillon, continue à voler, à égayer la forêt, continue à jouir du soleil et de la vie, et dès que le nerprun montrera ses tendres feuilles, tu te hâteras d'aller pondre tes œufs jaunes ou vert clair sous ces feuilles oblongues, portées par des tiges minces et noires.

Ah! qu'ils sont jolis les petits œufs jaunes, semi-translucides de notre beau CITRON! Ils se tiennent debout contre la nervure médiane de la feuille et sont si adhérents que la pluie même ne peut les détacher. C’est en avril ou mai qu'on peut surprendre la femelle occupée à la ponte. Elle s'agrippe aux bourgeons du nerprun bourdaine ou du nerprun purgatif, parfois du nerprun alaterne (Rhamnus frangula, cathartica et alaternus) — qu'elle sait reconnaître malgré leur rareté parmi les nombreux buissons de nos haies, — elle fait sortir de sa cachette entre les larges ailes, son abdomen velouté, et, en le recour-

bant, colle ses œufs, à raison de un ou deux par bourgeon, sous les petites feuilles naissantes, ainsi qu'on peut le voir sur la planche ci-Jointe.

Les chenilles issues de ces œufs vivent en mai et juin. On en trouve parfois jusqu'en juillet et même en août. Elles sont allongées, un peu aplaties en dessous, et d'un beau vert mat, présentant une ligne blanche sur les flancs. Elles sont légèrement pubescentes et atteignent 4,5 à 5 centimètres de long: elles se transforment en une étrange chrysalide d’un vert brillant ou jaunâtre, fixée à une branche par l'extrémité du corps et la taille. Les fourreaux des ailes font, sur la poitrine, une forte saillie qui reporte la tête en arrière, assez loin du support. Au bout de quinze jours, soit en juillet, août ou septembre, le papillon éclôt. On le voit voler jusqu'en octobre sur les fleurs, dans les jardins, où il visite avec assiduité les pois de senteur, les œillets de poète, les flox, etc. En automne, il s’engourdit et passe l’hiver près du sol, bien caché dans un buisson touffu, de préférence une plante ou un arbuste à feuilles persistantes. Dès le mois de février ou de mars, quelquefois même en janvier, si le soleil est chaud, il sort de sa cachette et vole dans la campagne.

Dans la plaine, les nouveaux papillons de l’année se montrent en juillet, ce qui leur permet souvent d’engendrer une deuxième génération jusqu à la fin de l'été. Dans ce cas, la chrysalide na pas toujours le temps d ‘éclore avant l'hiver et parfois c’est elle qui doit affronter la mauvaise saison.

La THÉCLA DU BOULEAU — Thecla betule L.

Femelle et mâle, grandeur naturelle, posés et butinant. Femelle, grossie deux fois, posée.

L'Aster amelle ou d'automne — Aster amellus L.

L'Epine noire ou Prunier épineux ou Prunellier — Prunus spinosa L.

Page 1