L'ARGUS BLEU CÉLESTE
LycÆnaA (Fab.) ou Cupipo (Schr.) bellargus (Rott. H.) adonis (Hb. F. S. V) LA LycÈNE BEL-ARGuS
E paisible vallon vient de passer par la tourmente : le tonnerre
a fait résonner les grandes roches, la pluie, en tombant avec force, a raviné les chemins; mais maintenant les nuages se sont dissipés et l'astre du jour brille à nouveau. Un arc-en-ciel encadre la montagne que voilent encore les dernières brumes de l'orage. Le soleil est plus chaud que jamais et petit à petit les chemins se dessèchent. Sur les bords cependant, ici et là, des flaques d’eau subsistent. Et voilà que de jolis petits papillons habillés de gris et de bleu s’y rassemblent déjà. Comment ont-ils pu supporter l'ouragan? Préservés on ne sait comment, les voici aussi gais et dispos que si rien ne s'était passé; ils semblent, au contraire, ravis de l’aubaine que l'orage leur a fournie. À qui mieux mieux, ils allongent leur trompe flexible, qui d'ici, qui de là; ils aspirent avec délice l’eau distillée. A l'instar d'un frileux qui se frotte les mains près du fourneau, ils se frottent les ailes, eux, les petits papillons, tant ils sont contents du bon soleil qui les réchauffe. Ils sont si occupés qu'ils se déplacent à peine. Mais voici que soudain, tel un dernier éclair de l'orage, une bergeronnette Jaune surgit; elle arrive sur les lieux comme une flèche, happe au passage une des charmantes Lycènes et file avec sa proie, aussi prestement qu elle est venue. Elle a passé très vite, elle est déjà bien loin; mais comme un coup de fusil éparpille les moineaux, son apparition a réveillé brusquement tous les papillons bleus. Quel essaim, quel tournoiement, quel papillotement! Tout à l'heure, ils paraissaient peu nombreux, leurs ailes fermées se confondant avec les gris du sable et des cailloux; maintenant ils sont deux douzaines au moins qui tourbillonnent au-dessus de la route, faisant étinceler le bleu de leurs ailes soyeuses. Mais l'émotion, si grande soit-elle, ne laisse jamais dans un (cœur » de papillon une impression bien durable :