LE GRAND MARS CHANGEANT
lent la soie de leur costume, pas même le blanc impeccable de leur ventre soyeux.
C'est de juin à août, mais surtout en juillet, sur les chemins de forêts, le long des lisières, dans les gorges riantes qu'on voit voler ces beaux papillons. Le matin, ils sont presque toujours à terre, en quête d’eau ou de fiente; l'après-midi, on les voit tournoyer autour des arbres, survoler les chemins à une certaine hauteur.
La femelle, beaucoup plus rare que le mâle, est brune, sans reflets irisés. Elle pond ses œufs isolément, en août, sur les feuilles du saule, généralement le saule marsault et le plus souvent sur des buissons peu élevés. Au bout de quinze jours déjà, de petites chenilles brunâtres en sortent; mais elles grandissent à peine jusqu'à l'hiver et s’engourdissent aux premiers froids. Âu printemps, elles se réveillent et se mettent à manger, elles deviennent grandelettes, verdâtres, et se tiennent sur les feuilles, aux endroits ombragés, fortement cramponnées à la nervure médiane. Elles atteignent leur taille en juin, c'està-dire 4 à 5 centimètres de long et présentent alors, sur un fond d'un beau vert, un pointillé de jaune et des traits obliques de cette même couleur. Le corps est fuselé, plus gros en avant qu'en arrière et la tête est prolongée supérieurement par deux cornes, bifides à leur extrémité. Bientôt la chenille se fixe par le bout du corps à l’un des rameaux de son arbre nourricier et se transforme en une chrysalide bombée présentant une forte arête le long du dos et deux pointes à la tête. Elle est d'un vert pâle, souvent bleuté ou blanchâtre. Au bout de deux à trois semaines, le papillon en sort. Il est plus ou moins fréquent, suivant les années, et semble d'autant mieux effectuer son développement que l'année est plus humide. On le voit en outre plutôt dans la plaine que dans la montagne.
Le mâle mesure 6,8 à 8,3 centimètres d'envergure, la femelle 7,4 à 8,6 centimètres.
LE SYLVAIN AZURÉ — Limenitis camilla Schiff.
Mâle, grossi deux fois, posé et inspectant son domaine. Mâle, grandeur naturelle, volant au-dessus d'un chemin.
L'Epine noire ou Prunellier ou Prunier épineux — Prunus spinosa L.
Limeniris (Fab. Ochs.) camilla (Schiff. S. V.) ou rivularis (Scop.) ou sibylla (F.) — LE CAMILLE
feuille de lonicéra? Sa couleur, sa forme globuleuse, ses granulations régulières ornant tout l'hémisphère supérieur, enfin sa situation sur ce buisson, dans la clairière bien exposée au soleil, le font vite reconnaître : c'est l'œuf du SYLVAIN AZURÉ. La petite chenille qui en sort n’a que 2,3 à 2,5 mm. de long; elle présente une tête grosse et noire, un corps gris brunûâtre, et tout le long du dos, dix paires de verrues à peine marquées, d'un gris jaune. Après un premier repas prélevé sur l'enveloppe blanchâtre de son œuf, la bestiole s'apprête à goûter du lonicéra; mais elle est si minuscule qu’elle a beaucoup de peine à gagner le bord de la feuille dont la surface est légèrement velue. Enfin, elle y parvient et dès que ses premières bouchées lui ont donné suffisamment de force, elle commence à couvrir de soie la nervure médiane de la feuille. Elle renouvelle ce travail chaque jour, tout en dévorant le limbe à droite et à gauche de la nervure, se réservant ainsi une étroite passerelle tapissée de sole où elle se tient une bonne partie de la journée et d' où elle peut faire bombance sans danger de chute. Deux ou trois jours après, elle a déjà doublé de longueur et bientôt elle subit une première mue, puis une deuxième.
Mais voici venir l'automne et les feuilles du locinéra commencent à jaunir : elles ne pourront bientôt plus être consommées. Or dans ces circonstances, le vermisseau agit fort judicieusement : la feuille déjà entamée, il la parcourt en tous sens: 1l trottine le long du pétiole, il va jusque sur le rameau d’où sort la dite feuille, et tout en cheminant, comme le font les chenilles processionnaires, 1l dépose devant lui un fil de soie qui adhère au support. Bientôt, grâce à ces multiples attaches,
Qi est donc ce petit point vert clair qui brille au centre d’une
le pétiole se trouve fixé à la branche et lorsque les autres feuilles tombent une à une sous l’action des gelées, celle-ci ne bouge pas. Toutefois, la sève ayant cessé de lui communiquer la vie, elle se dessèche, elle se recroqueville et se referme sur la chenille. Lorsque les lèvres de la feuille se rapprochent à souhait, l’ingénieuse bête achève ellemême la fermeture de sa prison en la capitonnant de soie. Elle ménage un unique orifice qui doit lui permettre de s'évader au printemps, puis elle attend avec patience le retour des beaux jours. Lorsqu'elle est bien sûre que le chèvrefeuille a reverdi, elle sort tout émaciée et ratatinée de sa cachette et attaque la feuille la plus proche. Bien vite elle retrouve ses proportions et son port normal, et la croissance reprend. Elle se tient, entre ses heures de repas, sur le rameau, gris comme elle, avec l'extrémité postérieure de son corps relevée et la tête penchée en avant d’un côté de la branche. Une quinzaine de jours plus tard, elle passe par une troisième, dix jours après par une quatrième et dernière mue. Cette fois la robe de la chenille commence à se tenter de vert, et cette nuance devient même très brillante au bout de quelques jours. Les verrues que nous avons déjà remarquées tôt après sa sortie de l'œuf, se présentent maintenant sous la forme de deux tubercules charnus et épineux, placés sur chaque anneau, très proéminents sur les segments deux, trois, cinq, dix et onze, très courts, au contraire, sur les segments quatre, six, sept, huit et neuf. Tous ces prolongements et une rangée de petites verrues latérales, de même que la face ventrale et la tête sont d'un rouge vineux, pourpre ou rose. Une ligne blanchâtre court le long des flancs, séparant le vert du dos d'avec le rouge du ventre. La chenille ne relève plus maintenant l'extrémité postérieure de son corps, mais bien la partie antérieure à laquelle elle donne une courbure gracieuse en baissant la tête. Dix à douze jours après sa dernière mue, elle atteint 4 à 4,5 centimètres. Elle redevient brun jaunâtre et finalement se suspend à la branche même qui l’a vue naître, par le bout de l’abdomen, la tête placée en bas. Le lendemain, elle se transforme
en une chrysalide d'un gris brun assez terne et d'une forme bizarre, reconnaissable surtout au prolongement foliacé qui s'élève sur le milieu du dos. Douze à quinze jours plus tard, quatre semaines disent certains auteurs, la chrysalide devient noirâtre et le lendemain le papillon en sort. Il va rejoindre ses semblables, parcourir chemins et ravins et gorges ensoleillées. Regardez-le voler au-dessus du sentier bordé de buissons qui longe la forêt : protégé de la brise par la haie, tourné en plein midi, ce coin est une véritable étuve. Mais c’est précisément dans cette atmosphère surchauffée que le SYLVAIN AZURÉ se délecte et qu'il déploie tous ses charmes. À deux ou trois mètres au-dessus des pierrailles du chemin, il plane élégamment, les ailes grandes ouvertes. Tout à coup il s'arrête et sur une des feuilles de noisetier, d'épine ou de chèvrefeuille qui surplombent le chemin, il vient se poser, la tête tournée du côté du sentier qu'il inspecte et surveille comme si cette clairière aimée était faite pour lui seul. Qu'un rival, en effet, survienne, amant tout comme lui de ce site enchanteur, le propriétaire de fortune aussitôt s'élance et poursuit l'intrus. Mais ces instincts de possesseur jaloux, cette humeur quelque peu belliqueuse ne dénotent pas un mauvais caractère, c'est un moyen de plus quelanature emploie pour mettre en évidence la grâce et les charmes de ce beau papillon : immobile au bord de sa feuille de noisetier, les ailes à demi ou complètement relevées, il montre au passant la richesse incomparable de ses dessous d'ailes éclatants: maintenant, avec son rival, il exécute au-dessus de vos têtes des pirouettes sans fin : l’un tourne autour de l’autre et tous deux font jouer sous tous les angles et se profiler sur le ciel bleu leur impeccable damier noir et blanc.
Dans le Jura et d’une manière générale à la montagne, ce papillon n'apparaît qu'une fois l'an, de juin à août, spécialement en juillet. Dans la plaine ou le midi, où il n’est pas rare non plus, le beau SYL- VAIN AZURÉ apparaît en mai et Juin, puis une seconde fois en août et septembre. Il varie entre 5,7 et 6,5 centimètres d'envergure, la femelle étant plus forte que le mâle, mais de même couleur.
Le GAMMA — Vanessa c-album L. Mâle et femelle, grandeur naturelle, posés et butinant (génération du printemps). Mâle, grossi deux fois, au repos (génération d'automne).
(On trouve parfois en même temps que la génération du printemps, des exemplaires isolés de celle d'automne qui ont passé l’hiver.)
La Viorne lantane ou mancienne — Wiburnum lantana L.
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VANESsA (Fab. L.) ou PoLyconIA (Hb.) ou GRAPTA (Kirby) c-album (L.) ou gamma (H.) — LE PAPILLON-C ou LE C-BLANC
OICI le C-BLANC! ce nom ne suffit-il pas, à lui seul, à faire reconnaître aussitôt le papillon qui porte cette lettre d'argent incrustée dans du velours brun ou fauve? — On ne pourrait
s'y méprendre, même si l’on devait chercher le C-ALBUM au milieu de nombreuses espèces. Le nom de GAMMA s'explique aussi, le signe blanc ressemblant parfois à la forme majuscule de la troisième lettre de l'alphabet grec.
Vu de dessus, le papillon varie très peu, si ce n’est que la femelle a les ailes un peu plus larges que le mâle, avec les prolongements de la marge moins marqués; la teinte fondamentale est d'un jaune ocré plus terne et plus pâle, surtout le long des bords. Le dessous des ailes, par contre, varie beaucoup : il est tantôt d’un jaune ocre assez clair, plus ou moins agrémenté de brun, de rose et de vert, tantôt 1l est d'un brun noirâtre, lavé de violet et de vert, tantôt d’un gris brun sombre et presque uniforme. La génération du printemps, qui apparaît en mai et vole jusqu'en Juin et Juillet, est, en général, représentée par des individus clairs, celle de l'été, que l'on voit de juillet à octobre, mais surtout en août et septembre, par des types sombres.
Cette différence de costume est plus marquée encore chez une espèce voisine, la Vanessa levana (L.) dont quelques auteurs font un genre à part, le genre Arachnia (Hb). C'est la plus petite de toutes les Vanesses. Lorsqu on l'aperçoit, en avril ou mai, dans son costume de printemps jaune ocre ou orangé, varié de nombreuses taches, bandes et lignes brun noir, on croit voir une Mélitée (el. 20 et 21), dont elle a aussi la grandeur. Mais lorsqu'elle réapparaît en juillet et août, elle est si différente, que pendant longtemps on a cru avoir affaire à deux espèces tout à fait distinctes, surtout qu'ici ce n'est pas
seulement la face inférieure des ailes qui change, comme chez notre C-ALBUM, mais surtout la face supérieure. Dans son costume d'été, (la Carte Géographique», car c’est ainsi qu’on appelle la Vanessa levana, a les ailes plus allongées que le type du printemps, et, par ses couleurs et la disposition de ses taches, elle ressemble tout à fait aux Sylvains (Limenitis sibylla (L.) et populi (L.) : une bande assez large, blanc crème, irrégulière, traverse les deux paires d'ailes, qui sont d'un brun sombre. Une fine ligne plus ou moins interrompue, dernier vestige du jaune de l’autre type, suit, à deux ou trois millimètres de distance, les sinuosités de la marge extérieure des ailes: c’est la variété prorsa (L.). Chose curieuse, ces variations dans la couleur sont dues à la température que doit supporter la chrysalide, celle-ci passant l'hiver pour la génération du printemps, vivant au contraire en plein solstice pour la génération d'été. Si donc on place, à l’arrière-automne, des chrysalides destinées à passer l'hiver, dans une chambre chauffée, on obtient des papillons semblables à ceux de la génération d'été, ou en tout cas beaucoup plus sombres que le type du printemps, et si l’on met dans une glacière, pendant un certain temps, des chrysalides d'été, on obtient la forme claire.
Mais revenons à notre GAMMA, dont les différentes couleurs pourraient bien provenir aussi de la nourriture variée de cette espèce. En effet, on rencontre la chenille du C-BLANC tantôt sur des plantes basses ou grimpantes, telles que l'ortie et le houblon, tantôt sur des buissons comme le lonicéra, le prunellier, le noisetier, tantôt sur des arbres: le saule, l’orme, le cerisier sauvage. Enfin, la plante sur laquelle on trouve le plus souvent et le plus sûrement notre larve, c'est le groseillier. La belle chenille du GAMMA vit isolément et à découvert. Elle est décorée, sur chaque anneau, de sept épines charnues, courtes et ramifiées, de la couleur du fond; elle présente sur les flancs une broderie superbe de bandes jaune orange, grises et noires, qui alternent et s'entrecroisent. Quant à son dos, il est jaune ocre ou orangé sur les cinq premiers segments, d'un beau blanc ivoire sur tout le reste du corps.
La tête, variée de gris noir et de jaune roussâtre, s'orne de deux tubercules, branchus comme les épines du corps, mais plus courts. Volontiers, lorsqu'on la dérange, cette chenille incline la tête et l'avant du corps d’un côté de la branche, tout en l’abaissant, comme si la présence d'un être humain l'intimidait. Jeune, elle est d’un vert noirâtre. On peut la trouver d'avril jusqu'en octobre, mais c’est surtout en juin-juillet, puis en automne, qu'il faut la chercher. Une fois parvenue à sa taille, elle atteint 3,4 à 3,6 centimètres de long. De même que la plupart des chenilles très poilues ou épineuses, celle-ci est rarement mangée par les oiseaux. Le coucou est presque seul à s’attaquer à semblable gibier; conformé pour cela, il semble rechercher les bêtes velues et ne craint même pas la toison urticante des chenilles processionnaires.
La chrysahde du C-ALBUM, à l'abdomen fortement recourbé, est suspendue par le bout de la queue. Elle est jaune, rougeâtre ou incarnate, avec des taches brunes ou verdâtres et des points dorés ou argentés placés à la base du dos et ressemblant à des pierres précieuses, tant ils sont brillants. Cette superbe nymphe éclôt au bout de deux à trois semaines et donne issue à un papillon très vif, au vol rapide, qui fréquente les jardins, la cour des maisons, les endroits pierreux, le bord des chemins, l'orée des bois. Il se pose souvent sur les pierres ou contre les murs. Mais on le voit aussi, de temps à autre, sur les fleurs et surtout sur les fruits mûrs que la pluie a fendus. Son envergure varie entre 4,2 et 5,4 centimètres. Lorsqu'il est engourdi par le froid, ou plongé dans son sommeil, il a l'étrange habitude de porter ses ailes supérieures très en avant, ce qui, grâce à leurs échancrures, lui donne un aspect tout à fait insolite, comme on peut s'en rendre compte en jetant un regard sur notre planche.
# Quelques exemplaires de la deuxième génération passent iver.
La GRANDE-TORTUE — Vanessa polychloros L. Mâle, grandeur naturelle, butinant. Mâle, grossi deux fois, au repos sur un caillou.
Le Sédum ou Orpin âcre — Sedum acre L.
Le Sédum ou Orpin blanc — Sedum album L.