LE DEMI-DEUIL
c'est alors que l’ÉCHIQUIER se décide à monter un peu, à dépasser la houle rose des graminées, afin de poursuivre un instant son semblable, ou peut-être pour jouer un moment avec lui, dans les airs.
Le DEMmi-DEUIL a ses goûts arrêtés, ses fleurs préférées. Regardez-le plutôt, au milieu des abeilles, faire de longues stations sur la centaurée scabieuse. La surface de la corolle, il est vrai, en est vaste: mais il n'est pas rare, par un temps chaud et calme, de voir sur la même fleur, avec deux, trois abeilles, encore deux exemplaires de notre beau SATYRE. Ah! voilà certes une plante dont le nectar doit être exquis : le syrphe, cette mouche jaune et noire si légère et gracieuse, vient survoler la fleur de son vol d'oiseau-mouche, s’en approche doucement, et, l'effleurant à peine de ses pattes ténues, battant toujours des ailes pour ne rien déranger, prend à la hâte quelques gouttes du précieux sirop, puis s'en va, discret, laissant la place à d’autres. L’abeille au corps pesant, au vol lourd, incertain, tombe sur la centaurée, brusquement, attirée dans sa course par l'attrayante corolle. Le bourdon, lui, énorme et malhonnête, insouciant des pétales si finement découpés et des fleurons délicats qui se pressent vers le centre, arrive comme une trombe, bousculant tout sur son passage, effrayant les abeilles et tous les papillons, car il veut, tout seul, goûter au bon repas. Voici enfin le DEMI-DEUIL : 1l se pose sans bruit sur le rose capitule et referme vite ses ailes pour prendre moins de place et pour jouir, semble-t-il, plus voluptueusement du festin délicieux.
Mais il ne faut pas croire que le GALATHEA ne puisse s’arracher aux douceurs de la belle centaurée. Quand le moment est venu, la femelle, toujours consciente de son devoir, se met à pondre avec ardeur, laissant choir ses œufs à terre, tout en voletant dans l'herbe. Ah! qu'ils sont jolis ces œufs brun clair, lisses comme des grains de porcelaine. La maman prévoyante ne les sème pas au hasard ; elle sait, au contraire, fort bien choisir les coins où la chenille, menue et {able en son jeune âge, trouvera de suite des plantes à sa convenance. Ces plantes sont généralement la fléole des prés (phleum pratense), le