LE GRAND-NÈGRE-HONGROIS
En dernier lieu, disons encore que stygne (O.), volant de la fin de mai jusqu'en août, dans le Jura et les Alpes, fait un peu le passage entre LIGEA et euryale, mais elle est plus petite que ces deux espèces, et chez elle, tous les dessins du dessous de l'aile sont moins marqués. Chez le mâle, l'aile inférieure est parfois d'un brun noirâtre presque uniforme.
Les chenilles de tous ces papillons sont peu connues, car elles vivent très cachées, ne sortant que la nuit pour ronger les graminées. Elles grandissent lentement. Comme toutes celles des Satyres, elles sont très légèrement pubescentes, et fortement fusiformes avec le corps terminé par deux petites pointes charnues. Elles subissent leurs métamorphoses sur le sol ou dans la terre. Celle du GRAND-NÈGRE- HonGRroIs est assez courte et épaisse, elle atteint 2,7 à 3 centimètres de long. Elle est gris Jaunâtre ou verte avec une ligne médiane noire bordée de clair et des lignes blanchâtres sur les côtés. Sa tête est rousse ou Jaunâtre et le ventre gris brun. On la trouve en avril et mai, même jusqu'en juin ou quelquefois pendant tout l'été, car 1l lui arrive de se transformer en chrysalide deux ans seulement, ou peu s'en faut, après que l'œuf ait été pondu. Ce dernier peut éclore après cinq semaines ou seulement au printemps suivant, ce qui avance ou retarde le développement de la chenille. Celle-ci mange du millet étalé (milium effusum L.), de l'aira gazonnante (aira cæspitosa L.), du panic sanguin (panicum sanguinale) et quelques autres herbes.
La chrysalide est brun clair avec des dessins et des points noirs. Elle dure trois à quatre semaines.
Le SYLvANDRE — Satyrus hermione L. Femelle, grandeur naturelle, au vol. Femelle, grossie deux fois, posée et couchée sur le côté pour se confondre avec l'écorce. Mâle, grandeur naturelle, au vol.
Le Chêne rouvre — Quercus robur L.
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ÉLUCNA ETS
SATYRUS (Fab. Latr.) ou EUMENIS (Scop.) hermione (L.) ou fagi (Scop.) LE PORTIER DE LA FORÊT
OUS venons de parler de deux Satyrides à'la robe très voyante, au vol calme et bas, aimant à se poser sans cesse sur les fleurs. Or, avec le SYLVANDRE, nous abordons le genre Satyre proprement dit, qui renferme des formes plus grandes, farouches, aux mœurs sauvages et agrestes, au vol très rapide et qui fréquentent les lieux arides et chauds, les lisières ou les clairières rocailleuses des forêts. Chose curieuse, les vrais Satyres ne se posent jamais sur les fleurs, mais bien sur les chemins, sur les pierres, voire même contre le tronc des vieux arbres. Ils peuvent rester longtemps appliqués contre un rocher, sur une lame d’écorce, couchés sur le flanc pour se faire moins remarquer, s'identifiant avec leur entourage par les couleurs et les zébrures de la face inférieure de leurs ailes. Soudain, effrayés, ou poussés par un simple besoin de déplacement, ils s'envolent, prompts comme l'éclair, et disparaissent entre les arbres. On ne les voit qu’au moment où ils partent, et ils s’en vont si vite qu'on se demande souvent si l’on n’a pas rêvé et si vraiment, papillons il y avait. [l n'est pas étonnant que, dans ces conditions, on leur ait donné le même nom qu'à ces êtres mythologiques, demi-dieux de l'antiquité, fruits de l'imagination, et par conséquent mystérieux et invisibles. Les Allemands ont appelé les Satyres en général Papillons des bois et notre HERMIONE, LE PORTIER DE LA FORÊT : volant, en effet, à l'orée des bois, il semble en garder l'entrée.
Parmi les quelques Satyres que nous avons en Suisse, citons les cinq plus fréquents, en commençant par le SYLVANDRE. Le mâle oscille entre 6,6 et 7,6 centimètres d'envergure; la femelle entre 7 et 8,2 centimètres. Exceptionnellement, elle est plus petite et mesure seulement 6,7 centimètres. La femelle varie peu, si ce n’est que toute la base des ailes et le corps peuvent être d'un brun presque noir. Mais
il arrive au mâle, parfois très enfumé et uniforme, d’être presque aussi blanc et noir que la femelle. Seuls les yeux alaires et les limites de la zone blanche sont toujours plus flous que chez cette dernière, et le deuxième œil de l'aile supérieure existe rarement chez le mâle. Dans cette belle espèce, le dessus des ailes est légèrement pelucheux, marqué en travers d'imperceptibles sillons. En outre, il présente de discrets, mais splendides reflets cuivrés, dorés et verts, tirant sur le bleu et le violet. Les parties blanches sont nacrées, argentées et dorées.
Le plus grand et le plus beau de tous les Satyres est bien le Satyrus circe (F.) ou proserpina (Schiff.), appelé en français le Silène. C’est un de nos plus grands papillons de jour, atteignant jusqu'à 8,6 centimètres d'envergure. Le Grand Sylvain et le Grand Porte- Queue (pl. 2) seuls le dépassent. Le Silène ressemble un peu à la femelle du SYLVANDRE, mais le blanc est plus pur et partout bien délimité, alors que le brun est plus noir. De plus, il n'y a qu'un œil sur l'aile supérieure et l’inférieure n'en porte point.
L'Hermite (ermite) (Satyrus briseis L.) a la grandeur de l’Agreste que nous étudierons dans le chapitre suivant. La répartition des taches, sur l'aile supérieure, est aussi un peu la même, mais les dessins sont blancs. Sur l'aile inférieure il n'y a qu'une bande transversale blanchâtre, fondue et sans yeux. La marge antérieure de l'aile supérieure est très bombée et blanc jaunâtre.
Après l’Hermite vient l’Agreste, figuré sur la planche 28, puis le Grand-Nègre-des-Bois (Satyrus dryas Scop. ou phædra L). Ce dernier, bien qu'extrêmement simple de couleur, est une vraie merveille. D'un beau brun doré à peu près uniforme, il présente, sur l'aile supérieure, deux gros ocelles, visibles sur les deux faces et quelquefois accompagnés d’un troisième, tout petit, placé entre les deux premiers. Ces yeux, entourés eux-mêmes d'une zone plus claire, ont jusqu'à 6 millimètres de diamètre et sont noirs avec un gros point central d’un bleu argenté et chatoyant qui fait un grand contraste avec le noir et le brun mat, velouté, du reste de l'aile. Seul
parmi les Satyres, le Grand-Nègre-des-Bois se pose sur les fleurs et apparaït aussi, de temps à autre, dans les prairies marécageuses. Mais d'une manière générale, si nous voulons observer les représentants de ce genre, il faut se rendre, pendant les chaleurs de l'été, soit de juin à septembre, mais surtout en Juillet et août, dans les bois de vieux chênes entrecoupés de pâturages et de pierrailles. Il faut aller sur les collines rocheuses, dans les clairières de forêt bien exposées au soleil, le long des chemins ou des vieilles routes plus ou moins abandonnés et encadrés de buissons, dans ces endroits secs et arides qu'’affectionnent le lézard, le criquet et la cicindèle. Si nous savons trouver les bons coins, — presque toutes les espèces de Satyres sont assez localisées, — nous ne manquerons pas de découvrir l’un ou l’autre d'entre eux et d’avoir le plaisir d'observer ses rapides allées et venues et ses moments de pose. Si nous prenons de grandes précautions, nous pourrons alors admirer la façon merveilleuse avec laquelle l’insecte et son milieu se confondent.
La chenille du SYLVANDRE mesure 3 centimètres environ de longueur; elle est entièrement glabre, grise ou gris rougeâtre. Elle est rayée en longueur de clair et de sombre et présente une ligne médiane noire. La tête est gris jaune ou jaune ocre, avec quatre traits noirâtres. Le ventre et les pattes sont gris sombre, les stigmates noirs. Il faut chercher cette chenille après l’hivernage, soit d'avril à juin, mais surtout en mai. Elle est fort bien cachée pendant le jour, et se met à manger dès que la nuit tombe. Elle ne se nourrit que de graminées, houlque laineuse, et houlque molle. La chrysalide, placée dans un alvéole en dessous de la surface du sol, est courte, ventrue, d’un brun foncé, plus pâle sur les fourreaux alaires. ;
L'AGRESTE — Satyrus semele L. Deux femelles, grandeur naturelle, l’une posée et couchée sur le côté pour se confondre avec l'écorce, l'autre au vol. Mâle, gross: deux fois, sautillant sur un caillou.
Tronc de Chêne rouvre — Quercus robur L.
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28. L'AGRESTE SATYRUS (Fab. Latr.) ou EUMENIS (Scop.) semele (L.)
OUS les papillons de jour aiment le soleil, mais 1l y en a beaucoup qui se contentent de ses rayons directs. L'AGRESTE, lui,
jouit non seulement, sans se lasser, de ces derniers, mais il passe son existence aux endroits où la réverbération est la plus forte, c'est-à-dire sur les pentes exposées au midi, parmi les rochers et les éboulis, le long des lisières rocailleuses de forêts ou dans les clairières sèches; et loin d'imiter beaucoup de ses congénères qui voltigent du matin au soir dans les prairies, il reste, des heures durant, appliqué sur les pierres surchauffées et brûlantes ou sur l'écorce non moins chaude des vieux troncs que le soleil visite. Cette extrême chaleur, au lieu d’amollir son caractère ou bien de l'endormir, fait de lui un des types les plus vifs, un des plus prompts à l'essor que la gent papillonne connaisse. Le dessus de ses ailes, il ne le laisse voir qu'un instant, de temps à autre, en de rapides et courtes envolées. Mais la face inférieure de ces mêmes ailes, zébrée à l'infini de gris, de brun, de noir et de blanchâtre, il la montre avec fierté, avec insistance, se plaçant toujours sur les pierres de façon à exposer en face, aux bienfaisantes ardeurs solaires, l’un ou l’autre de ses flancs. La surface jaune, ornée de deux yeux noirs, qui occupe une bonne partie de la paire supérieure, il la cache avec soin entre les ailes inférieures, de sorte qu'il apparaît désormais entièrement gris et se confond à merveille, grâce à ses multiples dessins, avec les zigzags des lichens ou les marbrures de l'écorce. Conscient, sans doute, de sa ressemblance avec la pierre qui le porte, il ne craint pas de se mouvoir; et, prompt à la course comme une cicindèle, il se trémousse, court ou saute d'une pierre sur une autre en de brusques élans entrecoupés de poses plus ou moins longues. Parfois aussi, suivant ses impressions, il relève subitement ses deux ailes supérieures, comme pour faire admirer un instant les couleurs qu'elles portent, puis, tout aussi lestement, 1l les
fait rentrer dans leur étui. Amoureux de toute surface qui ressemble à son manteau, il fera sans hésiter, sur le vieux tronc d’un chêne sortant des éboulis, une station non moins prolongée que sur les cailloux gris, se rendant compte que là, mieux que partout ailleurs, il échappe aux regards de tous ses ennemis. Or, sur le tronc du chêne, il ne fait pas comme le géomètre, lequel ouvre ses grandes ailes et les applique de chaque côté du corps. Ar exemple de tous les papillons de jour, l'AGRESTE garde les siennes relevées; mais, pour mieux imiter une lanière d'écorce se détachant du tronc, il s'incline sur le côté jusqu'à toucher, quasi, d’un de ses flancs, la surface rugueuse de l'arbre. Comme son nom français l'indique, il mène une existence rustique et sauvage, fréquentant des lieux arides, rocailleux, souvent inaccessibles à l’homme. Lorsque ce dernier l'approche, il le fuit plus que beaucoup d'autres papillons. Il est même si farouche qu’on a de la peine à le capturer.
Dans la plaine, il apparaît en juin et vole jusqu’en août; mais au Jura, c’est de juillet à septembre qu'il est le plus fréquent. Souvent même on le voit encore en octobre. La femelle, qui mesure de 5,6 à 6,5 centimètres d'envergure, présente en général les couleurs indiquées sur notre planche; mais parfois les dessins sont plus clairs sur les quatre ailes: dans d’autres types, au contraire, ils sont plus sombres et réduits. Le mâle est habituellement plus petit et varie entre 5,2 et 6 centimètres d'envergure. Comme c'est le cas chez le Sylvandre (pl. 27), tout le dessus est beaucoup plus enfumé et plus terne, avec des dessins moins nets chez le mâle que chez la femelle. Les ocelles sont plus petits, plus fondus et moins noirs et les taches claires disparaissent parfois presque complètement sous le voile envahissant du fond. Celui-ci est d'un ton plus clair et plus orangé que chez la femelle. Sur la face inférieure des ailes, c'est l'inverse qui se produit : la femelle a tous les dessins plus estompés et l'ensemble de l'aile est plus sombre, plus gris et plus uniforme qu'au mâle. Parfois, chez ce dernier, le dessous de l'aile inférieure ressemble
beaucoup à celui de l’hermione. Dans l'un et l'autre sexe enfin, et sur les deux faces des ailes, courent de légers reflets cuivrés, dorés, argentés, verts ou violacés qui donnent une grande distinction à cette robe si simple.
En août ou septembre, la femelle pond isolément des œufs blanc jaunâtre à surface cannelée. Au bout de trois semaines il en sort des chenilles qui sont encore très petites lorsque vient l'hiver. Il vaut donc mieux attendre au printemps pour les chercher. Dès les mois de mars ou avril, elles se remettent à manger et atteignent, dans le courant de mai, leur taille définitive, soit 2,7 à 3 centimètres de long. Elles se nourrissent de différentes espèces de graminées croissant dans les lieux arides, spécialement du chiendent (triticum repens) ainsi que des aira canescens et cæspitosa.
La chenille de l’AGRESTE est lisse, d’un gris brun terne ou d'un ton carné. Cinq lignes longitudinales sombres parcourent le corps de la bête : celle du milieu est généralement noirâtre, les quatre autres d'un gris plus ou moins clair. Les deux latérales sont plus larges que les autres et leur bord supérieur est bordé de noir. La tête, globuleuse, plus claire et plus rougeâtre que le reste du corps, présente quatre ou six raies foncées et le ventre est d’un gris clair, parfois verdâtre. A la fin de mai, cette chenille entre dans la terre où elle s’aménage, tout près de la surface, une petite chambre ovoïde. C'est là qu'elle se transforme en chrysalide. Celle-ci est épaisse, d'un brun orangé, jaunâtre ou gris, avec les fourreaux alaires plus clairs que le reste du corps et marqués de tout petits points noirs. L'abdomen se termine par un prolongement arrondi.
Le NÉMUSIEN — Pararge mæra L. Femelle, grandeur naturelle, posée sur un rocher. Mâle grossi deux fois, posé et butinant. Mâle, grandeur naturelle, variété adastra O., posé sur un rocher.
L'Œillet des Chartreux — Dianthus carthu-
sianorum L.