‹ Les papillons dans la natureChapitre 66 sur 133 · LE NÉMUSIEN · texte numérisé non relu

LE NÉMUSIEN

PARARGE ou PARARGA (Hb.) mæra ou mæra (L.) — L'ARIANE

ORSQU'UN papillon vole, les mouvements de ses ailes et la rapidité de sa course vous empêchent de voir les détails de sa parure; à notre œil, il fait l'effet d'une simple tache de couleur.

Lorsqu'il se pose, par contre, pour peu que vous vous en approchiez avec précaution, son immobilité vous permet d' apprécier les plus subtiles harmonies et de découvrir les dessins les moins apparents. Eh bien, notre Dieu, lorsqu'Il créa les papillons, pensa aux humains qui, plus tard, pourraient à loisir admirer ses chefs-d'œuvre, et aux Papillons de jour qui volent en plein soleil et doivent agrémenter la prairie ou les pentes arides de notes gaies et vivantes, Il a donné des ailes dont le dessus est orné de couleurs vives, réparties en grandes taches simples et nettes. Sur la face inférieure, presque invisible au vol, mais seule exposée aux regards, dans la plupart des cas, lorsque l'insecte se pose, ou en tout cas lorsqu'il est engourdi, Il a dessiné, au contraire, de fines broderies et des arabesques délicates. Et comme une fois posé, surtout pendant la somnolence d'un jour de pluie, le papillon est exposé à mille ennemis, le Créateur a teinté le dessous des ailes de nuances beaucoup plus discrètes que celles de la face supérieure, ce qui permet au papillon de passer très souvent inaperçu sur les objets qu'il a choisis comme support.

Il est vrai que dans la nature il y a toujours des exceptions, et ce que nous venons de dire n’est qu'une règle générale; mais, si règle il y a, le beau NÉMUSIEN en est un type parfait : lorsqu'il survole les rocailles, visitant les œillets des Chartreux ou les sédums en fleurs, lorsqu'il fait battre ses ailes, on aperçoit un papillon d'un brun très sombre, soyeux, doré, taché de jaune ocre et de noir qui attire immédiatement l'attention du passant le plus distrait. Mais, se sent-il fatigué, éprouve-t-1l le besoin de se reposer au soleil, subitement il disparaît aux regards. Ce n'est pas qu ‘un oiseau l'ait emporté, ce n "est

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pas non plus qu'il se soit caché dans un trou; mais non, il est là, tout près, en pleine lumière; seulement il est maintenant posé, et, en se posant, 1] a caché d'un coup toutes ses vives couleurs. Il a même abaissé le cimier de ses ailes supérieures dont tous les oranges et les noirs disparaissent maintenant sous le couvert de la paire inférieure. Le dessous de ses ailes, d'un gris argenté, ressemble à s'y méprendre aux gris du rocher, et ses jolis ocelles, ses zigzags imprévus ne le font que mieux se confondre avec les fentes de la pierre, les rondelles des parmélies, ou les franges capricieuses des lichens.

Le voyez-vous revenir d'une de ses envolées ]j Joyeuses au-dessus de la route, ou d'une promenade furtive entre les maigres épillets des graminées que la sécheresse des lieux ne laisse surgir que de place en place?

Il a goûté au nectar de l'œillet et de la scabieuse, 1l a fait voir, en battant des ailes, l'effet charmant de leurs deux faces si différentes, mais 1l semble pressé de revenir maintenant sur sa pierre favorite. Ïl s'y applique donc à nouveau: deux ou trois fois il écarte et rapprocheses ailes soyeuses, moirées, aux reflets d'or, d'argent ou d'émeraude, puis 1l les ferme une dernière fois et plus ne bouge. Chose curieuse, poussé par un merveilleux instinct, il s'est arrêté de façon que son dos regarde le soleil en face et que, par conséquent, ses ailes pointent l'astre du jour. De cette manière, aucune ombre portée n'est visible et le rusé papillon échappe étonnamment aux regards. C'est dans cette même pose et aux mêmes endroits qu'il passe la nuit. La femelle, plus claire que le mâle, souvent plus pâle encore que sur l'image, plus fauve, plus tachée, fait un contraste moins violent avec les gris du rocher que le mâle à la robe unie et sombre. Elle est donc moins soucieuse de cacher ses beaux dessins et laisse souvent ses ailes grandes ou à demi ouvertes. Elle imite même, à l'occasion, son cousin l’Agreste (pl. 28) et sautille sur la pierre chaude.

e NÉMUSIEN varie beaucoup; certains exemplaires, comme celui décrii plus haut, sont d'un brun très foncé : c'est la variété ADASTRA

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ou ADRASTA (0.) que l’on trouve surtout à la montagne. D'autres, au contraire, sont brun clair avec la tache noire de l'aile supérieure encadrée de jaune et le champ orangé beaucoup plus étendu. Souvent les petits points blancs qui ornent les taches noires sont d'un joli bleu pâle. Quelquefois il n'y en a qu'un dans la plus grosse des taches, celle-ci étant alors ronde; dans d’autres types enfin, cette tache est tout à fait double et formée de deux ocelles ayant chacun son point clair. La femelle est habituellement un peu plus grande que le mâle et varie entre 5,2 et 5,8 centimètres d'envergure, tandis que les mesures du mâle oscillent entre 5 et 5,4 centimètres.

Rare sur le Plateau suisse, notre papillon est fréquent au Jura et monte dans les Alpes jusqu'à 2000 mètres. Il apparaît à deux reprises: soit en mai et juin, puis en août et septembre. À vrai dire ces deux générations se confondent plus ou moins, et pendant presque toute la durée des cinq mois les plus chauds de l’année, on peut voir voler le NÉMUSIEN au pied des rochers, sur les chemins exposés au soleil, le long des murs et des lisières rocailleuses de forêt, partout où prospèrent les herbes dont sa chenille se nourrira, comme le chiendent (triticum repens), le paturin (poa annua) et diverses autres graminées (festuca elatior, ovina ou fluitans et hordeum murinum ou maximum). Cette chenille que l’on trouve depuis l'automne jusqu'en avril ou mai, et de nouveau en juin ou juillet, atteint 3 centimètres de long. Elle est fuselée et son corps se termine par deux petites pointes charnues. Sur un fond vert pâle, une ligne sombre finement bordée de blanc parcourt le dos, tandis que deux lignes claires sillonnent les flancs. La peau de la chenille est agrémentée de minuscules et innombrables verrues portant chacune un petit poil et placées en séries transversales. La chrysalide qu'on trouve suspendue par la queue contre les rochers, les murs ou les palissades, est vert jaune chez le mâle et d’un vert sombre, tirant sur le noir, chez la femelle. Dans les deux sexes, la tête porte deux prolongements jaunes, arrondis et l'abdomen deux rangs de verrues de la même couleur.

Le Tircis — Pararge ægeria L. variété egerides Stgr. Femelle, grandeur naturelle, posée. Femelle, grossie deux fois, au repos.

Le Lonicéra camérisier ou Blanchette, en fleurs — Lonicera xylosteum L.

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PARARGE ou PARARGA (Hb.) ou SATYRUS (Latr.) ægeria ou egeria (L.) var. egerides (Stgr.) — L'ARGUS DES BOIS

"EST le printemps : l'épine noire ouvre ses petites fleurs blanches, le hêtre déplie ses éventails vert tendre, le chèvrefeuille et la boule-de-neige, la viorne lantane et le groseillier sauvage

montrent partout de petites feuilles aux formes variées, tantôt d’un vert pâle et bleuté, tantôt d'un rouge doré, tantôt enfin d'un vert vif et chaud. Partout, des écrans se brodent parmi les ramilles, des ombres surgissent. Les sous-bois redeviennent sombres, et le mystère si charmant et si attrayant de la forêt renaît avec le feuillage. Les oiseaux, invisibles, chantent dans les arbres, on entend des cris, des voix, des appels, les coups répétés d'un pic creusant dans un tronc la cavité destinée à l'établissement de.son nid, et cependant, c'est à peine si, de temps à autre, on voit passer, comme une ombre, l’un d'entre eux. Le soleil se joue dans les branches et fait étinceler de toutes parts les surfaces qu'il atteint, voilant la vision des choses qui apparaissent fractionnées en multiples morceaux par l'ombre portée des rameaux et des feuilles. Il n'est pas étonnant que les anciens, moins blasés que nous, vivant à une époque plus tranquille et moins fiévreuse que la nôtre, où l'esprit était porté davantage que de nos jours à la poésie, où les oiseaux et les bêtes sauvages étaient beaucoup plus communs et augmentaient par là-même les causes de surprise, où le cerf et le chevreuil couraient encore fréquemment nos bois de leur pas furtif, où les fourrés étaient combien plus impénétrables et étendus, par conséquent plus mystérieux qu'à l'heure actuelle, il n'est pas étonnant, disons-nous, que les anciens, pour mieux exprimer les sentiments qui les animaient en face de cette belle nature, aient créé, dans leurs écrits, des personnages typifiant des choses trop abstraites pour être décrites autrement. C'est ainsi que les Grecs « inventèrent » les nymphes, personnification des forces de la nature, créatures mys-

térieuses animant les sources, les étangs et les bois. Or le nom d’ÆGe- RIA est synonyme de (nymphe, et c'est fort à à propos que le grand naturaliste suédois l'a donné au papillon qui nous occupe. Ce dernier aime, en effet, les bois, les chemins creux, les sentiers de forêt, les allées, les clairières ombragées. Regardez-le passer de son vol VI et rapide. Ses couleurs s’harmonisent si bien avec le milieu qu'il fréquente que vous risquez sans cesse de le perdre de vue. Pourtant il ne va pas bien loin, notre joyeux TIRCIS, il tournoie sous le dais de feuilles naissantes et vient se poser à l'endroit même d’où vous venez de le faire fuir. Une fois à terre, avec ses ailes étendues sur les feuilles sèches, il est quasiment invisible, et si vous ne l'aviez pas vu descendre, vous ne l’auriez sûrement pas découvert. Il aime, avons-nous dit, la pénombre, les espaces resserrés entre les arbres et les buissons, mais cependant il ne va, dans ses promenades, que jusqu'où pénètre le soleil, et c’est toujours exposé à ses rayons qu il se pose à terre ou sur les fleurs. Il est commun, mais onn "en voit jamais qu'un ou deux exemplaires à la fois. Il vole au premier printemps, à partir du milieu d'avril; dans le midi de la Suisse, il apparaît déjà en mars. On le rencontre encore en mai, exceptionnellement jusqu'en juin, puis il réapparaît sous forme d’une deuxième génération de juillet jusqu'à fin septembre. C’est à ce moment-là qu'il est le plus fréquent. Il varie entre 4 et 4,9 centimètres d'envergure, le mâle étant presque toujours plus petit que la femelle. Il a aussi les ailes supérieures plus étroites, plus allongées et plus pointues.

omme coloration, le TIRCIS varie beaucoup : tantôt 1l est semblable à l’exemplaire de notre planche, ou présente des taches claires encore plus blanches, tantôt ces mêmes taches sont d'un beau jaune ocre ou orangé brillant. Chez certains individus, elles sont encore plus étendues que sur l’image et occupent même, sur l'aile supérieure, une surface plus grande que le fond brun. Dans d’autres types, au contraire, ces taches sont très réduites et fondues. D'une manière générale, le mâle a les siennes plus petites et plus foncées que la femelle

et la génération d'été est plus colorée que celle du printemps. Le vrai type ÆGERIA (L..) est jaune ocre et se rencontre plutôt dans le Midi. Nos exemplaires du Jura à taches claires sont la variété EGERIDES (Stgr.). Enfin, la face inférieure des ailes est très souvent d’un brun jaune ou d'un brun grisâtre beaucoup plus uniforme que sur le papillon représenté ici.

Les œufs sont ronds, blanchâtres et éclosent déjà huit ou quinze jours après la ponte.

La chenille vit sur différentes espèces d'herbes, surtout sur le chiendent, en mai, juin ou juillet puis d'août ou septembre jusqu'en octobre. En général elle se transforme en chrysalide avant l'hiver, mais attend quelquefois le printemps suivant pour se métamor-

phoser. Contrairement à ce que font beaucoup de ses proches parentes, elle mange de jour comme de nuit. Atteignant 2,9 à 3 centimètres de long, elle a la tête globuleuse et le corps élancé, fsiones mat et finement velu, un peu ridé en travers. Le plus souvent verte, elle peut aussi être noirâtre. Le dos est plus foncé que les côtés du corps et orné longitudinalement d’un trait vert sombre, bordé lui-même par deux lignes blanc jaunâtre. Une double bande claire décore les flancs; les stigmates sont jaunes.

La chrysalide, qui est suspendue la tête en bas, fixée seulement à son support par l’ extrémité de l'abdomen, est eus: anguleuse, de couleur verte, gris jaune ou brune. Souvent le bord des fourreaux alaires est marqué d’un trait blanc. Sur l'abdomen se trouvent deux rangées de petites verrues.

Le MyrTiL — Epinephele janira L. Femelle, grandeur naturelle, posée et butinant. Femelle, grossie deux fois, posée et butinant.

La Scabieuse succise — Scabiosa succisa L.

L'Epine noire ou Prunellier ou Prunier épineux — Prunus spinosa L.

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EPINEPHELE ou PARARGE (Hb.) ou SATYRUS (Latr.) janira ou jurtina (L.)

E métier de jardinier est superbe, captivant, enviable. Le charme et la beauté, souvent même la splendeur des allées, des pelouses, des parterres ou des massifs de fleurs bien entretenus

sont incontestables. Il suffit de visiter un parc comme celui du château de Versailles, de parcourir une exposition, une serre d'orchidées pour être émerveillé de ce que l’homme, par la culture, est arrivé à faire. Mais si l’on parcourt un lieu absolument vierge et livré à lui-même, où la main de l’homme n'a pas passé, on est encore plus enchanté des beautés de la nature, de ses combinaisons multiples et infinies, de ses harmonies parfaites, de ses rapprochements de couleurs exquis. Suivant le terrain, l'exposition, l'altitude ou la saison, les plantes, les buissons, les arbres varient; mais chose admirable, les espèces qui affectionnent les mêmes lieux s'accordent à la perfection entre elles, et chacune ajoute une note vivante à l'ensemble du paysage. Il n’y a pas jusqu'aux plantes qui se fanent, aux herbes qui se dessèchent qui n'aient leur charme et qui jouent encore leur rôle de couleur ou de forme. Allons ensemble, au mois d'août, le long d'une lisière de forêt, dans une clairière, un coin de pâturage peu fréquenté, en un mot un lieu herbu où la faux n'a pas passé : les longues graminées ont mûri, elles sont devenues d'une jaune paille un peu rosé et se balancent maintenant avec les scabieuses succises, ces belles fleurs en boule aux étamines roses, à la tige pourpre, qui s'ouvrent vers la fin de l'été. De petits buissons d'épines rabougris, trapus, végètent dans une terre maigre, mais cette aridité même les obligeant à faire des jets minuscules, à émettre de toutes petites feuilles, leur concède un charme tout spécial. Les herbes et les scabieuses, en croissant, ont traversé le buisson nain et ces feuilles, ces branches, ces fleurs et ces graines se marient à merveille, créant une harmonie d'une finesse incomparable. Or il est un papillon, comme beaucoup d'au-

tres du reste, qu'on ne rencontre ni dans les jardins, ni dans les parcs, mais qui affectionne précisément ces coins vierges et agrestes, c'est le MyrTiL. Dès la fin de juin et jusqu’en septembre et octobre, il rôde le long des buissons, dans l'herbe des pâturages, sur les fleurs des prairies, des rocailles et des taillis, et sa robe d'un brun fané, variée d'ocre et de gris, s'accorde si bien avec les lieux qu'il fréquente, qu'on le remarque fort peu. Le MYRTIL semble se rendre compte de ce fait, car 1l ne s'occupe guère de la présence de l’homme. Passionné des scabieuses, de l’eupatoire, de l'origan, de la ronce, il y fait des stations prolongées, tournant en tous sens autour des fleurs et plongeant sa trompe aussi bien dans les fleurons inférieurs que dans ceux du sommet. Il exécute donc, avec les ailes tantôt ouvertes, tantôt closes, une gymnastique incroyable, surtout sur les boules bleues de la succise. |

En le regardant de près, on voit souvent sur les côtés de son thorax de petits points ovales, d'un rouge intense, qui sont des acariens vivant en parasites sur notre papillon. Le Demi-Deuil (pl. 25), que nous avons déjà étudié, en présente parfois aussi et d’autres espèces encore, mais le MYRTIL est spécialement attaqué par ces bestioles qui, du reste, apparemment, ne semblent pas lui causer grande inquiétude, ni douleur. Chez les sympetrums, — ces libellules de moyenne grandeur, au corps rouge vif, qui fréquentent les grèves herbeuses de nos lacs, — on observe de semblables parasites, surtout sur lesympetrum méridional. Mais chez cet insecte, on peut en voir non seulement accolés les uns à côté des autres sous le thorax, comme chez le papillon, mais il y en a parfois de vraies séries sous les nervures principales des ailes.

Porteur ou non d’acariens, notre MYRTIL varie entre 4,7 et 5,8 centimètres d'envergure. La femelle, représentée deux fois sur notre planche, a souvent les taches claires de l'aile supérieure plus réduites, plus sombres et plus orangées. En outre, d'habitude il n'y a pas de jaune sur l'aile inférieure; cette dernière est parfois d'un brun

orangé plus uniforme, sans trace de lilas et de vert. Le mâle est très différent : d'abord un peu plus petit que la femelle, il n’a plus de jaune orange sur ses ailes, ce qui le fait ressembler au Tristan que nous allons étudier. De plus, l'œil noir est, en général, plus réduit, plus fondu et souvent dépourvu de point blanc. Le mâle se distingue aussi de la femelle par un dessous beaucoup plus uniforme, la bande claire étant à peine visible, mais ornée par contre presque toujours d'un ou deux tout petits yeux noirs qui ne se volent que très rarement chez la femelle. Les zébrures transversales sont aussi moins marquées que sur l'image, l'œil noir est plus petit et rond et le reste de l'aile supérieure est plus orangé.

Comme la plupart des Satyrides, le MYRTIL présente la curieuse particularité d'avoir, sur l'aile supérieure, deux nervures fortement renflées à leur base.

La chenille vit d'août ou septembre jusqu’en mai sur différentes graminées, surtout le pâturin des prés et le pâturin annuel. Elle atteint 3 à 3,5 centimètres de long. D'un beau vert clair et vif, elle a le dos orné d'une ligne sombre et les flancs d’un trait clair. Le corps, recouvert d'une fine toison de poils blanchâtres, se termine par deux petites pointes rosées. Le ventre est vert sombre ou gris vert.

En juin, cette chenille se suspend à un brin d’herbe par le bout du corps et se transforme en une chrysalide vert Jaune, dont les fourreaux alaires et le thorax sont marqués de stries noirâtres et l'abdomen pourvu de deux rangées de petits boutons bruns. Elle donne naissance au papillon après deux ou trois semaines.

Celui-ci est un Papillon de jour des plus communs.

Le TRISTAN — Epinephele hyperanthus L.

Trois mâles, grandeur naturelle, posés et butinant. Femelle, grossie deux fois, posée et butinant.

La Potentille comaret ou Comaret des marais — Comarum palustre L.

de urpat ai

EPINEPHELE (Hb.) ou PARARGE (Hb.) ou APHANTOPUS (Wallg.) hyperanthus (L.)

ANS toutes les prairies humides et les clairières, le long des lisières ou des chemins de forêts, sur les fleurs des centaurées, sur les grandes marguerites, les scabieuses et surtout les séne-

çons, parmi les touffes du vulgaire chiendent, entre les longues graminées, depuis le mois de juin jusqu'en août, un papillon tout brun, d'aspect terne et modeste, que peu de gens remarquent, passe une existence tranquille et heureuse. Oui, de loin, l’'HYPERANTHUS paraît insignifiant, 1l a peu d'apparence, il est même dédaigné: mais il réserve une agréable surprise au curieux qui s'en approche : posé sur une fleur, il tient souvent ses ailes fermées, n’en montrant que la face inférieure; mais sur cette face inférieure sept ou huit joyaux s’étalent. Chacun d'eux consiste en un point blanc, d’un blanc étincelant, entouré d'un cercle noir qui le fait ressortir, puis d’un anneau jaune pâle qui encadre et isole le tout du fond brun. Ce fond est brun, en effet, peu coloré, parfois même grisâtre, mais distingué comme une riche étoffe de soie; et suivant que le papillon butine sur un point ou sur un autre de la belle centaurée, un lustre tantôt vert, tantôt doré, tantôt rougeâtre court sur sa robe et la fait miroiter. Lorsque l'insecte entr'ouvre ses ailes et en montre la face supérieure, l’émerveillement devient plus grand encore. Comment un vêtement aussi simple peut-il donner l'impression d’une telle richesse? C'est un brun foncé, presque noirâtre, souvent sans aucune tache, aucun dessin; mais ce brun, plus encore que celui de la face inférieure, s'orne de reflets délicats et somptueux dont il est impossible de donner une idée par la peinture. Quand le papillon est tout frais, c'est un vrai chatoiement d'or et de vert, de rose, de bleu ou de violet; ces reflets n'égalent pas, il est vrai, ceux du Mars changeant (pl. 12), mais ils sont d'autant plus beaux qu'ils sont plus discrets. C’est sur le thorax,

recouvert de longs poils, qu'il y en a le plus; et, pour augmenter le charme de cette livrée si parfaite, une frange de cils blanc jaunâtre ou brun clair, plus soyeuse encore que le reste de l’aile, encadre celle-ci et la termine. Et que dire des antennes, ces filaments presque aussi ténus qu'un cheveu et formés cependant de trente-quatre microscopiques tonnelets noirs à base blanche qui s’enchâssent les uns dans les autres et deviennent toujours plus gros au fur et à mesure qu'ils se rapprochent de l'extrémité de ce chapelet animé.

Si par hasard un étang, une tourbière ou un ruisselet quelconque anime la prairie et si, au bord de ses eaux, croît et fleurit la belle potentille comaret, cette plante rare, mais superbe dans sa simplicité, les HYPERANTHUS auront tôt fait d'en découvrir les fleurs pourpres aux pétales allongés et pointus, et là, du matin au soir, ils se donneront rendez-vous. Quel attrait extraordinaire cette fleur a-t-elle donc pour eux? quelle subtile délicatesse a le goût de son nectar? — Nous autres humains nous ne pouvons apprécier les vertus cachées de la plante des tourbières, mais sur les belles corolles dressées au-dessus de l’eau, parmi les feuilles bleuâtres aux folioles dentelées, nous pouvons voir le TRISTAN se régaler, tant que le soleil brille, et aussi longtemps que fleurit le comaret. En plein midi, lorsqu'il fait beau temps, presque chaque fleur porte son papillon, et c'est à qui mieux mieux que les fines trompes plongent et replongent dans les corolles, ouvertes, semble-t-il, tout exprès pour le papillon brun.

La femelle vole lentement, se fauflant entre les grandes herbes et semant au hasard ses petits œufs ronds qui tombent à terre parmi les graminées savoureuses de la clairière. Deux ou trois semaines après, c'est-à-dire dès la fin de juillet, de petites chenilles sortent de ces œufs, et, tout en se nourrissant d'herbes, spécialement du millet épars (milium effusum) et du pâturin annuel (poa annua), parviennent jusqu à l'automne à la moitié de leur croissance. Après l'engourdissement de l'hiver, elles se remettent bien vite à manger; de sorte qu'à la fin de mai déjà, ou en juin, elles ont atteint leur complet

développement. Elles sont alors d'un gris tirant sur le blanc, le brun, le roux ou le vert. Le dos est parcouru par un trait sombre partagé habituellement en deux par une fine ligne claire. Sur les côtés s'étendent deux raies blanchâtres et tout le corps est semé de petits poils roux. Le dernier segment de l'abdomen se termine par deux pointes claires. La tête est brun clair ou rougeâtre avec quatre traits et points brun foncé. Le ventre et les pattes sont gris. La chenille, une fois prête à la métamorphose, descend sur le sol, se cache entre les herbes sèches ou les racines, et là se transforme en une chrysalide brun clair ou jaune pâle aux ailes allongées et à l'abdomen court. Cette chrysalide est ventrue, arrondie en avant et conique en arrière. [len sort, quinze jours ou trois semaines plus tard, le modeste papillon, ami du comaret.

La femelle du TRISTAN est un peu plus grande et moins sombre que le mâle et présente généralement des ocelles plus gros. Elle mesure de 4,8 à 5,2 centimètres d'envergure et le mâle 4,3 à 4,7 centimètres. Cette espèce varie beaucoup quant au nombre et à la grandeur de ses yeux alaires : sur la face supérieure des ailes, ceux-ci peuvent faire complètement défaut. Dans d’autres types, par contre, ils sont plus gros que sur notre planche, et il y en a parfois trois sur l'aile supérieure. Sur la face inférieure des ailes, il arrive que les ocelles soient encore plus grands que sur l'exemplaire grossi de l'image. Mais il se peut également qu'ils soient beaucoup plus petits, ou bien qu'il n’y en ait plus que deux sous l'aile supérieure et trois sous l’inférieure. D’autres fois ce sont les cercles jaunes et noirs qui ont disparu, ou encore il ne reste plus aucune trace quelconque d'ocelle. Cette dernière variété est très rare.

Le Procris — Cœnonympha pamphilus L.

Mâle, grossi deux fois, au vol. Mâle, grandeur naturelle, posé sur un rocher.

La Globulaire à feuilles en cœur — Globularia cordifolia L.

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