LE MORO-SPHINX
et le transporter ensuite ailleurs? — Examinez-la lorsqu'elle visite les fleurs bleues : elle se pose et avance sa tête. Mais voici qu'un petit volet ferme l'entrée de la boîte contenant le nectar. Sans hésiter, l'abeille le pousse du bout de sa trompe, et le volet tourne sur ses gonds. Or, il se trouve que les deux longs filets dont nous parlions tout à l’heure sont fixés à cette porte en miniature et s’abaissent par un mouvement de bascule lorsque l'abeille pousse celle-ci. Du même coup, les anthères chargées de la poussière fécondatrice s'appliquent sur le dos de la visiteuse. Le tour est joué : l'abeille se retire, plus ou moins saupoudrée d'imperceptibles grains jaunes qui ne manqueront pas de tomber ici ou là dans quelque autre fleur. Ah, que les combinaisons de la nature sont merveilleuses! |
Mais l'abeille n’est pas seule à connaître le secret de la sauge : les Macroglosses des trois espèces et surtout notre SPHINX DU CAILLE- LAIT n'hésitent pas non plus devant la porte fermée, et, dans les pâturages bien ensoleillés, dans les prairies où abonde cette jolie plante, on les voit passer d’une tige à l’autre, enfonçant dans les corolles leur trompe flexible. Cette trompe est aussi longue que leur corps, et c'est ce qui a valu son nom au genre. À défaut de sauge, le Macroglosse visite les chardons, les galéopsis, les épilobes, les géraniums, les œillets, les phlox, etc.
Quelle bête vive et rapide que notre papillon! de quelle endurance il fait preuve! Les gros Sphinx que nous avons déjà vus (p. 221-222), volent avec une puissance égale, mais ils le font pendant une heure ou deux seulement, au crépuscule. Le Moro-SPHinx, lui, vole du matin jusqu’au soir, parfois encore après le coucher du soleil, sans apparemment se reposer; aussi son corps à reflets dorés, cuivrés et vert bleu est-il énorme, trapu et musclé. De plus, à l'exemple des deux autres Macroglosses dont nous parlerons ci-après, son abdomen se termine par des touffes de poils noirs et blancs qui s'étalent et soutiennent son vol, comme le font les membranes qui s'étendent entre les pattes des polatouches et qui permettent à ces écureuils