‹ Les papillons dans la natureChapitre 83 sur 133 · LA ZYGÈNE DE LA FILIPENDULE · texte numérisé non relu

LA ZYGÈNE DE LA FILIPENDULE

2,5 à 3 centimètres, nous les installions dans une poche en treillis métallique avec quelques feuilles bien fraîches de légumineuses telles que trèfle, lotier, etc., ou de plantain et d'épervière, et là nous guettions le moment opportun de la confection du cocon, car c'était captivant de voir la chenille évoluer sur son brin d'herbe ou contre le treillis, s’entourant elle-même de soie et se tournant en tous sens pour dévider son fil. Nous admirions la souplesse d'échine de la bête qui réussit à se faire si petite et à s’enfermer dans une prison si étroite, où toute droite déjà, elle a tout juste la place de se tenir. Bientôt elle apparaissait comme au travers d'un voile blanchâtre, qui devenait plus opaque de quart d'heure en quart d'heure et finissait par dérober complètement l’insecte à nos yeux. Il fallait alors attendre deux à trois semaines, puis, un beau matin, le cocon avait une nouvelle surprise en réserve pour nous. La chrysalide commençait à bouger dans sa prison et le frottement de son thorax corné contre l'enveloppe de parchemin produisait un bruit très distinct et significatif. Sous l'effet de l’usure et de la pression, le sachet de papier se déchirait vers le haut et, après bien des efforts, l'avant de la chrysalide apparaissait à la fenêtre. Par des contractions et des tortillements, la bestiole se dégageait à demi du cocon, puis se fendait sur le dos et laissait échapper le papillon. À ce moment-là, celui-ci avait son corps, ses antennes et ses pattes déjà définitivement conformés. Il pouvait même se servir immédiatement de ces dernières, avec lesquelles 1l se cramponnait à la tige portant le cocon et grimpait jusqu au niveau de l’épi qui la termine, de façon à se suspendre avec le dos penché un peu en arrière. Mais si le corps et les pattes, ainsi que 4 les cornes de bélier » qui ont valu son nom à notre insecte, ont dès la sortie de la chrysalide leur conformation définitive, il n’en est pas de même des ailes; elles sont au contraire, pendant un certain temps, fort réduites et s'écartent du corps comme des moignons informes. C’est seulement une fois le papillon stabilisé, que les ailes se mettent à grandir : elles se gonflent comme des voiles que le vent pousse, et, en commençant

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