L'ÉCAILLE CHINÉE
CaALLIMORPHA (Latr. Boisd.) hera (L.) ou quadripunctaria (Poda)
H! qu'elles sont belles, les grandes touffes de |’ eupatoire chanvrine, la plus fière et la plus grande de nos composées, qui dresse jusqu'à | mètre, 1,20 mètre, même 1,50 mètre de hauteur
ses panicules d’un rose fané et délicat, au-dessous desquelles s'étagent de nombreuses feuilles d'un beau vert, rappelant, par leur forme, celles du chanvre. Dans les éboulis, le long des chemins, des routes ou des talus, toujours parmi les pierrailles, les longues tiges pourpres et légèrement velues se balancent doucement. Et voici qu'avec elles, parmi les multiples fleurons d'où s'échappent de longs pistils blanchâtres qui se croisent en tous sens, se balancent des insectes attirés par les sucs, certainement délicieux, de la fleur. Des mouches et de nombreuses abeilles y butinent affairées. Un beau papillon, qui tout à l'heure se chauffait au soleil sur les pierres, ne montrant que deux ailes d'un noir soyeux à reflet vert, barrées de capricieuses bandes Jaune pâle, vient de prendre son essor, faisant en même temps apparaître des ailes inférieures d'un rouge éclatant. Grâce à ces amples voiles, ne battant pas très vite, le vol de l'insecte est rapide, mais un peu incertain et vacillant. Il file en ligne droite, sans bien savoir apparemment où 1l va; un brusque écart le fait changer de direction et le voilà qui survole les corymbes de l'eupatoire. Cette fois, 1l s'arrête, bat des ailes un instant sur place, comme la crécerelle lorsqu'elle guette une souris, puis s’abat dans le fouillis des pistils blancs, bousculant une abeille, effrayant une mouche. Aussitôt le festin commence : une longue trompe d'un jaune de cire se déroule et plonge dans les tubes effñlés des fleurons. Elle va jusqu'au fond chercher une goutte de nectar, ressort et plonge encore. La tête pivote sur un cou jaune et délié; elle s'incline rapidement à droite, à gauche, en haut, en bas, pour suivre ou plutôt engendrer les mouvements de la trompe. Les pattes s'en mêlent aussi et transportent le beau papillon
258 L'ÉCAILLE CHINÉE
de-ci de-là, vers les fleurons non encore visités, ou bien ce sont les ailes qui entrent en jeu lorsqu'il s'agit de passer d'une tige à une autre.
Il est 11 heures du matin, c'est l'heure où les ECAILLES CHI- NÉES se réveillent et viennent prendre leur repas. En voici, en effet, une seconde qui apparaît, puis une troisième et même une quatrième. Venues de quelque cachette entre les pierres, ou du buisson voisin, elles se rejoignent sur la grosse touffe d’eupatoire. Comme il fait très chaud, elles sont vives et tiennent parfois leurs ailes supérieures entr'ouvertes ; à l'occasion même, pour exprimer sans doute leur contentement, elles les écartent et les soulèvent tour à tour, montrant la paire inférieure avec sa belle couleur, ses taches noires, sa marge soyeuse et les jolis plis qu'elle forme sur le corps.
Assez lourd d’abdomen, porteur d'ailes fragiles, notre beau papillon vole peu; il ne parcourt point les prairies comme les Argynnes (pl. 22-24) et le Flambé (pl. 1); il ne fréquente ni la forêt ni le vert pâturage, mais on letrouve le plus souvent posé dans les clairières rocailleuses ou les carrières abandonnées, le long des chemins, dans les gorges ou les éboulis, parmi les framboisiers et les sureaux. Le matin, il est caché, souvent dans les cailloux. Mais avant d'aller prendre son repas de midi sur l’eupatoire ou l'origan, voire à l'occasion sur l'hyèble ou les scabieuses, 1l voyage d'une pierre à l’autre, comme pour se dégourdir; il part soudain d'un brusque élan, parcourt quelques mètres, puis se laisse choir au hasard, exactement comme le criquet qui lui ressemble aussi par ses ailes inférieures rouges, amples et plissées.
La chenille de l'ÉCAILLE CHINÉE est une belle et grosse larve de 4,5 à 5,5 centimètres de long, recouverte de fins poils jaunâtres. Son dos est gris brun ou noirâtre, parcouru dans toute sa longueur par une ligne médiane d’un jaune vif. Un trait semblable, mais plus pâle, souvent blanchâtre, borde les flancs; six verrues d'un jaune orange vif égayent, sur chaque segment, le noir du dos, alors que d'autres
L'ÉCAILLE CHINÉE 259
plus petites les imitent sur les côtés du corps. Le ventre est d'un gris rosé clair. Cette chenille sort au bout de deux semaines de son œuf, et ceci se passe en septembre ou à la fin d'août. Elle subit deux mues avant l'hiver. Pour affronter ce dernier, elle se cache sur le terrain, sous les feuilles sèches. Dès le printemps, elle se remet à manger et atteint rapidement sa taille définitive. Jeune, on la trouve de préférence sur les plantes basses, telles que dent-de-lion, plantain, trèfle, consoude, bourrache, sanicle, genêt; plus tard elle fréquente l’eupatoire, l'épilobe, l'ortie, le framboisier, la ronce, parfois le groseillier épineux, le chèvrefeuille, le noisetier, le saule, le frêne, le chêne et le hêtre. Pendant le jour, elle se tient cachée sous les feuilles. A la fin de mai ou en juin, elle se tisse un mince, mais double cocon grisâtre et se transforme en une chrysalide luisante, d’un brun rouge foncé, finement poilue à l'extrémité. Deux, trois ou quatre semaines plus tard, le papillon en sort. On le voit du mois de juin jusqu’en septemre, mais surtout en juillet et août. Lorsqu'il vient d’éclore, les bandes claires des ailes supérieures sont d’un jaune assez vif, ainsi que le montre notre planche; plus tard elles deviennent d’un jaune très pâle, presque blanchâtre. Une variété appelée LUTESCENS (Stdg.), qu ‘on rencontre en Bretagne et dans le Valais, a les ailes inférieures jaunes ou orangées et non pas rouges.
L'envergure de notre papillon varie, chez le mâle, entre 5,5 et 6 centimètres, chez la femelle, entre 6 et 6,3 centimètres.
La SYLvINE — Hepialus sylvinus L. Mâle grossi trois fois, au repos, suspendu par trois pattes. Mâle, grandeur naturelle, au vol, Femelle, grandeur naturelle, suspendue à une graine et agitant ses ailes supérieures seules pour attirer les mâles.
La Mauve musquée ou alcée — Malva moschata ou alcea L.
HepiaLus (Fab.) syloinus ou sylvina (L.)
I les Papillons de jour présentent les couleurs et les dessins les plus variés, la forme de leur corps et de leurs ailes, par contre, et la pose qu'ils prennent au repos, varient en somme peu d’une
espèce à l'autre; les quatre ailes sont toujours relevées, leurs faces supérieures respectives se touchant. Elles sont, de plus, les quatre, tout à fait rigides et ne se replient jamais sur elles-mêmes.
Chez les Papillons de nuit, c'est une autre affaire; et précisément dans cette pose de repos où les Rhopalocères se ressemblent tous, on trouve chez les Nocturnes des variantes à l'infini. Certains Géomètres tiennent leurs ailes relevées et jointes comme celles d’un Papillon de jour, telle la Fidonie du pin (Bupalus piniarius L.), dont nous avons étudié la chenille dans le volume précédent (p. 383-388). D’autres ont leurs ailes largement ouvertes, les deux paires étant visibles et étalées de chaque côté du corps sur l'écorce (pl. 59 et 60). Mais ces deux poses sont assez exceptionnelles et d'habitude les Chalinoptères cachent complètement la paire inférieure de leurs ailes sous le couvert des supérieures. Or, pour arriver à ce résultat, les premières étant presque toujours plus larges et amples que les secondes, elles se replient sur elles-mêmes le long de l'abdomen en un, deux ou trois plis, à la façon d'un éventail (pl. 41). Chez quelques Noctuelles, les ailes supérieures, elles aussi, se plissent dans le sens de la longueur, ce qui donne au papillon un aspect étrange et le fait ressembler bien plus à un débris de bois qu'à un animal (pl. 55). Beaucoup d'espèces tiennent les ailes supérieures légèrement en toit, la marge inférieure des deux ailes se touchant au milieu du dos (pl. 47, 50, 51, 54, 56). D'autres les croisent largement (pl. 48, 49, 53). La Phalère bucéphale (pl. 46), un peu à l'exemple de notre SYLVINE, s'enveloppe complètement le corps de ses ailes, jusqu'à ce que les pointes des supérieures se rejoignent, non pas en dessus de lui, comme chez les
diurnes, mais en dessous. Seulement la Phalère, comme toutes les espèces dont nous venons de parler, est appliquée de toute sa longueur contre un tronc ou une branche, tandis que la SYLVINE a la très curieuse particularité de se suspendre dans le vide par deux, trois ou quatre pattes seulement, alors qu'une ou deux des médianes sont souvent inutilisées, et que les deux postérieures, en tout cas, restent toujours repliées et cachées sous le corps. Quelle bizarre posture que celle choisie par ce papillon pour se reposer. Comme il doit être ballotté lorsque le vent souffle et agite sans pitié l'herbe ou la brindille qui le porte!
En août ou septembre, visitons, après le coucher du soleil, les prairies, les lisières de forêts, le bord des champs de trèfle et de luzerne et nous apercevrons un papillon qui se fait vite remarquer, car il bat des ailes. Suspendu tout au haut d'un brin d'herbe ou d’une tige quelconque, son long corps cylindrique et bien gonflé pendant verticalement, il bat en effet des ailes, mais seulement des supérieures, l'autre paireétant entr'ouverteet immobile. C'est ce que représente notre planche (en bas, à droite). Que fait-il donc? — C'est bien simple : la bête qui bat des ailes n’est autre qu’une SYLVINE, mais une femelle. Pour ne pas manquer l'heure très courte où volent les mâles, plus petits, plus légers, mieux aptes à l'essor, elle s'y prépare d'avance et ceux-ci n'étant pas doués du même sens que les Paons de nuit (p. 275), dont le mâle découvre la femelle à des kilomètres de distance, même cachée dans une chambre ou une armoire, les mâles de la SYLVINE, disonsnous, ne disposant que de leurs yeux, la femelle grimpe aussi haut qu'elle peut monter, se met bien en vue, et pour mieux attirer l'attention du roux lépidoptère qui, d’un vol incertain, parcourt le champ de trèfles, elle bat des ailes, sans arrêt. C'est cela du reste qui permet au collectionneur de la découvrir si facilement. Mais si la SYLVINE, en tant que papillon, se remarque aisément, si sa proche parente l'Hépiale du houblon (Hepialus humuli L.) frappe encore plus les regards, grâce à la couleur blanc argenté de son mâle qui a l'habitude de voler en
grand nombre au-dessus des prairies, d’un vol balancé, leurs chenilles, par contre, sont très peu connues, parce qu'elles vivent sous terre, se nourrissant de racines succulentes telles que celles de l’oseille, de la dent-de-lion et du houblon s'il s’agit d’humuli, du plantain et des malvacées, surtout la belle mauve musquée aux grandes fleurs roses si nous avons affaire à notre SYLVINE. Celle-ci ne dédaigne pas non plus certaines plantes de jardin telles que les carottes; elle est même très friande du topinambour. C'est ainsi qu'on la découvre parfois en labourant. Allongée, cylindrique, luisante, d'un blanc ivoire, elle varie entre 3,5 et 4,5 centimètres de long. Sa tête est brun rouge, ses stigmates noirs et son corps orné de quelques petits poils épars. Elle a la curieuse habitude de chercher à fuir, à reculons, à la moindre tracasserie, comme font les larves de Microlépidoptères (p. 398). On la trouve de l'automne jusqu’au printemps. À la fin du mois de mai ou en juin, elle se tisse dans la terre un tube de soie pouvant atteindre 5 et même 10 centimètres de long et dont une des extrémités aboutit à la surface du sol. Elle se transforme alors en une étrange chrysalide d'abord jaune pâle, puis brun jaune, très allongée, cylindrique et dont les fourreaux alaires sont remarquablement courts. L'abdomen présente, sur chaque segment, un double rebord armé de petites dents. Grâce à cette disposition qui lui permet de s’accrocher aux parois de son cocon tubulaire, la chrysalide, en se contorsionnant, avance ou recule à volonté et même assez rapidement dans sa prison. Lorsque le moment est venu d'éclore, elle gagne l'orifice de son tube, en sort en bonne partie et laisse échapper le papillon. Celui-ci mesure pour le mâle de 2,6 à 3,8 centimètres d'envergure et pour la femelle de 4,2 à 5 centimètres. Le mâle varie passablement de couleur et peut être d’un brun cannelle vif. La femelle est toujours plus grise que lui.
La FEUILLE-MORTE DU CHÊNE — Lasiocampa quercifolia L. Femelle, grossie deux fois, au repos.
Tronc et feuilles du Chêne rouvre — Quercus
robur L.