DIPTÈRES
nous avons cru pouvoir , — à l'exemple de plusieurs savants naturalistes, — les réunir en un seul ordre comprenant cinq familles, savoir :
Les némocères, — à antennes composées de quatorze à seize articles;
Les tanystômes , — n'ayant que deux ou trois articles aux antennes, et pourvus d'une trompe saillante ;
Les nonacanthes , — qui ont, soit une trompe très-courte avec deux grandes lèvres, soit très-longue en forme de siphon,
et logée sous un museau avancé en forme de bec et portant des antennes;
Les athéricères, — dont la trompe se retire totalement dans l'intérieur de la bouche ;
Les fupipares, — dont la trompe nait d'un petit bulbe situé dans la bouche.
A la première de ces familles appartiennent le genre des cousins et celui des tipules [fig. 1).
Fig. 1. Fig. 2. Fig. 3.
Vous savez déjà, madame, que les œufs de ces malfaisants insectes appelés cousins naissent sur la surface des eaux, où. la femelle les dépose réunis en une seule masse en forme de bateau. C'est en dessous et du côté submergé que la larve pratique, pour sortir, une ouverture à sa prison. Elle nage ensuite avec vivacité , s'enfonçant de temps en temps, et revenant fréquemment à la surface de l'eau pour respirer. Ces larves passent bientôt à l'état de nymphes, puis à celui d'insectes parfaits. Cette dernière métamorphose , ne s'opère pas sans que le cousin coure un grand danger ; — lui qui, à l'état de larve, ne pouvait en quelque sorte vivre que dans l'eau, serait anéanti si, à l'état parfait, l'eau tou-
chait son corselet. Mais la nature a tout prévu; et l'insecte , qui sort de son enveloppe de nymphe avec des soins infinis, des manœuvres merveilleuses, va poser ses tarses sur l'eau, qui est pour elles un terrain solide. Là, il achève de déplier et de sécher ses ailes; puis il prend son vol et court les aventures.
Les cousins aiment le suc des fleurs ; mais , — peut-être plus d'une fois, madame, vous en ont-ils donné la preuve dans votre solitude, — c'est surtout de sang qu'ils sont avides, et , de même que les vampires, c'est au milieu des ténèbres de la nuit qu'ils cherchent à assouvir leurs sanguinaires instincts; ils pénètrent en bourdonnant dans les lieux habités, enfoncent, même à travers les vêtements, leur suçoir dans les chairs des personnes qu'ils peuvent atteindre, et, en même temps qu'ils se gorgent de leur sang , ils distillent dans la plaie une liqueur vénéneuse qui enflamme la blessure et produit un gonflement douloureux.
C'est surtout en Amérique , où on leur donne le nom de moustiques , que ces cruels insectes sont redoutables : leur piqûre , dans ce pays , cause des douleurs intolérables , qu'on ne parvient à apaiser qu'en suçant la blessure pour en extraire le venin , et en appliquant dessus ensuite des herbes émollientes bouillies.
Les tipules ressemblent beaucoup aux cousins; — ils ont les mêmes instincts, et s'ils causent des douleurs moins vives, cela vient uniquement de ce que leur trompe est moins longue et moins forte (fig. 1, ci-dessus).
Les genres les plus remarquables de la famille des tanystômes sont : les bombilles [fig. %. ci-dessus), insectes à corps ramassé, velu, assez semblables à la mouche domestique, — et qui , en volant au-dessus des fleurs, du suc desquelles ils vivent, font entendre un bourdonnement semblable à celui de l'abeille; — les taons (fig. 3, ci-dessus), sorte de grosses mouches qui attaquent les bœufs et les chevaux pour se repaître de leur sang.
A la famille des athéricères appartiennent les œstres, espèces de mouches entièrement velues qui, de même que les bombilles , déchirent la peau des chevaux, des bœufs et d'autres quadrupèdes , non pour se nourrir de leur sang, mais pour déposer leurs œufs dans la plaie qu'elles ont faite. Lorsque ces œufs sont éclos, les larves causant de vives démangeaisons au quadrupède, ce dernier lèche sa blessure; — les larves alors s'attachent à sa langue, et se trouvent bientôt englouties dans son estomac, où elles vivent à l'aise, au milieu de l'abondance. Lorsque les larves ont ainsi acquis assez de force, elle se dirigent vers l'extrémité postérieure du tube digestif, sortent du corps du quadrupède, et s'enfoncent dans le sol, d'où elles ne sortent qu'à l'état d'insectes parfaits.
Que dire, madame, delà prévoyance de la femelle, qui a deviné que les choses se passeraient ainsi?
La mouche domestique fait aussi partie de la famille des athéricères; — c'est un insecte fort incommode, trop connu pour que nous en parlions longuement , et dont les yeux , au nombre de huit mille, sont la seule particularité remarquable.
Nous passerons rapidement, madame, sur l'ordre des SUCEURS,
qui n'a qu'une famille et qu'un genre, les puces (fig. 1, puce
Fi(J- 1. Fig. 2.
grossie). Cet insecte se distingue particulièrement par la force prodigieuse dont il est doué. — Nous avons vu une puce attelée à un petit carosse en ivoire, cocher sur le siège, laquais derrière, personnages à l'intérieur, le tout de même matière, et l'insecte traînait ce véhicule sans efforts. — Une autre particularité de la puce , c'est qu'elle peut demeurer sous l'eau pendant vingt-quatre heures sans périr.
Nous ne ferons que mentionner les ricins (fig. % ci -dessus, ricin grossi), qui vivent sur les oiseaux, et un insecte plus dégoûtant, qui se plait sur la tête des enfants et sous les haillons de la misère, genres qui composent l'ordre des