‹ Les papillons. Metamorphoses terrestres des peuples de l'airChapitre 13 sur 18 · LÉPIDOPTÈRES · texte numérisé non relu

LÉPIDOPTÈRES

n'arrivent à l'état d'insectes parfaits qu'après avoir subi plusieurs métamorphoses; nous ne reviendrons donc pas sur ce

point. Seulement, comme certains amateurs élèvent des chenilles en vue de se procurer des papillons sans être obligés de courir à leur chasse, nous devons vous dire que les chenilles ayant moins de huit pattes ou plus de seize, ne produisent que des mouches.

Les LÉPIDOPTÈRES sont divisés en trois familles :

Les diurnes ou papillons de jour;

Les crépusculaires Ou papillons-bourdons ;

Les nocturnes ou papillons de nuit.

La famille des diurnes comporte huit genres : les papillons proprement dits. Tète grosse, palpes très-courts, antennes allongées, ailes robustes [fig. \ ).

À ce genre appartient le papillon Machaon, un des plus grands que nous ayons en France [fig. %). Il est d'un jaune

Fig. 1. Fig. 2. Fig. 3.

brillant. Les ailes supérieures ont, à leur naissance, une grande tache noire parsemée de poussière jaune et terminée, vers le tiers de l'aile, par une petite bande noire. La femelle est plus petite que le mâle, ce qui est une exception parmi les papillons. Au printemps et à l'automne, ce bel insecte est, aux

environs de Paris, l'hôte des jardins, des bois, et surtout des champs de luzerne, océan de verdure où il aime à se jouer, où il se repose avec délices. Puis viennent le grand portequeue avec ses ailes jaunes tachetées et rayées de noir; le flambé, Yarjuna [fig. 3).

Les piérides, second genre, se reconnaissent à leurs palpes inférieures presque cylindriques, à leurs antennes en forme de massue ovoïde. On remarque dans ce genre la piéride gazée dont les ailes arrondies sont transparentes, et d'un vert tendre, avec des nervures noirâtres ; et la piéride aurore dont le dessus des ailes est moitié blanc, moitié aurore, marqué vers son milieu d'un point noir; le sommet est également noir, entrecoupé de blanc vers le bord antérieur.

Les coliades, troisième genre, se reconnaissent à leurs palpes inférieures très-comprimées, avec le dernier article beaucoup plus court que le précédent, et par des antennes, dont la massue forme un cône allongé et renversé. Nous citerons parmi les espèces de ce genre le coliade souci dont les ailes, d'un beau jaune, sont marquées d'un point rougeâtre sur le milieu.

Parmi les pohjommatcs, quatrième genre, qui se distinguent par de petites taches qui semblent des yeux sur leurs ailes, l'argus bleu mérite une mention particulière : ses ailes, d'un bleu d'azur, changeant en violet tendre, sont bordées d'une raie noire et d'une frange d'un blanc de neige dont l'effet est des plus agréables.

Chez les nymphales, cinquième genre, dont les antennes se terminent en massue allongée, le premier rang appartient de

droit aujasius, charmant insecte aussi grand que le machaon, que les habitants des rives du Bosphore appellent le pacha à deux queues. Il est d'un brun chatoyant; le bord des premières ailes est longé par une bande fauve, finement liserée de noir à son côté externe. Il se montre dans tout le bassin de la Méditerranée, en juin et en septembre.

Les argynnes, sixième genre, ont les palpes inférieures peu comprimées; la face antérieure de leurs deux premiers articles est presque aussi large que leurs côtés. L'espèce la plus intéressante de ce genre est incontestablement le petit nacré, un des plus jolis papillons qui se trouvent aux environs de Paris. Il est de couleur fauve au-dessus, avec des taches noires sur le reste de la surface. Le dessous des premières ailes diffère du dessus par leur extrémité qui est ferrugineuse, avec sept ou huit points argentés. Les secondes ailes sont jaunes en dessous, avec une trentaine de taches nacrées et de grandeur inégale.

Lesvanelles, septième genre, diffèrent des genres précédents par leurs antennes terminées brusquement par un bouton court de forme ovoïde. Le roi de ce genre est sans contredit le paon de jour. Le dessus de ses ailes est d'un fauve rougeâtre, avec une grande tache en forme d'œil sur chacune. Ce papillon, qu'on trouve dans toute l'Europe, semble particulièrement attaché aux lieux qui l'ont vu naître; il ne s'écarte guère de son berceau, et il en chasse les autres papillons comme un maître jaloux, comme un potentat qui ne souffre pas d'étrangers dans son empire.

Le genre satyre, huitième et dernier de la famille des

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diurnes, est surtout reconnaissable aux nervures de ses ailes inférieures, renflées à leur origine; les pieds, très-petits ou très-velus, sont fortement repliés. Au satyre sylcne appartient le premier rang dans ce genre. C'est un bel insecte dont les ailes sont d'un brun noir en dessus, avec une bande blanche située vers le bord postérieur. Cette espèce affectionne les lieux secs et pierreux.

Sans doute, Madame, toutes ces descriptions sont bien monotones; c'est ici que l'oreille du professeur se montre, malgré tous ses efforts pour la cacher. Hélas! c'est que le malheureux n'a plus la ressource des aventures. Certes, pour toutes les intelligences d'élite comme la vôtre, très-chère recluse, il y a dans ces variétés de formes, de dessins, de couleurs, des merveilles infinies; mais les mœurs de ces individus si divers sont à peu près uniformes et les classiques l'ont dit avant les fantaisistes :

L'ennui naquit un jour de l'uniformité.

Ce n'est pas qu'il ne se déroule çà et là, parmi les individus des divers genres, des drames intimes, mais sur ce point le professeur cède le pas au conteur: à tout seigneur tout honneur. Que le conteur conte donc, tandis que nous allons de nouveau explorer, observer, constater et libeller.

La seconde famille des LÉPIDOPTÈRES se compose, ainsi que nous l'avons dit, des crépusculaires, lesquels ont été divisés en plusieurs genres ou sous-genres, mais que nous

rangerons ici pour plus de simplicité, en un seul groupe, sous leur dénomination primitive de sphinx.

On distingue dans ce groupe, comme espèces : le sphinx tête de mort, le plus grand qui se trouve en France, et qui lire son nom d'une tache jaunâtre qu'il porte sur le thorax et qui a la figure d'une tête de mort; puis viennent le sphinx de la vigne, le sphinx du laurier rose, le sphinx du pin, etc., etc., qui tous ne s'élancent dans les airs qu'après ou très-peu de temps avant le coucher du soleil.

La famille des nocturnes forme, comme celle des crépusculaires, un seul groupe d'espèces, primitivement appelées phalènes. Une particularité de ces insectes qui ne volent que la nuit, c'est qu'ils se heurtent à tous les corps qui se trouvent sur leur passage, ce qui fait supposer que ce n'est point l'organe de la vue qui sert à les diriger, mais celui de l'odorat.

Tous les individus de cette famille sont caractérisés par la présence de crins aux ailes, qui tiennent celles-ci bridées dans le repos, comme celles des sphinx; ils diffèrent de ces derniers par la forme des antennes qui sont semblables à des soies et vont en diminuant de grosseur de la base vers la pointe.

Une des espèces les plus remarquables est le grand paon ou paon de nuit, le plus grand des lépidoptères qui se trouvent dans nos climats; il a jusqu'à quinze centimètres d'envergure. Ses ailes sont rondes, d'un brun saupoudré de gris; chacune d'elles présente sur son milieu une sorte d'œil noir, coupé par un trait transparent, entouré d'un cercle d'un fauve obscur, d'un demi-cercle blanc, d'un autre rougeàtre, et enfin d'un

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cercle noir. Son corps est brun avec une bande blanchâtre en

avant.

C'est aussi à la famille des nocturnes qu'appartient cet insecte précieux, si connu sous le nom de ver à soie, et que les naturalistes appellent bombyx du mûrier. C'est à cet intéressant insecte que vous devez, madame, les riches étoffes de soie, les délicieux rubans et une foule d'autres objels charmants qui s'accordent si bien avec l'éclat de votre beauté.

Lever à soie est originaire des provinces septentrionales de la Chine. Selon le célèbre naturaliste Latreille, la ville de Turfan, dans la petite Bucharie, fut longtemps l'entrepôt des soieries de la Chine; mais les Huns ayant expulsé les naturels du pays, c'est d'une de leurs colonies, répandues dans l'Inde, que des missionnaires grecs transportèrent, du temps de Justinien, les œufs du ver à soie à Constantinople. Sa culture passa, à l'époque des premières croisades, de la Morée en Sicile, au royaume de Naples. Ce n'est que sous Henri IV que l'on commença à s'en occuper en France.

Cet insecte est trop généralement connu pour que nous en faisions ici la description; vous savez, madame, que sa chenille se nourrit des feuilles du mûrier, qu'elle se file une coque ovale d'un tissu serré de soie très-fine, le plus souvent d'un beau jaune, et quelquefois blanche; c'est dans cette coque qu'elle se métamorphose en nymphe, puis en papillon blanchâtre, avec deux ou trois raies obscures et transverses, et une tache en croissant sur les ailes supérieures.

Enfin, madame, c'est à la famille des nocturnes qu'appar-

tiennent les papillons connus sous le nom d'écaillés, dont la chenille dépouille les bois entiers de leurs feuilles; les noctuelles, \espyraks, etc., qui sont trop peu intéressants, pour que nous vous donnions l'ennui d'en lire la description.

Mais il ne suffit pas de connaître les papillons pour les ranger par familles, genres, et en faire des collections, il faut savoir leur faire la chasse, les prendre sans les endommager, et les préparer de manière à ce qu'ils conservent leurs formes et leurs couleurs. C'est ce dont nous nous occuperons, après vous avoir entretenue dans nos prochaines lettres des sept derniers ordres de l'entomologie, dont plusieurs, à raison du cadre dans lequel nous devons nous renfermer, ne méritent qu'une simple mention.

Bien que le sixième ordre, celui des HÉMIPTÈRES,

comprenne cinq familles qui, presque toutes, comptent un assez grand nombre de genres, nous nous serions contenté, à

son endroit, d'une simple nomenclature, si, à côté de quelques genres, qu'un immense amour de la science peut seul faire aborder de pied ferme, comme les punaises, hsrêduves, les nèpes [fig. 3), ne se trouvaient les cigales, les fulgores et les cochenilles [fig. 1, cochenille mâle; fig. %, cochenille femelle),

Fig. 1. Fig. 2. Fiff. 3.

auxquelles nous devons cette belle couleur de pourpre, dont l'art de la teinture tire un si grand parti. Les cinq familles composant cet ordre sont : Les géocrises, qui se distinguent par des antennes découvertes , plus longues que la tête , et par trois acticles aux tarses;

Les hydrocrises, vivant dans les eaux, dont les antennes sont cachées sous les yeux;

Les cicadaires, distingués par la présence de trois articles aux tarses , et par une tarière dentée en scie à l'extrémité de l'abdomen, chez la femelle seulement;

Les pucerons ou ophidiens, ayant deux acticles aux tarses, et sur la tête deux longues antennes ; famille de petits insectes, dont les individus ont toujours deux élylres et deux ailes ;

Les gallinsectes , n'offrant aux tarses qu'un seul article, et qui assimilent leurs corps aux gales qui naissent sur les végétaux ;

C'est à la famille des géockises qu'appartiennent toutes les espèces de punaises, dont nous vous avons rapporté quelques particularités dans une de nos premières lettres. Les rêduves, insectes à peu près semblables aux punaises, et qui portent un aiguillon , dont la piqûre cause une vive douleur et un engourdissement presque semblable à la paralysie.

Lesnèpes[fig. 3 ci-dessus), qui forment un genre de la famille des hydrocrises , sont des insectes aquatiques qui ont quelque ressemblance avec les punaises , ce qui leur a fait donner le surnom de punaises d'eau.

Les cigales composent un genre de la famille des cicadaires. On peut se faire une idée assez exacte d'une cigale, en se figurant une mouche ordinaire qui aurait à peu près trois centimètres de long. La tête est courte, large, terminée de chaque côté par de gros yeux globuleux; au sommet sont trois yeux lisses en triangle, et les antennes sont insérées entre les yeux.

Le chant de la cigale s'exécute au moyen d'un curieux appareil qui n'existe que chez les mâles, et qui est placé de chaque côté, dans le premier segment de l'abdomen, au milieu d'une cavité divisée en deux loges par une cloison écailleuse. Le fond de cette cavité est fermé par une membrane presque aussi transparente que du verre. Dans deux autres cavités contiguës aux premières sont deux petites

membranes plissées, que l'animal peut tendre et relâcher rapidement, au moyen de muscles très-puissants; c'est le mouvement de ces membranes, appelées timbales, qui fait le chant de la cigale.

Les cigales passent par les deux états de larves et de nymphes, avant d'arriver à l'état d'insectes parfaits. Les nymphes s'enfoncent dans la terre à huit ou dix centimètres de profondeur; elles restent pendant un an en cet état, et n'en sortent que lorsque les chaleurs de l'été commencent à se faire sentir; elles montent alors sur les arbres, se débarrassent de leur enveloppe et se montrent sous les formes qu'elles doivent conserver.

Les fulgores , qu'on ne trouve guère qu'en Chine et aux Indes, appartiennent à la même famille que les cigales, et ressemblent beaucoup à ces dernières; elles sont surtout remarmarquables par la propriété qu'elles ont de briller d'un éclat phosphorique dans l'obscurité pendant la saison de leurs amours. Cette clarté est telle qu'on peut lire à son aide l'écriture la plus fine. Rien n'est si merveilleux, dit un voyageur, que le spectacle qu'elles offrent dans les nuits les plus sombres; on les voit fendre les airs comme des fusées étincelantes , parcourir les champs comme des brandons de feu, ou, lorsqu'elles voltigent de fleur en fleur, briller comme ces torches enflammées que la crédulité du vulgaire lui fait apercevoir errant sur nos champs de mort.

Un mot sur les cochenilles. L'histoire de ces insectes [fig. 1 et 2, ci-dessus), a été longtemps inconnue; on croyait géné-

ralement, avant la fin du XVIIe siècle, que la cochenille, répandue dans le commerce pour la composition des couleurs, était une graine. Ce ne fut qu'en 1692 que le père Plumier reconnut que c'était un insecte.

Les cochenilles sont extrêmement petites, et diffèrent, quant à la forme, selon les sexes ; les mâles ont le corps allongé, deux ailes beaucoup plus longues que le çorps, et aucun organe visible, avec lequel on puisse supposer qu'ils prennent leur nourriture. Les femelles, au contraire, ont le corps ovale, sont privées d'ailes, mais pourvues d'un bec renfermant trois soies qui forment un suçoir, avec lequel elles pompent le suc des végétaux. La naissance de ces curieux insectes est signalée par un phénomène des plus extraordinaires; les femelles se fixent pour jamais sur certains végétaux; là, leur corps s'accroît insensiblement; il perd peu à peu sa forme, au point de ressembler à une gale. C'est alors que la fécondation s'accomplit; et bientôt après a lieu la ponte des œufs, qui est très-considérable. Ces œufs glissent au-dessous du corps de la mère, qui elle-même se dessèche, et laisse peu à peu s'évanouir ses formes animales, pour n'être plus qu'une sorte de coque destinée à protéger ses petits. C'est une singulière transformation qui a valu aux individus de cette famille le nom de gallinsecles.

Nous voici, madame, bien près de la fin de la douce tâche que vous nous avez imposée, les six ordres dont il nous reste à vous parler étant les moins importants de tous. Ils seront le sujet de notre prochaine lettre. Nous lâcherons qu'ils ne vous

causent pas trop d'ennui, et nous espérons y parvenir, — rien dans la nature ne pouvant être absolument indifférent à l'esprit supérieur dont votre amour pour la solitude prive depuis trop longtemps le monde.

L'ordre des RHIPIPTÈRES ne différant presque en rien de celui des

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