SCÈNE TROISIÈME i
HUBERT, désignant le compliment avec négligence.
Tiens, ce morceau banal, je le sais aux trois quarts...
MADELEINE, lui prenant des mains la première feuille du compliment.
Voyons !
HUBERT
Deux mots d'abord !
MADELEINE, impatientée.
Le pire des bavards.
C'est vous !
HUBERT, se rapprochant.
Allons, arrête un peu tes doigts de fée; Un mot...
Quoi?
HUBERT, qui regarde la coiffure de sa cousine.
Ce matin, dis-moi qui t'a coiffée?
MADELEINE
Moi, comme tous les jours.
HUBERT
Ah!
MADELEINE, vivement.
Que veut dire?
HUBERT
Rien.
MADELEINE
Mais encore! à ton goût, je ne suis donc pas bien?
HUBERT
Si fait !
MADELEINE
Pourquoi ce « ah! » Tiens, ce « ah! » m'inquiète..
iJe suis à faire peur?... Vite, un miroir!... HUBERT.
Laissons cela !... c'était... pour te faire parler...
Bien sûr?
HUBERT, qui s'est rapproché progressivement.
Oui... mais sais-tu qu'à te bien contempler, Ma chère Madeleine, à te voir si jolie. Mes vingt ans gaspillés regrettent leur folie ? Et sais-tu bien à quoi je songe ?
MADELEINE
Non. A quoi ?
HUBERT
Aux jours absurdement dépensés loin de toi, Aux heures dont je vais, désormais, être avare. Aux instants qu'emplira la joie exquise et rare De te voir, de t'entendre et de t' aimer, si courts. Si rapides, si doux!...
MADELEINE
Voilà de vos discours.
Beau coureur de brelans !
HUBERT, vivement, jetant le compliment sur la table.
Non ! crois-en ma parole.
Je suis un étourdi, j'ai la tête frivole. Soit ! mais je n'avais goût à plus d'un sot plaisir Que faute du bonheur difficile à saisir. Le voici sous ma main, puisque tu m'es donnée Enfin! -r Va, ce jour-ci fixe ma destinée... Il nous faudra choisir (dis, n'ai-je pas raison,) Dans un quartier paisible une vieille maison : L'amour joyeux rallume, en soufflant sur les cendres, L'âtre des vieux logis pleins de souvenirs tendres ; Et les vieux arbres sont émus et rajeunis. Au printemps, par la fête amoureuse des nids... N'est-il pas vrai? dis-moi, Madeleine?