SCÈNE IV
’ Les Mêmes, HORACE, GIULIA.
UORACE, aux soldais *.
Que signifie ce bruit? Vous savez bien que je n’airan pas les scènes de désordre.
A^DRÉ, confus, *
C’est vrai, mon colonel... mais c’est le bourgeois qu nous a fait oublier le mot d’ordre.,, nous étions là’, calmes comme de vrais moutons...
fil-d’amour, gris.
Comme de pauvres moutons du bon Dieu , mon colonel!... ■
ANORÉ, commuant.
Quand ces Messieurs sont arrivés, et, ma foi, ils sont si bien élevés, ^que l’exemple, la température et le contentement de la satisfaction... vous comprenez, mon colonel?, .. (Bas àFiZ-d’AmcHr. ) Quelle colle! • ^ ’
FII.-d’amour, criant. ' * • -
Oh oui ! quelle colle ! ' ‘ * " ’ “ \ ‘ .
Ani>RÉ, lui donnant un coup de pied,
Imbécille! ■ ' • . * , • '
' HORACE. '
Il suffit. Que semblable chose no se renouvelle plus.
ANDRÉ, ,
On s’y conformera, mon colonel. (A part,) C’est dommage, car j’avais mon plan en leur offrant le liquide de l’amitié. Je suis sûr qu’il se manigance quelque chose contre nous. Enfin', nous verronsl... 'mais je ne lés perdrai pas de l’œil. (Haut.) Je peux toujours, mon colonel, ache- . ver ces bouteilles avec les camarades ?
mVRACÊ.
Il me semble pourtant que tu as déjà pa'ssablementbu.
ANDRÉ. '■ ' -
Il fait si chaud, pion colonel. ‘ ,
fji,-'d’amocr. ' ' ‘ '
Et nous avons si soif! ,
GIÇLIA, h ïloracc. ^
Allons, Monsieur, permettez’ à ces braves soldats de s’amuser un peu, c’est aujourd'hui fétc. *
* Fil-d'am,, And,, Hi)r., Giul., Ang. . - "î
... \CTE III, SCfcNE Ml.
HORACE
Non, je suis heureux, mais je le serais bien plus encore si je gardais le souvenir d’un mot, d’un regard de vous qui pût justifier la jalousie de Stctano.
GitLIA.
C’est précisément parce que cette jalousie n’.i pas de motif que mon côùsin est plus coupable de vous avoir offensé.
nORACE.
Vous êtes cruelle, Giulia , plus cruelle encore pour moi quç pour Stefano; car Stefano, je le crois, a plus d’orgueil que d’amour. Mais moi, je vdiis aime; et si vous ne m’avez pas encore assez éprouve pour vouloir d’un seul mot me rendre dès à présent le plus heureux des hommes, laissez-moi au moins mes illusions et ne m’enlevez pas les -joies de l'espérance !
GIÜLIA*, troublée.
Le service divm doit être commencé ; entrons à l’église, Monsieur. . .
HORACE
Rien rie peut donc vous toucher! Ah! Giulia, vous qui vous savez aimée... vous ne soupçonnez pas combien le 'doute fait souffrir!
GIÜLU.
Je vous attends, Monsieur ! •
'• • HORACE. •
•J’obéis! ^ ■ '' .
• SCÈNE Vil.
. . Les Mèhes, ANDRÉ.
ANDRÉ, sorlanl vivement de l'égltse '
Arrêtez ! n’entrez pas daiîs cette égljs.c !
' ; • • HORACE-
Pourquoi? ’ ' ' .,'1
'andré. .
* Un pas de plus, et'vous êtes* mort !
GIÜUA.
, Grand Dieu !..
' HORACE
Que dis-tu? . • . ‘ [
* Giul., Hor. '• , • . ** Hor., And., Ghil,
i :»rKÛ6'
ir
ANDRÉ
Nous sommes, trahis! ' .
' HORACE.'
Explique-toi l
ANDRÉ
Voilà. Avant votre arrivée, j’avais déjà cm remarquer quelque chose de louche. Les Italiens nous passaient l’inspection ; il« chuchotaient entre eux... Plusieurs fois même ils nous ont menacés, et c’était pour les pincer au demi-cercle que je les avais invités à vider quelques bouteilles avec nous.
HORACE
. Après! après! . ^ .
^ ANDRÉ
Tout à l’heure, lorsqu’ils sont entrés dans l'i^lise, je n’ai Caitniune ni deux... Je les suis,., je me glisse' de pilier en pilier jusque derrière le chœur. 11 y avait là sept ou huit gredins qui paraissaient les chefs de la chose. Pqur lors, je me couche à plat ventre ; je mets ma respiration dans ma poche, histoire de faire le mort, et j’entends..
Quoi? . ..
ANDRÉ
J’entends un vieux pas grand’chose, que vous nvez probablement vu sur la place, dire aux autres : < Au premier . - »■ coup de tocsin, tenez- vous prêts, ce signal sera celui du > massacre des Français! »
GIULIA
Ciel! , . • ^ ,
HORACE
Les misérables! ,
‘ ANDRÉ. ' - ■ '
Gré nom ! j’allais lui signer son billet d’enterrement, vu l’endroit, mais, par bonheur, j’ai réfléchi que ce n’était pas l’affaire d’un coup de briquet. Pour lors, j’ai battu en retraite à quatre pattes; et maintenant, mon colopel, le rapport est fini. J’attends,
HORACE *
Cours à ta citadelle ; préviens te général pour qu’il fasse rentrer les soldats qui sont aux portes de la ville. Pendant ' ce temps, je me mettrai à la tête de ceux que je pourrai réu- ^
* Hor., Giul.
-ACTE JII, SCÈNE V.
pas se plaindre si sa famille rabandoiine. On dit que celui qui s’éloigne d’une femme sans défense ne doit pas se plaindre si cette femme cherche ailleurs un protecteur et un appui.
STETAJiOf'ironiquemettt. '
Et cette protection qui vous manque, dites-vous, c’est à Monsieur Horace que vous la demandez ; certes, vous ne pouviez mieux choiir. Quel autre que Monsieur Horace est capable de faire 'respecter la femme qu’il a au brast ■
‘ HORACK- . ■
Monsieur!... . ^
' ■ STF.FANO.
Oui, vous avez bien choisi, Giulia, car dans une ville de guerre toute remplie de jeunes officiers oisifs et présomptueux, il faut qu’une femme puisse compter sur la bravoure de son cavalier. .
GlULiA, à Uorare qui fait un monvement de colère, ■ '
Colonel ! . . .• ' - , *
STEFANO. -J -
Mais Monsieur Horace, j’en suis siir, ne voudra pas abuser de la confiance que vous lui témoignez. . ..
'HORACE. > /' '
Que voulez-vous dire, Monsieur? ^
STEFA^O. ■
Je veux dire. Monsieur, que vous pousseroz robligéance jusqu’à me céder, le bras de ma comuuc, afin que je puisse la reconduire à l’instant chez, mon père. . .
UüRACE.
Vous vous trompez, Monsieur, M. Cardoni m’a confié l’honneur de sa nièce,, et à moins que Mademoiselle h’exprime un désir contraire, c’est à lui seul que je rendrai ce précieux dépôt. ' '
> GIÜLTA.
Merci, colonel,- mais je suis venue pour assister au service divin, et je resterai à Vérone. ' ‘
STEFAHO.
Que dites-vQus ? ,
■ . • GIULU'; • ’ T.IFR - . . '
Et de quel droit prétendez-vous m'imposer des orr dres ? Pensez-vous que je puisse supporter une tyrannie qui ne se rachète ni par des égards, pi par la boirtô du
À&TS Vif SCÈNQ nu M
frappé d’épouvant** à l'époque de nos discordes civiles !.. le tocsin !.. depuis une demi-heure jc l’entends, et parfois il mesend^le dl-stiaguer aussi le bruit des armes... que se paisé-t-il donc?., et Stefano que je n’ai pas vu depuis ce mitin !.. Giulia et le colunel qui ne rentrent pas!., que sont-ils devenus!.. Ah je ne puis rester plus longtemps ici... dans celte cruelle incertitude... je vais aller à Vérone... (Apercevant Giulia.) Giulia!...