SCÈNE III
CARDONI, STEFANO *.
STEFANO
Pourquoi éloigner Giulia, mon père ?
Parce que je ne veux pas que vous perdiez le peu d’estime qu’elle conserve peut-être encore pour vous.
STEFANO
Est-ce donc un crime si grand que de haïr ses ennemis?
CARDONI.
Des ennemis! et oh sont donc les vôtres?... osez-vous donner ce nom aux Français?... Monsieur! Quelles que soient les fautes, quels que soient ces crimes qui ont désolé le cœur des gens de bien dans ces derniers temps, la France est votre pays et je rougis d’avoir à vous le rappeler,
STEFANO
Mon pays! et quels sont ses titres à mon amour, à mon dévouement? Quel héritage m’a-t-il laissé que des souve nirs de meurtre et d’incendie!... Richesses, dignités, j’ai tout perdu, tout!... jusqu’à mon nom!... Stefano Cardoni,
* Gard., Stcf.
8 LES PAQL'ES VÉRONAISES.
voilà le nom filorieux que j'ai reçu en échange de celui de mes ancêtres!...
CARDOM.
Prenez garde, Stefano, c’est un mauvais conseiller que 1 orgueil. ^
STEFANO
Le sentiment de ses droits, vous appelez cela de l'orgueil ! Quoi! je vous verrais, vous, moa père, un gentilhomme, un vieillard, brisé par les douleurs de l’exil et réduit pour vous procurer le pain de chaque jour à déshonorer vos mains par un travail de mercenaire, tandis que des misérables jouissent en paix de vos dépouilles, et je n’aurais pas le droit de me plaindre et de maudire !... Ah! une semblable résignation n’est pas de la vertu, men père, mais de 1 impuissance !
CARDONI.
Voilà sans doute ce que vous ont appris ceux que vous fréquentez depuis quelque temps ! Ah ! songez-y, Stetano. vos duels avec les officiers de la garnison ont déjà ouvert sur vous les yeux de l’autorité militaire ; n’ajoutez pas au tort déjà si grand d'une haine aveugle le crime irrémissible de conspirer contre votre patrie.
, STEFANO
Moi ! je ne conspire pas, mon père!
, CARDOm.
Que vient donc faire ici Galoretti, l'espion de la république de Venise ? Quel est donc le but de vos fréquentes absences de Vérone? Quelle est la cause de votre départ précipité de Brescia? Que faites-vous enOn? A quoi W ployez vous votre temps ? ^
STEFANO
Mon père... je vous jure...
. CARDONI.
Ne jurez pas, Monsieur, mais rappelez-vous que pardonner a son pays est une vertu, le servir un honneur et 1 aimer un devoir.
' STEFANO
Quoi qif il arrive, soyez certain, mon père, que je ne me départirai jamais du respect que je vous dois.
CARDOm.
Lest bien... allez,,, laissez-nioi. [Siefano tort.)
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