‹ Les paraboles cyniquesChapitre 2 sur 44 · PREFACE VII · texte numérisé non relu

PREFACE VII

nombre, ils aperçoivent en eux-mêmes, indéniable sauf par amusement philosophique, la montagne de l'Être qui s'affirme. Pour eux, nature, sagesse, amour, vertu, détachement, liberté, harmonie, ne sont pas, comme pour les autres hommes, des noms éblouissants ou de vains bruits; ce sont, émus et tendus, des doigts qui indiquent les pentes du Bonheur.

Trop certaine de rester impuissante aux pays des folies prétentieuses, leur miséricorde se détourne des professionnels déformés qui, dans une gloiredelumiererailleu.se, portent leurs tumeurs de doctrine, leurs bosses d'érudition, leurs callosités dociles, leurs goitres de souvenirs mal avalés. Tournés vers le vulgaire dont l'ignorance, tant qu'elle n'est point soulevée en tempête par la haine des officiels, reste hésitante, moins agressive, parfois confiante, et dont la sottise, dans la grâce matinale, paraît curable, les sages parlent. Leur grande — mais combien rare ! — victoire, c'est de faire monter un simple à la connaissance de soi-même, à cette noble science socratique qui, d'un mot, écarte le dehors inutile et inaccessible : « Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien. »

Soit pour affirmer ses certitudes pratiques, soit pour chanter le ilollemcnt de rêves que demain clergés et universités enlaidiront et paralyseront

en systèmes, le sage conte volontiers, — action précise comme un beau corps de femme mais pensée dont sous un voile les traits s'estompent, les yeux brillent et le sourire s'indéfinise, — la parabole.

Dans quelque siècle, dans quelque région que vive le sage, il semble que toujours ce parfum doive émaner de lui.

Desnombreux écrits des philosophes cyniques les titres restent seuls : plusieurs indiquent nettement des recueils de paraboles. Les gestes cyniques que la légende nous a transmis, que sont-ils que des paraboles en action? Et les mots cyniques qui nous sont parvenus, dès qu'on les considère comme des conclusions de paraboles, voici qu'ils s'éclairent d'une neuve et heureuse lumière. Son génie comique inspire à Diogène des symboles aussi frappants et presque aussi grossiers que ceux inspirés à Ezékhiel par Iahvé.

Blâmé de fréquenter les pécheurs et les publicains, Jésus répond, dans l'Evangile : « Ce ne sont pas ceux qui se portent bien, mais les malades, qui ont besoin de médecins. » Au même reproche Antisthène avait répliqué, d'après Diogène Laërce : » C'est chez les malades que vont les médecins. » Dans un cas semblable, Diogène de Sinope riposte : « Le soleil entr®

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